Everything. Everyone. Everywhere. Ends.
2 août 2009Dimanche dernier, j’ai passé une nouvelle étape dans mon ascension vers une vraie vie d’adulte : le décès de ma grand-mère. Tout le monde ou presque le vit, c’est comme le permis, le bac ou un premier appartement.
Mais quand on se lâche une brique sur le pied, on a beau se dire que beaucoup d’autres avant se sont pris la même, au moment où elle tombe, elle fait quand même mal.
Comme toutes les personnes âgées, le sens du timing de mes grand-parents laisse à désirer. Si ma grand-mère était morte à un autre moment, tout aurait sûrement été plus simple. Mais comme c’est arrivé à son domicile, un dimanche soir, les pompiers n’ont pas pu l’emmener à l’hôpital, et le service de la mairie qui aurait dû prendre la relève était fermé jusqu’au lendemain.
Ils ont donc improvisé une veillée morbide à l’ancienne : ils l’ont installée le plus confortablement possible, de son côté du lit, la couette remontée jusqu’au menton. Si elle n’avait pas eu ce teint de cendre et les gros bandages autour de la tête, on aurait presque pu croire qu’elle dormait.
Je suis passé voir mon grand-père le lendemain, et pendant tout le temps où j’étais là, à chaque fois qu’il passait dans la chambre, il se jetait sur le corps en pleurant, et l’embrassait : une fois sur le front, une fois sur la bouche, en lui murmurant des “pauvre veille, pauvre vieille”.
Comme je suis à fond pour les sacrifices, je me suis dit que quelques jours d’intense traumatisme n’étaient pas importants, s’ils lui permettaient de se sentir mieux pendant quelques instants. Alors comme il pensait que ça lui aurait fait plaisir, je suis allé embrasser le corps gris et froid de ma grand-mère.
J’ai ensuite profité de ce qu’on cherchait quels vêtements donner aux pompes funèbres pour l’enterrement, pour aller m’enfermer dans le dressing et pleurer toutes les larmes de mon corps, loin des regards indiscrets.
Je suis ensuite allé me repoudrer le nez, et j’ai pu retourner bosser la tête haute. J’ai eu de la chance d’être soutenu par les collègues, qui me réconfortaient à grands coups de “ce qui est triste, c’est que quand leur femme meurt, les hommes la suivent rapidement : on voit souvent des veuves vivre seules, jamais des veufs”.
C’était rassurant.
Et puis vendredi, une fois les papiers remplis, on a pu passer à l’enterrement. Une grande cérémonie avait eu lieu à mon insu avant qu’on arrive au funérarium, au cours de laquelle on m’avait nommé soutien officiel de mon grand-père. J’ai donc eu l’immense honneur de l’aider à mettre sa montre une dernière fois au poignet de ma mamie.
Pour la deuxième fois en moins d’une semaine, je touchais un corps.
Bien sûr, il y a eu quelques parties amusantes : l’arrivée devant le cimetière, où les porteurs se sont rendu compte qu’ils n’avaient pas la clef, ou le moment ou la Grande Prêtresse de la Mort a fait tomber une hostie et n’a pas osé la donner au bon chrétien qui était agenouillé devant elle, et l’a donc mangée.
Mais il y en a aussi eu des moins drôles, comme le voyage en corbillard avec mon grand-père, qui pleurait sa femme sous les fleurs, en me disant entre deux sanglots qu’en plus de soixante ans de mariage, ils n’avaient jamais été séparés, et que le plus dur serait de rentrer chez lui ce soir-là, parce qu’il était persuadé qu’elle allait lui demander comment ça s’était passé : ils se racontaient tout, depuis plus d’un demi-siècle.
Dans ces moments-là, c’est fou comme les mots manquent.
Mais ce genre d’évènement n’est de toute façon pas propice aux grands échanges. C’était surtout l’occasion d’une piqûre de rappel, sur ce qu’est la vie.
On se rencontre, on se marie, on fait des beaux enfants, et la plupart nous survivent. Si on se débrouille bien, peut-être même que certains finiront par ne pas nous détester. Et puis on devient vieux, ridé et tremblotant. L’histoire doit se finir, c’est inévitable. Dans le meilleur des cas, l’autre meurt d’un coup, sans prévenir, et on n’a plus qu’à attendre de crever à son tour, tout seul comme un chien.
La vie, c’est bien.
Hmpf. Pas facile à lire quand quelqu’un de proche est décédé récemment… Courage.
Pour surmonter un deuil ou se préparer à l’inconnaissable, je recommande la lecture de Sénèque, en particulier les Consolations. C’est lumineux tant cela paraît juste.
“Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure”
C’est un texte intéressant, parce que j’ai l’impression de rentrer dans ton intimité sans me sentir voyeur. Tu racontes beaucoup de choses, évidemment très personnelles, avec beaucoup de distance, et ça rend ton texte bien plus facile à lire.
Je crois que d’une certaine manière, on fait toujours prospérer les gens à travers l’amour qu’on leur porte, et ce qu’on représente d’eux pour leur faire honneur.
A l’inverse des éléments très bruts dans l’article, notamment concernant le corps de ta grand-mère, je trouve qu’il y a beaucoup de pudeur. Juste la chair, aucun élément sur la personne. C’est quelque chose que tu gardes pour toi ?
Personnellement, ma grand-mère est la seule famille qu’il me reste, elle est d’ailleurs en train de mourir et je n’ai aucun problème avec le concept de son décès. On a beau en discuter ensemble, à délirer largement sur l’idée de mettre ses cendres dans une poubelle ou la chasse d’eau, j’imagine que je serai dans la même situation que toi, une brique c’est une brique :p Et j’ai l’impression que c’est surtout cette situation que j’appréhende. Tout ca pour dire que vraiment, en réponse à la fin de ton article, la vie va au-delà des règles mécaniques civiles, ton grand-père a bien supporté ta grand-mère pendant 60 ans (si cela ne relève pas de l’improbable ;), alors je crois vraiment que l’amour transcende la matière, aussi longtemps que tu respecteras sa mémoire, elle vivra.
Et c’est là aussi qu’on se rend compte que la grande limite de cet Internet qui “réduit” les distances. Parce que là, je ne peux pas te prendre dans mes bras et te serrer, quelques secondes, quelques minutes. En même temps, tu serais bien embêté qu’un inconnu te prenne soudainement dans les bras et je recevrais certainement un coup de genoux bien placé. Mais tu vois l’idée… Heureusement que tu as un lapin, il s’en chargera à merveille.
Je t’envoie tout ce que je peux t’envoyer via Internet, via un blog : mes pensées.
Je sais, c’est ridicule. Je sais, ça fait rien. Je sais, ça change rien.
La Mort, c’est méga nul, ça donne envie d’être (un peu) gentil avec toi.
SI tu as besoin de conseils, n’hésite pas, j’ai déjà enterré mes grands parents et 2 oncles.
Bon courage.
;-(
Même si elles sont sincères, les condoléances paraîtront sans doute bien peu, comme toujours.
Pas facile d’encaisser la disparition… Alors même que parfois 2h avant l’annonce on ressassait la dernière engueulade, on en vient à se rappeler tous les bons côtés, et de se dire qu’on n’en revivra plus “des comme ça”.
J’ai (hélas) déjà eu l’occasion de pratiquer. Au fil du temps ça passe. Ne pas se retenir de pleurer lorsque de besoin, quand la douleur se fait trop intense, tenter de repenser aux bons moments, se dire que c’est toujours mieux ainsi, ça aurait pu être pire, elle aurait pu passer 15 ans en maison de retraite, à ne plus reconnaître personne etc etc… Et puis parfois aussi, pour sortir du chagrin lorsque ça ne va pas, je repense à ces petits moments cocaces de l’enterrement, ceux où le trouble a manqué de nous faire partir dans un fou rire: tu évoques pour toi l’hostie ou la clé… Personnellement, je me souviens de cet enterrement où était repris l’air de Bach qui a servi de bande son pour les pubs Hamlet, de cette cérémonie bretonne, où le coeur de p’tits vieux du village était venu honoré la défunte… Sauf que dans le lot deux petites mamies ont plusieurs fois “couaqué” dans les chants, sans compter celui qui a manqué de perdre son dentier en plein Kyrie.
Si tu as besoin d’en parler, n’hésite pas ;o)
Ton texte, que je découvre grâce à Matoo, est très beau. Ton humour est exactement celui qui m’aide en ce moment à me faire à la maladie d’Alzheimer de ma propre mère et à la nouvelle vie que cela suppose pour mon père. Je n’ai jamais compris comment on pouvait affronter ces choses-là, en fait la vie, sans humour.
Je ne te connais pas mais je sais que si je te connais, t’embrasserai affectueusement.
Donc, je t’embrasse affectueusement.
Bruno.
Bon courage gamin.
Et tu as encore un peu de temps devant toi (si tu ne le passes pas sur ta game boy)
**bise**
Blablabla.
Regarde The BigBang Theory (si ce n’est déjà fait) pour tout oublier
Shelly is You
j’ai lu attentivement ton post. je pense a toi. une bise pour te donner du courage.