Docteur Procellus, spécialiste en médecine

Pour l'instant, on ne peut pas dire que le Xanax soit le traitement du siècle : quand je le prends, à part me faire l'effet d'un grand coup derrière la tête, qui me laisse tout groggy et essoufflé pendant des heures, ça ne me rend pas vraiment plus zen. Je suis stressé. Et fatigué. Et du coup je me sens tellement tout naze que ça me stresse encore plus (mais je suis trop fatigué pour y remédier).Je suis donc retourné voir madame le docteur, parce que une semaine d'arrêt de travail et un traitement anxiolytique, c'est pas du tout, mais alors pas du tout ce qu'il me faut.

Parce que oui, je fais partie de cette catégorie de chieurs qui arrivent en consultation avec leur diagnostic et leur traitement déjà tout prêts, et le médecin n'a plus qu'à recopier, voire signer, ça gagne du temps. Et non, ça ne fait pas de moi un gros hypocondriaque, puisqu'il se trouve que j'ai raison (si si !). Mais dans ma grande bonté, et pour que ma doctoresse ne se sente pas totalement inutile, plutôt que de lui souffler ce qu'elle doit me dire, j'accentue mes symptômes, en insistant bien sur ceux qui la mèneront à la même conclusion que moi. Je sais, je suis machiavélique.

Et là, ce dont j'avais besoin, c'est pas d'un anxiolytique, mais d'un antidépresseur, pour voir la vie en rose et avoir la pêche, wooouh ! (c'est le son que je fais quand j'ai la pêche). Et une semaine d'arrêt ? Mmmoui, c'était bien, mais j'ai goûté à l'oisiveté, maintenant je suis perdu, il m'en faut plus, encore plus, toujours plus ! Alors voilà. Il va falloir montrer que je suis déprimé, et que c'est la faute au travail (oui parce que je ne vais pas mentir, juste accentuer certains traits).

J'ai donc dû commencer par lui dire que ce qu'elle m'avait prescrit la dernière fois, c'était un peu de la gnognotte quand même, si c'était pour me donner un traitement comme ça j'aurais très bien pu le faire moi-même, merci hein. Je lui ai expliqué que son pauvre Xanax de merde qui pue du cul, à part me faire dormir, il fait pas grand chose. Et ça a été très difficile de continuer à montrer que j'étais déprimé, quand elle m'a répondu "Bah ? Pendant que vous dormez au moins vous avez pas d'angoisses, non ?", avec un petit regard amusé.

Mais grâce à mes nombreux stages à l'Actors Studio, j'ai réussi à livrer une performance bouleversante de sincérité et me retenir de rire. En plus ça a porté ses fruits : elle a viré le Xanax dare-dare, pour le remplacer par un autre médicament "utilisé dans certaines maladies psychiatriques (psychoses aiguës ou chroniques, schizophrénie), et pour combattre l'agressivité". Euuuh...? Du coup je me demande si j'ai vraiment bien expliqué mes symptômes ?

Enfin bon, je suis encore arrêté pendant deux semaines supplémentaires, ce qui veut dire que je suis quand même très très fort.

Mais quand j'y pense, entre le moment où j'ai lu sur son papier qu'elle ne m'avait arrêté que jusqu'au vendredi, alors que je travaille aussi le samedi -quelle gourde-, et le moment où elle m'en a redonné un (c'est à dire moins de douze heures), je me suis tellement rongé les ongles que j'ai commencé à me grignoter la deuxième phalange sur tous les doigts, à me demander comment j'allais pouvoir survivre. Alors je me dis que finalement je n'accentuais peut-être pas grand chose, avec le boulot et les angoisses. Mais quand même, "schizophrénie et psychoses aiguës", faut pas pousser, je ne suis pas folle vous savez (bonsoir !).

Ma vie en couleurs

En ce moment, ça ne va pas fort, avec les grosses chaleurs et ma dépression saisonnière et tout et tout. Alors, comme je ne suis pas du genre à me laisser abattre sans lutter, ou au moins sans essayer d'y remédier, j'ai cherché une solution à mon problème.Et j'ai fini par trouver, alléluia !

Finalement, quand on y réfléchit, la réponse était simple comme bonjour, devant mon si joli nez depuis le début : je n'ai qu'à rêver ma vie en couleurs, c'est ça le secret du bonheur, merci Peter Pan ! Non je rigole hein, ça c'est des histoires pour les enfant. En fait, le secret du bonheur pour les adultes est beaucoup plus simple : il faut se trouver un nouveau meilleur ami !

J'en ai trouvé un, et j'en suis très content, parce qu'il est beaucoup plus gentil que l'ancien. Déjà, l'ancien c'était Josh, mon ami imaginaire, et on n'arrêtait pas de s'engueuler : il s'amusait à m'enfoncer (et non, c'était même pas sexuel...), se moquait de moi et de ma carrière à Happy Time, et je suis à peu près sûr que c'est lui qui s'amusait à faire démarrer les travaux le matin à 8 heures dans la rue et l'immeuble, et à tuer les bébés phoques en leur donnant des grands coups de piolet.

Mon nouveau meilleur ami est autrement plus agréable : jamais un mot plus haut que l'autre, toujours d'accord avec moi, il me promet des journées calmes et reposantes, des nuits looongues et bercées de jolis rêves, et des moments où ma tension ne dépassera sûrement pas celle d'un gastéropode décédé.

Mon nouveau meilleur ami, je l'aime déjà. Mais j'ai quand même hâte qu'arrive le jour où je pourrai enfin le reremplacer par Josh...

Au bout du fil

Un des trucs les plus pète-couilles à mon poste actuel (donc mon ancien nouveau job, pas le nouveau nouveau job, que je n'ai pas encore commencé, mais ça ne saurait tarder), c'est quand un client se présente parce qu'il a perdu son copain Boulet dans le magasin, et du coup il faut qu'on l'appelle. Je ne passe pas les messages (putain, Dieu merci !) : mon rôle se limite à appeler le service clientèle, qui met quinze plombes à répondre, pendant que le client trépigne et me lance des regards méchants, genre je fais tout mon possible pour lui gâcher la vie. Ensuite quand ça décroche, je leur explique qu'il faut faire un appel magasin, ils prennent leur micro, vont s'enfermer dans une pièce complètement hermétique, pour qu'il n'y ait pas de bruits parasites, et ils le passent leur message très très vite pour se dépêcher de sortir, parce que sinon ils meurent asphyxiés.

J'ai assez rapidement appris de mes erreurs. Au début, quand les gens me disaient "je pirrrdiou mon ami, vous pivez l'appiouler s'il vus plait ?", je leur répondais "oui bien sûr, il s'appelle comment ?", en composant déjà le numéro, comme ça, le temps qu'ils décrochent j'étais tout prêt.

Le problème, c'est que souvent, on me répondait un truc du genre "Strkwghtzlk Wolgrzqxpti", avec un grand sourire. Alors là, je me trouvais bête. Je souriais aussi. Je demandais de répéter, toujours en souriant. Et on me répétait : Strkwghtzlk Wolgrzqxpti. Alors j'essayais de retenir en gros la prononciation, Tina Arena arrive bien à chanter en français comme ça, et je ne crois pas être plus bête qu'elle, ça me ferait mal. Mais le temps que le service clientèle réponde, j'avais eu le temps d'oublier trente mille fois les sons que j'avais entendus. Plus bête que Tina Arena.

Alors maintenant, trop fort le mec, quand on vient me voir pour les messages, je tends mon petit bloc d'une main, je compose le numéro de l'autre, et je demande aux gens de m'écrire le nom de la personne. Après, y'a plus qu'à attendre que ça décroche, je leur prononce très vite ce qui est écrit, en épelant bien le nom. Hop, je me suis débarrassé du bébé les doigts dans le nez.

Mais en apprenant des erreurs desquelles j'avais déjà appris, je me suis rendu compte que c'était has-been de faire passer des messages dans le magasin : six fois sur sept (j'ai compté), quand un couple se perd dans le magasin, un des deux va chercher l'autre dans tous les étages, logique, pendant que sa moitié l'attendra dehors, ce qui semble moins logique, et qui diminue de beaucoup l'utilité des messages, qui ne sont malheureusement pas diffusés dans tout Paris.

Alors, j'ai découvert qu'il y avait une alternative à ces appels au micro. La première fois, c'est une petite dame enceinte jusqu'aux yeux qui m'y a fait penser. Le magasin était fermé depuis dix minutes. Elle cherchait son mari. Deux solutions s'offraient à moi. Soit je faisais passer un appel, j'attendais avec elle parce que je n'ai pas le droit de fermer l'accueil tant qu'il y a un client, on risquait d'y passer la nuit parce que son mari s'était sûrement fait sortir par la sécurité, rapport à la fermeture, tout ça... Soit :

- Ben... S'il a un portable, je peux vous passer le mien, pour que vous l'appeliez ?

Et depuis ce jour, quand quelqu'un est vraiment désespéré, et encore plus quand il est mignon (ce qui veut dire que ça n'arrive pas souvent), je propose de prêter mon portable, ou encore mieux, j'attends qu'ils réclament, mendient, et supplient. J'aime les voir ramper à genoux en se traînant avec les coudes devant moi, et me proposer de me payer une communication qui ne me coûte rien.

Et à chaque fois, au moment où j'ouvre le tiroir pour attraper mon téléphone, je me souviens. Et merde. Je sais pas trop de quoi j'ai le plus honte. Du vieux téléphone de merde dans son ensemble, de cet étrange vestige de la fin du vingtième siècle ? Ou alors, de son écran monochrome -ou bichrome, si on considère que "vert" et "vert plus clair" ça fait deux couleurs ? Et en fait non, à chaque fois, la plus grosse affiche c'est quand même mon petit Winnie déguisé en dauphin, accessoire überviril s'il en est. Bien sûr, je pourrais essayer d'expliquer que c'était un souvenir de Copenhague, que c'était rigolo sur le coup, et que pour une raison qui m'échappe, j'avais voulu l'accrocher à mon téléphone. J'avais du mal, alors Lapin m'avait aidé, en y passant lui aussi dix minutes, et du coup je n'ai jamais osé l'enlever, pour ne pas le vexer.

Peut-être que les gens comprendraient, expliqué comme ça ? Et puis je me tais. J'ai un Winnie déguisé en dauphin accroché à un vieux Nokia monochrome. Est-ce que je peux vraiment dire quoi que ce soit pour m'en sortir ?

Il n'y a que des sottes gens

Mon plus grand drame, c'est de ne pas savoir quoi faire comme boulot, ni même de ma vie. Bien sûr, je pourrais en parler à tous les gens que je rencontre, au cas où quelqu'un aurait une idée de génie à me proposer, la vision des choses qui éclairera toute mon existence sous un jour nouveau et me fera dire "mais oui, c'est ça que je veux faire !". Mais en plus de ne pas être du genre à aller parler aux autres de mes soucis, je me suis rendu compte, malin que je suis, que les gens ont tous la même réponse face à ce problème. Enfin non, pas une réponse, une question. Parce que les gens, c'est trop des surdoués, ils savent présenter l'équation simplement, et ils pensent à poser la question fatale, qui bien sûr ne m'était jamais venue à l'esprit avant leur brillante intervention :

- Ah bah c'est facile t'aimes quoi dans la vie ? Qu'est-ce qui t'intéresse ?

Sur un ton condescendant insupportable, avec un sourire satisfait et agacé. Satisfait d'être le petit génie qui va trancher mon nœud gordien, et agacé, parce que franchement si je ne trouve pas, c'est que je n'y mets pas du mien, je pourrais être comme tout le monde et avoir imaginé ma carrière de juriste depuis le collège, quand même ! C'est pour ne plus voir ce sourire ni entendre cette question qu'à chaque fois que le sujet pointe le bout de son vilain museau, je sors un mouchoir de ma manche, ou je me fous à poil, pour faire diversion. Et en général, ça marche plutôt bien.

Ca m'évite d'avoir à me sentir un peu plus un loser à chaque fois, d'avoir à expliquer pour la enième fois que non, je ne sais pas ce que je veux faire, ce que j'aime ou ce qui me plaît, et de voir qu'en face on s'imagine que je suis un gros flemmard qui ne veut même pas se sortir les doigts du slip trois secondes pour se trouver un vrai job, alors que c'est franchement pas sorcier.

C'est aussi pour ça qu'Happy Time est si confortable. Je fais mes petites affaires tranquillement, en étant juste assez occupé pour ne pas déprimer à me dire qu'il faut trouver un vrai boulot, parce que eh, j'en ai un ! Le travail est rigolo, pas trop stressant, avec des horaires assez arrangeants... Bref, le petit boulot de rêve.

L'ennui, c'est qu'autour de moi personne ne loupe une occasion de me rappeler que c'est un petit boulot. Chaque fois que je vois ma mère, dans les dix minutes elle va me parler de mon petit salaire d'un ton chagriné, et en remettre une couche avec la régularité d'une horloge suisse, mes grands-parents proposent tout le temps de me payer pour reprendre des études, n'importe quoi, pourvu que ça soit autre chose...

Et plus le temps passe, plus mes compagnons d'infortune trouvent des vrais jobs, arrêtent d'être des pires losers que moi, et ça n'aide pas mon moral. Surtout que grâce à ce formidable outil qu'est facebook, je retrouve la trace de pleeein de copains d'école qui forcément ont tous des situations de rêve : "je viens de monter ma boîte ça marche super", "on vient de me nommer à la tête d'une chaîne de télé câblée", "je suis l'assistant personnel de Chris Evans, c'est vraiment l'enfer ma vie, je te raconte même pas", "j'ai trouvé par hasard un job de voyageuse temporelle, d'ailleurs je pars avant-hier poser pour De Vinci, en fait la Joconde c'est moi".

Pourtant, c'est pas faute d'avoir eu des idées et des projets fous. Depuis mon entrée en seconde (putain, en 1996, non mais je veux dire quoi, je suis entré au lycée il y a douze ans !), je me suis vu -dans le désordre- astronaute, avocat, journaliste, entrepreneur de pompes funèbres, patron de bar, prof, conseiller d'orientation, sans oublier le projet récurrent de fuite à l'étranger : en Australie, en Angleterre, au Danemark... Comme je suis quelqu'un de très constant, courageux et optimiste, chaque projet a eu une durée de vie approximative d'un mois, avant abandon total et re-déprime parce que "je trouverai jamais ma voiiie".

Surtout que chaque abandon est suivi des gros yeux pleins de reproches de la famille, et de l'inéluctable question, "mais tu vas faire quoi maintenant ?". Ben continuer Happy Time, mais ça n'a pas l'air de compter pour "faire quelque chose"... C'est dire si j'étais content de moi, avec mon projet de tourisme. Un vrai boulot, dont on peut parler la tête haute, un vrai avenir, quoi ! Je me voyais déjà tout ébloui par l'étincelle de fierté que j'allais allumer dans les yeux de mes parents, qui depuis le début me poussent à trouver autre chose que ce "boulot minable". J'imaginais une scène bien gnian-gnian quand je leur en parlerai, où tout le monde se tomberait dans les bras les uns des autres en pleurant, genre "le retour du fils prodigue", avec si possible un accompagnement au violon, des ralentis et une image grainée.

C'est dire si je me suis senti soutenu et encouragé quand mon père comme ma mère m'ont demandé du bout des lèvres, comme s'ils parlaient de fist-fucking : "le... tourisme...? Mais... Ca mène à quelque chose ?".

La fuite à l'étranger, donc.

À la croisée des chemins

Ma dernière lubie, c'est de bosser dans le tourisme (pas pour avoir des prix sur les plages de sable blanc nia nia nia, j'ai horreur de ça), une fois que j'aurai fini de trouver Happy Time amusant. Mais bon, pour ça il faut une formation (pour faire du tourisme hein, pas pour ne plus s'amuser à Happy Time). Alors, je me suis renseigné. Il y a moyen de préparer ça par correspondance, ce qui m'évite de retourner à l'école, et de me faire appeler monsieur et taxer mon tipp-ex par tous ces boutonneux à peine sortis du lycée, et en plus ça me permet de rester encore un peu dans mes murs actuels, tellement confortables. Le seul petit souci, c'est qu'il faut faire des stages, et j'ai beau ne pas bosser à temps plein, ça risque d'être problématique, au niveau des horaires.

Pas grave, je vais aller voir Naëlle, la fille chargée de... euh... de... en fait, personne ne sait. Même quand, ivre de curiosité, je lui ai demandé, elle n'a pas été capable me dire de quoi elle s'occupait. Mais tout le monde s'est accordé à dire qu'elle était la seule à pouvoir me renseigner.

Alors pendant ma pause, j'ai pris mon courage à deux mains (mais j'aurais pu le prendre avec une seule, c'est pas un gros courage) et je suis monté au septième, vers les bureaux, vers Naëlle. Et vers la treizième dimension (insérer ici une musique angoissante).

Arrivé devant la porte, j'ai toqué mais pas trop fort, parce que tous ces murs en préfabriqué, on ne sait pas trop à quel moment ça va se casser la gueule, et quand on m'y a invité, je suis entré. Naëlle et ses colocataires de bureau étaient là, ce qui tombait plutôt bien -enfin surtout pour Naëlle, parce que les autres je m'en fous un peu. Je venais de m'asseoir quand, surprise et joie mêlées, elles m'ont proposé une part de gâteau et à boire, toutes les trois en chœur.

Euh pardon ? Je venais voir Naëlle, mais peut-être que je suis monté trop haut et que je suis arrivé directement sur l'île du Plaisir ? Vous avez du nectar, et de l'ambroisie ? Bon je vais juste prendre un jus de pommes alors. Du coup, c'est la bouche à moitié pleine des restes d'un gâteau d'anniversaire fêté en loucedé dans leur bureau (c'était donc ça) que j'ai dû expliquer le pourquoi de ma venue :

- 'e oud'ai fai' u'e fo'mafion dans le (un peu de jus de pommes pour faire passer) tourisme, et j'ai vu qu'il y avait des stages, comment je peux faire, dis, dis ?

- Bonne question, hé hé, j'en sais rien !

- Bah arrête de rigoler bêtement et cherche, non ?

Alors elle a renversé la tête en arrière et s'est caressé les cheveux à deux mains, dans une pose très L'Oréalienne, parce qu'être jolie, ça aide à mieux réfléchir -enfin peut-être pas, mais quand on ne sait pas quoi dire, il vaut mieux être bien coiffée. Et soudain, elle a redressé la tête. Elle savait.

- Ce qu'il te faut c'est un fongécif !

- Hein pardon ? Mais non tu as pas compris, je n'ai pas de champignons, je veux bosser dans le tourisme !

- Non non, pas un fongicide, un fongécif, bêta !

- ??? C'est une insulte ? Ca se mange ? C'est sexuel ?

- Un fongécif, ça veut dire que tu arrêtes de bosser pendant un mois, six mois, un an, tout en continuant à percevoir ton salaire, et pendant ce temps on te laisse faire ta formation, à l'école, et après tu nous reviens, car ton âme immortelle nous appartient pour l'éternité.

- Hmm, donc mis à part le côté "école", qui est hors de question, c'est super intéressant, non ?

C'est à ce moment là que Girafa, ma Big Boss, est sortie de son bureau, curieusement situé à l'intérieur de celui de Naëlle (l'architecte d'Happy Time boit).

- Comment ça on parle de fongécif, David veut nous quitter ?!

- Hein mais non pas du tout, c'est Naëlle qui me parle de ça !

- Oui, exactement. J'ai regardé mon agenda, j'ai vu que j'avais du temps libre, alors j'ai eu envie de proposer un fongécif à quelqu'un, et c'est tombé sur David !

- Ah mais il fallait me demander, Naëlle, si tu veux vraiment faire partir des employés j'ai des noms à te proposer !

Et elles ont rigolé toutes les deux, sans que je comprenne vraiment pourquoi, parce que le niveau des blagues : zéro. Girafa est partie, et je me suis dit que j'allais en faire autant, surtout qu'avec tout ça ma pause touchait à sa fin. J'ai promis à Naëlle que j'allais me renseigner sur cette histoire de fongécif, oh oui alors, parce que les champignons, quelle horreur !

En sortant du bureau, j'étais tout songeur, à me demander si je n'allais quand même pas saisir cette chance en or de poursuivre mon désir fou de devenir "vendeur de rêve" (mais non, letudiant.com ne survend pas le job !), quand dans le couloir, j'ai croisé Girafa, "par hasard" (on ne me la fait pas à moi).

- Alors David, tu veux t'en aller, c'est vrai ?

- Beeen... Non, je voulais juste voir pour bosser dans le tour...

- Parce qu'en fait, je voulais te voir ! Voilà, j'aimerais te proposer une nouvelle promotion, un nouveau job moins stressant, pour lequel tu serais parfait puisque tu es un tel parangon de génialitude, et que tu sens tellement bon, et que ton corps de rêve semble avoir été taillé par les dieux ! Bien sûr, ça serait temporaire, tu pourrais arrêter à tout moment si ça ne te convient pas, mais au final ça serait pour t'offrir encore une autre promotion, et finalement voir si tu aimerais prendre ma place, voire celle du directeur ?

J'ai ouvert la bouche pour répondre... Et je suis parti en courant.

Parce que maintenant à cause de cette conne, je dois choisir entre : 1) suivre une formation pour faire un boulot qui pourrait potentiellement me plaire (glop), mais en arrêtant Happy Time pour aller suivre des vrais cours avec des vrais gens (super pas glop), ou 2) grimper les échelons d'Happy Time, donc rester dans une boîte où je m'éclate pour avoir un boulot un peu plus intéressant (glop), mais pour au final me manger le mur, parce que le jour où je me rendrai compte que c'était un job de merde et que ce que je voulais faire c'est du tourisme, il sera trop tard (super pas glop).

Et je suis très mauvais pour faire des choix (c'est d'ailleurs pour ça que j'ai une Magic 8 Ball et un Oui-Ja Board, mais j'ai peur que là ça ne m'aide pas).

L'art de se faire des nouveaux amis - 2 (blame it on the karma)

Aujourd'hui, j'étais en train de bosser quand j'ai vu arriver Salopa. Méfiance. Surtout qu'elle était encore avec fille que je ne connaissais pas, alors encore plus de méfiance, chat échaudé craint l'eau froide !Soulagement, elle accompagnait simplement cette dame pour lui faire profiter de sa réduction employée, alors que c'est farpaitement interdit, mais dans mon infinie miséricorde, j'ai fermé les yeux (surtout que bon, moi-même je passe un peu ma carte à n'importe qui, alors charité hôpital tout ça).

Le problème c'est que Grolourdo rôdait. Et une femme qu'il connaît, accompagnée d'une autre qu'il ne connaît pas, il n'en faut pas plus pour le lancer. Alors il s'est approché. Regard vers Salopa puis :

- Ah mais je vous reconnais, c'est vous qui tournez dans des films pornographiques !

Pouêt, pouêt ! Enfin non, personne n'a fait pouêt, il y a eu un petit silence. Et un sourire désolé de la part de Salopa.

- ... Je te présente ma mère...

J'ai bien mis cinq minutes à arrêter de rigoler.

L'art de se faire de nouveaux amis

À la lointaine époque (six mois déjà) où j'attaquais mon nouveau poste, ce que j'avais trouvé le plus bizarre c'est tous ces nouveaux collègues que je découvrais, alors que depuis un an je leur passais devant tous les jours, mais sans les voir, p'tin, mais on a les mêmes patrons, on marche sur le même sol synthétique en même temps, on se croise, mais on ne s'est jamais vus ? Trop wouah ! Un que j'ai tout de suite beaucoup aimé, c'est Grolourdo, qui passe son temps à faire des blagues super lourdes. Genre les jours où je bosse avec ma collègue Indienne très gentille mais un peu coincée du cul et qui ne parle pas encore très bien le français, il vient la voir pour a) lui apprendre un nouveau mot, aujourd'hui "fellation", ou b) lui demander si elle crie quand elle fait l'amour. Ho ho ho, Groulourdo, oh toi alors. Et je le trouve super drôle, dans son rôle de gros lourd obsédé (enfin, j'espère que c'est un rôle, parce que sinon, ça voudrait dire qu'il est juste lourd, et pas drôle du tout).

Un de ses jeux préférés, que j'ai découvert avant même de connaître son prénom, c'est "ce soir j'organise une orgie (comme toutes les semaines) !". La première fois qu'il a fait cette blague, en me demandant si ce soir je venais au château pour participer à la petite sauterie qu'il organisait, j'ai eu comme un blocage. Euh, c'est quoi ce mec ? Et il est sérieux là ? Après, je me suis vite rendu compte que c'était pour déconner. Ce que j'aime bien avec cette blague, c'est qu'il ne parle jamais ouvertement d'orgie, juste de "soirée au château". Après, chacun est libre d'y voir ce qu'il veut. Avec ma pureté virginale, j'ai d'ailleurs cru pendant des semaines qu'il parlait de bals masqués, si si, c'est vrai. Et de la même façon qu'on finit par adorer une chanson de merde qu'on entend toutes les deux heures à la radio (Madonna poweeer !), au bout de deux mois à bosser là, j'étais son plus grand fan.

Sauf que récemment, j'ai appris qu'il allait partir, ouin snif nooon, Grolourdo pars pas ! Alors un jour, pendant ma pause je suis passé le voir, pour profiter de ces derniers instants d'humour lourd. Il était en train de discuter avec Salopa, une vendeuse bonnasse mais un peu vulgos et qui parle toujours très fort. Ils déconnaient sur les soirées au château, que bien sûr on continuera à organiser quand il sera parti, maintenant qu'on est tous habitués à occuper nos soirées comme ça ! Alors j'ai participé un peu à la conversation, et du coup fait la connaissance de Salopa.

Après, je les ai laissés là et je suis sorti pour discuter avec des collègues qui étaient aussi en pause (et qui comme moi auparavant ne connaissaient pas Grolourdo). C'était chouette. Tous les gens que j'aimais bien à Happy Time, tous réunis au même endroit. J'ai discuté avec tout le monde, j'étais un peu le centre de l'attention, et ça ne me dérangeait même pas, oh yeah ! C'est pendant cette expérience sociale inédite et hors du commun que j'ai vu s'avancer Salopa avec une de ses copines. Elles rigolaient.

Je ne me souviens pas vraiment de ce qu'elle avait à me demander, peut-être dix centimes pour prendre un café, ou un mouchoir, bref on s'en fout. Non, ce dont je me souviens bien, c'est la façon dont elle m'a présenté à sa copine, avec un gros clin d'oeil, au milieu de tous mes collègues, et des passants, et de tout Paris, avec sa voix qui porte :

- Ah bah on n'a qu'à demander au charmant jeune homme, et puis tu vois lui aussi c'est un gros partouzeur !

Rain Man

À mon poste dans les bas-fonds d'Happy Time, à l'abris de tous les regards, je suis bien tranquille. Mais là n'est pas la question, non. Ce poste, comme tous les autres postes, est installé comme suit : un plan de travail où je peux poser mon 20 Minutes pour faire les mots fléchés, et où les clients (quand il y'en a) peuvent s'affaler, taper du poing pour montrer qu'ils sont pas d'accord, oublier leurs affaires ou asseoir leurs enfants.Et de chaque côté de ce plan de travail multi-usages à faire pâlir d'envie tous les designers d'Ikea, deux appareils, que j'appellerai "éléphants", pour bien montrer à quel point c'est difficile de ne pas les remarquer, et aussi parce que c'est tout cool les éléphants, et en plus en utilisant des noms de code comme ça, j'ai l'impression de faire un job glamour style agent secret, ou scientifique qui fait des recherches ultra-secrètes.

(Si besoin était, preuve que l'éléphant c'est trop cool et trop meugnon)

Deux éléphants, donc : un pour moi et un pour les clients. Le mien me sert à voir ce que je tape sur mon clavier, et celui des clients, si je fais bien mon boulot, ne leur sert à rien : ça leur dit à peu près la même chose qu'à moi, mais avec moins de détails. Or je suis censé tout leur expliquer comme à des demeurés, et du coup ils n'ont même pas besoin de faire l'effort de consulter l'éléphant, et ça me permet de parfaire ma diction, parce que je me suis rendu compte que quand j'écoute ce que je dis, même moi j'ai du mal à me comprendre, tellement j'articule pas.

Quand je suis à ce poste-là, j'aime bien jouer avec l'éléphant des clients. Je le fais tourner sur lui-même, je lui offre une vraie vie, il fait des choses et de vit de bien belles histoires. Je pourrais aussi jouer avec mon éléphant à moi, mais ça serait beaucoup moins drôle, déjà parce que c'est mon outil de travail, si je l'abîmais je serais bien embêté, en plus je suis sûr que c'est interdit de jouer avec l'éléphant des clients, alors j'ai un peu l'impression d'être un rebelle.

Et puis c'est moins gênant si je casse l'éléphant des clients, parce que de toute façon comme je l'ai dit, il ne sert à rien. Sauf ce soir, où j'avais un client étranger, qui ne parlait même pas le français, trop la honte. Bien sûr, j'aurais pu lui parler en anglais, mais au moment de lui donner ses sous, j'ai trouvé plus malin de lui montrer l'éléphant du doigt, pour lui expliquer combien il allait recevoir. Et là, horreur, malheur, je me suis rendu compte que l'éléphant des clients avait disparu. Nooon !

Clopin-clopant, j'ai réussi à me faire comprendre, en machinant mon éléphant à moi pour lui montrer ce que je refusais de lui dire (parfois, je refuse de communiquer, c'est mon côté autiste), et dès qu'il a été parti, je me suis précipité dans le bureau à côté, pour leur faire part de mon désarroi :

- Mon éléphant des clients a disparu, aaaah, au secours !

Comico a levé les yeux et m'a calmement répondu :

- Ben oui monsieur Procellus, mais vous savez, ça fait au moins deux semaines qu'il est plus là.

- ???

- Vous aviez pas remarqué ?

Ben non. Je viens de le voir. Ca pourrait ne pas être grave, si je n'étais pas installé à ce même poste deux fois par semaine toutes les semaines depuis bientôt huit mois, avec rien d'autre à faire que de remarquer ce genre de petits trucs.

Je leur ai raconté à tous ma mésaventure, on a bien rigolé, ha ha, quelqu'un a piqué l'éléphant des clients, le con !, mais j'étais quand même sur le cul. Je suis retourné "bosser", et comme il n'y avait rien à faire, je suis rerereparti dans le bureau pour discuter avec Comico. Au bout d'un moment, j'ai remarqué une grosse tache verte dans un coin.

- Tiens, c'est nouveau votre énorme coffre vert chewing-gum, là ?

- Oulaaa... Non monsieur Procellus, ça c'est là depuis... depuis toujours je crois.

- Ooo... kay.

C'est à ce moment-là que j'ai commencé à me poser des questions. Est-ce que le moment ne serait pas venu de faire attention à mon entourage, d'ouvrir les yeux sur le monde et tout ça ? Je veux dire, ça fait bientôt deux ans que je bosse là, et je commence à découvrir des trucs qui se voient comme le nez au milieu de la figure, c'est peut-être pas normal ? Alors, pour ne pas risquer de faire une autre découverte choquante, genre "aaah, mais en fait je fais un job pourri ?!", je suis retourné dans mon coin, me balancer sur ma chaise, le regard dans le vague. Et je me suis calmé.

Mon sac de Joséphine

Tout a commencé le jour où en revenant du boulot, j'ai voulu vider mon sac à dos tout plein de mon bordel de la semaine pour le transformer en sac pour aller à la piscine. J'ai donc fait comme d'habitude : je l'ouvre en grand, je l'attrape par en dessous et je secoue. Et là, au milieu de ma bouteille d'eau, mon bouquin, mon cahier pour le jour où je deviendrai écrivain et où l'inspiration frappera tellement soudainement et n'importe où que j'aurai un besoin impérieux de coucher tout ce qui me viendra sur papier, mes stylos et tout ça, j'ai trouvé... un antivol d'Happy Time. Un gros galet (c'est comme ça que ça s'appelle, toi aussi, familiarise-toi avec les noms des antivols grâce à David), le truc blanc en deux parties qui se clippe dans les vêtements.

D'abord, j'ai trouvé ça cool, parce que j'avais toujours eu envie d'en rapporter un chez moi pour le disséquer et voir comment c'est fait à l'intérieur, qu'est-ce qui fait que ça sonne, c'est un aimant, c'est quoi ?, mais je n'avais jamais trouvé d'occasion, parce que piquer un antivol, ben... c'est pas forcément facile. Et là, hop, j'en avais rapporté un à la maison, comme un grand, et surtout, je n'avais pas sonné en passant les portiques de sécurité. Ce qui implique donc, deuxième point cool de cette anecdote, que mon sac agit comme une espèce de cage de Faraday, je peux y stocker n'importe quoi, et ça ne sonnera pas à la sonnerie, oh yeah !

La deuxième évènement bizarre, c'est le jour où j'ai trouvé des chewing-gums à la fraise en vrac dans son fond. C'est étrange, parce que je n'achète jamais de chewing-gums à la fraise, je n'aime pas tellement ça (bon oui, ça veut aussi dire que quand je trouve un truc bizarre au fond de mon sac, je le mets à la bouche pour voir ce que c'est, faites jamais ça chez vous les enfants, c'est super mal, hein !). J'ai trouvé ça curieux, mais je n'ai pas vraiment cherché plus loin. Après tout, une fois de temps en temps c'est pas si mauvais, on va pas se plaindre.

Et récemment, en cherchant ma bouteille d'eau ou mon portefeuille ou quelque chose dans le genre, je suis tombé à deux reprises sur des cigarettes, en vrac également. Or, je ne fume pas. Et oui, on est sûr que je ne suis pas tombé deux fois de suite sur la même cigarette, je l'avais enlevée la première fois.

Alors, plusieurs explications possibles à ces phénomènes (je suis sûr qu'on pourrait en faire un bon film, en tout cas moins chiant que celui de Shyamalan), mais je ne vais parler ici que des plus plausibles :

1. Mon sac est magique a une personnalité propre, et quand il s'ennuie, il fait apparaître des objets, aléatoirement, ce qui lui passe par la tête à ce moment-là (théorie que je préfère, parce que c'est assez cool, un sac magique);

2. J'ai été repéré par les narco-trafiquants qui essayent de faire de moi une mule, en commençant petit, pour voir comment je m'en sors;

3. Ca fait un mois que je me balade avec le sac de quelqu'un d'autre.

(Bon et sinon ça n'a rien à voir, enfin si, mais c'est super difficile de dénicher une photo de Joséphine Ange Gardien, sur le net, quand on tape "Joséphine" en recherche d'images Google, on ne tombe que sur des photos de la Beauharnais ou la Baker, non mais franchement qu'est-ce qu'on en a à foutre de ces deux-là ?)

Je pardonne mais je n'oublie pas (et je pique mes titres aux Corrs)

C'était il y a un an, jour pour jour. La fête de la musique 2007. Je m'en souviens comme si c'était hier. Normal, puisque c'est aussi le jour où mon père et ma marâtre ont essayé de me tuer. Ca à tendance à marquer. Ca faisait un moment que je ne les avais pas vus, alors ça promettait d'être une soirée bien sympatoche, riche en retrouvailles émouvantes et viriles accolades, pour célébrer le retour du fils prodigue. En plus, je venais d'être libéré une première fois de chez Happy Time, alors j'étais plutôt de bonne humeur, ça change.

Ce que j'avais complètement zappé, c'est que ce soir-là c'était la fête de la musique (oui bon on le savait déjà, mais c'est parce que je l'ai écrit au début du post, c'est tout). Par contre, lui et Marâtre s'en souvenaient bien et avaient tout prévu : on allait manger un petit morceau vite fait et aller se balader tranquillement pour voir tous ces gens qui chantent, tiens, l'année dernière y'en avait même un qui jouait du Hugues Aufray, c'était trop bien. À ce moment-là, je me suis dit que j'avais peut-être mal calculé mon coup. Aller chez mon père pour la fête de la musique et me retrouver embarqué dans une sordide histoire de promenade chiante pour écouter des orchestres de vieux chanter des trucs has been, c'est dire si la soirée s'annonçait terrible.

Pourtant, le dîner avait bien commencé : Marâtre avait préparé du bon poisson, sur lequel elle avait mis de la crème à fondre. Comme Papaprocellus et elle sont au régime, ils ont mangé le leur à la Spartiate : cuit à la vapeur, sans assaisonnement et avec les mains. Du coup, j'ai eu droit à une double ration de crème. J'étais plutôt content. Mais les repas de Marâtre ne durent jamais bien longtemps, et en un quart d'heure c'était fini.

La promenade pouvait commencer. On a marché dix minutes, et on est effectivement tombés sur un mec qui faisait du Hugues Aufray, et c'était chiant. Il y avait plein de vieux autour qui ne s'en rendaient pas compte, ils avaient même l'air de trouver ça bien. Heureusement que mon papa c'est le plus fort de tous les papas et qu'il n'aime pas Hugues Aufray, ça nous a permis de ne pas nous éterniser. On a marché encore un peu, on est passés devant des d'jeuns qui montraient que la techno c'est trop cool, que le rap c'est trop cool, et que la viole de gambe c'est trop cool aussi.

Comme en fait ça n'avait rien de cool tout ça, on a décidé de se rentrer gentiment, eux chez eux et moi vers mon RER. Et là, sur le chemin du retour, j'ai senti comme un violent coup de couteau dans mon ventre.

Aïeuh. J'ai regardé, je ne saignais pas, et mes boyaux ne pendillaient pas lamentablement derrière moi, comme une horrible de traîne de mariée sanguinolente. Enfin, pas encore. Mais putain, mon ventre !

J'ai assez rapidement compris ce qui m'arrivait. Soit la crème sur le poisson n'était plus fraîche depuis un bon moment, soit cette conne avait mis du citron ET de la crème, mais quoi qu'il en soit, le délicieux repas de tout à l'heure était en train de me tuer le bidou. Hmmm, me suis-je dit, il est temps de partir.

À force de marcher, on a fini par se retrouver à égale distance de chez eux et du RER. J'aurais pu leur demander de repasser visiter leurs toilettes une dernière fois, avant de rentrer. Mais non. Je suis fou. Je me suis pris pour un surhomme, j'ai pensé que ça n'était pas si horrible que ça, vingt minutes jusqu'à chez moi avec Tchernobyl dans mon côlon, ça va je sais me retenir quand même. Alors je leur ai dit au revoir, en serrant les fesses, et je suis allé prendre mon train.

Quand je suis arrivé sur le quai, j'ai compris que j'avais fait une erreur. Mes boyaux continuaient de s'autodétruire, il n'y avait pas de toilettes disponibles avant longtemps, j'étais perdu. Bien entendu, j'étais debout, je n'aurais pas pu m'asseoir sans risquer d'exploser. De chez mon père à chez moi, il y a dix minutes de RER. Et pendant tout le trajet, dans mon wagon bondé, j'ai ressenti chaque vibration, chaque accélération, chaque coup de frein. Le plus important c'était de rester tranquille et d'éviter tout mouvement brusque. Ce connard de chauffeur ne l'entendait pas de cette oreille. Alors, je me suis concentré. Tenir. Tenir jusqu'à la maison. Ou au prochain bosquet (en préférant quand même la maison, mais on verra en temps voulu).

Quand le train s'est arrêté à Vincennes, je suis descendu, en évitant toute précipitation, mais en ne traînant quand même pas trop, parce que voilà quoi. J'ai marché, d'un pas décidé, posé mais nerveux, en sentant la réaction en chaîne provoquée par ce petit morceau de crème qui continuait son ouvrage destructif à l'intérieur de moi. Et plus j'approchais de la maison, pire c'était. Encore cinq minutes jusqu'à destination. Aucune possibilité de s'arrêter en route : à Vincennes après dix heures, il n'y a plus rien, aucun café, aucun bar, aucun buisson. Alors j'ai dû lutter, tenter coûte que coûte de faire gagner l'esprit sur le corps.

En attendant l'ascenseur, j'aurais pu pleurer, avec mon alien dans le ventre qui menaçait de sortir. Quand les portes se sont enfin ouvertes sur mon troisième étage, j'avais les clefs à la main, la ceinture et les boutons de mon jean défaits, en espérant que je n'allais croiser personne dans cette posture délicate. Euuuh... Non madame Voisine, je ne me touche pas dans l'ascenseur...

J'ai violemment ouvert et claqué la porte, et comme dans Olive et Tom, je me suis jeté au ralenti sur la salle de bains, qui heureusement se trouve juste à côté de l'entrée. J'étais sauvé.

C'est la luuutteuh finaaaleuh

Je l'ai remarquée en revenant de ma pause déjeuner. Elle était placée l'air de rien entre la pointeuse et la machine à café (zone stratégique s'il en est), et tout le monde avait l'air de trouver ça normal. Je crois que j'étais même le seul à la regarder.Pourtant, j'étais à peu près certain de ne jamais l'avoir vue avant, parce que quand même, je l'aurais remarquée : une vraie urne comme dans les vrais bureaux de vote, c'est le genre de truc qui ne m'échappe pas. Alors je me suis frayé un chemin au milieu de ces traîne-misère qui faisaient la queue pour se payer un café dégueulasse à la machine, et je me suis approché de la note qui expliquait ce que faisait cette urne ici (Ha ! C'est pas si normal, s'ils ont besoin de l'expliquer !), en sirotant mon Caffé Moka Blanc de chez Starbucks, parce que nous n'avons pas les mêmes valeurs.

Hmmm, alors c'est les syndicats (ces chiens qui poussent nos ratépistes à faire grève) qui organisent un grand sondage, pour savoir à quel point les responsables du magasin mettent tout ce festival et toute cette pression sur les employés pour leur faire vendre des cartes Faistoimettre aux clients, et on doit glisser nos réponses dans la boîte. C'est vrai qu'ils sont assez lourds avec ça les responsables, surtout Jézabel : à chaque fois qu'on la croise, elle passe dix minutes à nous dire qu'il faut absolument qu'on en place, allez Denis David, c'est facile, quand les gens viennent récupérer leur argent, hop tu en profites pour les envoyer prendre un crédit au service adhésion ! Ben tiens. Et qu'on a des réunions pour nous dire que la carte c'est trop bien, et nous expliquer les mensonges qu'il faut raconter aux clients pour les convaincre de se faire enculer à sec et avec des graviers, et nous motiver, parce qu'on ne le sait pas, mais vendre des cartes Faistoimettre, c'est tout ce qui nous manquait pour être heureux.

C'est bête, parce que je ne veux pas mettre le plus petit doigt dans le terrible engrenage du syndicalisme, après ils viendront me voler mon âme jusqu'au fond de mon lit et ils m'empêcheront de devenir Maître du Monde, mais pour le coup, j'aurais bien aimé donner mon avis sur la façon dont ils nous harcèlent avec leur putain de carte de merde. En plus j'étais presque en retard, alors j'ai terminé mon gobelet et je suis retourné bosser.

Je me suis souvenu que j'avais de la chance, parce qu'une des filles avec qui je travaille aujourd'hui est à fond les bananes dans le syndicat, et en plus elle est bête comme ses pieds. C'est l'occasion, je serai le larron. J'ai donc habilement manipulé ce faible esprit : en lui parlant des nouvelles directives qu'on a reçues, j'ai amené la conversation sur les chefs, et la façon dont ils nous font chier avec la carte. Elle était mûre, il n'y avait plus qu'à laisser le fruit s'écraser mollement au pied de l'arbre.

- Tiens d'ailleurs tu as vu, ils font un sondage à l'entrée du personnel, au sujet de la carte !

Bingo.

- Hein, quoi, qu'entends-je, un sondage ? Oh ben non alors, ce que tu me dis me fait tomber des nues, quel dommage, je ne suis pas passé par là aujourd'hui, j'aurais bien aimé voir de quoi parlait ce sondage, que diantre !

- Oh ben bouge pas, je vais t'en chercher un, tu pourras le remplir tranquillement !

Hin, hin, hin, ai-je ricané dans ma barbe, en me frottant les mains de satisfaction.

Elle est revenue avec son papier, et j'ai attendu qu'elle s'en aille pour le remplir, parce qu'un questionnaire comme ça, c'est un peu intime. Alors : nom, facultatif, ça tombe bien. Prénom aussi, c'est encore mieux. Parce que je suis courageux, mais quand même pas téméraire. En bon petit paranoïaque, j'ai coché toutes les cases en vérifiant en permanence qu'aucun de mes chefs n'était dans les parages. Et en arrivant à la fin, j'ai commencé à réfléchir.

Merde, comment je vais faire maintenant ? Tout le monde va me voir, surtout les chefs, l'urne est juste devant la porte où ils sont toujours à fumer leur clope quand je m'en vais, s'ils me voient mettre mon questionnaire dedans, ils vont savoir que j'ai des choses à leur reprocher, alors que c'est surtout après Jézabel que j'en ai, mais je suis physiquement incapable de délation, alors je vais tous les mettre dans le même panier, et ils vont se liguer et faire de ma vie un enfer ! Bien sûr, je pourrais le mettre dans mon sac et le remettre demain en arrivant, il y a toujours moins de monde à ce moment-là, mais je me connais, si je range un truc dans mon sac, je me souviendrai qu'il était là dans six mois, en tombant sur son cadavre en putréfaction. Non, le plus simple c'est de le garder à la main, comme ça je suis sûr d'y penser. Mais quand je vais passer par le bureau pour partir, ils vont voir ce que je tiens, et on se retrouve à la case départ, aaah ! Mais pourquoi est-ce que j'ai voulu remplir cette merde ?! Heureusement, je suis un esprit plus que brillant. J'ai eu l'idée de plier la feuille, et de la glisser dans ma poche, à côté de la carte de pointage. Eh, fallait y penser hein !

En plus, en arrivant devant la porte, je me suis félicité de ce plan judicieux : l'urne est juste à côté de la pointeuse, je vais pouvoir glisser mes réponses l'air de rien, en pointant nonchalamment, pendant que comme prévu, ils sont tous à un mètre en train de fumer et discuter. Pom-pom-pom...

Sauf que merde. J'avais pas prévu que l'urne est une vraie urne. Je pose mon questionnaire sur la fente, mais il faut aussi que j'actionne le levier, pour qu'il tombe dedans. Alors, au milieu du hall bondé, à deux pas de mes responsables qui me tannent, j'ai poussé la manette. DING ! A voté. C'est passé inaperçu, bien entendu.

La Mouche

La loi est dure, mais l'aigle ne chasse pas les mouches.MC Solaar

Comme l'été est vraiment une saison formidable, aujourd'hui il y avait une mouche chez moi. Comment je m'en suis rendu compte ? Oh, de façon très naturelle, en allant faire mon petit pipi. J'ai ouvert la porte de la salle de bains, parce que chez moi, les toilettes sont dans la salle de bains (si si, ça vous intéresse). Tout impatient de me soulager, j'ai soulevé le couvercle des toilettes, et comme je la dérangeais c'est là qu'elle s'est manifestée.

Grand moment d'héroïne de cinéma : quand je l'ai vue s'envoler, énorme et laide, j'ai sursauté et bondi en arrière, en poussant un cri suraigu : "ahiiii, une mouuuuche, là, là, mais faites quelque choooose, à moiii !", tout en ayant bien conscience que non, personne n'allait venir à mon secours, j'étais seul face à mon enfer. Bref, une de ces expériences dont on ressort grandi.

La gourdasse attitude ne s'arrête pas là, ça serait trop beau ! Parce qu'avant, je pensais avoir peur des papillons de nuit : c'est moche un papillon de nuit, ça a l'air vicieux, ça ne sort que la nuit, c'est gros et les tueurs en série les coincent dans la gorge de leurs victimes. C'est plutôt logique de ne pas être fan. Mais aujourd'hui, je me suis rendu compte que j'avais à peu près la même réaction face à la mouche : elle a un vol complètement erratique et aléatoire, elle se nourrit d'excréments, et à la façon dont elle frotte ses petites pattes avant, on sent qu'elle prépare un sale coup. Ouais, bon, on justifie sa peur des mouches comme on peut hein...

Mon souci avec les insectes, c'est que dès qu'ils sont un peu plus gros qu'un moustique, je n'ose pas les tuer. Je sais qu'ils ont un gros corps qui va faire shblouarch quand on l'écrasera, qu'ils agoniseront en faisant du bruit si je les attaque à la bombe, et que si je les rate, ils reviendront se venger la nuit avec des grands couteaux.

Et donc là, avec mon énorme mouche coincée dans la salle de bains, j'avais un gros problème. Je me suis calmé et j'ai rapidement fait le tour de mes options. Je peux essayer de lui donner un grand coup de serviette, le problème c'est que je dois m'essuyer avec, et il est hors de question que je m'enveloppe dans quelque chose qui a servi à tuer une mouche, surtout qu'avec la chance que j'ai, elle va se coincer dans une des bouclettes, mourir là trèèès lentement, et tout à l'heure je vais me la frotter dessus et aaaah ! Donc non, pas la serviette.

Je peux, euh, essayer de l'asphyxier avec ma bombe de Brise Fraîcheur Muguet, mais non, ça va sûrement pas la tuer, elle est trop grosse (genre, genre elle faisait au moins cinquante centimètres, je suis sûr !), et elle risque de tomber quelque part, d'agoniser pendant des heures par terre dans un coin et je verrai pas où et ça sera absolument horrible, ne pas savoir, c'est le pire.

J'ai envisagé d'aller chercher l'aspirateur, de le pointer sur elle et de le mettre en route d'un coup pour la faire disparaître sous des tonnes de poussière, mais... nan hein, ça marche avec les gros insectes lents, mais les mouches, bof.

C'est en voyant le couvercle des toilettes encore ouvert que j'ai eu cette idée purement géniale, c'est du sang napoléonien qui coule dans mes veines, pour penser à ce genre de trucs. Ah, on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, hein ?

J'ai soigneusement refermé la porte de la salle de bains, au moins, on sait où elle est, il vaut mieux boucler le périmètre. Je suis allé dans la cuisine, je savais exactement ce dont j'avais besoin. J'ai attrapé la bouteille de sirop de grenadine, et j'y suis retourné.

Mon plan machiavélique était sans faille. Je vais verser du sirop dans les toilettes. La mouche, attirée par ce doux nectar, ne manquera pas de se poser sur l'émail de la cuvette. C'est là que je déclencherai sur sa misérable carcasse un déluge tel qu'aucune mouche n'en a jamais vu. Ca ne pouvait pas rater.

Enfin, si elle avait effectivement été attirée par le sirop de grenadine, ça n'aurait sûrement pas pu rater. Parce que là, elle tournoyait gaiement au dessus de ma baignoire, ignorant le mets délicat que je lui avais déposé, en plus directement dans le chiotard, fallait vraiment qu'elle soit conne.

Je commençais à désespérer, surtout que je n'avais pas encore fait ce pour quoi j'étais venu au début de cette longue, trop longue histoire. C'est d'ailleurs pour ça, pour pouvoir enfin pisser, que j'ai laissé la porte ouverte. Elle est sortie, et j'ai pu faire ma petite affaire.

Après avoir tiré la chasse et m'être lavé les mains, parce que je suis un garçon propre, je suis allé ranger la bouteille de Teisseire, parce que le sirop de grenadine à côté du Canard WC, on aurait pu s'imaginer que je fais de drôles de choses. C'est là que j'ai retrouvé ma copine, qui avait réussi à se coincer entre le store et la fenêtre de la cuisine. Pov' conne. Tu m'étonnes que ton peuple ne prendra jamais le pouvoir sur Terre.

Cette fois-ci ça a quand même été beaucoup plus simple : ça ne m'a pris que cinq minutes pour la libérer de sa prison de rotin et lui faire comprendre que si j'avais ouvert la fenêtre c'était pour m'en débarrasser sans violence (parce que la violence, c'est très mal). C'est ainsi qu'elle a pu retourner vers ses copines, pour leur chanter les louanges de ce géant qui l'a nourrie, hébergée et sauvée d'une mort atroce. À l'heure qu'il est, je suis sûrement devenu le Dieu d'une colonie de diptères. Enfin bref, encore une journée bien remplie.

Mon jambon star

C'était jeudi dernier, je rentrais juste de vacances. Une de mes premières clientes de la journée s'est approchée, et je l'ai accueillie avec un grand sourire, pour essayer de me donner une contenance.Un peu comme aujourd'hui, quand je me suis occupé du monsieur qui n'avait pas de mains, mais juste des moignons avec lesquels il manipulait son portefeuille et toutes ses affaires, et qu'il a fallu que j'accroche son sac à son poignet inexistant, en essayant de ne pas regarder trop fixement ou de me demander ce que je voyais exactement : est-ce qu'il est amputé au niveau des poignets ? Des coudes ? Mais qu'est-ce qu'on voit au juste, c'est quoi cette extrémité de bras qui bouge toute seule ?! Je n'ai pas arrêté de sourire. Même si tout le temps qu'il a été en face de moi, mon esprit essayait de ne pas vomir ou hurler ou pleurer ou se jeter contre les murs pour ne plus voir, ou un peu des quatre en même temps, je lui ai souri, l'air de rien, genre, "ah bon ? Vous n'avez pas de mains / d'avant-bras ? J'avais pas remarqué !".

Eh bien la semaine dernière c'était le même genre de plan, mais sur un registre un peu différent. Je l'ai vue arriver de loin, parce que c'était difficile de ne pas, avec son mètre quatre-vingt, ses quatre-vingt-dix kilos et une carrure à pouvoir étrangler des ours à mains nues. Elle avait une coiffure improbable, avec des longues mèches noires de plein de longueurs différentes, une frange à la Ugly Betty, des grandes lunettes opaques qui lui bouffaient la moitié du visage (mais qui étaient parfaitement justifiées, parce que, ouh, la luminosité à Happy Time, protégeons nos yeux !). Niveau fringues, c'était le même assortiment bizarre, une jupe longue à froufrous, une veste en cuir pleine de pin's, ouverte sur un décolleté pigeonnant, pieusement caché une croix de vingt centimètres sur dix. Le bon vieux look trashy-gothico-bigot qui passe partout, une espèce d'Harajuku Girl qui se serait habillée dans le noir.

Là encore, en bon professionnel, j'ai souri poliment, et fait ma petite affaire sans juger (enfin si, mais sans le montrer). Le problème, c'est qu'une fois qu'on en a eu fini, elle ne partait pas. Elle avait tout rangé, sa carte, ses sous, ses machins, mais elle continuait à fouiller dans son sac. Toujours en bon professionnel, je suis resté sage et immobile. Peut-être que si je ne parle pas et que je ne bouge pas, elle va oublier que je suis là et s'en aller ?

Mais non, en fait elle n'avait pas oublié (mémoire d'éléphant !). Elle était tellement satisfaite de son remboursement qu'elle voulait me faire un cadeau. Oh non madame, je n'ai pas le droit, vraiment, allez si vous insistez vous pouvez, mais c'est bien parce que c'est vous ! Sauf que tu parles d'un cadeau.

- Tenez... Gmpffff C'est ma carte visite. Oui parce que je suis mannequin (!!!). Alors je vous laisse ça, vous pourrez vous vanter auprès de vos collègues ! Ben oui, c'est toujours flatteur de dire "j'ai parlé à un mannequin (et elle faisait pas loin du double de mon poids)". Oh mais vous savez, je vous la donne pas pour vous draguer hein, non (là, elle se met la main entre les seins et me montre sa croix) : j'ai fait voeu de chasteté depuis deux ans !

- Euh... Oui... Merci... C'est très gentil... Euh... Il faut partir maintenant...

Après son départ, j'ai attrapé le cahier de liaison, qui nous sert à raconter nos malheurs, comment les vendeurs c'est trop des salauds de pas faire leur boulot, et les clients ils veulent ça et ça, alors peut-être qu'on pourrait blah blah et ouin ouin ouin... J'y ai raconté mon expérience, histoire de partager avec mes collègues ce moment intense. Pour leur montrer que je suis quelqu'un de formidable qui ne ment jamais, j'ai collé la carte de visite, en précisant bien que "madame machin, mannequin alternatif, m'a laissé sa carte. Si quelqu'un veut aller voir son site, parce que moi, ça va aller merci".

Et aujourd'hui, j'ai croisé un de mes chefs, avec qui je m'entends bien.

- Ah David, je viens de lire le cahier de liaison, j'ai vu ton mot...

- Hi hi oui oui, c'était une grosse habillée comme un sac, et...

Il m'a coupé, d'un ton glacial :

- Oui, ça n'était pas vraiment en rapport avec le travail. Le cahier de liaison ne sert pas à ça.

Comme quoi c'est faux, ça n'impressionne personne de savoir qu'on a parlé un mannequin. Ou alors, il est allé voir le site. C'est pour ça qu'il est fâché.

Souvenirs de vacances danoises

En bon petit pédé honteux, un seul de mes parents est au courant de mes pervers penchants homosexuels (mes PPH, ou pipiètch, pour les amoureux des acronymes) : Papaprocellus. Quand je lui avais dit, au cours d'un repas, je crois qu'il l'avait plutôt bien pris :

- Ah... et j'imagine que maman n'est pas au courant ? Ouais, c'est pas plus mal... Bon et sinon, tu veux quoi comme dessert ?

Je crois bien que j'avais pris de la tarte au citron. Et donc non, pour plein de raisons, maman n'est pas au courant, et en effet c'est tout aussi bien comme ça : tout le monde s'accorde à dire que ça n'apporterait rien qu'elle le sache, et ça m'arrange bien (hein quoi lâche ?).

Mais en revenant de Copenhague, je me suis rendu compte que ça pouvait parfois poser des petits problèmes. Déjà, j'ai été obligé de passer certains instants sous silence, parce que "et le samedi soir on est allés faire un tour au sauna, putain ils sont chauds les Danois !", c'est pas le genre d'anecdotes que Mamanprocellus approuverait, ah ça non alors. Du coup, elle a dû avoir l'impression qu'on n'avait rien foutu (ce qui n'est pas entièrement faux).

J'ai aussi dû faire un rapide tri dans les photos, parce qu'il y a des choses qu'elle n'avait pas besoin de voir, genre "et là sur cette photo je mime une fellation avec ma paille, et là je fais semblant de me faire enculer par la statue, regarde c'est rigolo !". Il est vrai, c'est rigolo. Mais Mamanprocellus, en plus d'être un peu réac', a un sens de l'humour plutôt limité. C'est pour ça que j'aurais peut-être dû trier en faisant plus attention.

On était en plein diaporama, "ah ça c'est la petite sirène, ça c'est une autre statue moche, ça c'est moi qui mange, ça c'est un lapinou qui faisait du saut d'obstacles", quand soudain. (Hop, je vais à la ligne, ça fait encore plus de suspense)

C'était au beau milieu des photos prises dans l'Ørstedsparken, un joli parc en plein centre ville où ça drague en permanence, près des arbres la nuit, et dans les toilettes la journée. "Ca c'est moi qui bronze, ça c'est le lac, et ça... euh... ça... bah... comment dire ? Ben c'est une statue de deux mecs qui ont l'air de s'enfiler copieusement, quoi".

Vacances danoises (4)

Ce qui est bien au Danemark, c'est que c'est un pays nordique, peuplé de fiers Vikings. Du coup, un mec sur deux est une pure bombe de la mort qui tue, et l'autre moitié, ben... c'est des bombes normales. Et comme il faisait super chaud pendant qu'on y était, il se baladaient tous torse nu, alors on a assisté à un véritable festival d'abdos et de pecs parfaitement dessinés, avec tout plein de mecs ni trop musclés, ni trop crevettes, ni trop gym queens ni trop rien. À Copenhague, à chaque coin de rue, à chaque terrasse de café, chaque sortie de métro, on tombe sur un mannequin Abercrombie, à tel point que ça en devient presque louche. Pour l'instant, la théorie la plus plausible c'est que vers treize ou quatorze ans, les Danois moches sont offerts en sacrifice aux Danois beaux, qui les mangent pour fabriquer tous ces jolis muscles qui plaisent tant aux touristes. Mais voyez Odile.

Contre les matins difficiles

J'ai des amis formidables. Pour fêter mon glorieux retour des hostiles territoires du nord, l'un d'eux a décidé d'organiser une petite fête en mon honneur, vendredi soir prochain. Enfin, j'aime à penser qu'il l'a organisée pour ça, même si une partie de moi sait bien que ça n'a rien à voir, et que je ne suis qu'un invité parmi tant d'autres.Mais bon, dans le petit monde que je crée dans ma tête, tout tourne autour de moi, même les soirées. Et dans ce monde, je suis empereur et je pratique avec succès la télékinésie et la pyrokinésie. C'est chouette. Mais je digresse.

Le problème, c'est que vendredi, j'aurai repris le boulot, et qu'on n'a pas tous la chance de se toucher la nouille dans un bureau du lundi au vendredi et le samedi c'est repos. Quand on a le malheur de travailler dans le commerce, le samedi, on n'y coupe pas.

Or, si je bois comme un trou vendredi soir (enfin, "si"...), il y a des chances que j'aie une tête de cul le lendemain matin, dans le meilleur des cas. Alors pour éviter la gueule de bois du samedi au boulot, qui est le jour où les chefs et les clients sont super lourds, j'ai trouvé un super système, si si, un truc carrément génial : ne pas y aller ! Tadaaah !

Ca ne règle qu'une partie du problème : vu que j'aurai à peine recommencé à bosser, ça va être difficile de reprendre une journée de congés comme ça, surtout en m'y prenant trois jours à l'avance. Mais ça me laisse jusqu'à mercredi pour trouver une excuse, un impératif de dernière minute (l'impératif du samedi... en plus on n'a jamais dû leur faire...), parce que "dites, je pourrais avoir mon samedi, pour pouvoir me mettre minable vendredi soir ?", je doute que ça passe.

Par contre, ça va être difficile : pour le moment les seuls trucs auxquels je pense sont de l'ordre de "la cousine au second degré de ma grand-tante par alliance est morte, on l'enterre samedi", ou "il faut que j'aille faire castrer ma licorne en urgence, et le vétérinaire n'avait que samedi à me proposer". Mais j'ai confiance. Je sais mentir.

Vacances danoises (3)

Présentée en exclusivité mondiale par mon ticheurte et ma main qui n'est pas un rabot à merde, la première (et probablement dernière) vidéo de ce blog, pour toi lecteur, ouais, t'es content hein ? Alors je sais, c'est moche, je parle trop vite, je n'articule pas, mais d'un autre côté, je suis pas vraiment acteur, encore moins cinéaste, alors permettez-moi de vous emmerder bien chaleureusement.

Et pour répondre aux critiques éventuelles, non, je ne suis pas comme ces petites mamies qui comptent encore en anciens francs, c'est juste que c'était beaucoup plus pratique de raisonner comme ça.

Vacances danoises (2)

Le danois n'est pas une langue facile, contrairement aux apparences. Surtout quand on a pris allemand en LV2 au lycée, comme moi : on a l'impression que ça se ressemble, mais en même temps ça n'a rien à voir, alors on est complètement perdu et c'est horrible.Du coup j'ai fini par acheter un magnifique petit dictionnaire de poche fransk / dansk (ça veut dire "français / danois", comme ça hop hop, vous avez appris deux mots, merci qui ?), parce qu'il y avait des mots impossible à deviner, même avec la meilleure volonté du monde.

Grâce à mon petit dico, j'ai découvert que leurs lettres bizarres -genre les å et les æ- ne font pas partie de l'alphabet traditionnel. Ce qui veut dire que les mots en å ne se trouvent pas rangés avec les mots en a normaux, mais tout à la fin. Ca donne un alphabet voyellique du style a-e-i-o-u-y-æ-ø-å. Ils sont fous ces danois.

Par contre, même avec l'aide du dictionnaire, il y a des trucs impossibles à comprendre, comme les publicités. Si ça se trouve, ils proposent des produits super inutiles que j'aurais voulu rapporter dans mes bagages à tout prix, mais là... Des affiches de ce genre, ça laisse plutôt perplexe.

Non mais c'est vrai, qu'est-ce qu'ils vendent ? Un lustre ? Une assurance ? Un forfait de téléphone ? De la lessive ? Des putes ? Et finalement, opmærksomheden ou pas ? Bon ok, c'est peut-être aussi parce que j'ai eu la flemme de regarder après avoir acheté le dictionnaire, mais ça n'en reste pas moins une langue incompréhensible.

Vacances danoises

Pour échapper à la brusque montée des températures et à ce putain d'été précoce qui fait ressortir ma dépression saisonnière, j'ai réussi à convaincre Lapin d'aller au Danemark. Et oui, c'est comme ça, je vous crache mon argent à la gueule en déballant mes excès vacanciers, c'est aussi ça Procellus.Normalement, je voulais aller en Suède, mais c'est quand même un peu plus cher (et puis le seul sauna gay de la ville a fermé, alors aucun intérêt). Du coup il a fallu trouver une autre solution à la fois fraîche et économique, et c'est Copenhague qui l'a emporté.

Ceci dit, pas de beaucoup, puisqu'en sortant de l'aéroport, en voulant prendre le métro vers la ville on a failli se retrouver dans le train pour la Suède, ce qui aurait été relativement ballot, faut bien l'avouer. Mais c'est leur faute aussi, les deux sont presque sur le même quai, ça prête à confusion -surtout quand on ne parle pas un mot de danois. Et en plus on a même failli passer les vacances à l'aéroport (Tom Hanks power !) : pour faire nos kékés on a essayé d'acheter les tickets de métro au distributeur, et pour comprendre leur système de zones et de couleurs et de machins, c'est pas bien facile, encore moins quand la machine ne parle même pas anglais.

Comme on est très forts, on a réussi à vaincre leurs traîtres obstacles et leurs pièges grossiers, et à nous Copenhague, sa mère la pute ! On a même pu voir la petite sirène, pas celle de Disney, la vraie, qui ne porte pas de soutif et qui finit transformée en écume, pour montrer à toutes les petites filles que quand on est trop exigeante, ça finit toujours mal.

Le seul petit bémol de ces vacances, c'est que de mémoire de Danois, on n'a jamais vu un mois de mai aussi chaud. Et tout le monde n'a pas arrêté de se réjouir pour nous, "oh mais c'est génial il fait le même temps qu'à Paris ? Vous en avez de la chance ça doit être agréable !". Bande d'åndssvager.

Vrrroum... Vrrroum...

En ce moment grâce à ma console, je peux assouvir mes plus mâles instincts, et satisfaire mes besoins de vitesse : toute la journée, je joue à GTA, je bute du pédé, je pique des caisse, je vais me détendre dans des clubs de strip-tease, et je conduis comme un porc dans les rues de Liberty City, en me grattant les couilles avec la main qui ne tient pas la manette. Non, je déconne. GTA IV, c'est beaucoup trop violent pour mes yeux délicats. Alors pour calmer mes envies de vitesse et de violence, je fais crisser les pneus de ma moto à Mario Kart Wii. Je les fume tous, ces petits enculés de leurs mères sur leurs karts pourris, je leur fais mordre la poussière, je les enrhume avec mes déplacements d'air, je suis une tigresse, une panthère, une comète que rien n'arrête ! Parce que oui, mes mâles instincts, apparemment, s'assouvissent uniquement si je joue avec Peach. Et une moto.

Ca a été un peu dur à vivre au début, de n'arriver à bien jouer qu'avec une princesse rose bonbon, et puis finalement, on s'y fait. Surtout qu'au boulot on me prend pour un champion de tecktonik, alors à choisir je préfère encore être une princesse dans le monde virtuel.

Du coup, je fais avancer mon petit alter ego moulé comme une chienne dans sa combinaison en cuir, avec un petit cul à faire pâlir d'envie Lara Croft et compagnie, en agitant le poignet comme un malade pour faire les petits sauts (Mario Kart, un jeu de branleurs, ha ha ha, sacré David), même qu'à la fin d'une course j'ai presque mal à la main. Mais c'est une douleur exquise, ça veut dire que pour une fois, ils ont fait un jeu bien sur Wii (à part Zack & Wiki) !

Par contre il y a un petit problème (en plus du volant qui n'est pas pratique du tout). Déjà, il y a le fait que j'avais débloqué plein de trucs chez Lapin, parce que c'est son jeu. Des heures d'amusement, hein. Et comme finalement je suis reparti avec le jeu chez moi (chuuut), je dois tout me retaper, depuis le début. Encore plus d'heures d'amusement...

C'est là qu'on en arrive au vrai problème. Parce qu'à force de passer mes journées en immersion totale dans Mario Kart, à secouer la moto sur les dos d'ânes pour avoir des petits boosts, l'autre soir sur mon vélo, à plusieurs reprises j'ai eu comme une furieuse envie de secouer le guidon quand je passais sur des ralentisseurs.