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La vérité si je mens

9 mars 2010

Quand j’ai commencé ma carrière à Happy Time, on nous avait prévenus : au début ils nous donnent une carte de pointage provisoire toute moche, quand on veut pointer avec ça nous envoie bouler en nous disant “badge non valide”, et il faut attendre un mois pour avoir une vraie carte, qui donne les pleins pouvoirs.
Les pleins pouvoirs, ça veut dire “15 à 25% de réductions sur presque tout le magasin”, ce qui fait qu’en tant qu’employés, on paye à peine plus cher que si on achetait le même article ailleurs, sauf qu’en plus tout le monde a le droit de mettre son nez dans ton sac, du caissier au vigile. Vous n’imaginez pas le nombre d’employées qui m’ont payé leurs serviettes hygiéniques en comptant sur ma discrétion… Mais à ma décharge, le commérage est la seule arme efficace contre un boulot tût pûrri. D’abord, euh !

L’autre jour, alors que je discutais grossesse et dilatations utérines (yukkkk) avec ma collègue, un mec qui ressemblait grossièrement à ça :

s’est approché, sa carte provisoire à la main. J’ai dû bredouiller un truc intelligent du genre “krpfsdticsufdj”, et du coup il m’a expliqué qu’il voulait payer.
J’ai essuyé toute la bave que je venais de faire couler sur mon téléphone pour appeler les ressources humaines, et savoir si malgré sa fausse carte, j’avais le droit de lui faire ses réductions.
Ils m’ont donné le feu vert, ce qui m’a un peu attristé : je me voyais déjà lui dire non, et par un enchaînement dont je ne me souviens plus trop mais qui m’a semblé tout à fait logique sur le coup, on se serait retrouvés à forniquer comme des sauvages sur ma caisse, en se criant des trucs en allemand.

Mais bref, rien n’est arrivé, il a payé et est reparti vers le midi (le midi).

Quelques jours plus tard, quelle ne fut pas ma surprise dis-donc, alors que je me baladais dans le magasin avec Lapin, pendant ma pause déjeuner, de retomber sur mon bellâtre, à la caisse d’une de mes collègues toute zélée !

En un coup d’œil, j’avais analysé et compris la situation. Il veut payer avec carte provisoire. Elle est en train d’essayer de joindre les RH (dans notre jargon, ça veut dire “Ressources Humaines” : le R de Ressources, et le H de Humaines -> RH. Trooop fort !), or on est samedi, elle n’a aucune chance d’y arriver, donc elle ne pourra pas donner satisfaction à ce beau gosse, il faut que j’intervienne !

Je me suis glissé derrière elle, non sans avoir adressé un petit signe de tête à mon étalon : “eh, eh, t’as vu monsieur, c’est moi y vais te sauver !”
Tout auréolé de mon statut de supérieur de cette petite caissière de crotte, je lui ai dit, de mon ton le plus paternaliste : “non mais c’est bon, je le connais, tu peux lui faire la réduc”.

Tout gênée, parce que ça n’est pas la procédure, elle m’a demandé si j’étais sûr.

C’est là que tout a foutu le camp.
Mon cerveau a eu comme a un haut-le-cœur, et a roté ce vieux souvenir de mes tendres années. J’ai encadré mon nez avec mon index et mon majeur, tendus pour pointer vers chacun de mes yeux.
Je l’ai regardée bien en face, et le plus sérieusement du monde, pour impressionner mon homme, le beau gosse et asseoir ma supériorité, j’ai lancé un retentissant :

- Parole de sorcière.

Parfois, c’est difficile d’être moi.

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Confessions intimes

23 janvier 2010

En ce moment au boulot, j’apprends l’injustice. Après avoir cassé du sucre sur le dos de plein de collègues -alors que c’était mérité, après avoir ouvert la bouche trop souvent en disant à ma big boss que certaines de ses idées étaient “pourrites”, après avoir colporté des rumeurs dont certaines étaient parfaitement fondées, j’ai eu la surprise d’être puni.
Moi.
Non mais je crois que je rêve ?

Bien sûr, il n’y a rien eu d’officiel, non. Mais petit à petit, je me suis rendu compte que la nouvelle blonde à gros seins qui était apparue à mes côtés tous les samedis n’était pas là pour m’aider, mais pour me remplacer.
Maintenant qu’elle est assez sûre d’elle et qu’elle peut voler en solo, on m’a viré de mon bureau. Pof, du jour au lendemain, sans un mot, j’ai découvert l’évolution vers le bas.
L’évbâlution, quoi.

Fidèle à moi même, j’ai demandé un entretien à ma responsable, en lui exposant clairement mon problème, et en faisant valoir mes opinions de manière ferme et argumentée je grommèle toute la journée dans mon coin : grmbl grmbl de Girafa de merde qui pue du cul et grmbl.

Curieusement, ça ne change rien au problème : en ce moment, je passe ma vie en caisse.

Adieu, douce isolation du bureau, bonjour, agitation du magasin !
Adieu, ambiance plus ou moins rigolote entre gens normaux, bonjour crêpages de chignons entre vieilles biques qui sentent !
Adieu, journée qui passe vite en faisant des blagues au téléphone, bonjour temps figé dans une morne apathie !

Parce qu’on a beau dire, la caisse, c’est quand même intellectuellement peu stimulant. Bip ! Bip ! Ça vous fera dix-huit euros, vous réglez avec la carte du magasin ?
Le soir, on ne se sent pas très propre.

Comme aujourd’hui, où j’étais cerné par les cons, alors j’ai tenté de m’évader quelques instants en expliquant à la nouvelle à côté de moi :

- Connasse, pour ouvrir ton tiroir-caisse, tu fais [zéro] [entrée].

- Écho ! …écho… écho… cho…

- Zéro ?

- …cho… cho… cho…

Je l’ai regardée dans les yeux, pour savoir sur lequel des deux mots elle bloquait, mais le néant abyssal que j’y ai vu m’a donné le vertige.
Alors, dépité, je suis retourné m’asseoir pour encaisser.

Une grosse dame blonde est arrivée. Bip. Bip. Merci madame, voilà votre sac, au revoir madame.
Alors qu’elle partait, je l’ai vue se pencher et lancer un joyeux : “Allez, tu viens mon bébé ?”.

Par réflexe, j’ai baissé les yeux pour voir à quoi ressemblait le petit chien auquel elle s’adressait. C’est là que, ô surprise, je me suis rendu compte qu’elle ne parlait ni à un enfant, ni à un animal, mais… à ses achats.

Rassuré, je me suis rassis avec un sourire satisfait : rien n’avait changé, tout m’est revenu.
Parfois, la caisse aussi a ses bons côtés.
Il suffit de savoir les repérer.

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Vacances marocaines 4 : on ne naît pas homme, on le devient

6 janvier 2010

(Oui, je reprends une histoire qui traîne depuis octobre, après une pause de plus d’un mois, en faisant comme si de rien n’était, et alors ?)

Après une première expérience des spas marocains pour le moins décevante, je pensais que c’était dans la poche. Tous les souvenirs étaient achetés, la visite obligatoire d’au moins un truc touristique était faite : on allait enfin pouvoir faire les loques au bord de la piscine, et dire du mal des autres vacanciers, en buvant des cocktails les pieds dans l’eau. Le paradis, ou sa version musulmane.

Mais non. Pendant la dernière balade dans les souks de la ville, Lapin est tombé dans un piège au moins aussi gros que lui : un jeune éphèbe marocain, comme ils savent si bien les faire, lui a remis un leaflet, une jolie pub pour un hammam authentique, dans une ruelle un peu plus loin.
Je n’avais pas très envie d’y aller, alors j’ai mis en application la célèbre technique du “on s’engueule donc on rentre à l’hôtel”, pour échapper à ce que je soupçonnais être une grosse arnaque : comment un hammam, qui distribue ses prospectus dans la rue, pourrait-il ne pas être un vilain piège à touristes ? Hein, tu peux me le dire ?

Non, il n’a pas pu, forcément, j’ai toujours raison. Mais comme je suis gentil, on est quand même allés jeter un œil sur le site dudit établissement. Oui, un spa avec un site tout en flash n’est pas un sale attrape-nigauds, c’est évident.
Et oui, tout geek qui se respecte part en vacances avec son ordinateur portable, la présente situation prouvant qu’on avait bien fait.

Je suis faible, alors je suis tombé d’accord avec Lapin : les grosses baignoires en pierre de taille ont l’air confortables, c’est vrai. Et le bain marocain, aux oranges et aux pétales de roses, ça n’a pas l’air dégueu.
Allez, c’est l’heure du déjeuner, on graille vite fait et on y va dare-dare pendant que ces blaireaux de touristes font encore la sieste.

Le temps de trouver un taxi, de lui mettre le flyer entre les mains, qu’il nous le rende parce qu’il ne savait pas lire, et on était à la porte du riad. Bonjour madame, ça serait pour une totale, c’est possible maintenant ? Oui, et on peut choisir de se faire masser par un homme ? Non ? Ben la totale quand même, sivouplaît merci.

Alors, elle nous a enfermés dans une petite sale qui semblait être le vestiaire. On met les vêtements dans les cases, on se croirait au Sun City c’est rigolo. On enfile le peignoir, et au moment où on le déplie, deux étranges objets en tombent : une feuille de papier à cigarette, et un bonnet de douche.
???

Il a une drôle de forme, ce bonnet de douche, non ?
Oui, c’est parce que c’est un string à usage unique, c’est plus hygiénique, et ça évite de se foutre à poil pour le massage.
C’est concept, et c’est à taille unique : comme c’est censé aller à de très grosses personnes, il y a beaucoup de rab de tissus, on dirait qu’on vient de se chier dessus, la classe américaine.

Et j’imagine que les papiers à cigarette, c’est pas pour se rouler un gros joint ? Ben non, ce sont des pantoufles, voyons, c’est évident, il y a même une lanière, comme sur les vraies sandales. L’avantage de nos petits riens aux pieds, c’est qu’ils étaient très légers, on les sentait à peine.
L’inconvénient… Vous avez déjà essayé de marcher sur du papier de riz, dans une atmosphère très humide ? Non hein, et vous n’essaieriez pas non plus, vous avez raison.

Mais le vrai plaisir, le point culminant de ces vacances, vers lequel tous les évènements nous avaient précipités, ce fut le bain marocain, qui tenait toutes ses promesses : dans une baignoire taillée à même le rocher, nous avons trempé au milieu d’oranges entières et de pétales de roses.
Regarde, regarde, je suis un pot-au-feu !

Et on n’imagine pas à quel point une orange entière est vicieuse, et à quel point la gravité peut jouer dans une baignoire : pendant tout le temps où on a trempé, les oranges sont venues se coller à nous, à toutes les parties de nos pauvres corps qui pouvaient dépasser.
Il en fut pareil des pétales de roses. Mais là où on peut facilement se débarrasser d’une orange en sortant de la baignoire (un élégant mouvement de jambe, et hop plus rien), le pétale est plus collant : si on n’y prend pas garde, on peut se rendre compte en s’allongeant pour le massage, qu’on en a encore partout.

Le pire dans toute cette histoire, c’est qu’en sortant de là, tous gras de cette huile de tournesol bon marché dont on nous avait enduits pour nous papouiller, Lapin s’est rendu compte qu’il n’aimait pas les massages.

Après, j’ai fini les vacances seul.

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Beau, beau, beau et con à la fois

29 novembre 2009

L’autre jour, pour passer, le temps, je suis allé faire un tour sur le site de Garûchûchû. Bien sûr, j’y allais comme toutes ces pucelles effarouchées qui n’ont jamais vu le loup, à la recherche de “rien de particulier” -à condition que ce rien de particulier ait entre vingt et trente-cinq ans, soit viril et TTBM.

Comme tous ces pédés bien comme il faut qui ne touchent pas au sexe, pas de ça non merci, je me réserve pour l’Amour (tout en précisant que je me déplace), j’attendais vos propositions (le pédé bien comme il faut, il est comme ça. Il ne veut rien, sauf si on lui propose : là c’est pas pareil, il a rien provoqué, c’est pas sa faute, lui Lolita), je passais en revue les différents profils, et dès que je tombais sur une photo de mâle organe, je la cachais à mon chaste regard en étouffant un gloussement, les joues rosies d’émotion.

Faut pas croire, je suis un homme marié, alors je ne vais sur ce genre de sites que pour “trouver des amis, au fait, tu es actif ?”.
Enfin bref, on l’aura compris, ces tantes qui n’assument rien ça m’énerve, et je vais me calmer avant de me transformer en vilain Hulk vert, parce qu’à l’inverse de Bruce Banner, je n’ai pas un budget chemises illimité. D’autant plus que je digresse, j’en oublierais presque ce que je voulais dire, ah crotte alors (surtout que ça va être intéressant, ce que j’ai à raconter !).

Au détour d’un profil, je suis tombé sur un beau gosse à moitié nu (roooh), que j’ai tout de suite reconnu. Mais ! Mais ! C’est lui qui bossait dans ce fast food (non, l’autre) à côté de mon boulot ! Vite vite, j’envoie son profil à Lapin, pour avoir confirmation, parce que je ne suis quand même pas physionomiste, mais bon, pendant 6 moins on a mangé des burgers juste pour le voir, alors il y a quand même de grandes chances.

Dès que son identité à été confirmée par Lapin, j’ai entamé la conversation, parce que c’est toujours rigolo de parler sur un chat gay à des mecs qu’on a d’abord vus dans la vraie vie. Et là, je me suis dit qu’il y a une justice. Très beau, gaulé comme un dieu grec, il réussissait même l’exploit de ne pas avoir ce regard de dinde décérébrée nourrie au Club Med Gym. J’aurais pu être dégoûté de n’avoir jamais osé lui parler quand on était voisins de boulot.
Mais non. En une phrase, il a réussi à apaiser tous mes doutes.

- Salut, ça va ? :) (oui, j’ai une approche super originale)

- Oui ça va, merci.

- Dis, c’est pas toi qui vendait des hamburgers à côté de Happy Time ? :)

- Oula, si si, mais c’était y’a lgtps ! :)

- Ben oui je sais, et tu fais quoi maintenant ?

- Je dîne avec mon chéri.

- … Non, mais… Je voulais dire, “ces jours-ci” ?

Curieusement, après ça n’est pas allé plus loin.

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la luxure

Vacances marocaines 3 : Du bout des doigts

18 novembre 2009

Quand j’ai raconté au boulot, à qui voulait l’entendre, que je partais en vacances, à Marrakech, ça va être cool !, une de mes collègues m’a bien mis en garde :

- Attention David, il y a deux façons de découvrir la ville ! Soit on fait tous les spas de tous les riads, on se fait masser pendant une semaine, on trouve ça génial mais on n’a rien vu du Maroc; ou on peut aussi visiter plus local : manger du couscous chez l’habitant et boire du lait de chèvre caillé, comme les touaregs, et là, on aime ou on déteste, mais au moins on découvre la vraie ville.

Je lui ai juré mes grands dieux que non, je n’y allais surtout pas pour les massages, pouah ! Sur le coup, j’étais sincère. Je n’y avais même pas pensé.
Quoi, on peut aller au Maroc pour les soins du corps ?
Mais ? Mais on m’aurait menti, il y a donc un autre intérêt au Maghreb que de se faire tripoter dans les souks et enfiler dans l’arrière-boutique, comme ils disaient dans le documentaire de Cadinot ?

Et lorsqu’en arrivant à l’hôtel nous avons trouvé, négligemment posée sur une table, une brochure pour leur Oriental Spa, j’ai bien compris ce qu’Allah essayait de me dire : je ne suis pas venu pour ça, mais je ne dois pas pour autant mourir idiot.
Quelques heures plus tard, rendez-vous était pris pour le lendemain.

L’expérience fut surprenante : après nous avoir enduits de savon noir, une accorte jeune femme nous a fait mariner pendant une demi-heure dans un hammam tièdasse, avant de nous faire un “lavage au gant de crin”. Le problème, c’est qu’avant de devenir laveuse professionnelle, elle avait dû bosser dans le bâtiment, et elle nous a frottés avec son gant comme on ponce un vieux mur : douloureusement.

Bien sûr, elle a essayé de se faire pardonner en nous oignant d’huile d’argan avant de nous confier à une douce masseuse, mais le mal était fait.
Enfin non.
Le mal fut fait au moment où je me couchais sur le ventre, pour recevoir les douces papouilles. Dès que ma tête s’est posée sur le coussinet prévu à cet effet, vestige de ma bronchite, j’ai senti monter la pire quinte de toux de ma vie, genre je suis sur le point de te cracher mes poumons, là, dans le petit bol plein de pétales de roses que tu as posé à terre pour que je regarde autre chose que tes pieds, madame.

La tête paralysée dans son petit cerceau en mousse, les bras coincés au dessus, je ne pouvais décemment pas me laisser aller à cracher mes miasmes, ça ne se fait pas. Alors je me suis forcé à respirer le plus doucement possible, en attendant avec impatience le moment où cet instant d’intense sérénité allait s’arrêter, et où je pourrai enfin tousser à m’en faire saigner la trachée.

Du coup, même si ma masseuse avait été un tant soit peu douée, et qu’elle ne m’avait pas gentiment effleuré la peau du bout des doigts, au lieu de me pétrir les muscles comme du bon pain, j’aurais été trop occupé à faire les gros yeux à mes bronches pour ressentir quoi que ce soit.

Cette première expérience des hammams marocains était un cuisant échec.

Si nous avions été malins, nous aurions pu en rester là, nous dire “ah non alors, ma collègue avait bien raison, les spas, ça craint du boudin !”.
Nous aurions pu.

Nous aurions dû.
Oh oui, comme nous aurions dû…

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Vacances marocaines 2 : Autour de moi les fous

7 novembre 2009

Résumé des épisodes précédents : en raison d’une vie trop stressante, David et Lapin partent en vacances au Maroc.

À première vue, l’hôtel allait tenir toutes ses promesses : luxe, calme, volupté, et une réceptionniste qui a presque gardé son sang froid quand elle a compris l’ignoble vérité : “un seul lit ? Mais… Ça veut dire…?”. Oui, ça voulait dire.

Pendant l’exploration de notre nouvelle maison pour la semaine, nous avons fait une découverte stupéfiante, ralala : nous étions apparemment les seuls occupants de l’hôtel. Joie, bénies soient les vacances en dehors des périodes scolaires !

Mais bientôt, il a bien fallu se poser la question : si nous sommes seuls dans l’hôtel, mon cher Watson, où sont donc passés tous ces pignoufs qui nous ont empêché d’avoir les chambres premier prix ?
Peu de temps après, la réponse est venue nous frapper en plein visage.

Il se trouve qu’une année comprend cinquante-deux semaines. Si on ajoute à cette équation le nombre d’hôtels dans la ville, on se rend compte que les chances de réserver pile pendant l’open de poker de Marrakech, qui ne pouvait se dérouler que dans le casino de l’hôtel, étaient quasiment nulles.
Et pourtant…

Bien sûr, au début de la compétition, ils jouaient la nuit et dormaient le jour, c’était plutôt difficile de les rencontrer (et puis faut dire qu’on n’a pas vraiment essayé, imagine : tu vas en vacances, c’est pas pour partir à la chasse au Patrick Bruel).
Mais plus les jours passaient, plus les gros losers se faisaient éjecter du tournoi et venaient squatter notre piscine jusqu’ici quasi privée.

Et c’est là qu’on a bien été obligés de se rendre à l’évidence : on nous ment.

Quand on dit poker, on entend casino, James Bond, classe, smoking, Monte Carlo, pépées russes vénales moulées dans des robes bustier qui menacent de leur faire exploser les seins si elles respirent trop fort, champagne, cigares, smokings blancs et Ferrero Rocher à profusion.

Eh bien non.
Le joueur de poker, c’est tout sauf ça. Le joueur de poker, c’est le kéké de base, qui tune sa caisse, se gratte allègrement les couilles sous son boxer de bain vert fluo, et qui trouve que Lara Croft elle est bonne, putaing !
Alors oui, au début du tournoi, ils étaient calmes, ils y croyaient, on était tranquilles !

Mais plus la compétition avançait, plus ils perdaient d’argent (t’es mauvais, t’es mauvais…), et plus ils étaient énervés. Alors, ils se retrouvaient autour de nous pour en discuter. De plus en plus. De plus en fort.
À la fin, on était cernés par des hystériques, la bave aux lèvres et l’œil injecté de sang, qui se beuglaient des “brelan de dix, con !” et autres “je l’ai flushé au roi, bordel !!!”, à tout bout de champ.

Bien sûr, on aurait bien voulu participer, flusher au roi ça a l’air d’être trop de la balle, mais pudiquement, comme le font les grands de ce monde, nous avons préféré laisser la plèbe se vautrer dans la fange de leur futile excitation.

Alors, nous sommes sortis de l’hôtel.

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Vis ma vie de Cadinot

24 octobre 2009

Mardi soir, j’étais chez moi, m’adonnant l’air de rien à quelques plaisirs solitaires, parce que garder un bon coup de main, c’est aussi important que tout le reste. Confortablement installé dans mon fauteuil, je regardais ma petite vidéo, tranquille Émile, quand j’entends sonner à ma porte.

Ding-dong ?

Premier réflexe : j’éteins la lumière et coupe les haut-parleurs du PC. Si ça se trouve, c’est un con de voisin qui vient m’emprunter du sucre, et je n’aime pas rendre service. Si je fais semblant de ne pas être là, il finira par s’en aller.
Je fais le vide dans mon esprit, j’ouvre mes chacras, et on peut repartir.

Mon deuxième départ fut plus difficile que le premier. Ce crétin avait réussi à noyer mon démarreur. Le moteur ne ronronnait pas encore, quand rebelote :

Ding-dong ?

Je bloque mon tympan et ferme mon pavillon interne. J’y arriverai.

DING DONG DING DONG !

Agacé, déconcentré, je décide enfin d’aller voir. J’enfile le premier truc à ma portée, soit un vieux short immonde qui était déjà laid pendant mes années lycée.
Si je vivais dans une série américaine, je serais allé ouvrir dans cette tenue : torse nu, les muscles se soulevant au rythme de ma respiration, une gouttelette de sueur entre les pectoraux et les tétons durs à tailler du verre.

Mais non. Dans le monde réel, j’ai aussi attrapé une chemise qui traînait là, en attente de repassage, et que je n’ai pas pris le temps de boutonner. Je me suis contenté d’en rabattre les deux pans l’un sur l’autre, façon mémé qui sort en tenant sa robe de chambre bien fermée, de peur qu’un pervers n’essaye de lui mater les gants de toilette.

Je devais être sexe, ah ça oui.
J’ai ouvert la porte, prêt à beugler sur l’importun toutes les insanités que je connais, mais quelque chose m’a arrêté net.

Peut-être l’adonis en face de moi, dans son bel uniforme, qui m’a annoncé :

- Bonsoir, c’est les pompiers, pour le calendrier…

Cher journal : jackpot !
Combien de fois dans une vie est-ce que les pompiers viennent sonner pendant qu’on se branle ?
Si j’avais été dans un vrai porno, j’aurais pu tomber la chemise et lui expliquer la situation.
Si j’avais eu un minimum de présence d’esprit, j’aurais pu l’inviter à rentrer, en espérant qu’il remarque le porno en pause sur l’écran, et qu’il comprenne.

Mais non.
Là encore, la vraie vie a pris le dessus, ainsi que mon légendaire sens de la répartie.
Je l’ai dévisagé, tout gêné, et au lieu de lui dire “ne bougez pas je vais chercher mon porte-monnaie”, ou “laissez-moi le temps d’enfiler quelque chose”, qui, je le précise, est ce que mon cerveau avait prévu de dire, ma bouche a répondu :

- Ah… Euh… Je finis ce que je faisais et je suis à vous.

Je ne crois pas qu’on puisse rendre plus minable une situation de ce genre.

Un jour, j’apprendrai.
Un jour.

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Vacances marocaines

19 octobre 2009
L’air du paradis est celui qui souffle entre les oreilles d’un cheval.
Proverbe arabe

Jusqu’à très récemment (samedi soir pour être exact), j’étais en vacances. Dans mon infinie miséricorde, après avoir forcé Lapin à se les peler à Londres ou Copenhague, j’ai accepté que nous partions à Marrakech : au soleil, pour choper un cancer de la peau, se faire piquer par un scorpion, lapider, ou les trois en même temps.

Je ne sais pas si c’est à cause de mes a priori sur les vacances au chaud, mais le départ fut tourmenté. En regardant les hôtels sur le gentil Ternet (le Ternet est notre Dieu, longue vie au Ternet !), on en avait trouvé un génial : pour une bouchée de pain -et pas du Paul hein, du pain dégueu de la boulangerie d’en bas !-, on avait un hôtel grand luxe, avec un L majuscule, bar dans la piscine, un site plein d’animations en flash et des palmiers dans le jardin. David aime les palmiers, alors on a dit banco.
Je nous entends encore, “banco”…

Le temps de peser le pour et le contre une demi-douzaine de fois, et je me suis retrouvé à faire la réservation à l’arrache, un soir avant de me coucher. Je clique, je remplis, je donne mon mail, je me trompe d’une case alors je reviens, je continue, je valide, je donne mon numéro de carte…
C’est en recevant le mail de remerciement de mon achat que ça m’a choqué :

Passager 1 : David Procellus
Départ : 14h20 Paris Orly ( France ) Terminal S
Arrivée : 15h30 Marrakech Menara ( Maroc ) Terminal 1

Passager 2 : David Procellus
Départ : 14h20 Paris Orly ( France ) Terminal S
Arrivée : 15h30 Marrakech Menara ( Maroc ) Terminal 1

Hm.
Est-ce que c’est vraiment un problème d’avoir pris les deux billets d’avion nominatifs à mon propre nom ? Ça pourrait tout de même être un tantinet gênant.
Je me suis couché totalement catastrophé, et à neuf heures pétantes le lendemain matin, j’appelais Opodo pour chouiner.

- Oui madame Opodo, voilà euh, comment dire chuis un gros boulet et grmbl deux billets à mon propre nom…

- Pardon monsieur ?

Je lui répète mon embarrassante situation, et elle m’annonce, avec dans la voix le chaud soleil de celle qui s’en fout, qu’on ne peut rien faire : la réservation a été confirmée par la Royal Air Maroc, on ne peut plus annuler le billet.
Gloups.
Le temps de réfléchir à si on partait ou pas, la chambre standard nous était passée sous le nez (plus tard, horrifiés, nous découvririons pourquoi) et j’avais dû prendre une chambre Deluxe, avec vue sur l’Atlas (alors que l’Atlas on s’en branle, on va pas au Maroc pour voir la montagne, sinon on irait à Morzine ou Serre-Chevalier, eh, tu nous prends pour qui !), mais je me retrouvais maintenant à devoir acheter un troisième billet d’avion, en attendant de voir si la compagnie acceptait de me rembourser le premier. Duh.

En faisant bien attention de le prendre au nom de Lapin, cette fois-ci, mort de rire quand je lui racontais ma mésaventure, alors qu’il aurait dû être ému par tous les trémolos que j’avais mis dans ma voix, en essayant de me faire passer pour la victime.

Ensuite, les jours sont devenus de plus en plus longs, mais la date du départ est enfin arrivée.
Alors, Indiana Jones des temps modernes, nous nous sommes envolés vers le Maroc, sans savoir si nous reverrions un jour nos terres natales.

Rien de ce que nous avions vécu ne nous avait préparés à la suite.

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Autopsie d’un tube

13 octobre 2009

Ce jour-là, Mylène Farmer est chez elle, à la recherche de l’inspiration. Son complice et confident de toujours, Laurent Boutonnat, l’aide dans cette recherche en regardant partout, même sous les coussins du canapé, bien qu’il eût préféré continuer à créer des mélodies, tranquille sur son orgue Bontempi.

Couchée sur un cercueil, Mylène se tapote le menton avec la gomme de son critérium :

- Ralala, mais qu’est-ce que c’est difficile la création artistique ! J’ai déjà fait une chanson où je dis Fuck them all, c’est bien mutin comme thème, hihi ! Maintenant il faudrait que je fasse quelque chose de nouveau…
Oh, je sais, je vais écrire sur toutes ces causes qui me tiennent à cœur et qui me révoltent, pour montrer que je peux aussi être une chanteuse engagée ! Qu’est-ce que tu en penses, mon Lolo ?

- Piiiii… Paaaaa… Pôôô… PuuuUUUuuu… Hmmm ? Ouais ouais, ce que tu dis, fais-ça… Piiiiii…

- Alors… Comment je pourrais tourner ça… Euuuh… Je sais ! Je vais commencer par faire une liste de ce que je n’aime pas ! (Mylène, restée fixée au stade anal, aime bien faire des listes, et vérifier vingt-deux fois avant de sortir d’une pièce qu’elle en a bien fermé la fenêtre)
Bon, commençons…

- Pûûû pû puuu pah !

- Voyons voir… Qu’est-ce que je n’aime pas… La cruauté ? Ah ça, c’est laid, la cruauté ! Et puis, et puis la calomnie, oh qu’est-ce que c’est laid la calomnie !
Han, je suis super bien partie, la muse s’est posée sur moi ! Et puis aussi, et aussi… Euh…
Lolo ! Je sèche !

- Poo piii puh ?

- Dis mon Lolo, c’est pour ma chanson, qu’est-ce qui est laid ?

- Euh, ta coupe de cheveux ?

À ces mots, la chanteuse poétesse éclate en sanglots.

- Ah c’est bien ma Mylène, c’est une chanson qui te touche, apparemment… Pooo po po pooo !

- Mais non, mais t’es trop méchant, et j’avais bien raison, la cruauté, c’est laid ! Et la calomnie, c’est laid ! Et l’infamie, et ben, c’est laid aussi !

Répond la star, entre deux sanglots, en tentant péniblement de se relever du sol où elle s’est effondrée.
Mais le temps passe, la création artistique est comme un film de Godard, lente et douloureuse, et le temps qui lui était imparti est maintenant révolu.

Le temps de vérifier ses fenêtres (vingt-deux fois, pendant que Laurent tape du pied et trépigne devant la porte, un jour il va se la faire cette conne, putain, le jour où elle arrête de rapporter…) et de jeter deux ou trois idées de plus sur son bloc, dans le taxi qui les conduit au studio d’enregistrement, de trouver quelques mots bien tendancieux de derrière les fagots, comme “coïter” ou “les apôtres je les mange” (parfois, les muses n’ont que faire du sens des mots), et Mylène et Laurent peuvent enregistrer le nouveau titre de la star, qu’elle est tout de même allée chercher bien loin, comme toujours.

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la musique

Ma réalité

10 octobre 2009

L’autre soir j’étais au boulot, un peu secoué par la broncho-pneumonie qui a failli avoir ma peau, et qui m’a offert la voix de Macha Béranger pendant tout un week-end. La soirée touchait à sa fin, et c’était plutôt chouette, parce que je m’ennuyais ferme (comme d’habitude, me direz-vous), surtout que personne n’avait pensé à me laisser un 20 Minutes.

C’est à ce moment-là, quelques minutes avant la fermeture, qu’un premier caissier m’a appelé : un client venait de lui présenter une carte qu’il n’avait jamais vue. La carte Butterfly, censée donner 9% de réductions aux touristes dans toute une chiée d’enseignes Parisiennes, dont Happy Time.
J’ai envoyé mon meilleur élément sur les lieux, et quand je l’ai revue, elle m’a confirmé que non, elle n’avait jamais vu cette carte, et qu’elle ne voyait pas trop comment on pouvait appliquer les réducs : aucun numéro sur la carte, pas de puce ou de piste magnétique, bref, trop le truc de ouf, quoi.

Entre temps, j’avais quand même reçu un deuxième appel d’un autre caissier, à qui on avait présenté exactement la même carte.
Trop dingue, il se passe des trucs nouveaux dans notre magasin ! Folie !

J’ai attendu deux ou trois jours, le temps que l’évènement remonte des limbes de mon subconscient, pour en parler à ma Big Big Boss, qui est toujours au courant de tout, qui sait tout sur tout et tout le monde, même que ça fait un peu peur, parfois.

Et c’est au moment où les mots sortaient de ma bouche, “carte Butterfly”, “9% de remise”, qu’un doute atroce m’a assailli : est-ce que c’est vraiment arrivé ?
Parce que plus j’avançais dans mon histoire, et plus j’avais l’horrible impression d’être en train de lui raconter un rêve. Un rêve certes très réaliste sur le boulot, mais un rêve quand même.

L’autre solution, encore plus plausible, c’est que ma bronchite et l’otite que je couvais (mercredi, cinq jours avant de prendre l’avion, j’ai appris que j’avais une otite : c’est une expérience dont je suis certain de revenir plus riche -si toutefois j’en reviens) m’ont tellement ébranlé que je me suis mis à avoir des hallucinations, là, comme Ally McBeal, sur mon lieu de travail.

Ça serait très facile à vérifier : je me souviens parfaitement qui m’a appelé pour me poser la question (la première fois), qui j’ai envoyé au secours de ce pauvre tâchon -cette multitude de détails précis qui me fait plus pencher vers l’hallucination que le rêve-, mais je n’ose pas, je connais déjà leur réponse, et j’ai un peu peur de leurs réactions.
La chemise qui s’attache dans le dos, ça n’irait avec aucun de mes pantalons.

Et c’est là que je me dis que j’ai tout de même eu de la présence d’esprit, ce même jour, de ne parler à personne des énormes pylônes futuristes qu’ils avaient installé sur les quais de ma station de métro, et que je n’ai revus aucun autre jour.

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au boulot

I am sooo back

6 octobre 2009

J’entends dire ici ou là que Procellus n’écrit plus. Pourquoi ? Comment ? Est-ce que la grippe du cochon nous l’a arraché trop tôt, chienne de vie ?
Un mois d’abstinence, la France qui tremble, la météo en est toute déréglée, même Bo, le chien de Barrackûnet d’amour en a perdu l’appétit, tous attendent que David les souille à nouveau de ses talentueux écrits.
Mais rassurez-vous, braves gens, nous allons bien. Nous n’avons pas déposé la plume à terre : les fans les plus inconditionnels, ceux qui ont l’immense bonheur de faire partie de mes amis Facebook (pour mon esprit torturé, accepter une friend request équivaut ni plus ni moins à devenir frères de sang) le savent bien : je mets mes statuts à jour avec une régularité… euh, régulière.

Et voilà : j’ai résisté à la mode touitteur, mais facebook a bien failli tuer mon blog, comme les jardiniers tuent leurs patronnes. Non seulement j’avais remplacé les posts par ces deux lignes de statut, mais en plus j’ai passé des heures, des jours, des semaines à jouer à Pet Society, Farmville ou n’importe quelle daube qui me permettait de m’évader de la morne grisaille du quotidien.
Mais finalement, j’ai décidé que stop ! Plus jamais, c’est fini, je n’ai pas besoin de facebook, je peux arrêter, donne-moi le courage d’accepter ce que je ne peux pas changer, la force de changer ce qui peut l’être et la sagesse de distinguer l’un de l’autre, toussa toussa !

Bien sûr, j’aurais pu revenir en faisant du Pénélope Jolicoeur, à raconter en un mini paragraphe comment c’est trooop dur mon succès, mes projets et ma vie de couple (haaan, David il est trop fou dans sa tête, il crache même sur Pénélope !), mais pour ça, je vais peut-être attendre d’avoir un succès ou un projet à jeter à la face du monde.
Et de toute façon, ça n’était pas assez.

Il fallait plus, du mieux, de l’absolu, du parfait.
Je suis donc allé puiser l’inspiration à la source, j’ai bu les saintes paroles de Shy’m, Amélie Nothomb, les Black Eyed Peas, Marc Lévy et tous ces magiciens des mots qui contribuent chaque jour à rendre notre monde un peu plus beau.

Et même si la route fut longue, semée d’embûches, de questions (à quoi servent les autres Pussycat Dolls ? Et pourquoi l’album solo de Nicole n’a-t-il pas marché, si vraiment elles ne servent à rien ?), d’errances, d’erreurs, de crises psychiques, j’ai enfin retrouvé le chemin de la maison.

Vous pouvez respirer, je suis re-là.

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non, rien

Les stigmates de ma personnalité

26 août 2009

Il y a deux semaines au boulot, j’ai eu droit à mon entretien annuel. Je suis un employé modèle, donc je n’ai eu que des compliments, mais Girafa s’est sentie obligée de me faire un reproche. Oh, j’imagine qu’elle a passé du temps à chercher, la salope. Mais vu ce qu’elle a trouvé, je pense qu’elle aurait dû plancher un peu plus :

- David, un de tes gros défauts… C’est que tu es une peste.

Ouuutch, a répondu ma virilité. Mais je n’ai pas cherché à me défendre plus que ça : déjà parce que je suis un lâche, mais en plus je sais qu’elle a raison.

Évidemment, ça n’est pas ma faute. C’est une malédiction, un mauvais sort que je supporte depuis toujours : dès que je remarque un défaut chez quelqu’un, qu’il bosse mal ou se comporte comme un con (bien sûr que non, ça n’est pas objectif), je ressens le besoin d’en parler à qui veut l’entendre.
Mais plutôt que de m’énerver et de me mettre à gueuler comme un putois, je préfère en rire -aux dépens de la personne. Oui, je me fous de sa gueule. Mais avec bonne humeur et entrain, c’est tout de même plus agréable pour les autres !
Et dans le monde du travail, bien qu’il soit fort aisé de baver sur les collègues, il semblerait que ça ne soit pas très bien vu.

Quand j’en ai parlé aux rares collègues que je tolère, j’ai tenté de défendre ma cause : oui, je critique les gens. Mais ça n’est pas parce que je dis des saloperies sur leur façon de bosser que ça n’est pas la vérité.
Elle, qui passe ses soirées à bloquer la ligne du bureau pour appeler son mari et savoir si son chiard a pris son bain ou ce qu’il a mangé, ça n’agace que moi ?
Et lui, avec son énergie de poireau, qui ne vient que pour mater les petites caissières, on doit le défendre ?

Non, mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, David.

Alors mercredi dernier, pour m’aider, Grololos a suggéré de mettre en place une thérapie expérimentale : je me mets un élastique autour du poignet, et à chaque fois que je crache sur quelqu’un (métaphoriquement, bien sûr, je sais quand même me tenir), WASHLAC !, je me claque le bras.

Évidemment, ça ne marchera jamais : je suis trop bête pour mettre en rapport la douleur et mes accès de bile, mais c’est devenu très pratique : quand quelqu’un entre dans la pièce, au lieu d’attendre qu’il sorte pour lancer ma saloperie, je regarde Grololos (qui pense comme moi mais sait tenir sa langue) et shlac, avec un regard entendu.
Au moins, ça m’apprend la discrétion.

Mais ça m’a également permis de me rendre compte que peut-être, je balançais trop. Le mercredi, je ne suis là que quatre heures. On a mis la thérapie en place au bout de deux heures.
En deux heures de temps, quand je suis sorti, mon poignet n’était plus que douleur :

Pour le bien de mon bras, pitié, arrêtez d’engager des incompétents !

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au boulot

Everything. Everyone. Everywhere. Ends.

2 août 2009

Dimanche dernier, j’ai passé une nouvelle étape dans mon ascension vers une vraie vie d’adulte : le décès de ma grand-mère. Tout le monde ou presque le vit, c’est comme le permis, le bac ou un premier appartement.
Mais quand on se lâche une brique sur le pied, on a beau se dire que beaucoup d’autres avant se sont pris la même, au moment où elle tombe, elle fait quand même mal.

Comme toutes les personnes âgées, le sens du timing de mes grand-parents laisse à désirer. Si ma grand-mère était morte à un autre moment, tout aurait sûrement été plus simple. Mais comme c’est arrivé à son domicile, un dimanche soir, les pompiers n’ont pas pu l’emmener à l’hôpital, et le service de la mairie qui aurait dû prendre la relève était fermé jusqu’au lendemain.

Ils ont donc improvisé une veillée morbide à l’ancienne : ils l’ont installée le plus confortablement possible, de son côté du lit, la couette remontée jusqu’au menton. Si elle n’avait pas eu ce teint de cendre et les gros bandages autour de la tête, on aurait presque pu croire qu’elle dormait.
Je suis passé voir mon grand-père le lendemain, et pendant tout le temps où j’étais là, à chaque fois qu’il passait dans la chambre, il se jetait sur le corps en pleurant, et l’embrassait : une fois sur le front, une fois sur la bouche, en lui murmurant des “pauvre veille, pauvre vieille”.

Comme je suis à fond pour les sacrifices, je me suis dit que quelques jours d’intense traumatisme n’étaient pas importants, s’ils lui permettaient de se sentir mieux pendant quelques instants. Alors comme il pensait que ça lui aurait fait plaisir, je suis allé embrasser le corps gris et froid de ma grand-mère.
J’ai ensuite profité de ce qu’on cherchait quels vêtements donner aux pompes funèbres pour l’enterrement, pour aller m’enfermer dans le dressing et pleurer toutes les larmes de mon corps, loin des regards indiscrets.

Je suis ensuite allé me repoudrer le nez, et j’ai pu retourner bosser la tête haute. J’ai eu de la chance d’être soutenu par les collègues, qui me réconfortaient à grands coups de “ce qui est triste, c’est que quand leur femme meurt, les hommes la suivent rapidement : on voit souvent des veuves vivre seules, jamais des veufs”.
C’était rassurant.

Et puis vendredi, une fois les papiers remplis, on a pu passer à l’enterrement. Une grande cérémonie avait eu lieu à mon insu avant qu’on arrive au funérarium, au cours de laquelle on m’avait nommé soutien officiel de mon grand-père. J’ai donc eu l’immense honneur de l’aider à mettre sa montre une dernière fois au poignet de ma mamie.
Pour la deuxième fois en moins d’une semaine, je touchais un corps.

Bien sûr, il y a eu quelques parties amusantes : l’arrivée devant le cimetière, où les porteurs se sont rendu compte qu’ils n’avaient pas la clef, ou le moment ou la Grande Prêtresse de la Mort a fait tomber une hostie et n’a pas osé la donner au bon chrétien qui était agenouillé devant elle, et l’a donc mangée.

Mais il y en a aussi eu des moins drôles, comme le voyage en corbillard avec mon grand-père, qui pleurait sa femme sous les fleurs, en me disant entre deux sanglots qu’en plus de soixante ans de mariage, ils n’avaient jamais été séparés, et que le plus dur serait de rentrer chez lui ce soir-là, parce qu’il était persuadé qu’elle allait lui demander comment ça s’était passé : ils se racontaient tout, depuis plus d’un demi-siècle.
Dans ces moments-là, c’est fou comme les mots manquent.

Mais ce genre d’évènement n’est de toute façon pas propice aux grands échanges. C’était surtout l’occasion d’une piqûre de rappel, sur ce qu’est la vie.
On se rencontre, on se marie, on fait des beaux enfants, et la plupart nous survivent. Si on se débrouille bien, peut-être même que certains finiront par ne pas nous détester. Et puis on devient vieux, ridé et tremblotant. L’histoire doit se finir, c’est inévitable. Dans le meilleur des cas, l’autre meurt d’un coup, sans prévenir, et on n’a plus qu’à attendre de crever à son tour, tout seul comme un chien.

La vie, c’est bien.

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la famille addams

Dix bonnes raisons de te larguer

20 juillet 2009

On ne le dira jamais assez : Happy Time est la plus grosse boîte à pédés de Paris. De la direction aux sous-fifres, des clients aux livreurs, ils en sont tous. Les seuls à faire leur coming-out, ce sont les hétéros, et la plupart du temps on ne les croit pas. Et on a bien raison parce qu’en grattant un peu, il s’avère toujours qu’ils sont au moins bi.

C’est pour ça que lorsque messieurs Lelaid et Lemoinslaid, deux de nos caissiers, sortaient ensemble, ça ne choquait ni n’intéressait personne. Leur relation s’est mise à passionner le service le jour où, après six mois de vie commune, Lemoinslaid a envoyé un SMS à Lelaid pour lui dire que tout était fini, allez, tcha’tchao !
En plein pendant sa journée de travail, monsieur Lelaid, grand hystérique devant l’Éternel, a fini à l’infirmerie, et bam, deux semaines d’arrêt de travail. Chochotte, va.

Le plus terrible dans cette histoire, c’est que monsieur Lelaid essaye maintenant de se remettre en selle et de ne pas se laisser abattre : un de perdu, dix de retrouvés !
Et il a décide qu’un de ces dix, ça serait moi.
Argl.

Je ne sais pas comment gérer ce genre de situations. Il n’a jamais rien tenté, c’est donc difficile de l’envoyer chier une bonne fois pour toutes, et je ne suis pas un monstre, je ne tire pas sur une ambulance déjà en flammes.
Bien sûr, je pourrais essayer de transformer ça en un plan cul vite fait bien fait, mais il est vraiment très moche, et à la limite je préfère son ex.

Tout a commencé doucement : de petits bonjours un peu appuyés, il en est venu à m’appeler quand je suis dans le bureau pour me raconter sa vie, aussi intéressante qu’un épisode de Derrick, et à me complimenter sur ma tenue, tous les jours.
Alors que bon, s’il y a un domaine pour lequel je suis conscient de craindre du boudin, c’est bien en ce qui concerne mon sens de la mode et mes goûts vestimentaires. Je n’ai pas les jolis ponchos d’Ugly Betty, mais s’il y avait une police de la mode, je croupirais en prison à me faire enfiler comme un pull par des gros machos toute la journéee (soupir…).

Il y a deux semaines, monsieur Lelaid me demandait, toujours au téléphone, où on pouvait trouver un article dont je n’avais jamais entendu parler, et ses intentions se sont précisées. Plutôt que d’avouer mon ignorance, solution la plus simple, adulte et responsable, j’ai fait la connerie de distraitement lui répondre :

- Hmmm, je sais pas, t’as regardé dans ton cul ?

Car au travail, David est drôle, très drôle.
Sa réponse à lui m’a un peu désarçonné :

- Oh non non, tu sais malheureusement, en ce moment il n’y a rien dans mon cul, gnuhuhu…

Aaah ! Trop d’informations ! Trop d’informations ! Les moches n’ont pas de vie sexuelle, non non non !
J’ai violemment raccroché, le souffle court, et j’ai juré sur la tête d’Harry Potter, de Doctor Who et tout ce qui est sacré dans ma vie que jamais, plus jamais je ne ferais ce genre de blague au téléphone.

Et plus le temps passe, plus il devient collant. La semaine dernière, on assistait tous les deux à la même réunion. En une demi-heure, j’ai changé trois fois de place. À chaque fois, il a trouvé le moyen de se déplacer aussi, pour être toujours à côté de moi, et a fini assis par terre, à mes pieds.

Mais c’est samedi où il a dépassé les bornes Maurice, me forçant à prendre les mesures qui s’imposaient.
Après une dure journée de travail, je me préparais à traverser la rue, Grololos à mes côtés. C’est alors que j’ai senti une résistance dans mon dos : monsieur Lelaid était derrière nous, avec une de ses copines, et il se tenait, tout sourire, à la boucle de mon sac.
J’adore.

Regard interloqué vers Grololos : “non mais je rêve, ou il y a un moche accroché à mon sac ?”. Sa copine a dû sentir le malaise, puisqu’elle lui a dit, en gros, “d’arrêter de faire chier David”. Il a rétorqué que non, il me kiffait.
Aaargl !
Il avait plu.
On était arrivés à la bouche de métro.
C’est là que j’ai trouvé la technique pour m’en décoller : je me suis cassé la gueule dans l’escalier.

Je ne me suis pas fait mal, car je suis bionique.
La surprise l’a fait lâcher prise, et j’ai pu prendre mon métro tranquillement.

Si j’avais su plus tôt qu’il suffirait de quelque chose d’aussi simple…

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au boulot, la luxure

Les meilleures actrices du monde

26 juin 2009

Aujourd’hui, face aux terribles heures que vivent les pages people, après la victoire de Soan, la mort de Farrah Fawcett, rapidement éclipsée par celle de Michael Jackson, il est important de se tourner vers d’autres cieux, plus rayonnants.
Le roi est mort, vive le roi, comme on dit dans ces cas-là.

Le roi que je voudrais célébrer aujourd’hui est une reine, qui faisait pâlir Farrah dans la vie comme Bambi l’a supplantée dans la mort : Emily Procter, alias Calleigh Duquesne, dans Les Experts : Miami. Meilleure série de tous les temps, qui marque autant par son ouverture d’esprit -”Ah, vous l’avez tuée…? Bon, mais c’était une pute, elle était déjà morte à l’intérieur, qu’on ne vous y reprenne pas !”, que par le talent de ses protagonistes, David Caruso en tête, le seul homme au monde à avoir moins de charisme qu’une huître.

Mais la palme de la série revient néanmoins à Emily / Calleigh, dont la palette d’expressions ferait rêver Ingrid Chauvin, mais voyez plutôt.
Sous vos yeux ébahis, La Procter interprète :

la joie;

la tristesse;

l’espoir;

l’envie de chier;

la colère ravalée;

l’amour;

la compassion.

Sous un tonnerre d’applaudissements.

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ma télé et moi

Ce que la version 3.0 change pour moi

18 juin 2009

Aujourd’hui, comme une grande partie de la population mondiale, mon iPhone de David ! (c’est son nom) est passé à sa version 3.0. Ce qui veut dire, entre autres, que je peux maintenant envoyer des MMS.
Ouiii ! À moi les messages instantanés avec des images ! Je vais enfin pouvoir prendre des photos de mon cul et les envoyer à tout mon répertoire !

Un de mes premiers réflexes, une fois l’OS installé, a été d’envoyer un message à Keupine, pour qu’elle arrête de me narguer avec ses MMS à la con, que jusqu’à présent je ne recevais pas, et que son téléphone tût pûrri gère sans problèmes.
J’ai eu cette idée de génie, si si, vraiment, de faire parler l’image :

Sa réponse -malheureusement- ne s’est pas fait attendre :

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la technologie

Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver

14 juin 2009

À Happy Time, on n’est pas généreux sur la paye, comme me le rappelle quotidiennement Maman Procellus, mais on a un bon comité d’entreprise. Ils offrent (enfin, “offrent”, hein, comprenons-nous bien) souvent des voyages au bout du monde, pour que les moins fortunés aient le plaisir de partir en Chine, au Yémen ou en Turquie avec touuus leurs collègues, et ça c’est trop du bonheur.

Tous les ans pour la fête des mères, ils offrent aussi des cadeaux pour féliciter les reproductrices, avec une coupe de champagne en prime : du coup elles reviennent travailler en fin de journée complètement pompettes. Ils sont pas cons, notre comité d’entreprise : des cadeaux pour la fête des mères dans la plus grosse boîte à pédés de Paris, ils sont sûrs de ne pas se ruiner.

Mais cette année, ils ont entendu la révolte gronder dans nos rayons : des miyards de pédés et goudous pas contents d’être toujours lésés lors des distributions de cadeaux, parce qu’à Noël c’est la même histoire : on offre des trains électriques aux bambins, mais nous autres grands enfants, on peut se toucher (et on ne se prive pas).

C’est pour ça que l’autre jour, ils ont affiché ce mot, qui disait en gros qu’en “ces temps de crise, la culture est trop souvent oubliée. Pour permettre à tous de rêver un peu, notre CE offrira donc un chèque culture de 50 neuros à tous les employés”.

Enfin, un beau geste !

Mais le seul problème, c’est l’idée qu’ils ont l’air de se faire de la culture.
Parce que parallèlement à cette opération “la lecture pour tous”, le magasin a essayé de booster ses ventes de livres, en organisant un évènement digne des plus grands salons littéraires.

Le jour où on nous offrait un chèque culture, comble de l’hypocrisie, on recevait également Sophie Favier en dédicace, pour la sortie de son livre “Comment j’ai perdu 10 kilos en 3 mois”.

Ce jour-là, pour la première fois, j’ai eu honte de travailler à Happy Time.

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au boulot

Je ferme un oeil et je deviens Roi

11 juin 2009

Jeudi dernier, pour mon début de semaine -oui, mes semaines commencent tard, mais c’est pas ma faute à moi, c’est mon emploi du temps qui est fait comme ça- j’étais au défouloir pour clients, à discuter avec Fantine et une autre collègue blonde sans intérêt aucun, qui ne sera donc pas nommée ici. Un de nos gardes républicains Happy-Timiens s’est approché, avec à son bras un homme étrange : il portait des lunettes de soleil à l’intérieur (le con) et un grand bâton blanc, un peu comme Gandalf.
Il nous a expliqué qu’en réalité cet excentrique était un aveugle -ahhh, c’est donc ça !- et nous a demandé d’appeler le service clientèle, pour qu’ils envoient quelqu’un l’aider à faire ses achats.

Le problème, c’est que le règlement vient de changer : le service clientèle ne peut plus s’occuper des cas sociaux, on doit donc mettre en place un système de chaîne. C’est à dire que depuis l’entrée du magasin, les vigiles accompagnent le pas-d’z'yeux au rayon désiré, où ils refilent le bébé au vendeur, qui passera la patate chaude au rayon suivant (enfin, si notre non-voyant a d’autres courses à faire, bien entendu). Et ainsi de suite, jusqu’à la caisse.
C’est à ce moment que le système de la chaîne atteint ses limites : les caissiers ayant interdiction de quitter leur poste, le client est obligé d’attendre sagement dans un coin que la journée soit finie, afin que la personne qui l’a encaissé puisse le raccompagner jusqu’à la sortie.

Et ce jour-là, j’avais la bougeotte. On était trois chargés d’accueil, à un poste qui ne comporte que deux places. J’en ai profité pour faire mon Samaritain, et j’ai décidé d’accompagner Gandalf faire ses achats.

Ce fut ma première erreur de la journée.
La seconde a été de lui demander : “alors monsieur, qu’est-ce que vous êtes venu acheter chez nous ? :D “.
Il ne voit pas.
Et il cherchait une petite pochette pour ranger ses papiers, et remplacer sa banane moche -on le comprend.
Pendant notre voyage jusqu’au territoire de l’Homme, j’ai commencé à lui expliquer ce qu’il pourrait trouver : euuuh, c’est comme un petit sac-euh, en bandoulière (une besace David, ça s’appelle une besace), c’est à la modeuh, je sais pas si vous connaissez…?

Je me suis cru sauvé au moment où un vendeur s’est présenté à nous. Patate chaude, hop, à toi ! Mais vu la tournure que prenaient les évènements, j’ai décidé de rester.
J’avais pourtant expliqué en arrivant, le plus politiquement correct du monde, que j’accompagnais un client non-voyant. Mais monsieur Tact n’avait manifestement pas la lumière à tous les étages, il n’a pas arrêté :

- Alors vous voyez, j’ai ce modèle-ci… Il y a le premier que je vous ai montré, sinon… Et je ne sais pas si vous avez vu, mais les poches sur ce modèle…

En montrant à chaque fois les besaces à Gandalf, qui souriait, imperturbable, mais ne réagissait évidemment pas plus que ça. Le fait que j’attrape tous ses articles pour les mettre dans les mains du client qui se mettait à les tripoter si sensouellement ne lui a fait tilt à aucun moment.

Du coup, j’ai décidé que je ne l’aimais pas, et j’ai tout fait pour lui pourrir sa vente. Dès qu’il s’éloignait un peu pour aller chercher le modèle suivant, je me transformais en immonde Iago du commerce, et déversais mon fiel dans l’oreille de Gandalf :

-Alors celui-ci, le vendeur le porte en ce moment même, et je n’aime pas du tout, on dirait qu’il a un k-way en bandoulière… Le deuxième ? Moui, si vous voulez vous promener avec le même sac que Paris Hilton… Ah ben oui, le cuir de cette besace peut être chouette, elle coûte quand même 220 neuros !

Et ainsi de suite.
Une fois qu’il a été dégoûté de tous les modèles qu’on lui présentait (oui, bon, il est reparti bredouille, mon plan n’était pas si infaillible, mais je travaille mal dans l’urgence), j’ai dû lui faire à nouveau traverser tout le magasin, pour l’amener au rayon des tue-cafards, où je l’ai confié aux bons soins de monsieur le droguier, afin de retourner à mon poste.

J’ai poliment pris congé, et j’ai couru pour raconter cette histoire à Fantine et à la blonde, qui m’ont toutes les deux posé cette excellente question :

- Mais ? S’il est aveugle, comment il sait qu’il a des cafards ?

Question qui m’a tenu éveillé jusqu’au lendemain matin.

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au boulot

Le jour où les ratels domineront le monde

30 mai 2009

Tout ce qui suit est rigoureusement authentique*


Amis de la nature, bonjûr ! Nous allons aujourd’hui parler d’un animal plus étrange que l’ornithorynque, plus fort que l’éléphant et le rhinocéros réunis, et plus intéressant que le lapin, parce que le lapin, voilà quoi. J’ai nommé : le ratel.

Pour ceux -que j’imagine nombreux- qui voudraient s’instruire, le ratel est un mustélidé de la taille d’une grande belette, fier et unique représentant de la sous-famille des Mellivorinés (merci Wikipedia). Je suis d’accord, on s’en fout, mais ça me semblait important, sur le coup.
On ne le trouve qu’en Inde et en Afrique, ce qui laisse à supposer que c’est un animal de pauvres. Pour continuer (et finir) avec les données techniques qui permettent de briller à peu de frais dans les dîners mondains, notons que le cerveau du ratel a cette particularité, si on l’observe de haut, de ressembler à un plug :

Étonnant, non ?

Mais là où le ratel se distingue des autres bêtes, c’est par son caractère : sous ses airs de mignon petit furet en peluche, c’est l’animal le plus intrépide et le plus teigneux du monde, sorte d’Attila enfermé dans un corps de Teletubby.
Il tire son nom latin (Mellivora capensis) de son goût prononcé pour le miel. Winnie le sait bien, le meilleur miel du monde est celui de la redoutable abeille africaine, qu’aucun animal sensé n’ira titiller. Ça n’arrête pas le ratel, qui peut tranquillement lacérer la ruche avec ses petites pattes, et se goinfrer de miel pendant que les abeilles le piquent et piquer encore, sans que ça le dérange plus que ça.
Intrépide et teigneux, on vous dit.

Pour l’avoir observé dans son environnement naturel (et vas-y que je vous balance mes vacances de rêve en Afrique -il y a huit ans- à la gueule !), je confirme : l’animal n’a peur de rien. Il peut venir fouiller les poubelles d’un campement plein de monde sans fuir une fois repéré. Non, si on tape dans les mains pour le faire déguerpir -un homme qui applaudit, normalement ça fait peur-, sa seule réaction sera de se mettre à grogner plus fort.
On n’emmerde pas un ratel qui mange.

Il a beau être teigneux, il se trouve toujours un animal assez couillon pour l’attaquer. Imaginons qu’un gros lion arrive et chope le ratel : ARGN, un coup de crocs se referme sur sa blanche gorge. Drâââme dans la savane !
Non ?
Non.
La fourrure du ratel est beaucoup trop grande pour lui, le lion n’a mordu que son blouson. Sa pauvre victime peut ainsi se retourner dans sa propre peau pour lui fumer sa sale gueule de lion, en le traitant de petite lionne et en le renvoyant miauler chez sa mère.

Mais la vie est ainsi faite : on ne peut pas vivre que de miel. Se faire du prédateur avant le petit déjeuner, ça donne faim. Mais que mange notre petit ami à quatre pattes, se demandent vos esprits avides de connaissances ?
Facile : de tout.
Comme le petit teigneux aime les challenges, il ne va pas bouffer que des insectes, ah ça non ! Une de ses proies favorites (le miel n’est pas une proie), en plus des scorpions, ce sont les serpents. Plus c’est venimeux, meilleur c’est.

Fatalement, un serpent qu’on attaque ne se laisse pas faire, et au cours du combat, il est possible que notre ami le ratel se prenne une bonne dose de venin dans la gueule. Il a beau être teigneux et sortir victorieux de son combat, lorsque le poison commence à faire effet il s’effondre, vaincu par k.o.
Personne n’est immortel.

À part le ratel, dont le système immunitaire ferait pâlir d’envie tous les instituts de recherche du monde : après une agonie d’une heure ou deux, il se relève, avec rien de plus qu’une légère gueule de bois, finit de manger son serpent et continue son petit bonhomme de chemin, vers de nouvelles aventures.

Alors le jour où vous croiserez une de ces petites bêtes, ne vous laissez pas berner par son air innocent. Ne vous en approchez pas, et fuyez, aussi vite que vous le pouvez, si vous ne voulez pas finir comme ce buffle, mort de s’être fait attaquer aux cojones par un ratel.

*À part la photo du timbre : contrairement à ce que nos amis Russes ont l’air de croire, les ratels ne volent pas.

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non, rien

L’insouciance des vacances

19 mai 2009

Il y a un an, presque jour pour jour, je passais une nouvelle étape dans ma douloureuse exploration du monde des grands : pour la première fois de ma vie d’adulte, je posais mes congés d’été. En vingt six ans, c’est un problème auquel je n’avais jamais été confronté : les vacances faisaient partie de la vie, quatre mois de repos après chaque année scolaire, un peu plus avec la fac.
Mais là, je devais choisir des dates, qu’elles soient acceptées, et on me donnait quatre mois pour y réfléchir, alors que j’ai déjà du mal à me projeter d’une semaine sur l’autre. Trop dure la vie !

Surtout que les vacances, ça n’est pas vraiment mon truc : je n’aime pas le soleil, je m’ennuie à la plage, et au bout d’une semaine, ma maison me manque et je deviens comme E.T., à vouloir fabriquer une antenne avec des boîtes de conserve pour qu’on vienne me chercher.

Je m’étais longuement trituré les méninges : une décision comme ça, on ne la prend pas à la légère. J’avais fait plein de diagrammes compliqués, avec des courbes et des formules mathématiques pas encore découvertes. J’avais passé des heures à l’ordinateur, à faire des recherches et des comparaisons à m’en brûler les yeux, pour arriver à un savant résultat : je poserais deux semaines tout début juin, et pitètre une autre fin octobre.

C’était la combinaison idéale. Un peu de temps pour souffler avant de partir quelques jours me changer les idées, et j’avais une semaine pour me remettre de cet arrachage à mon foyer doux foyer. Le plan infaillible, surtout qu’à cette période-là il ne ferait pas encore trop chaud.

Curieusement, quand j’ai donné mon projet à Girafa, avec mes grands yeux brillant d’espoir, tout inquiet à l’idée qu’elle me dise “non écoute, il y a déjà trop de monde sur ces dates-là, refais-moi tout ça”, elle a rigolé, et m’a dit oui tout de suite.
L’avantage de ne pas supporter les températures supérieures à vingt degrés, c’est que personne ne se bat pour partir en même temps que moi.

Plus la date approchait, plus j’étais tout fou et intenable. Mes premières vacances choisies, les miennes, à moi, pas à des dates imposées par le calendrier scolaire ! Yipppeee !
J’étais tellement joyeux que j’ai eu envie de faire un peu mon kéké.

J’ai réfléchi à une blague pendant des jours et des jours, jusqu’à lui donner la perfection du diamant : ma dernière semaine de boulot, j’attends qu’il y ait assez de monde dans le bureau. Ni trop, sinon je passerai inaperçu, ni trop peu, sinon ça ne sert à rien. Quand ils sont assez nombreux, je fais mine d’aller voir l’emploi du temps de la semaine à venir, et je commence à m’inquiéter : “Ralala c’est bizarre, je suis pas sur les plannings de la semaine prochaine !”, histoire d’attirer l’attention sur moi.
Et quand tout le monde s’interroge, la résolution de mon hilarant gag arrive, cerise sur un gâteau que tous vont bientôt m’envier : “ah ben chuis bête ! C’est mes vacances, bande de moules !”.
Et je n’ai plus qu’à partir, impérial.

Le jour J, je suis donc arrivé dans le bureau, en pouffant à l’idée du bon tour que j’allais leur jouer. J’ai attrapé le planning de la semaine suivante, et ouvert des grands yeux pleins d’effroi : j’étais encore noté dessus.
Plan B ! Plan B !

Je me suis mis à pousser des hurlements effarés en courant partout dans le bureau, pour expliquer à qui voulait l’entendre mon horrible situation. Pour me calmer, on m’a conseillé d’appeler Girafa sur le champ.
Elle m’a alors expliqué que suite à un malheureux concours de circonstances, elle avait oublié de communiquer mes dates de vacances aux filles du planning, qui ne savaient donc pas que je ne serais pas là, et comme on en avait parlé deux mois plus tôt, Girafa m’avait complètement zappé.

C’était aussi un peu ma faute : en bon puceau des congés, je ne savais pas qu’il fallait signer un papier pour montrer qu’ils avaient été acceptés, genre une conversation ne suffit pas pour les valider, bureaucratie de merde.
J’avais passé mon dernier jour de boulot avec des sueurs froides partout dans le dos, parce que sans mon papier, pas de Copenhague. Et comme ils demandent en février de leur rendre nos projets de dates d’été, je risquais de me faire envoyer bouler, en m’y prenant vingt-quatre heures à l’avance.
Heureusement, tout avait fini par s’arranger.

Alors cette année, je m’y suis pris différemment. Déjà, j’ai ressorti le tableau Excel de la dernière fois, pour reposer les mêmes dates. Une nouvelle fois, Girafa a ricané quand je lui ai dit à quel moment je souhaitais partir.

Le jour du départ approche : dans trois semaines c’est la quille. Et cette fois-ci, j’ai bien remarqué que je n’avais -à nouveau- pas signé mon bon de sortie, on me la fera pas deux fois de suite ! J’ai donc tout de suite appelé Girafa.
Trois semaines avant le départ. Deux mois après avoir posé mes dates.

- Allô, c’est David bordel. Je t’appelle parce que je n’ai toujours pas signé pour mes vacances, et l’autre moche là-bas, elle part après moi et elle a déjà eu son papier, d’abord !

- Ah, justement je voulais t’en parler, parce que pour moi, tu fais partie des gens qui ne m’ont pas encore donné leurs dates…

J’ai insisté pendant dix minutes, en faisant intervenir tous les détails qui pouvaient me revenir : ce qu’elle portait, où on se trouvait, les réactions qu’elle a eues… Mais rien. Elle ne se souvient absolument pas qu’on ait eu une conversation au sujet de mes vacances.

Si j’étais parano, je pourrais croire qu’elle m’en veut.

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