Procellus

  • rss
  • Derniers posts
  • À propos
  • NabazDav
  • Contact

Les meilleures actrices du monde

26 juin 2009

Aujourd’hui, face aux terribles heures que vivent les pages people, après la victoire de Soan, la mort de Farrah Fawcett, rapidement éclipsée par celle de Michael Jackson, il est important de se tourner vers d’autres cieux, plus rayonnants.
Le roi est mort, vive le roi, comme on dit dans ces cas-là.

Le roi que je voudrais célébrer aujourd’hui est une reine, qui faisait pâlir Farrah dans la vie comme Bambi l’a supplantée dans la mort : Emily Procter, alias Calleigh Duquesne, dans Les Experts : Miami. Meilleure série de tous les temps, qui marque autant par son ouverture d’esprit -”Ah, vous l’avez tuée…? Bon, mais c’était une pute, elle était déjà morte à l’intérieur, qu’on ne vous y reprenne pas !”, que par le talent de ses protagonistes, David Caruso en tête, le seul homme au monde à avoir moins de charisme qu’une huître.

Mais la palme de la série revient néanmoins à Emily / Calleigh, dont la palette d’expressions ferait rêver Ingrid Chauvin, mais voyez plutôt.
Sous vos yeux ébahis, La Procter interprète :

la joie;

la tristesse;

l’espoir;

l’envie de chier;

la colère ravalée;

l’amour;

la compassion.

Sous un tonnerre d’applaudissements.

Commentaires
3 Commentaires »
Catégories
ma télé et moi

Ce que la version 3.0 change pour moi

18 juin 2009

Aujourd’hui, comme une grande partie de la population mondiale, mon iPhone de David ! (c’est son nom) est passé à sa version 3.0. Ce qui veut dire, entre autres, que je peux maintenant envoyer des MMS.
Ouiii ! À moi les messages instantanés avec des images ! Je vais enfin pouvoir prendre des photos de mon cul et les envoyer à tout mon répertoire !

Un de mes premiers réflexes, une fois l’OS installé, a été d’envoyer un message à Keupine, pour qu’elle arrête de me narguer avec ses MMS à la con, que jusqu’à présent je ne recevais pas, et que son téléphone tût pûrri gère sans problèmes.
J’ai eu cette idée de génie, si si, vraiment, de faire parler l’image :

Sa réponse -malheureusement- ne s’est pas fait attendre :

Commentaires
4 Commentaires »
Catégories
la technologie

Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver

14 juin 2009

À Happy Time, on n’est pas généreux sur la paye, comme me le rappelle quotidiennement Maman Procellus, mais on a un bon comité d’entreprise. Ils offrent (enfin, “offrent”, hein, comprenons-nous bien) souvent des voyages au bout du monde, pour que les moins fortunés aient le plaisir de partir en Chine, au Yémen ou en Turquie avec touuus leurs collègues, et ça c’est trop du bonheur.

Tous les ans pour la fête des mères, ils offrent aussi des cadeaux pour féliciter les reproductrices, avec une coupe de champagne en prime : du coup elles reviennent travailler en fin de journée complètement pompettes. Ils sont pas cons, notre comité d’entreprise : des cadeaux pour la fête des mères dans la plus grosse boîte à pédés de Paris, ils sont sûrs de ne pas se ruiner.

Mais cette année, ils ont entendu la révolte gronder dans nos rayons : des miyards de pédés et goudous pas contents d’être toujours lésés lors des distributions de cadeaux, parce qu’à Noël c’est la même histoire : on offre des trains électriques aux bambins, mais nous autres grands enfants, on peut se toucher (et on ne se prive pas).

C’est pour ça que l’autre jour, ils ont affiché ce mot, qui disait en gros qu’en “ces temps de crise, la culture est trop souvent oubliée. Pour permettre à tous de rêver un peu, notre CE offrira donc un chèque culture de 50 neuros à tous les employés”.

Enfin, un beau geste !

Mais le seul problème, c’est l’idée qu’ils ont l’air de se faire de la culture.
Parce que parallèlement à cette opération “la lecture pour tous”, le magasin a essayé de booster ses ventes de livres, en organisant un évènement digne des plus grands salons littéraires.

Le jour où on nous offrait un chèque culture, comble de l’hypocrisie, on recevait également Sophie Favier en dédicace, pour la sortie de son livre “Comment j’ai perdu 10 kilos en 3 mois”.

Ce jour-là, pour la première fois, j’ai eu honte de travailler à Happy Time.

Commentaires
2 Commentaires »
Catégories
au boulot

Je ferme un oeil et je deviens Roi

11 juin 2009

Jeudi dernier, pour mon début de semaine -oui, mes semaines commencent tard, mais c’est pas ma faute à moi, c’est mon emploi du temps qui est fait comme ça- j’étais au défouloir pour clients, à discuter avec Fantine et une autre collègue blonde sans intérêt aucun, qui ne sera donc pas nommée ici. Un de nos gardes républicains Happy-Timiens s’est approché, avec à son bras un homme étrange : il portait des lunettes de soleil à l’intérieur (le con) et un grand bâton blanc, un peu comme Gandalf.
Il nous a expliqué qu’en réalité cet excentrique était un aveugle -ahhh, c’est donc ça !- et nous a demandé d’appeler le service clientèle, pour qu’ils envoient quelqu’un l’aider à faire ses achats.

Le problème, c’est que le règlement vient de changer : le service clientèle ne peut plus s’occuper des cas sociaux, on doit donc mettre en place un système de chaîne. C’est à dire que depuis l’entrée du magasin, les vigiles accompagnent le pas-d’z'yeux au rayon désiré, où ils refilent le bébé au vendeur, qui passera la patate chaude au rayon suivant (enfin, si notre non-voyant a d’autres courses à faire, bien entendu). Et ainsi de suite, jusqu’à la caisse.
C’est à ce moment que le système de la chaîne atteint ses limites : les caissiers ayant interdiction de quitter leur poste, le client est obligé d’attendre sagement dans un coin que la journée soit finie, afin que la personne qui l’a encaissé puisse le raccompagner jusqu’à la sortie.

Et ce jour-là, j’avais la bougeotte. On était trois chargés d’accueil, à un poste qui ne comporte que deux places. J’en ai profité pour faire mon Samaritain, et j’ai décidé d’accompagner Gandalf faire ses achats.

Ce fut ma première erreur de la journée.
La seconde a été de lui demander : “alors monsieur, qu’est-ce que vous êtes venu acheter chez nous ? :D “.
Il ne voit pas.
Et il cherchait une petite pochette pour ranger ses papiers, et remplacer sa banane moche -on le comprend.
Pendant notre voyage jusqu’au territoire de l’Homme, j’ai commencé à lui expliquer ce qu’il pourrait trouver : euuuh, c’est comme un petit sac-euh, en bandoulière (une besace David, ça s’appelle une besace), c’est à la modeuh, je sais pas si vous connaissez…?

Je me suis cru sauvé au moment où un vendeur s’est présenté à nous. Patate chaude, hop, à toi ! Mais vu la tournure que prenaient les évènements, j’ai décidé de rester.
J’avais pourtant expliqué en arrivant, le plus politiquement correct du monde, que j’accompagnais un client non-voyant. Mais monsieur Tact n’avait manifestement pas la lumière à tous les étages, il n’a pas arrêté :

- Alors vous voyez, j’ai ce modèle-ci… Il y a le premier que je vous ai montré, sinon… Et je ne sais pas si vous avez vu, mais les poches sur ce modèle…

En montrant à chaque fois les besaces à Gandalf, qui souriait, imperturbable, mais ne réagissait évidemment pas plus que ça. Le fait que j’attrape tous ses articles pour les mettre dans les mains du client qui se mettait à les tripoter si sensouellement ne lui a fait tilt à aucun moment.

Du coup, j’ai décidé que je ne l’aimais pas, et j’ai tout fait pour lui pourrir sa vente. Dès qu’il s’éloignait un peu pour aller chercher le modèle suivant, je me transformais en immonde Iago du commerce, et déversais mon fiel dans l’oreille de Gandalf :

-Alors celui-ci, le vendeur le porte en ce moment même, et je n’aime pas du tout, on dirait qu’il a un k-way en bandoulière… Le deuxième ? Moui, si vous voulez vous promener avec le même sac que Paris Hilton… Ah ben oui, le cuir de cette besace peut être chouette, elle coûte quand même 220 neuros !

Et ainsi de suite.
Une fois qu’il a été dégoûté de tous les modèles qu’on lui présentait (oui, bon, il est reparti bredouille, mon plan n’était pas si infaillible, mais je travaille mal dans l’urgence), j’ai dû lui faire à nouveau traverser tout le magasin, pour l’amener au rayon des tue-cafards, où je l’ai confié aux bons soins de monsieur le droguier, afin de retourner à mon poste.

J’ai poliment pris congé, et j’ai couru pour raconter cette histoire à Fantine et à la blonde, qui m’ont toutes les deux posé cette excellente question :

- Mais ? S’il est aveugle, comment il sait qu’il a des cafards ?

Question qui m’a tenu éveillé jusqu’au lendemain matin.

Commentaires
3 Commentaires »
Catégories
au boulot

Le jour où les ratels domineront le monde

30 mai 2009

Tout ce qui suit est rigoureusement authentique*


Amis de la nature, bonjûr ! Nous allons aujourd’hui parler d’un animal plus étrange que l’ornithorynque, plus fort que l’éléphant et le rhinocéros réunis, et plus intéressant que le lapin, parce que le lapin, voilà quoi. J’ai nommé : le ratel.

Pour ceux -que j’imagine nombreux- qui voudraient s’instruire, le ratel est un mustélidé de la taille d’une grande belette, fier et unique représentant de la sous-famille des Mellivorinés (merci Wikipedia). Je suis d’accord, on s’en fout, mais ça me semblait important, sur le coup.
On ne le trouve qu’en Inde et en Afrique, ce qui laisse à supposer que c’est un animal de pauvres. Pour continuer (et finir) avec les données techniques qui permettent de briller à peu de frais dans les dîners mondains, notons que le cerveau du ratel a cette particularité, si on l’observe de haut, de ressembler à un plug :

Étonnant, non ?

Mais là où le ratel se distingue des autres bêtes, c’est par son caractère : sous ses airs de mignon petit furet en peluche, c’est l’animal le plus intrépide et le plus teigneux du monde, sorte d’Attila enfermé dans un corps de Teletubby.
Il tire son nom latin (Mellivora capensis) de son goût prononcé pour le miel. Winnie le sait bien, le meilleur miel du monde est celui de la redoutable abeille africaine, qu’aucun animal sensé n’ira titiller. Ça n’arrête pas le ratel, qui peut tranquillement lacérer la ruche avec ses petites pattes, et se goinfrer de miel pendant que les abeilles le piquent et piquer encore, sans que ça le dérange plus que ça.
Intrépide et teigneux, on vous dit.

Pour l’avoir observé dans son environnement naturel (et vas-y que je vous balance mes vacances de rêve en Afrique -il y a huit ans- à la gueule !), je confirme : l’animal n’a peur de rien. Il peut venir fouiller les poubelles d’un campement plein de monde sans fuir une fois repéré. Non, si on tape dans les mains pour le faire déguerpir -un homme qui applaudit, normalement ça fait peur-, sa seule réaction sera de se mettre à grogner plus fort.
On n’emmerde pas un ratel qui mange.

Il a beau être teigneux, il se trouve toujours un animal assez couillon pour l’attaquer. Imaginons qu’un gros lion arrive et chope le ratel : ARGN, un coup de crocs se referme sur sa blanche gorge. Drâââme dans la savane !
Non ?
Non.
La fourrure du ratel est beaucoup trop grande pour lui, le lion n’a mordu que son blouson. Sa pauvre victime peut ainsi se retourner dans sa propre peau pour lui fumer sa sale gueule de lion, en le traitant de petite lionne et en le renvoyant miauler chez sa mère.

Mais la vie est ainsi faite : on ne peut pas vivre que de miel. Se faire du prédateur avant le petit déjeuner, ça donne faim. Mais que mange notre petit ami à quatre pattes, se demandent vos esprits avides de connaissances ?
Facile : de tout.
Comme le petit teigneux aime les challenges, il ne va pas bouffer que des insectes, ah ça non ! Une de ses proies favorites (le miel n’est pas une proie), en plus des scorpions, ce sont les serpents. Plus c’est venimeux, meilleur c’est.

Fatalement, un serpent qu’on attaque ne se laisse pas faire, et au cours du combat, il est possible que notre ami le ratel se prenne une bonne dose de venin dans la gueule. Il a beau être teigneux et sortir victorieux de son combat, lorsque le poison commence à faire effet il s’effondre, vaincu par k.o.
Personne n’est immortel.

À part le ratel, dont le système immunitaire ferait pâlir d’envie tous les instituts de recherche du monde : après une agonie d’une heure ou deux, il se relève, avec rien de plus qu’une légère gueule de bois, finit de manger son serpent et continue son petit bonhomme de chemin, vers de nouvelles aventures.

Alors le jour où vous croiserez une de ces petites bêtes, ne vous laissez pas berner par son air innocent. Ne vous en approchez pas, et fuyez, aussi vite que vous le pouvez, si vous ne voulez pas finir comme ce buffle, mort de s’être fait attaquer aux cojones par un ratel.

*À part la photo du timbre : contrairement à ce que nos amis Russes ont l’air de croire, les ratels ne volent pas.

Commentaires
4 Commentaires »
Catégories
non, rien

L’insouciance des vacances

19 mai 2009

Il y a un an, presque jour pour jour, je passais une nouvelle étape dans ma douloureuse exploration du monde des grands : pour la première fois de ma vie d’adulte, je posais mes congés d’été. En vingt six ans, c’est un problème auquel je n’avais jamais été confronté : les vacances faisaient partie de la vie, quatre mois de repos après chaque année scolaire, un peu plus avec la fac.
Mais là, je devais choisir des dates, qu’elles soient acceptées, et on me donnait quatre mois pour y réfléchir, alors que j’ai déjà du mal à me projeter d’une semaine sur l’autre. Trop dure la vie !

Surtout que les vacances, ça n’est pas vraiment mon truc : je n’aime pas le soleil, je m’ennuie à la plage, et au bout d’une semaine, ma maison me manque et je deviens comme E.T., à vouloir fabriquer une antenne avec des boîtes de conserve pour qu’on vienne me chercher.

Je m’étais longuement trituré les méninges : une décision comme ça, on ne la prend pas à la légère. J’avais fait plein de diagrammes compliqués, avec des courbes et des formules mathématiques pas encore découvertes. J’avais passé des heures à l’ordinateur, à faire des recherches et des comparaisons à m’en brûler les yeux, pour arriver à un savant résultat : je poserais deux semaines tout début juin, et pitètre une autre fin octobre.

C’était la combinaison idéale. Un peu de temps pour souffler avant de partir quelques jours me changer les idées, et j’avais une semaine pour me remettre de cet arrachage à mon foyer doux foyer. Le plan infaillible, surtout qu’à cette période-là il ne ferait pas encore trop chaud.

Curieusement, quand j’ai donné mon projet à Girafa, avec mes grands yeux brillant d’espoir, tout inquiet à l’idée qu’elle me dise “non écoute, il y a déjà trop de monde sur ces dates-là, refais-moi tout ça”, elle a rigolé, et m’a dit oui tout de suite.
L’avantage de ne pas supporter les températures supérieures à vingt degrés, c’est que personne ne se bat pour partir en même temps que moi.

Plus la date approchait, plus j’étais tout fou et intenable. Mes premières vacances choisies, les miennes, à moi, pas à des dates imposées par le calendrier scolaire ! Yipppeee !
J’étais tellement joyeux que j’ai eu envie de faire un peu mon kéké.

J’ai réfléchi à une blague pendant des jours et des jours, jusqu’à lui donner la perfection du diamant : ma dernière semaine de boulot, j’attends qu’il y ait assez de monde dans le bureau. Ni trop, sinon je passerai inaperçu, ni trop peu, sinon ça ne sert à rien. Quand ils sont assez nombreux, je fais mine d’aller voir l’emploi du temps de la semaine à venir, et je commence à m’inquiéter : “Ralala c’est bizarre, je suis pas sur les plannings de la semaine prochaine !”, histoire d’attirer l’attention sur moi.
Et quand tout le monde s’interroge, la résolution de mon hilarant gag arrive, cerise sur un gâteau que tous vont bientôt m’envier : “ah ben chuis bête ! C’est mes vacances, bande de moules !”.
Et je n’ai plus qu’à partir, impérial.

Le jour J, je suis donc arrivé dans le bureau, en pouffant à l’idée du bon tour que j’allais leur jouer. J’ai attrapé le planning de la semaine suivante, et ouvert des grands yeux pleins d’effroi : j’étais encore noté dessus.
Plan B ! Plan B !

Je me suis mis à pousser des hurlements effarés en courant partout dans le bureau, pour expliquer à qui voulait l’entendre mon horrible situation. Pour me calmer, on m’a conseillé d’appeler Girafa sur le champ.
Elle m’a alors expliqué que suite à un malheureux concours de circonstances, elle avait oublié de communiquer mes dates de vacances aux filles du planning, qui ne savaient donc pas que je ne serais pas là, et comme on en avait parlé deux mois plus tôt, Girafa m’avait complètement zappé.

C’était aussi un peu ma faute : en bon puceau des congés, je ne savais pas qu’il fallait signer un papier pour montrer qu’ils avaient été acceptés, genre une conversation ne suffit pas pour les valider, bureaucratie de merde.
J’avais passé mon dernier jour de boulot avec des sueurs froides partout dans le dos, parce que sans mon papier, pas de Copenhague. Et comme ils demandent en février de leur rendre nos projets de dates d’été, je risquais de me faire envoyer bouler, en m’y prenant vingt-quatre heures à l’avance.
Heureusement, tout avait fini par s’arranger.

Alors cette année, je m’y suis pris différemment. Déjà, j’ai ressorti le tableau Excel de la dernière fois, pour reposer les mêmes dates. Une nouvelle fois, Girafa a ricané quand je lui ai dit à quel moment je souhaitais partir.

Le jour du départ approche : dans trois semaines c’est la quille. Et cette fois-ci, j’ai bien remarqué que je n’avais -à nouveau- pas signé mon bon de sortie, on me la fera pas deux fois de suite ! J’ai donc tout de suite appelé Girafa.
Trois semaines avant le départ. Deux mois après avoir posé mes dates.

- Allô, c’est David bordel. Je t’appelle parce que je n’ai toujours pas signé pour mes vacances, et l’autre moche là-bas, elle part après moi et elle a déjà eu son papier, d’abord !

- Ah, justement je voulais t’en parler, parce que pour moi, tu fais partie des gens qui ne m’ont pas encore donné leurs dates…

J’ai insisté pendant dix minutes, en faisant intervenir tous les détails qui pouvaient me revenir : ce qu’elle portait, où on se trouvait, les réactions qu’elle a eues… Mais rien. Elle ne se souvient absolument pas qu’on ait eu une conversation au sujet de mes vacances.

Si j’étais parano, je pourrais croire qu’elle m’en veut.

Commentaires
2 Commentaires »
Catégories
au boulot

Dans le vingt mini

9 mai 2009

Avec Lapin, une des principales sources d’engueulades est de savoir qui va faire la cuisine. Comme je suis un grand malin, je m’arrange pour toujours aller chez lui, ce qui me laisse l’excuse du “mais je suis l’invité, c’est pas à moi de le faire, et puis je sais pas où sont rangées les affaires !”.
Je le sais bien, ce numéro ne peut pas fonctionner à tous les coups, il va finir par voir clair dans mon jeu : je sais parfaitement bien où sont les poêles et les casseroles, je suis fourbe, c’est une honte. Mais vu que ma seule alternative est de le regarder avec mes yeux de cocker en me plaignant d’être fatigué de touuut ce travail que j’ai fait à Happy Time, il a bien fallu que je trouve une solution.

Homme de nombreuses ressources, j’ai donc eu cette idée géniale : aller acheter du chinois à emporter les soirs où manifestement je ne gagnerai pas ! Tadaaah, simple comme ni hao !
Le plus difficile a été de trouver une bonne cantine. Il y avait bien l’espèce de boui boui en bas de chez lui, mais ça avait l’air trop malsain : ils avaient une tête à servir du chien et des œufs de cent ans qui en ont en fait deux cent, en se mouchant dans les chips à la crevette.

C’est ainsi qu’a commencé notre longue quête vers un traiteur pas trop dégueu. À l’instar des Hébreux fuyant vers la Terre Promise, nous nous éloignions de plus en plus de la maison, en tentant de trouver un restaurant moins pire que le précédent. On a parfois dû se taper une demi-heure de trajet, en passant devant mille empoisonneurs, juste pour acheter notre sachet de nems, par flemme de faire à bouffer.
Boulet et boulet veulent un plat chaud.

Et puis un jour, notre poil dans la main a été plus fort que notre prudence : on a décidé de tenter le restaurant en bas. Tin-tin tin-tiiiinnn ! Surtout que c’était idiot d’aller aussi loin : le resto est dans le même immeuble, on n’avait que deux étages à descendre.

Il en a fallu du courage pour pousser cette porte : un petit restaurant tellement sombre et sordide qu’il avait toujours eu l’air fermé, de toutes petites fenêtres, une porte qui a une tête à grincer… Mais non. Il était juste désert.
Personne, à part la patronne et son mari en train de discuter. On a vite vu qui portait la culotte dans cet établissement : dès qu’elle s’est rendu compte que deux clients venaient d’entrer, madame a crié quelque chose en asiatique à son cher et tendre, qui a filé dare-dare en cuisine. Et tout sourire, elle s’est tournée vers nous.

Bonjour madame… Possible de prendre du niam niam à emporter…? Elle a hoché la tête très vite en souriant : “Oui, oui, empo’ter, oui !”.

Déjà un bon point.
Après avoir fait notre choix, madame Wong -qui prépare manifestement elle-même les nems, même que c’est écrit sur le menu- nous a lancé sa phrase, son gimmick, sa signature. George Clooney a son “what else ?”, Valérie Lemercier son “c’est moi qui l’ai fait !”, madame Wong, elle, regarde l’horloge, et lance en souriant : “Oui ? Dans le vingt mini, d’acco’ ?”.
Systématiquement.

Parce qu’il se trouve que c’est le meilleur restaurant chinois du monde entier de l’univers, et que depuis ce jour, il est devenu notre cantine attitrée.
Et à chaque fois, inlassablement, madame Wong regarde l’horloge, a l’air de calculer difficilement, et nous annonce toute fière : “Oui ? Dans le vingt mini, d’acco’ ?”.
Elle ne ment jamais : vingt minutes, pas une de plus, ni une de moins, et on peut manger comme des princes.

Il faut dire qu’on y va souvent, commander chez elle. Depuis deux ans, on connaît la carte par cœur : à la question “qu’est-ce qu’on mange ce soir ?”, on se répond maintenant “bah, un dix-huit, et un dix-neuf ?”.
Certes, connaître par cœur les numéros de la carte est pathétique.

Surtout qu’au bout d’un moment, malins que nous sommes, nous avons remarqué que madame Wong était rien qu’un sale rapace. Deux ans, voire plus, que nous l’aidons à réaliser la quasi-totalité de son chiffre d’affaires.
Est-ce qu’elle nous offrirait de temps en temps un verre de saké avec notre commande ? Des petites chips à la crevette ? Du nougat ? Des baguettes ? Les boissons (parfois la dèche est grande) ?

Peau de zob.

À chaque fois, on paye plein pot, et on n’a que ce qu’on a commandé. Pas un grain de riz de plus. Et qu’on ne me fasse pas croire qu’elle ne nous reconnaît pas, la garce : dès qu’on ouvre sa porte, elle nous tend la carte spéciale “à emporter”, également appelée “photocopie de merde”.
Bien sûr, ça ne nous empêche pas d’y retourner dans les trois jours. Mais du coup, à chaque fois qu’on déballe le sac, on se met à pester, comme deux petits vieux acariâtres que nous sommes : “roooh, quand même elle exagère, tu crois qu’elle nous aurait offert le coca ? Nan. MORUE ! Et scrogneugneu et scrogneugneu”.
Et on boude, jusqu’à la fois suivante, vexés de ne pas avoir eu de cadeau(x).

Mais l’autre soir, j’ai perdu à la courte paille, et c’est moi qui ai dû aller commander et payer. Pour une fois, j’ai regardé d’un œil distrait la petite note qu’elle nous avait fait, et je l’ai comparée avec ce que disait l’appareil à carte bleue.
Ça m’a permis de voir que madame Wong n’est pas si radine que ça.
La note indiquait vingt-deux euros et cinq centimes.
Royale, elle ne m’en a fait payer que vingt-deux.

Procellus, ou la fidélité récompensée.

Commentaires
3 Commentaires »
Catégories
non, rien

Parce qu’on est tous des stars

29 avril 2009

L’autre jour, alors que je m’ennuyais ferme au boulot, on m’a envoyé remplacer une caissière, “pour un temps indéterminé”. Je savais que je venais de me faire avoir : certes, la journée promettait d’être looongue, j’étais normalement bloqué jusqu’à la fin à un défouloir pour clients horrible, où personne ne vient jamais, à part les vendeurs du rayon voisin. Passer huit heures d’affilée à faire la conversation à des pédés quinquagénaires qui chantent Dalida en imitant Renato et Zaza sauf que c’est pour de vrai : mon rêve.

Mais la caisse où je devais faire mon remplacement est encore pire : personne ne passe, jamais, ni clients, ni vendeurs, ni lutins malicieux. Perdu au milieu des canapés et des lits, condamné à guetter le chaland en souriant bêtement, vive l’attente active (c’est toi la tante active, ho ho ho).

Alors forcément, quand un péquenaud vient payer, on le voit arriver de loin, dans ce désert aride. Et c’est rigolo, celui-ci j’avais l’impression de l’avoir déjà vu quelque part. Quand il est arrivé à la distance où je peux enfin distinguer autre chose que formes et des couleurs, ça a immédiatement fait tilt : Christian Rauth.

Mais siii, Christian Rauth, celui qui jouait Auquelin dans Navarro ! Lui, là :

Dès que j’ai vu qui c’était, je me suis senti un peu gêné : c’est vrai quoi, reconnaître Christian Rauth de Navarro et des Monos, c’est quand même un peu la teuhon. Du coup j’ai fait comme si de rien n’était, et j’imagine que ça a dû l’arranger aussi : quand on est Christian Rauth, ça doit pas être facile à vivre tous les jours.
Ceci dit, la facture qu’il m’a présentée était à son vrai nom : il est donc soit masochiste, ou il se prend pour une vraie star, ou bien il a tristement conscience que personne ne sait plus qui il est, à part les mamies et les fans de Roger Hanin (genre).

Et justement, il y en avait une à côté, de mamie. Assise à un bureau avec sa petite fille, elles étaient en train de finaliser une vente, quand elle a tourné la tête dans ma direction.
Derrière la cataracte, ses yeux se sont tout de suite illuminés, comme ceux d’un enfant au matin de Noël quand elle a vu Auquelin. D’un coup, la petite dame toute sèche et toute voûtée a laissé la place à une gamine insupportable, qui trépignait sur sa chaise en ouvrant et en fermant la bouche à toute vitesse.

Elle m’a jeté un regard, pour me dire “Mais ! Mais ! Vous avez vu ! Il y a une célébrité à votre caisse monsieur !”. Je lui ai souri très poliment, et fait un petit signe de tête : “Oui, je sais j’ai vu”, et je suis retourné à ma star déchue.
Les conversations télépathiques : ça n’existe pas que dans les films.

En repartant, il est passé à côté de la vieille dame, et son pacemaker a failli griller. Elle tirait frénétiquement sur la manche de sa petite fille, mais la pauvre n’avait que vingt ans, et c’est un peu jeune quand même (surtout qu’il était de dos) : elle n’a pas compris ce qui agitait autant mère-grand.

Une fois leur vente terminée, elles sont venues à ma caisse :

- Oh, vous avez vu monsieur ! C’était… Mais qui c’était déjà… Palsambleu !

- Christian Rauth madame… Vous l’avez vu dans Navarro… Mais il n’ ya vraiment pas de quoi en faire un tel plat…

J’avais du mal à y croire. Reconnaître un acteur de la trempe de celui-ci, c’est une chose. Mais en être tourneboulée au point d’en discuter avec le caissier, c’était déjà plus improbable.
Elle était toujours en train de payer, les joues encore rosies de ses émotions, quand la collègue sus-remplacée est revenue. Pour rire, je lui ai lancé un spirituel :

- Tiens, tu viens de louper Christian Rauth…

Contre toute attente, elle est devenue hystérique :

- Ahiii ! Mais c’est l’acteur de Père et Maire ! Où ça ? Quand ça ? Il a acheté quoiii ?

J’étais atterré.
Des gens. Des vrais gens. Fans de Christian Rauth. Et du coup, ça a relancé la vieille groupie de plus belle. Je ne savais plus où me mettre, alors je suis parti.
Je les ai laissées toutes les deux, à s’alimenter de plus en plus fort comme une explosion nucléaire, à s’échanger le nom des stars qu’elles avaient pu croiser dans notre magasin, et attention hein, pas de la gnognotte, quand je les ai quittées elles en étaient à Anny Duperey, eh faut pas déconner !

Procellus, ou le star system des has (never) been.

Commentaires
9 Commentaires »
Catégories
au boulot, ma télé et moi

Les habits neufs de l’empereur

22 avril 2009

Bientôt, je vais devoir me rendre, la mort dans l’âme, au mariage de ce cousin que je connais à peine. Dans le Nord, si Dieu ne s’est pas décidé à faire disparaître cette non-région d’ici là. À chaque fois que je vois mon père il m’en parle : “allez tu viendras dis dis tu viens allez viens viens viens il faut que tu viendes !”, et ainsi de suite pendant des heures, en se roulant par terre et en tapant du pied, même que s’il continue ses caprices, il aura rien que du charbon à Noël.

Son principal argument pour me traîner à cette noce de merde c’est que “tu ne vas pas te transformer en ours, quand même !”.
Tout d’abord, je me permets de rigoler bien fort : HA HA HA !
Ensuite, je m’insurge : ne pas assister au mariage d’un quasi-inconnu avec une fille que je n’ai vu qu’une fois en .jpeg, ça ne fait pas de moi un ours. Vouloir passer tout mon temps libre enfermé chez moi et montrer les dents dès qu’on veut m’emmener en soirée, ça, peut-être. Et encore.
L’autre soir, Papaprocellus qui pense avoir réponse à tout m’a rétorqué que certes, je le connais à peine : mais c’est justement l’occasion d’élargir mon cercle social !
Et là c’était mort : après “élargir mon cercle”, le mini Bigard qui sommeille en moi s’est mis à rire si fort que je n’ai plus rien entendu. Je le cache pourtant du mieux que je peux ce petit salaud, mais parfois il réussit presque à se frayer un chemin à l’air libre. Il cherche à tuer ma réputation, je le sais.

Pour l’instant, je tiens bon : j’ai presque réussi à faire accepter à mon père l’idée que peut-être je ne viendrais pas. À celui-ci, au moins, parce qu’un mois après, la fifille d’un couple de ses amis que je connais depuis tout petit se marie aussi. Décidément, c’est contagieux.
J’ai fêté la nouvelle année avec elle pendant presque la moitié de ma vie, alors ça pourrait être rigolo de venir.

Mais le problème, comme j’en parlais avec Grololos, c’est que je ne sais pas quoi me mettre. Trop dure ma vie ! Je ne suis jamais allé à un mariage, à part celui d’une amie de lycée, mais j’étais arrivé quand ils sortaient de la mairie, et c’est à peu près le moment de la cérémonie auquel j’avais prévu de partir. Et vu que son mariage a duré à peine plus longtemps que celui de Britney et Jason Alexander, je ne suis pas sûr que ça compte vraiment.
Du coup, je suis tout novice : comment on doit s’habiller pour aller nocer ? Chic ? Très chic comme pour les soirées de l’ambassadeur ? Avec des gants et une canne ?

J’ai demandé des conseils au boulot, vu que Grololos a le même souci que moi : invitée à deux mariages en mai et juin, elle doit aussi trouver sa tenue. Mais sa jambe presque intégralement plâtrée risque de freiner sa créativité vestimentaire. Alors, quand je lui ai demandé ce que je pourrais porter, elle a dû faire un méga-transfert de la mort qui tue :

- Tu pourrais mettre… Un costume en lin ! Avec une chemise à jabots ! Et puis et puis, un chapeau, je suis sûre que tu as une tête à chapeaux ! Hein les filles, il a une tête à chapeaux ! Et aussi, et aussi un labrador, achète un labrador, c’est toujours très chic un labrador ! Et puis un carrosse, et…

Devant tant d’enthousiasme, j’ai fini par sourire et me taire, en attendant que ça passe et en pensant à autre chose, en me demandant qui allait bien pouvoir m’aider.
Finalement, c’est Lapin (oui, celui-là même, j’ai une vie sentimentale difficile à suivre) qui s’y est collé.

Il était content, Lapin, surtout que je ne suis absolument pas chiant, en ce qui concerne les vêtements : soit je ne veux rien essayer parce que rien ne me plaît, soit je sais exactement ce dont j’ai envie, et je refuse d’essayer -ou de regarder- quoi que ce soit, vu que rien de ce que je vois ne ressemble à ce que je veux.

Là, on était dans le second cas de figure. Ma tenue parfaite m’était apparue une nuit, dans un rêve : c’est celle-là qu’il me fallait !
Un joli complet à la Kennedy, avec une chemise blanche, qui aurait des rayures blanches aussi, ni trop voyantes ni trop discrètes, et une cravate rayée rose, parce que j’ai beau porter des vêtements d’homme, je n’en suis pas moins fiotte.

Alors ce samedi, profitant d’avoir eu ma journée à Happy Time, je l’ai traîné dans les boutiques. Si j’avais été Lapin, je crois que ce jour-là je me serais défoncé la tête avec un club de golf. On a regardé des centaines de cravates : trop roses, trop rayées, pas assez foncées, trop claires, trop saumon, trop framboise, avec les bonnes rayures mais pas de la bonne couleur…
Mais pour ma défense, une vision c’est sacré.
Et puis, je n’irais pas jusqu’à dire que c’est bien fait, salaud, fallait pas me quitter !, parce que je ne suis pas si mesquin, mais même s’il est revenu, tout finit par se payer.

De fil en aiguille (et on admire ce sens de l’à-propos), on s’est retrouvés à Happy Time. J’avais déjà le costume et une chemise “qui pourrait faire l’affaire si vraiment on ne trouvait rien de mieux”. Ne manquait plus que la cravate.
J’étais en train de dire à Lapin que si on croisait quelqu’un que je connaissais, il me prendrait sûrement pour un loser, à avoir eu mon samedi pour revenir au magasin, quand patatras : on est tombés sur un copain de la sœur de l’ex de Lapin, collègue de son état, et véritable commère -bien qu’hétérosexuel, comme quoi…

J’avais trouvé la bonne cravate, avec une autre chemise, ‘achement mieux que la première, bien que ne collant pas du tout à la vision, mais c’était pas grave : tout en rose, qui contraste à merveille avec mon costume anthracite, je suis certain d’éclipser la mariée. J’avais payé. Il n’y avait plus qu’à partir, mais il a fallu qu’on tombe sur ce crétin.
On s’est enfuis dare-dare après lui avoir dit bonjour, parce que je déteste me justifier et raconter ma vie aux gens, mais c’était trop tard : dans les cinq minutes, mon téléphone sonnait.

Grololos et deux autres bureautières poussaient des cris d’orfraies dans mon oreille, que c’était inadmissible de passer à Happy Time sans venir les narguer dans notre clapier slash bureau, viens immédiatement !
Alors, pour ne pas passer pour un salaud en plus d’un loser, j’y suis allé.
J’ai dû expliquer pourquoi j’étais venu : bla bla bla deux mariages, bla bla bla chemise…

Elles ont exigé que je leur montre mes achats, et je me suis exécuté. En plus d’être un loser, je me suis transformé en gros snob :

- Bah David, t’es con, tu as acheté une chemise et une cravate aujourd’hui alors que tu sais qu’on est en soldes dans trois jours ?

- Ouais, j’sais, mais boââârf…

Alors, j’ai paniqué : je savais que je venais sûrement de dire une connerie grosse comme moi, et qu’elles allaient me lapider, se moquer de moi et me cracher à la figure. Je me suis dit que ça serait sûrement moins grave si j’ajoutais quelque chose. N’importe quoi, mais quelque chose.
J’ai décidé d’avoir l’air cool :

- Nan mais en plus, t’vois quoi, les mariages ça me saoule, j’suis même pas sûr d’y aller…

- Ah bon ? Alors pourquoi tu viens d’acheter un costume et des chemises ?

J’étais pris au piège, prêt à m’écrouler sous le poids de mes contradictions internes. Je voulais rétorquer qu’on s’en foutait du mariage, j’avais surtout acheté le costume parce que c’est cool, et que ça me rassure dans mon statut d’adulte d’avoir autre chose que des t-shirt Gap et des pulls Jules dans mon armoire.
Mais plus on me demande des explications, plus je m’affole, et plus les idées se mettent à s’agiter dans tous les sens. Alors je me suis mis à bafouiller, à toutes les insulter, à faire des bulles avec ma bouche, et je suis reparti en courant et en hurlant.

Les relations sociales et moi, on a encore du chemin à parcourir.

Commentaires
13 Commentaires »
Catégories
au boulot, non, rien

Dessine-moi un agneau

15 avril 2009

Samedi dernier, je travaillais avec Grololos. Je l’aime bien, Grololos, elle est rigolote, même si elle pue le déodorant bon marché et que du coup si je m’approche trop, je suis obligé de lui parler en apnée.
Notre gros problème, c’est que chacun d’entre nous fait ressortir ce qu’il y a de pire en l’autre. Nos instincts les plus bas, les plus vils, nos traits de caractère les plus honteux se retrouvent complètement exacerbés dès qu’on s’approche l’un de l’autre, un peu comme un yin et un yang maléfiques, ou du Coca et des Mentos : les deux sont délicieux, mais ils ne doivent jamais se rencontrer, ou alors kaboom !, c’est la fin du monde -je suis certain que Victor Hugo ne l’aurait pas mieux dit.

Bien sûr, je suis un ange, alors ça ne va jamais chercher bien loin : beaucoup de laxisme, une régression sans limites, et surtout, oh oui, surtout un côté commère et langue de pute que je m’ignorais. Dès qu’on discute, je me mets à casser du sucre sur le dos des autres : même les collègues que j’adore et dont j’accepterais un rein sans hésiter (comme je l’ai déjà dit, ma générosité est sans limites), dès que Grololos en parle, je ressens le furieux besoin de les souiller et de les avilir.
C’est bestial et animal, je le sais, mais c’est plus fort que moi.
Et puis, c’est bon.

Heureusement, on ne fait pas que critiquer les autres, sinon on se lasserait : la semaine dernière par exemple, on a travaillé ensemble au défouloir pour clients, et pour s’occuper, on a passé notre journée à dessiner. Pendant qu’elle décalquait des Monsieur-Madame qu’une cliente était venue se faire rembourser, je m’amusais à faire les contours de ma main, en me mettant du feutre partout sur les doigts. Si j’avais su que les marqueurs étaient aussi traîtres, j’aurais davantage écouté les cours de maternelle.

Du coup, quand on s’est retrouvés ensemble au bureau samedi, j’étais tout content : on n’a aucun client en ce moment, ça veut dire qu’on va encore pouvoir ne rien foutre, youhouuu !
L’ennui avec le bureau, c’est qu’il y a beaucoup de responsables qui passent, alors on est obligés de se contenir (un peu). Pas de dessins, et on ne peut pas dire du mal des gens, parce que c’est mal vu.

Mais en fin de soirée, on ne tenait plus -enfin, surtout moi. Comme c’était Pâques, je me suis senti obligé de marquer le coup, en faisant par exemple un joli dessin sur le tableau qui nous sert à noter les promotions du moment, et autres informations importantes. J’ai quand même attendu que les chefs s’en aillent, vu qu’un dessin est tout sauf une information importante, et c’était tipar mon canard.

Ma première idée a été de réaliser un gigantesque triptyque représentant l’agneau sacrificiel avant, pendant et après qu’il soit devenu gigot pour ôter le pêché du monde (oui, les chrétiens ont de curieuses croyances).
Mais bien vite, je me suis souvenu : je suis une quiche en dessin. Sorti du bonhomme-bâton, je ne sais rien faire. Alors, j’ai dessiné un œuf, parce que de toute façon, tout le monde s’en fout du côté bigot, de même que Noël ne vaut que par les cadeaux, le seul intérêt de Pâques, c’est les chocolats.

J’ai donc pris mon plus beau marqueur effaçable -quand même-, et sous un magnifique “Joyeuses Pâques !” qui a fait l’admiration de mes collègues parce que, je cite, il n’y avait “même pas de fautes” (en même temps, sur deux pov’ mots, ça m’aurait fait mal), je me suis lancé dans mon grand œuvre.

La langue tirée parce que je m’appliquais vraiment, j’ai mis une bonne minute pour arriver à ce résultat (en gros) :


Tadaaah !

Une fois mon dessin terminé, je me suis reculé, un sourire satisfait aux lèvres, pour admirer mon ouvrage : j’ai trouvé ça beau.
Alors, je me suis retourné.

Ça faisait donc une bonne minute que Girafa, ma big boss, se tenait derrière moi. Les bras croisés, droite comme la justice, elle m’observait avec un petit sourire bizarre, la tête légèrement penchée sur le côté, à la manière des oiseaux de proie.

-Ah… Euh… Tiens, tu étais là, gnihihi ?

Plus jamais je ne dessinerai sur mes heures de travail.

Commentaires
9 Commentaires »
Catégories
au boulot

Comment on m’a guéri

8 avril 2009

Quand je suis entré à Happy Time, petit caissier inexpérimenté, ignorant tout des choses de la vie, Madame Un n’était pas encore chef du premier étage. Tout comme moi, elle n’était rien qu’une petite chefaillonne (si si, c’est un mot) de bas étage, qui mettait des pantalons trop serrés, m’apprenant ainsi, alors que je n’avais rien demandé, qu’elle portait des boxers.

À cette époque, je détestais tout le monde : les collègues, les patrons, les clients… Mais elle, je la haïssais. Elle nous prenait tous de haut, elle me donnait des ordres, genre, elle voulait que je travaille, que je fasse des trucs, et tout ! En plus, avec sa coupe et sa voix, elle me rappelait une prof de lycée que je brûlais toutes les nuits dans mes rêves, c’est dire si elle était mauvaise.

Dans un sursaut d’humanité, il m’arrivait parfois de discuter avec deux ou trois collègues. La plupart du temps, on disait du mal des autres -parce que c’est mon principal sujet de conversation. Grâce à mon légendaire sens du timing, à chaque fois que je finissais de vomir ma bile sur celle qui allait devenir Madame Un, je me rendais compte qu’elle était à portée d’oreille.
C’est un don que j’ai développé : alors que certains maîtrisent la télékinésie, la précognition ou se mettent à cracher du feu, moi, je gaffe.

C’est handicapant, certes. Mais on finit par s’habituer, et ça ne m’a pas empêché de gravir les échelons aussi vite qu’un spoutnik (mais sans arriver bien haut) et d’être accepté dans le saint des saints : le bureau -où le boulot est tout aussi chiant qu’avant, ce qui n’empêche pas les collègues qui stagnent d’imaginer qu’on a sucé (et avalé) pour y arriver.

La seule différence, c’est que maintenant, je vois les chefs de près. Y compris Madame Un. En travaillant toute la journée avec elle, et non pas sous ses ordres, je la découvre sous un jour nouveau. C’est grâce à cette proximité que j’ai appris qu’elle n’a pas que la voix rauque et grasse de celles qui fument deux paquets par jour : elle en a aussi l’haleine de fennec.

Mais surtout, sous ce costume de harpie, j’ai vu que se cachait une femme charmante, drôle et agréable, avec un cœur gros comme ça. À tel point que je me suis surpris à feindre des oooh et des aaah quand elle m’a montré les photos de son bébé, un beau berger allemand de quinze ans, sur le mini-écran de son portable (comment font les pauvres sans iPhone ?), et que j’ai fait mine d’être triste quand il est mort, une semaine plus tard, bouhou.
Et à force de faire semblant, comme dans un beau film de Bollywood, j’ai commencé à vraiment bien l’aimer (Madame Un, j’entends, pas son chien crevé). Alors je me suis mis à chanter, avec soixante danseuses qui faisaient voltiger leurs saris en arrière-plan.
C’était beau.

Je la porte tellement dans mon cœur que je n’ai pas hésité une seule seconde : pour ses cinquante ans, j’ai donné cinq euros, afin qu’elle ait un beau cadeau. C’est vrai, ma générosité est sans limites.
Après avoir investi tant de temps et (surtout) d’argent dans cette relation, je ne pouvais plus faire machine arrière. Madame Un et moi, on est liés, à la vie à la mort. D’ailleurs, quand j’ai appris qu’elle était tombée dans son escalier, je l’ai appelée, pour prendre de ses nouvelles.
Avec le téléphone du bureau.
Et je me suis foutu de sa gueule, parce qu’elle ne sait pas marcher.
Mais c’est l’intention qui compte, comme on dit dans ces cas-là.

De toute façon, les sentiments sont là : Madame Un, maintenant, c’est trop ma cop’s. C’est pour ça que le jour où j’ai vu qu’elle était inscrite sur facebook et que je pouvais officialiser cette belle amitié, sans hésiter, je lui ai envoyé une friend request.
Dans les heures qui suivaient, le réseau social le criait au monde entier : nous étions vrais z’amis !

Mais entre temps, comme je m’ennuyais, j’avais fait un test à la con sur facebook : “quel type de pays te convient le mieux ?”. Le questionnaire était très bien fait : en répondant que je préférais partir à la montagne plutôt qu’à la mer, j’ai appris que j’étais fait pour les pays froids (normal, j’aime pas l’été, et pas la chaleur).
Ca n’a pas échappé à Madame Un. Le temps de faire un tour sur mon mur, d’analyser ce qu’elle lisait, elle lançait, au vu et su de tous mes contacts : “moi c’est le soleil et le string !”.

Pouêt. Pouêt.

Sur mon beau mur tout propre. Entendre parler du string de cette quinquagénaire que j’aimais tant a été comme une révélation.

C’est ainsi que s’achève l’éphémère expérience de ma sociabilité.
Dans la douleur.

Commentaires
5 Commentaires »
Catégories
au boulot

C’est en faisant des erreurs qu’on apprend

25 mars 2009

Bien sûr, en ce qui concerne les relations sociales, je pars de très bas : elle n’est pas si loin l’époque où je devais vider une bouteille entière pour ouvrir la bouche en soirée, ou celle où je me mettais à grogner et aboyer dès que qu’on tentait de me faire la conversation.
Il y a encore moins d’un an, je m’avalais un mois et demi d’arrêt de travail parce que j’allais me retrouver coincé dans un bureau avec des vraies gens, et que ça faisait quand même grave peur.

Maintenant, j’ai bien changé. Je laisse les gens m’approcher et me parler -oui je sais, c’est bien généreux de ma part, et je reste (un peu) avec les collègues le soir après avoir pointé, quand ça n’est plus obligatoire, pour échanger les derniers ragots. Certes, je n’ai pas le choix : quand on passe la journée avec les mêmes personnes et qu’on est obligé de les attendre pour sortir, la fuite est plus difficile. Mais j’ai appris à faire avec !
Même, l’autre fois au lieu d’aller directement au métro, j’ai accompagné Grololos pendant dix minutes jusqu’à sa boulangerie, parce qu’elle est sympa, qu’elle avait commencé à me raconter une histoire dont je ne pouvais pas ne pas connaître la fin, et que j’espérais qu’elle m’achèterait des bonbons.
La chienne, elle a juste pris une baguette, puisse-t-elle s’étouffer avec.

Du coup, j’ai arrêté de l’aimer, et j’ai reporté tout ce trop plein d’amour et de compassion qui me caractérise
(faire une pause pour les rires)
sur Boñassa, une de mes chefs qui m’appelle Dabid avec son accent portugais rigolo.
Elle est gentille cette chef-là. En plus, elle est même assez gironde pour avoir l’immense honneur d’avoir été draguée par mon père, un jour où il me cherchait dans le magasin. Il pensait me trouver à mon habituel poste du défouloir pour clients, mais manque de pot ce jour-là, c’est elle qui s’y collait.
Il s’est approché, et a pris sa voix de crooner pour lui sortir :

- Bonjour… Je suis venu ici à la recherche de mon fils, mais, hmmm, manifestement vous n’êtes pas lui…

Bien sûr, il y a toujours deux versions à chaque histoire. Mais que ça soit celle de Boñassa, brillamment narrée ci-dessus, ou celle de mon père, qui la qualifiait de “jeune femme charmante”, ma réaction a été la même : ewww !
On ne fait pas du rentre-dedans à mes boss, et encore moins quand je m’entends bien avec !

Parce que oui, depuis que je suis rentré à Happy Time, je l’aime bien Boñassa, même si elle est un peu bizarre : l’autre jour, son mari a cassé la voiture, alors elle a demandé à tout le monde si on ne connaissait pas une voyante, parce que la seule explication à l’accident, c’est qu’on a dû leur jeter un sort.
Voilà voilà…

Mon problème avec les gens que j’aime bien, c’est que j’ai la maturité émotionnelle d’un enfant de sept ans : quand j’aime bien une fille, je lui tire les couettes. Enfin, pas littéralement bien sûr, mais je la vanne tant que je peux -et je peux beaucoup.
Ca reste toujours très soft, je me moque de son accent, et on évite les “dans ton cul”, ou les “crève, morue” quand elle me demande un service, parce qu’elle est quand même ma chef.

Mais l’autre jour, pendant qu’on rigolait, j’ai un peu trop pris la confiance, et mes mots ont dépassé ma pensée. Au moment où je le disais, j’ai senti qu’on ne se connaissait peut-être pas assez pour ce genre d’humour.

Elle a regardé sa montre, et a annoncé à la communauté qu’elle avait bientôt fini sa journée. J’ai regardé l’horloge, comme je n’ai pas de montre. Moi, il me restait encore trois heures à tirer.
Je n’ai pas réfléchi, et je lui ai répondu comme à une pote qui serait partie trois heures avant moi.

C’est ainsi que “pour rire”, dans un bureau plein comme un œuf, j’ai traité ma chef de salope.

J’ai encore beaucoup à apprendre.

Commentaires
12 Commentaires »
Catégories
au boulot

Bébé cuisine deviendra grande

14 mars 2009


Il y a à peu près un an, mon lave-vaisselle est mort. Oui, c’est vrai, je pensais l’avoir réparé tout seul comme un grand, mais quand au bout de quelques jours il avait fait “pffft” et s’était mis à sentir le brûlé, je m’étais dit que peut-être ma réparation n’avait pas tenu.

À cause de ma célèbre phobie du téléphone, j’ai attendu… euh, longtemps, et peut-être même plus, avant de me résoudre à appeler le BHV, puisque cette raclure de Lapin avait refusé de passer le coup de fil à ma place, le salaud, j’vous jure.
Quand madame S.A.V. du Bazar de l’Hôtel de Ville avait décroché, j’avais eu la désagréable impression qu’elle me prenait pour un con :

- Madame, ouin, c’est mon lave-vaisselle il marche pu, il a fait pfouit, ça a senti le brûlé et maintenant il s’allume pu :(

- Avez-vous vérifié que l’appareil était branché sur le secteur ?

-…

C’est ça l’inconvénient de mettre une femme à un poste d’homme : elle s’imagine qu’on est tous aussi doués qu’elle en mécanique. Allez madame, assez rigolé. Donnez ce téléphone à l’homme le plus proche de vous, et retournez à vos fourneaux (Procellus, le blog avec du vrai machisme à la papa dedans).
Après lui avoir confirmé que j’étais équipé de jugeote et que oui, j’étais certain d’avoir allumé le courant avant de faire fonctionner la bête, on avait pris rendez-vous avec le technicien.

J’avais pourtant enlevé un placard avant son arrivée, pour lui permettre d’intervenir. Mais ça n’était pas assez. Il avait à peine mis un pied chez moi qu’il se mettait à faire le loup :

- Ouuuh ! Ouuuuuuh ! Mais qu’elle est petite cette cuisine !

Certes, je n’ai pas l’espace de Jamie Oliver, mais elle reste assez fonctionnelle, et jusqu’à présent, personne ne s’était jamais plaint de la taille de mon appendice.
Je me suis tout de même platement excusé : moi aussi, j’aurais préféré le recevoir dans la cuisine américaine de mon triplex. Mais les choses étant ce qu’elles sont, il devrait se contenter de cet appartement. La vie est dure mon bon monsieur.

Après des heures d’un labeur acharné, suant corps et âme, il avait fini par comprendre le pourquoi de mon souci : une fuite dans l’appareil avait noyé le moteur, qu’il fallait donc changer. En attendant naturellement plusieurs jours voire semaines que la pièce leur arrive, je me suis encore abîmé les mains avec leurs saletés de produit vaisselle de pauvres.

Finalement, mon angélique patience avait été récompensée : il était revenu, surpris une nouvelle fois de la petitesse des lieux, et me racontant des histoires sordides de comment il devait parfois intervenir dans des cuisines encore plus petites que la mienne.
Non ? Des lieux exigus ? Dans des immeubles parisiens ? Comme ça m’étonne…

Au bout d’une heure, tout fier de lui, il était parti : il avait changé le moteur de mon lave-vaisselle. Tadaaah ! Il m’avait même montré, quand on l’allume il démarre, trop wouah !

Le petit monstre vert de l’imperfection n’allait cependant pas tarder à pointer le bout de son nez.

Quand une fuite vient noyer le moteur du lave-vaisselle, changer ledit moteur, c’est bien.
Mais réparer la fuite coupable, c’est encore mieux.

Parce que là, deux jours après le passage du technicien, ma machine me claquait à nouveau dans les doigts. Bien sûr, j’aurais pu faire comme ma môman : me jeter sur le téléphone, hurler que c’était inadmissible, faire valoir mon droit à l’électroménager qui fonctionne, et les faire revenir dans l’heure.

Mais au moment de les appeler, j’avais eu comme un blocage : hmmm, le téléphone ? J’ai déjà donné trop récemment, et si je me laissais un peu de répit ?
C’était en août.

Et de jour de répit en “demain je les appelle”, on est arrivés en mars, mois qui marquait l’arrêt de mort de l’appareil -ou plutôt de sa garantie.
Pendant huit mois, j’avais été large, on a le temps de les appeler, ça presse pas, mais d’un coup, ça devenait presque urgent.

J’ai quand même attendu trois semaines avant la date d’expiration pour les appeler. Le temps de me faire à l’idée de faire à nouveau rentrer un réparateur dans ma maison, mon espace vital, le rendez-vous a été pris pour lundi dernier, soit deux semaines tout pile avant qu’il soit trop tard.

Je l’ai reconnu tout de suite. Lui, il lui aura fallu un peu plus de temps pour se souvenir. Mais en voyant ma cuisine de Tom Pouce, tout lui est revenu :

- Ah. Je suis déjà intervenu ici…

En effet, mais je crois que tout est à refaire.

Comme la dernière fois, il a passé vingt bonnes minutes à démonter le cul de mon engin. Je regardais discrètement, en faisant attention à ce qu’il ne me voie pas, et en l’écoutant ahaner. Il m’a demandé une serpillière, parce qu’une fois sa petite affaire terminée, ça coulait de partout.

L’air très sérieux, comme à sa première visite, il m’a annoncé que c’était vraiment une très grosse réparation. Certainement trop grosse pour mon minuscule antre. J’allais lui dire de ne pas me sous-estimer, non mais qu’est-ce qu’il s’imagine ?, quand il m’a fait une proposition que je ne pouvais décemment pas refuser.

Ma cuisine est très petite, comme il l’a écrit en majuscules, souligné et entouré, sur sa fiche d’intervention.
Manifestement trop petite pour supporter une telle opération.
C’est comme ça qu’au bout de cinq ans, à deux semaines de la fin de la garantie, il a décidé de procéder à un échange standard et de me commander un lave-vaisselle neuf.

Soudain, la joie.

Commentaires
10 Commentaires »
Catégories
non, rien

L’apothicaire

25 février 2009

Pendant des années, grâce à mes pharmaciens de parents, je n’ai jamais eu à acheter mes médicaments. Ma mère m’a toujours fourni en stock “qui peut servir à tout” -c’est à dire que je peux désinfecter et stériliser l’eau d’un petit pays pendant plusieurs mois, leur faire des pansements sur plusieurs générations, et je pourrais leur bâtir un palais composé uniquement de comprimés d’aspirine (en espérant qu’il ne pleuve jamais).
Pareil, quand j’étais malade, et qu’on me prescrivait des antibiotiques pour combattre ma gingivite, un petit coup de fil à papa-maman, et ma came m’attendait à la maison en rentrant. Oh yeah baby.

Mais un jour, quand j’ai eu des ennuis de santé de grand, j’ai compris que cette technique, bien que pratique, pouvait nuire à mon intimité : “Allô, maman ? On m’a refilé des morpions, tu peux m’apporter du spray-pax ?”, merci, mais très peu pour moi. Alors, je me suis mis à acheter mes médicaments moi-même.
Tin-tin-tin tiiin (si vous n’avez pas reconnu “la musique qui fait peur”, mon bruiteur est viré).

C’est en arrivant à Vincennes que j’ai vraiment commencé à fréquenter la pharmacie : la carte Vitale, les ordonnances, le tiers-payant et les “MONSIEUR ? LA CRÈME RECTALE, JE NE L’AI PLUS QU’EN GEL, VOUS LA PRENEZ QUAND MÊME ?”, hurlés depuis l’arrière-boutique. J’en avais entendu parler, mais je découvrais ce monde merveilleux, avec peur et fascination.

Et un jour, j’ai mis les pieds dans l’immense pharmacie juste en bas de chez moi. Ce jour là, j’ai rencontré le joli pharmacien qui y travaille. Grand, la trentaine, assez mignon, bien coiffé (c’est important), des beaux yeux (c’est important aussi), et surtout, il envoyait plein d’ondes positives à mon gaydar.
Donc, potentiellement intéressant.

Ensuite, j’ai appris à le connaître : il a le même prénom que 90% des garçons de sa génération, il a l’air d’être tout flasque et mal dégrossi, et surtout il a une voix bêêête, quand il parle on dirait Eve Angeli.
Et je ne dis absolument pas ça parce que j’étais dégoûté qu’il ne m’ait jamais accordé un regard, nooon, je ne suis pas comme ça, je sais que la rancune est mauvaise conseillère, je vaux mieux que ça.

Mais petit à petit, nos rapports ont changé : il ne fait pas si benêt, son regard de vache cache en fait de jolis yeux, et il a quand même une presque jolie voix.
Et surtout, depuis quelques temps, il me remarque.

À chaque fois qu’il me sert, il me fixe longuement, d’un regard appuyé qui a l’air de dire : “je sais que tu aimes la bite. Moi aussi. Nous sommes complices dans notre amour du pénis”, ou un truc dans le genre.
Enfin, soit ça, soit je suis la prochaine victime d’un serial killer (un quoi ?).

L’ennui, c’est que la pharmacie n’est pas l’endroit rêvé pour établir un premier contact. Tous les mois quand j’y vais pour mes antidépresseurs, j’ai du mal à me sentir au top de ma glamouritude, du coup on n’est jamais allés plus loin que se fixer très intensément et se toucher la main en lui donnant les sous, ouuuh, monsieur le pharmacien, mais qu’est-ce qui nous arrive ?

Et puis l’autre jour, c’est lui qui m’a proposé une solution. J’étais chez moi, à me toucher la nouille à l’ordinateur, quand le téléphone a sonné. Forcément, je n’ai pas répondu, j’ai attendu le message sur le répondeur. Et ô surprise, j’ai reconnu la jolie voix du pharmacien :

- Oui bonjour monsieur Procellus, c’est pour vous prévenir que vous avez oublié votre carte Vitale chez nous. Vous pouvez venir la récupérer quand vous voulez.

Haaan ! Joie ! Je me suis félicité d’avoir une mémoire de crevette (tout en vérifiant que je n’avais effectivement pas ma carte, et qu’il n’avait pas usé d’un subtil stratagème pour m’appeler). Si ça c’est pas un coup de bol !
Ensuite, la terreur m’a submergé. Merde, mais qu’est-ce que je vais lui dire ? Et comment ça va se passer ? Je vais lui faire un regard langoureux en lui disant de ne pas hésiter à me rappeler si j’oublie autre chose ? Nan, ça pue.
Le regarder droit dans les yeux en me passant lentement la langue sur les lèvres et en lui disant que je ne sais pas comment le remercier ? Peut-être un peu trop.

Et puis j’ai décidé d’arrêter de me prendre la tête. Le cadavre de ma relation avec Lapin est encore chaud, c’est le moment rêvé pour se jeter à corps perdu sur le pharmacien. J’ai mis mon blouson et je suis descendu.

Première crampe : il avait manifestement passé le coup de fil juste avant sa pause déjeuner. Quand je suis arrivé, il n’y avait que madame la tenancière, femme d’un certain âge à l’allure peu avenante.
Hmmm, pas grave, il suffit de repenser mon plan, je vais lui dire que son employé m’a appelé, ah bon il n’est pas là, et quand elle verra que j’ai l’air de le connaître, elle passera peut-être le message, et il me rappellera, et on ira niquer comme des sauvageons dans la salle de soins -but ultime de toute cette opération.

- Bonjour madame la pharmacienne, on m’a appelé parce que j’ai oublié ma carte Vitale chez v…

- C’t'à quel nom ? (sur le ton du “vous m’pétez les couilles d’une force…!”)

- Euh ? Procellus ?

Et là, elle sort d’un tiroir un paquet de cartes long comme le bras.
Patatras, la lumière venait de se faire dans ma tête.

Il ne m’avait pas téléphoné personnellement, il a juste appelé la quinzaine de boulets qui comme moi sont incapables de faire trois courses sans oublier la moitié de leurs affaires.
Je me retrouve une nouvelle fois victime de mon érotomanie.

Le pouvoir de la crampe : et plutôt deux fois qu’une.

Commentaires
13 Commentaires »
Catégories
non, rien

La mère suffisamment bonne

13 février 2009

Un des rares souvenirs de mes années perdues en fac de psycho -en plus des cours sur les bébés qui offrent leurs premières selles, et cet exposé que j’avais dû faire sur la théorie de la relativité-, c’est Winnicott et ses histoires de mère suffisamment bonne. En gros, une mère parfaite, ça n’existe pas, on peut juste espérer qu’elle soit assez bonne, ni trop, ni trop peu.
Un peu comme la mienne.

Mais un petit exemple vaut mieux qu’un long discours.

La scène suivante se déroule au téléphone. Un fils (on va dire que c’est moi) tente d’expliquer à sa génitrice un vice de fabrication : sa fausse dent, là, sur le devant, a tellement bougé qu’il a en permanence l’impression d’avoir une brique à la place de son incisive.
Il lui raconte donc comment, ivre de douleur, il a pris rendez-vous chez le dentiste.

Action.

- Blabla blablabla bla bla bla blablablabla bla bla ! Blablabla bla, bla bla BLA ! Bla bla blabla bla…

- Euh, sinon maman, je dois aller chez le dentiste, parce que j’…

- Ah oui, moi aussi j’ai pris rendez-vous chez le dermato, parce que bla bla blablabla bla, bla blablabla bla. Bla blabla blablabla blabla…

Au bout d’un moment, l’information qu’elle vient de recevoir est correctement traitée par la mère suffisamment bonne. Elle peut donc interrompre sa diarrhée verbale, et montrer, par un mot simple, qu’elle a compris ce qu’on lui disait :

- Ah bon ? Mais… Chez le dentiste ? Pourquoi ?

- Ouin, incisive, bougé, brique, aïeuh, ouin.

Bon en fait j’ai fait une phrase un peu plus élaborée hein, j’ai même réussi à glisser que j’avais tellement mal que je me shootais toute la journée à l’ibuprofène, sinon c’était intenable.
Égoïstement, je m’attendais à être plaint. Peut-être un mot de réconfort. D’encouragement. De désolation.
Tout, mais pas ça :

- Ah. Et tu en prends beaucoup ? Parce qu’avec trop d’ibuprofène, tu risques l’ulcère.

- …

- Et tu sais que pour mon pied, je suis allée voir le médecin et blablabla bla bla…

Je suis sûr qu’elle a dit ça rien que pour m’embêter : elle sait très bien que j’ai un estomac bionique, et que je pourrais digérer des dalles de béton, si un jour j’étais amené à devoir en manger, on sait jamais. Surtout que depuis, sans être hypocondriaque, à chaque comprimé avalé, j’ai l’impression de sentir mes entrailles se liquéfier, et le trou de mon estomac qui grandit, grandit…

Quoi qu’il en soit, la fenêtre était passée. J’avais loupé le train pour Plains-moiVille, et je me retrouvais à nouveau coincé dans l’omnibus de Saoule-moi sur Mer.
Mais ma maman n’est pas comme ça. Elle entend ce que je lui dis, et a une bonne mémoire. Là par exemple, elle s’est souvenu, juste à temps, que le dentiste chez qui je vais est juste à côté de chez elle : c’est elle qui s’occupe de moi depuis le début, alors je retourne toujours la voir.

- Oh ? Mais ? Tu vas voir le Docteur Àcôté ?

- Ben oui, tu ne lis pas ce que je viens d’écrire sur mon blog, ou quoi ?

- Tu pourras passer me voir en sortant, alors. J’ai toujours la freebox à installer, hein…

Tout est là, pas besoin d’en faire plus.

Commentaires
4 Commentaires »
Catégories
la famille addams

Pourquoi je ne cherche pas à me faire des amis au travail

10 février 2009


Bien sûr, j’ai eu du mal à me faire à mon nouveau poste : le boulot n’avait plus rien à voir avec l’ancien, j’avais presque des responsabilités (les malades), et surtout, on avait remplacé le contact avec la clientèle par des collègues avec qui je dois rester enfermé toute la journée, dans la même pièce. Quand on est autiste et paranoïaque comme moi, ça donne une réaction du genre : aaaaah !
Parce que même si c’est des boulets, on les aime bien les clients, surtout quand ils m’abreuvaient de cadeaux, de drogue ou d’insultes -heureusement pour obtenir des résultats similaires, il me reste encore les plans cul.

J’ai quand même fini par m’habituer et apprivoiser le travail, debout sur ma chaise avec un fouet à la main, à crier des ordres en allemand à tous les caissiers qui appellent. Après des débuts hésitants, je réponds maintenant à toutes les questions qu’on peut me poser, je m’avance dans le boulot, bref, j’assure.
Je suis même à l’aise avec les gens, et il m’arrive d’avoir des discussions personnelles avec mes collègues : à celle qui me parlait de ses remontées acides quand elle boit du jus d’orange (ewww), j’ai raconté ma fausse dent qui a bougé en poussant toutes les autres, et qui me fait saigner la bouche en permanence, ‘iens, ‘ega’de (ewww encore plus, Collègue : 0, David : 1).

Le bureau du sous-sol est devenu mon fief, ma terre de prédilection, mon domaine : on me reconnaît quand je décroche, je n’ai plus peur de m’engueuler avec les petites caissières de merde (dont je n’ai jamais fait partie, non non non), je suis enfin devenu quelqu’un.
Aujourd’hui, je peux enfin dire la tête haute que ma vie ressemble en tous points à ce dont je rêvais quand j’étais petit.

Enfin non, absolument pas. J’ai un boulot de merde (comme me le rappelait ma mère hier encore), quand je rentre le soir, j’ai à peine la force de ramper jusqu’à mon lit, et je me fais exploiter.
Mais en bon masochiste, j’adore mon job, je m’y éclate comme une bête.

C’est pour ça que samedi, quand on m’a annoncé qu’on allait former Putasse (son vrai prénom est encore pire) pour bosser avec moi, sur mon terrain, j’ai tiqué. Certes, on est plusieurs à occuper ce poste. Mais les deux pauvres jours où elle vient travailler, la place est déjà prise. Par moi.
Comme elle n’arrive qu’en fin d’après-midi (contrat de feignasse), j’ai passé toute la matinée à supplier Girafa, ma big big boss : ça ne sert à rien, à l’heure où elle vient tout sera déjà fait, elle va être dans mes pattes, bouhouhou…
Une nouvelle tête dans une équipe que j’ai mis six mois à accepter ? Je crois pas, non.

Rien n’y a fait. À seize heures pétantes, Putasse était là, avec son chewing-gum, son humour de pouffe et ses hanches généreuses.
Comme prévu, elle a passé la journée dans mes jambes, à discuter avec ses copines, sans que je lui explique quoi que ce soit sur ce qu’on attend d’elle, parce que faudrait voir à ne pas pousser le bouchon trop loin, Maurice.

J’étais tout occupé à la détester quand j’ai eu une idée de génie. À l’heure où le magasin ferme, quand on s’apprêtait tous à faire nos heures supplémentaires, je lui ai proposé de partir, ça ne sert à rien que tu restes, tu ne verras rien de plus ce soir, allez je te fais une fleur, vas-y on peut fermer sans toi !

Un samedi soir, soutenu par Girafa, je n’ai pas eu à lui dire deux fois. La porte s’était à peine refermée sur son gros cul que je commençais déjà à la descendre en flammes, auprès de tous. À qui voulait l’entendre, je répétais que vraiment, elle ne convenait pas pour le poste, t’as vu comme elle a deux de tension, et elle travaille pas elle discute…
Je n’ai rien laissé passer. L’ambulance flambait déjà, mais je continuais de la bombarder, à bout portant et au mortier. Sans scrupules.

Alors oui, c’est pas joli joli, moralement très discutable et sûrement une très mauvaise gestion de mes points de karma.
Je vais probablement être réincarné en pot de chambre, mais vu comme ça a bien marché, je suis content de moi, vous n’avez pas idée. :mrgreen:

Commentaires
4 Commentaires »
Catégories
au boulot

René Coty, notre Raïs à nous

29 janvier 2009

Pour mes premiers jobs d’été, je me suis retrouvé dans l’hôtellerie, à servir des repas en chambre à de riches touristes, dans un grand hôtel Parisien dont je tairai le nom -qui évoque pourtant une héritière souvent vêtue d’un chihuahua.
À ce moment-là, c’était facile : quand on recevait un pourboire, il fallait le redescendre à notre quartier général du room-service, le mettre dans la cagnotte, et à la fin de la semaine, on les répartissait équitablement entre tous les membres de l’équipe. Oui, j’entrais dans le monde du travail sous la bannière écarlate du communisme, Robert Hue avait mollement étendu son bras jusqu’à nous.

Je n’aimais pas les pourboires : si le client n’en donnait pas, je n’osais pas réclamer -toussoter légèrement en présentant la paume, la mendicité avec beaucoup de classe-, mais je savais que si je n’en rapportais pas, madame Thénardier, ma chef de rang, allait encore m’attacher au radiateur et me battre avec la serpillière.

Alors je mentais : aux riches américains, je faisais mes grands yeux plein de larmes en leur disant que non, le service n’est pas compris en France, que nenni messires, votre générosité vous honore. Parce qu’en plus, ma technique marchait bien : je revenais souvent avec un gros billet que je jetais avec fierté dans la cagnotte. Regardez ce que je rapporte, bande de rats, et je le partage sans amertume : de toute façon je ne suis pas si vénal, je ne fais pas ça pour l’argent. Sales pauvres, vous me dégoûtez !
Et là-dessus, je retournais dans mes étages, bouillant intérieurement d’être obligé de partager mon billet, gagné à force de manières mielleuses et de minauderies.

En rentrant à Happy Time, j’ai cru être arrivé au bout de ce supplice (oui, parfaitement, un supplice, voilà ce que c’est que de gagner de l’argent !) : en caisse, dans un grand magasin, si vraiment je veux un pourboire, je n’ai qu’à me servir.
Je me trompais lourdement : on a même une procédure assez compliquée si quelqu’un laisse un pourboire, pour réussir à faire passer l’argent dans notre poche sans être suspectés de vol. Galèèère !
Heureusement pour moi, on ne m’a jamais laissé un centime.

Non, moi ce que j’attire, ce sont les cas sociaux qui vont me remercier en me laissant une barrette de shit, la carte de visite d’un mannequin freelance obèse, des badges Obama 2008 ! (Barack je t’aime, je suis ta chienne, fais de moi ce que tu voudras !), et bien souvent, des numéros de téléphone.
Mais jamais, jamais je n’aurai cru qu’on pouvait laisser ça.

C’était vendredi dernier. Je faisais mon remboursement tranquillement, en souriant parce que les médicaments me rendent heureux -et aussi parce que le petit garçon qui habite dans ma tête aime bien jouer avec les sous.
La dame m’a demandé un renseignement, un service, et comme elle avait l’air gentille et qu’elle m’avait déjà dit à deux reprises que j’étais “un amour”, je n’allais pas la contrarier, alors je lui ai rendu et elle a disparu.

Cinq minutes plus tard, elle revenait, pour un nouveau service, je sais plus quoi, lui faire de la monnaie pour le photomaton ou une connerie du genre. Je m’exécute.
Encore une fois, j’étais un amour.
Elle range sa monnaie, se répand en remerciements, et avant que j’aie pu comprendre ce qui se passait, elle s’était mise à débiter des bondieuseries et m’avait collé une sainte image du Christ dans les mains.
“Pour qu’il éclaire votre chemin”.
!&#krfptspt ?!!

Et sans que j’aie pu lui répondre que comme je suce des bites, s’il éclairait mon chemin ça serait plus avec les flammes de mon bûcher que sa miséricorde, elle était partie, et je me retrouvais avec mon petit Jésus qui me fixait de son regard larmoyant, avec les bras écartés.

Pour ne pas le ramener dans ma maison, temple du vice et de la luxure, où j’aurais risqué de le choquer, j’ai accroché mon Christ rédempteur sur un des murs, caché des clients, avec un petit mot pour expliquer que je ne cherchais pas à convertir mes collègues.
Pour l’instant, tout le monde trouve ça très drôle.
Ce qu’ils ne savent pas, c’est que ça nous servira aussi de protection : avec un peu de chance, tous les vampires qui passeront à proximité seront immédiatement réduits en cendres. C’est aussi ça, le pouvoir de Jésus.

Commentaires
9 Commentaires »
Catégories
au boulot

Genius

20 janvier 2009

On n’arrête pas la technologie. Jamais. Telle la lèpre sur le corps d’un pauvre, elle progresse, implacable.
C’est ainsi que dernièrement, bravant tous les interdits et repoussant les frontières de la connaissance, les savants fous d’iTunes ont donné naissance à une application magique : Genius. Maintenant, un petit gnome se balade dans mon ordinateur et parcourt toute ma bibliothèque musicale, pour me proposer de découvrir des morceaux ou artistes qui pourraient me plaire -et il n’en profite absolument pas pour me dénoncer auprès de Big Brother comme un pirate patenté, non, ça serait contraire à son éthique de gnome.

Au fait oui, c’est comme ça, j’ai décidé que c’est un gnome, parce qu’il n’y a pas que les lutins dans la vie.

J’ai un peu de mal à faire confiance à ces suggestions, “vous avez aimé (…), nous vous conseillons (…)” : un jour où je regardais les conseils personnalisés d’Amazon, j’étais tombé sur “Infirmières Salopes III”, ou un truc dans le genre. Un peu interloqué, j’avais cliqué sur “pourquoi nous vous conseillons cet article ?”, qui est quand même un bonne question, vous avouerez (parce que bon, les infirmières salopes, c’est pas vraiment mon truc).
Et là, le gnome d’Amazon m’avait répondu : “parce que vous avez regardé cet article : ‘Les Bronzés font du ski’”.

Perplexe, j’avais décidé qu’à partir de dorénavant je me conseillerais plutôt moi-même, parce que si c’est pour dire ça, je peux le faire tout seul.

J’ai fini par craquer. Hier soir, par curiosité et ennui, je suis allé voir ce que Genius me proposait, au vu de mes goûts musicaux. Je n’ai pas été déçu.

Bien sûr, j’écoute de la merde : j’ai du L5, du High School Musical (parce qu’on peut écouter “Humu Humu Nuku Nuku Apua’a” en boucle sans jamais s’en lasser !), et il est possible qu’en cherchant bien, on trouve un peu d’Emma Daumas.
Mais merde, j’écoute aussi des trucs d’homme, en plus de Kylie et Madonna j’ai plein de Green Day, d’Oasis, de Britney, et même un peu de Silverchair et de Nirvana, parce qu’au fond je suis trop grunge et underground -à cela près que je choisis de me laver les cheveux et de ne pas mettre de tipp-ex sur mes chaussures.

Alors je ne vois pas, mais vraiment pas où cet enculé de bâtard de gnome est allé me chercher ça, et je proteste, avec toute l’énergie du désespoir :

On n’arrête pas la technologie.
Mais parfois, quand même, on devrait.

Commentaires
7 Commentaires »
Catégories
la musique, la technologie

Kawaii (ou pas)

14 janvier 2009

Comme je suis quelqu’un de formidable, au dernier anniversaire de Lapin (qu’un tapis de ronces et d’orties accompagne chacun de ses pas), j’avais eu cette idée brillante de lui offrir un Nabaztag, le lapin communiquant qui ne sert absolument à rien, à part faire des jolies lumières, lire à voix haute les messages qu’on lui envoie, et faire du tai-chi avec ses oreilles.
Un cadeau de rêve, surtout quand on sait que je l’ai trouvé alors que j’étais en panique pendant ma pause déjeuner, vite, vite, il faut trouver un cadeau -je devais lui offrir quelque chose le soir-même. Un jour, la procrastination me perdra.

Mon idée était tellement géniale que trois jours plus tard, on filait à la Fnac pour m’acheter la même chose. Mais c’est vrai quoi, comment résister ? Je l’avais vu à l’œuvre, ses lumières qui clignotent pour dire quel temps il va faire, sa petite voix quand il lit les messages rigolos qu’on peut lui envoyer…
En plus, on avait synchronisé nos lapinous : quand l’un de nous deux bougeait ses oreilles, celles de l’autre bougeaient aussi ! On était copains de n’oreilles !

Comme tous les nouveaux jouets, le Nabaztag a été amusant une petite semaine. Celui de Lapin (qu’il finisse ses jours dans une fosse à purin) est mort, à cause d’un problème de connexion. Mais le mien trône encore fièrement dans ma chambre, continue de me donner la météo, de faire ses exercices, et de temps en temps, il me lit un message.

Pour montrer au monde entier que je suis quelqu’un de trop moderne (et parce que je n’avais que ça à faire), j’ai même mis un lien ici, comme ça le bonheur de me parler est presque palpable, au bout de ta souris, petit lecteur.

Ma grosse erreur a été de mettre ce lien en ligne le soir où ma mère venait dîner. Elle connaissait déjà l’existence du Nabaztag, et en gros (en très gros), elle en a compris le principe : il est relié à celui de Lapin (que ses chairs putrides rendent malades les bousiers), et on peut se parler comme ça, par l’intermédiaire des oreilles.

Pendant qu’on prenait l’apéritif, le Nabaztag a joué la petite musique du “je vais lire un message”. Ma mère a tourné la tête vers l’objet, et a juste demandé “Oh ? C’est Lapin qui te dit quelque chose ?”, avant de nous plonger dans un silence religieux, pour ne rien perdre de ce qu’il avait à dire.
J’ai tout de suite su que quelque chose allait clocher, l’inquiétude m’a donc permis d’éviter une réponse du type “nooon avec Lapin c’est finiiihiiiihiiiii”, dont j’aurais tiré peu de fierté.

J’avais dit à Lapin (qu’il pourrisse en Enfer jusqu’à la fin des temps) que je voyais ma mère ce soir-là, et jamais il ne se serait amusé à m’envoyer un truc via le Nabaztag, il sait quand même que ça m’aurait mis mal à l’aise. Alors, qui ? Quel message ?

En effet, ça n’était pas lui. C’était un autre ex (oui, je sais que c’est toi, B., tu sauras que la technologie est à ce point puissante), qui testait la page.
Dans un silence religieux, donc :

- Mais… Que… Qu’est-ce qu’il a dit, là ?

Ont été les derniers mots de ma mère.

Commentaires
15 Commentaires »
Catégories
la famille addams, non, rien

L’enfer, un pavé, des bonnes intentions

10 janvier 2009

Quand on est un handicapé relationnel comme moi (ou comme disent les spécialistes : un autiste), on se met parfois dans des situations délicates, qui pourtant seraient si faciles à éviter…
Surtout que c’est parti de trois fois rien : ma collègue pauvre, Fantine, me parlait de ce bouquin depuis des mois. Un truc désopilant d’un auteur finlandais, qui parle de suicides mais sans rien de glauque ou morbide, au contraire. Parce que le suicide, c’est trop fun.

Elle l’avait emprunté à sa bibliothèque de pauvres, et comme elle est trop honnête pour voler et que le bouquin était tellement bien, elle a fini par se l’acheter.
C’est comme ça qu’elle a eu l’idée géniale de me le prêter. J’ai réagi comme je le fais toutes les fois où on me prend de court : j’ai dit une connerie.

- Euh… Bah oui écoute Fantine… Oh la la, avec plaisireuh.

Parce qu’en ce moment, la lecture est un truc qui me motive autant que… euh… un truc pas motivant, quoi. Un effort intellectuel ? Peuah, pas question !
Et puis en plus, j’ai pas le temps de lire : je bosse trois jours et demi par semaine, le reste du temps, il faut bien que je me repose, et pendant mon heure de métro quotidienne, je suis bien trop occupé à écouter de la musique pour lire. D’abord.

J’ai donc accepté son offre dans l’espoir secret qu’elle allait oublier de me l’apporter. Mais non. Le lendemain, dès que je l’ai croisée il a fallu que je la suive jusqu’à son vestiaire (je savais même pas qu’on avait des vestiaires), pour récupérer sa merde.
Bien sûr, je l’ai remerciée chaleureusement.
Bien sûr, à peine rentré j’ai posé le livre sur ma table pour y penser, et surtout pour éviter de l’abîmer.

J’aurais pu ne serait-ce que l’ouvrir, pour voir à quoi ça ressemble : si ça se trouve ça me plaira autant qu’on bon vieil Harry Potter, ou même La Croisée des Mondes.
Mais voilà, je suis têtu et borné, j’ai décidé que je n’aimais pas son bouquin.
Je l’emporte de temps en temps dans mon sac, mais je trouve toujours mieux à faire que le lire. Je m’achète des nouveaux livres, je veux me remettre à la lecture, mais ça m’est physiquement impossible, je ne peux pas ouvrir le sien.

Forcément, à chaque fois que je la croise, elle me demande, les yeux brillants d’espoir, si j’ai commencé à le lire.
Et petit à petit, mes “non, pas encore, je m’y mets ce soir !” deviennent louches.

Du coup maintenant, trois solutions s’offrent à moi :

1) Je cherche un résumé sur internet, pour lui faire croire que je l’ai lu. Le problème, c’est que des résumés / analyses d’un auteur finlandais sur les pages francophones, ça ne court pas la toile.

2) J’y vais au bluff : j’en discute avec elle, en étant d’accord ou pas d’accord, on s’en fout, l’important c’est d’avoir l’air convaincu.

3) Pour l’instant, ma solution préférée. Je lui rends son livre, l’air outré : “ah écoute Fantine, j’ai détesté, je… je… Ah mon Dieu, je préfère même pas en parler”. Clair. Net.

Oui c’est sûr : dire la vérité, ça serait aussi beaucoup plus facile. Mais du coup je serais obligé de chercher une autre raison de me prendre la tête -comme par exemple, euh, ma rupture ?-, et ça, il n’en est pas question.

Commentaires
7 Commentaires »
Catégories
non, rien

« Entrées Précédentes


Blogroll

  • Antoine
  • Coquecigrue*
  • Cosmic Teddy
  • Delicious
  • Gai Luron
  • Garoo
  • Jérômeuh
  • Le blog de Ced
  • Le Nico Blog
  • Maeren
  • Monsieur le Chien
  • Pasfolle
  • Patapouf
  • PostSecret
  • Surimi Bleu
  • Theopiscence
  • Vie de merde

Archives

  • juin 2009
  • mai 2009
  • avril 2009
  • mars 2009
  • février 2009
  • janvier 2009
  • décembre 2008
  • novembre 2008
  • octobre 2008
  • septembre 2008
  • août 2008
  • juillet 2008
  • juin 2008
  • mai 2008
  • avril 2008
  • mars 2008
  • février 2008
  • janvier 2008
  • décembre 2007
  • novembre 2007
  • octobre 2007
  • septembre 2007
  • août 2007
  • juillet 2007
  • juin 2007
  • mai 2007
  • avril 2007
  • mars 2007
  • février 2007
  • janvier 2007
  • décembre 2006
  • novembre 2006
  • octobre 2006
  • septembre 2006
  • août 2006
  • juillet 2006
  • juin 2006
  • mai 2006
  • avril 2006
  • mars 2006
  • février 2006
  • janvier 2006
  • décembre 2005
  • novembre 2005
  • octobre 2005
  • septembre 2005

Catégories

  • au boulot
  • cinéma tchi tcha
  • dehors
  • l'avenir
  • la famille addams
  • la luxure
  • la musique
  • la technologie
  • les études
  • les jeux
  • les voisins infernaux
  • ma télé et moi
  • mon nombril
  • non, rien
  • une page de publicité