Ces petites humiliations au travail (2/2)

Bien sûr j'aurais aussi pu mal le prendre, quand je suis entré dans le bureau sur le coup de huit heures, affamé comme toute la Somalie, et que tout le monde se régalait avec des hamburgers.Comico, le seul chef mâle de cette soirée, et le seul à ne pas manger, a tenté de prendre ma défense :

- Eh bien mesdemoiselles vous avez encore oublié monsieur Procellus (oui parce que toutes les semaines ça se passe comme ça) ? Je pense que dans trois mois elles penseront enfin à toi quand elles commandent...

La première à avoir fini sa bouchée a fait genre elle s'excusait :

- Oh David on est désolées. Tu voulais manger quelque chose ? Enfin bon là c'est trop tard, hihihi.

Connasse. Oui, je le voulais. Mais de toute façon, j'aurais pas pu en profiter : eux ils peuvent bâfrer tout ce qu'ils veulent parce qu'ils sont cachés dans le bureau, mais si de mon côté j'accueillais les clients avec les mains dégoulinantes du jus de gras de mon Gros Mac et de la sauce pour les frites, ça risquerait de ne pas le faire. C'est pour ça que là encore, j'ai décidé de passer outre et de ne pas me vexer.

Non, ce que j'ai vraiment mal pris, c'est la toute fin de soirée.

Comico était en train de discuter à côté avec un collègue qui passait par là et que je trouvais mignon, jusqu'au jour où j'ai appris qu'il avait déjà fait deux enfants à sa copine, alors j'ai décidé que peut-être il fallait que je me fasse une raison, et je m'en étais désintéressé. Du coup, même si la porte était ouverte, j'écoutais leur conversation d'une oreille très distraite, et j'en ai même loupé le début. J'ai commencé à prêter attention au moment où Comico lui expliquait la tecktonik :

- ...ce que c'est ? C'est trop marrant la tecktonik, ils ont l'air de canards qui se sèchent les plumes, tu as jamais vu ?

Jusqu'ici, rien d'anormal. Mais c'est juste après qu'il s'est mis à me tirer à boulets rouges dans le dos :

- Mais tiens d'ailleurs, monsieur Procellus est expert en tecktonik, on va aller lui demander !

!!! J'ai tout de suite lâché tout ce que je faisais (c'est à dire rien, mais du coup je me suis arrêté) pour faire irruption dans le bureau. Comme c'est Comico, je me suis dit que peut-être il disait ça pour me taquiner, le fripon. Mais non. Quand il m'a vu, il m'a posé la question, "Ah, tu es balèze en tecktonik, toi, non ?". Il était super sérieux.

Je ne vois pas d'où il a cru ça. Si encore j'arrivais au boulot habillé / coiffé comme ça : (monsieur que je ne connais pas sur la photo, pardon, mais voilà quoi), ou si je me mettais à danser entre deux clients je ne dis pas, mais non ! Non non non non non !

Je crois que je n'ai jamais été aussi vexé de toute ma vie -en tout cas au boulot. Alors pour leur faire comprendre, et parce qu'à mon entretien annuel on m'a reproché de ne pas aller vers eux en cas de problème, je les ai tous massacrés, en tuant Comico un petit peu plus que les autres.