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René Coty, notre Raïs à nous

29 janvier 2009

Pour mes premiers jobs d’été, je me suis retrouvé dans l’hôtellerie, à servir des repas en chambre à de riches touristes, dans un grand hôtel Parisien dont je tairai le nom -qui évoque pourtant une héritière souvent vêtue d’un chihuahua.
À ce moment-là, c’était facile : quand on recevait un pourboire, il fallait le redescendre à notre quartier général du room-service, le mettre dans la cagnotte, et à la fin de la semaine, on les répartissait équitablement entre tous les membres de l’équipe. Oui, j’entrais dans le monde du travail sous la bannière écarlate du communisme, Robert Hue avait mollement étendu son bras jusqu’à nous.

Je n’aimais pas les pourboires : si le client n’en donnait pas, je n’osais pas réclamer -toussoter légèrement en présentant la paume, la mendicité avec beaucoup de classe-, mais je savais que si je n’en rapportais pas, madame Thénardier, ma chef de rang, allait encore m’attacher au radiateur et me battre avec la serpillière.

Alors je mentais : aux riches américains, je faisais mes grands yeux plein de larmes en leur disant que non, le service n’est pas compris en France, que nenni messires, votre générosité vous honore. Parce qu’en plus, ma technique marchait bien : je revenais souvent avec un gros billet que je jetais avec fierté dans la cagnotte. Regardez ce que je rapporte, bande de rats, et je le partage sans amertume : de toute façon je ne suis pas si vénal, je ne fais pas ça pour l’argent. Sales pauvres, vous me dégoûtez !
Et là-dessus, je retournais dans mes étages, bouillant intérieurement d’être obligé de partager mon billet, gagné à force de manières mielleuses et de minauderies.

En rentrant à Happy Time, j’ai cru être arrivé au bout de ce supplice (oui, parfaitement, un supplice, voilà ce que c’est que de gagner de l’argent !) : en caisse, dans un grand magasin, si vraiment je veux un pourboire, je n’ai qu’à me servir.
Je me trompais lourdement : on a même une procédure assez compliquée si quelqu’un laisse un pourboire, pour réussir à faire passer l’argent dans notre poche sans être suspectés de vol. Galèèère !
Heureusement pour moi, on ne m’a jamais laissé un centime.

Non, moi ce que j’attire, ce sont les cas sociaux qui vont me remercier en me laissant une barrette de shit, la carte de visite d’un mannequin freelance obèse, des badges Obama 2008 ! (Barack je t’aime, je suis ta chienne, fais de moi ce que tu voudras !), et bien souvent, des numéros de téléphone.
Mais jamais, jamais je n’aurai cru qu’on pouvait laisser ça.

C’était vendredi dernier. Je faisais mon remboursement tranquillement, en souriant parce que les médicaments me rendent heureux -et aussi parce que le petit garçon qui habite dans ma tête aime bien jouer avec les sous.
La dame m’a demandé un renseignement, un service, et comme elle avait l’air gentille et qu’elle m’avait déjà dit à deux reprises que j’étais “un amour”, je n’allais pas la contrarier, alors je lui ai rendu et elle a disparu.

Cinq minutes plus tard, elle revenait, pour un nouveau service, je sais plus quoi, lui faire de la monnaie pour le photomaton ou une connerie du genre. Je m’exécute.
Encore une fois, j’étais un amour.
Elle range sa monnaie, se répand en remerciements, et avant que j’aie pu comprendre ce qui se passait, elle s’était mise à débiter des bondieuseries et m’avait collé une sainte image du Christ dans les mains.
“Pour qu’il éclaire votre chemin”.
!&#krfptspt ?!!

Et sans que j’aie pu lui répondre que comme je suce des bites, s’il éclairait mon chemin ça serait plus avec les flammes de mon bûcher que sa miséricorde, elle était partie, et je me retrouvais avec mon petit Jésus qui me fixait de son regard larmoyant, avec les bras écartés.

Pour ne pas le ramener dans ma maison, temple du vice et de la luxure, où j’aurais risqué de le choquer, j’ai accroché mon Christ rédempteur sur un des murs, caché des clients, avec un petit mot pour expliquer que je ne cherchais pas à convertir mes collègues.
Pour l’instant, tout le monde trouve ça très drôle.
Ce qu’ils ne savent pas, c’est que ça nous servira aussi de protection : avec un peu de chance, tous les vampires qui passeront à proximité seront immédiatement réduits en cendres. C’est aussi ça, le pouvoir de Jésus.

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9 réponses à “René Coty, notre Raïs à nous”

29 01 2009
MarcelD (13:11:27) :

Marrant! Le billet suivant, la gentille dame t’offrait jésus himself :o)
T’es mal barré mon coco…

29 01 2009
Fred (21:58:47) :

tiens j’ai regardé OSS117 hier soir ^^

30 01 2009
Leto (10:14:29) :

Mais si elle a très bien compris que vous suciez des bites, c’est pour ça qu’elle vous offre une photo ou l’on voit que “JESUS” (rhôôô elle est nuuuuuuulle celle là arf)

2 02 2009
SMQ (16:48:13) :

Superbe style :-D
délirant, iconoclaste et nonsensesque à souhait!

3 02 2009
k f sibinovic (08:42:27) :

Je démords plus de tes conneries. Je les lis au boulot, avec le ALT-TAB armé entre le pouce et l’index de la main gauche, un quelconque traitement de texte moisi prêt à bondir pour me sauver. Je les économise, tes textes, parce que j’ai bientôt tout lu là… Et je me réjouis pas du jour où ça arrivera, et où je devrai guetter les nouvelles parutions. Je ferai quoi entre temps, hein? Je vais pas bosser quand même!!! Mais sérieusement, je me marre vraiment à te lire. Bravo, ne meurs pas STP.

3 02 2009
Wee (17:43:23) :

Mais, euh… c’est quoi le rapport avec René Coty ?

4 02 2009
David (01:23:44) :

!!!
http://www.youtube.com/watch?v=axwE8IRGjjs
Inculte !

4 02 2009
Alexandre (10:36:04) :

Excellent comme d’habitude. Les numéros de téléphone qu’on te laisse, c’est plutôt des filles ou des mecs?

Tu devrais songer à des produits dérivés à offrir toi aussi à ces bonnes gens.

4 02 2009
Wee (21:37:18) :

J’ai décidé d’assumer, pour le coup ;-p !

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