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Encore une histoire de bouffe au boulot (2/2)

16 octobre 2008

Dimanche, Comico était bien parti. En guise de cadeau d’adieu, il s’était amusé à dérégler le téléphone, en poussant la sonnerie au maximum.
Le téléphone est ma responsabilité (j’ai un nouveau poste très intéressant) mais j’ai dû appeler tout le bureau à la rescousse. C’est un vieux fossile filaire, sans écran, juste des touches. On les a toutes tripotées, les salopes, sans jamais trouver celle qui permettait de régler le volume. Plusieurs coups de fil à Comico, en le menaçant, rappelle-nous connard, tout Happy Time est en route pour te lyncher, mais il n’a jamais répondu.

Mon sang froid légendaire ne m’a pas fait défaut, et je suis rapidement tombé à genoux, en hurlant et en sanglotant pour implorer le téléphone : arrête de sonner aussi fort, s’il te plaît, arrêêête ! Finalement, comme je l’attrapais pour le jeter contre le mur, j’ai remarqué le bouton “sonnerie” sur le côté.
Ah… Euh… Dites, vous allez rire…

C’est à ce moment qu’est arrivée notre chef du premier étage : madame 1. Si elle était surprise de nous trouver tous hagards et les oreilles en sang, elle n’en a rien laissé paraître.
Elle était par contre désolée de n’avoir pas pu venir hier pour le pot de Comico, mais elle avait une de ces migraines… Pauvre chérie, tout ça pour nous faire croire que t’as pas passé ton jour d’école buissonnière à baiser, chuis sûr.
Ce qui la désolait surtout, c’est qu’elle avait préparé un gâteau pour l’occasion. Et en disant ça, elle sort de derrière son dos un plat grand comme un terrain de foot, rempli jusqu’à la gueule de tiramisu.

!!!
Un peu de tiramisu, et tous les soucis de la matinée seront oubliés, allez madame 1, sers-nous vite !
Tout le monde allait y avoir droit, surtout qu’on était moitié moins nombreux que la veille (une fois de plus, Happy Time n’avait prévenu personne qu’il ouvrait le dimanche, on était donc en mini effectif), même toi David, pauvre petite Cosette.
Comme je suis poli, je n’ai pas réclamé et j’ai attendu qu’on m’en propose.

Elle s’est rendu compte vers six heures qu’elle m’avait oublié.

- Mais… Tu as eu du gâteau David ?

- Non madame 1, j’ai répondu, en lui faisant ma mine de chien battu.

- Alors tu arrêtes tout, on fermera en retard s’il le faut, mais tu vas dans mon bureau et tu te se…

J’imagine que la fin de la phrase était “sers”, mais le temps qu’elle finisse, j’avais déjà traversé le magasin en flèche et je défonçais sa porte à coups de masse (comme quoi, c’est utile de toujours en garder une avec soi, ils ne mentaient pas dans Nicky Larson).

Je connais ce bureau, on y faisait le pot de Comico la veille, c’est pratique, il y a un réfrigérateur, accessoire indispensable s’il en est, quand on est chef.
J’imagine que le tiramisu y est caché…? Bingo !

Une lueur victorieuse brille dans mon regard. Un peu de vice, aussi. Toi, petit tiramisu, tu vas prendre cher, je te le dis…

C’est en le sortant de sa froide cachette que j’ai compris que la bataille n’allait pas être si facile. Bien sûr, il y a un couteau dedans. Je vais pouvoir m’en couper une part facilement. Mais ensuite ?
Ensuite, il n’y a pas d’assiettes. J’ai beau chercher, fouiller dans les armoires, les tiroirs, les dossiers personnels, je n’en trouve pas.
J’envisage un instant d’utiliser une serviette, comme pour une tarte, mais poser une génoise imbibée de café et recouverte de crème sur un morceau de papier absorbant… Je ne le sens pas.
Hmmm. Et si… Non, on ne peut pas faire ça… Mais quand même…

Je finis par céder et mange à même le plat. Shroumpf, shroumpf.
Oh mon Dieu. C’est presque le meilleur tiramisu que j’aie mangé de ma vie ! Presque, parce que le meilleur tiramisu du monde c’est celui de Carrefour, vendu au rayon yaourts, n’en déplaise à toute l’Italie (si je meurs demain, c’est que la Cosa Nostra lisait mon blog).

Alors je continue : sans scrupules, je me fais une deuxième part, sans prendre la peine de me servir du couteau, puisque de toute façon je la mange encore à la barbare, yihaaa !
À ce moment, mon ange d’épaule gauche apparaît, pendant que mon diable d’épaule droite continue de bâfrer.

Il ne dit rien, non. Simplement, d’un regard plein de reproches et de désolation, il me fait comprendre ce que je suis en train de faire.
De quoi est-ce que j’aurais l’air si quelqu’un entrait dans le bureau et me trouvait, du chocolat plein la gueule, en train de coupablement manger un gâteau à même le plat ?

Le sombre manteau de la honte m’enveloppe et me glace. Mortifié de m’être conduit comme un porc, et surtout un peu pisseux à l’idée que quelqu’un rentre (madame 1 partage le bureau avec madame sous-sol et monsieur rez-de-chaussée), j’ai chassé cette vilaine idée de manger tout le mascarpone pour ne laisser que la génoise, et décidé de me racheter une conduite.

Et j’ai fini par trouver le parfait substitut d’assiette : un gobelet en plastique !
Comme je suis quelqu’un de consciencieux, j’ai voulu tout bien faire. Alors j’ai posé ma cuiller, et j’ai essayé de me servir avec le couteau.

Bien sûr, servir du tiramisu dans un verre avec un couteau en plastique, c’est mission impossible : quand j’ai eu fini, le gobelet était rempli d’une espèce de mélange immonde blanchâtre et marron et solide et crémeux, les filles de 2girls1cup se seraient régalées.

Mais j’ai décidé que l’honneur était sauf, alors j’ai rangé le tiramisu là où je l’avais trouvé, amputé de trois (généreuses) parts, et je suis reparti travailler. Comme personne n’était venu et que j’étais assez fier de mon ingéniosité, j’y suis retourné avec mon verre à la main, en me disant que si elle me voyait me régaler, madame 1 me proposerait d’en rapporter chez moi, pour pas laisser ça, quand même !

J’ai eu beau faire ma Meg Ryan et mimer tous les orgasmes de la Terre en finissant mon verre, elle n’a jamais levé les yeux.
La boulimie ne paie plus.

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la famille addams, non, rien

Je rêve que je te fais tout bas une déclaration, ma déclaration

1 septembre 2008

Même si je ne leur en ai pas parlé, mes parents ont bien senti que j’allais plutôt mal en ce moment : ils ne se sont jamais autant acharnés à me répéter encore et encore et encore que j’avais vraiment un boulot de merde qui ne paye rien.
C’est beau l’instinct parental, ça permet de dire les mauvaises choses pile au mauvais moment !

Ceci dit, c’est vrai qu’ils ne payent pas beaucoup à Happy Time -en même temps, je ne travaille pas beaucoup non plus, comme ça on est quitte. Je m’en étais rendu compte quand j’ai dû remplir ma déclaration d’impôts.

J’étais (presque) un peu excité en recevant les papiers : ma première déclaration, youhouuu, je suis un grand, ça y est ! J’avais même décidé de la remplir sur internet, en me disant que je m’en sortirais sûrement mieux que sur le papier, comme tout le monde a l’air de trouver ça compliqué, on va choisir la voie de la facilité.

Je pensais que ça serait un peu solennel de télédéclarer, mais c’était à peine plus excitant que si j’avais acheté un billet de train.
Ca reste quand même une expérience dont je ne suis pas vraiment sorti grandi : non seulement je me suis planté et j’ai dû recommencer deux ou trois fois, mais en plus, avec touuut ce qu’ils m’avaient payé en un an, j’étais en dessous du minimum imposable.

Ce que vous devez à l’État : peau de zob.

Même si je n’avais pas forcément envie de donner mon bel argent, j’étais un peu vexé qu’on n’en veuille pas. Oh bah non monsieur Procellus, gardez-le, vous en avez plus besoin que nous, ça nous gênerait…
Bien sûr, j’aurais pu être content avec mon boulot qui me laisse plein de temps libre, me paye assez pour subvenir à mes besoins tout en me laissant voler sous le radar de Bercy, mais non. Je me disais même que j’avais dû me tromper, c’est pas possible de gagner aussi peu, et je vais avoir un redressement fiscal, mais c’est pas ma fauuute !

J’en ai même parlé à ma mère, qui m’a demandé si j’avais bien tout rempli.
Ben oui, duh.
Même la case du “nombre d’heures travaillées dans l’année” ?
Ben non, duh, ça avait pas l’air d’être pour moi.
Si si, c’est pour tout le monde, pauvre tanche, c’est pour la prime à l’emploi.

Alors j’ai rerererempli ma télédéclaration.
Et cette fois-ci, surprise, je devais aux impôts… un montant négatif ! Tadaaah !
Un peu étonné je dois dire, et par acquis de conscience, j’ai tout repris de zéro, en comptant bien, et c’est reparti pour un tour.

Re-montant négatif. Mais pas le même.

Alors on recommence. Sans trembler. En ignorant ces tics nerveux qui me parcourent tout le corps, et le sang qui commence à me couler des oreilles.
Re-re-montant négatif, mais le même que la première fois.

Euh… On va dire que c’est bon là, non ?
J’en ai bien sûr reparlé à ma mère, nommée pour l’occasion experte ès impôts.

D’après elle, cette coquette somme (quand même -mais faut pas dire combien, quand on est Français ça ne se fait pas, alors chut) serait déduite de ma prochaine déclaration, parce que faut pas pousser non plus. C’est dommage, parce que finalement je m’y étais fait à cette idée de ne pas payer d’impôts, mais au contraire d’en recevoir !

Et puis l’autre jour, j’ai reçu deux lettres du Trésor Public : dans la première, ils me félicitaient bla bla, bien rempli bla bla, votre prime pour l’emploi vous sera remboursée automatiquement, vous n’avez aucune démarche à faire.
Euh… C’est cool ça, non ?

Et dans la deuxième enveloppe : mon chèque (enfin, le premier : vu le nombre de fois où j’ai validé ce putain de formulaire de merde, j’attends la suite d’une minute à l’autre).

Mais… Quand on est riche, ça ne s’arrête jamais ?
Non, mais rassurez-vous : quand on est pauvre c’est pareil.

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Des femmes qu’on n’oublie pas

17 août 2008

Un jour à Happy Time, j’ai découvert une nouvelle collègue : Bonita. Je l’avais déjà vue, mais sans jamais lui parler. C’est elle qui est venue entamer la conversation, comme toujours : on a beau essayer de tenir les gens à distance, il faut toujours qu’ils essayent de briser la glace, de discuter, tout ça, c’est chiant…

Ce jour-là, elle a commencé à me dire qu’elle était désolée d’être arrivée aussi en retard, qu’elle pensait vraiment qu’elle commençait à midi, que normalement elle aurait pas dû me laisser tout seul pendant une heure, surtout que comme elle était en avance, ça faisait une heure qu’elle se faisait chier au café d’en face.
Ah, tu es en retard ? J’avais pas remarqué, bon on passe à autre chose, tu me fous la paix ?

Mais non, Bonita n’était pas du genre à foutre la paix ! Elle est de cette race qui a tout le temps besoin de parler, de raconter sa vie, et bla bla bla bla sans jamais s’arrêter…
Alors j’ai pris mon mal en patience, et j’ai écouté. Pire, j’ai même discuté aussi.

C’est comme ça que j’ai appris qu’on avait plein de trucs en commun : elle aussi était fan des dessins animés au petit-déjeuner, et elle était à fond dans les Totally Spies ! Bon par contre, elle aimait bien se faire un poulet rôti ou les restes du chinois de la veille de bon matin, et là j’ai eu du mal à la suivre.
Mais voilà, j’avais découvert que Bonita était super sympa.

C’est à partir de ce jour que je me suis mis à bien l’aimer : on se faisait la bise, j’allais la voir si je la croisais pendant ma pause, je l’ai même ajoutée à mes contacts Facebook (c’est dire) et tout et tout…

Mais petit à petit, j’ai eu l’impression que ça commençait à déraper : quand elle me faisait la bise, elle me caressait tout doucement l’épaule, j’avais droit à des clins d’œil, elle me prenait par le bras pour qu’on se promène dans Happy Time, comme un gentleman (oui oui, je suis un gentleman) et sa lady…
Elle me racontait aussi ses problèmes avec son copain, un mec plus vieux qu’elle qui avait l’air très très méchant, même si j’ai un peu oublié pourquoi, parce qu’au bout d’un moment c’est physique, on est obligé de ne plus écouter.
Forcément, j’ai tout de suite compris (surtout avec les caresses sur l’épaule, en fait) que Bonita était folle de moi et me draguait, ce qui est farpaitement naturel.

Alors, un jour où on bossait ensemble et où on lisait “Le sexe pour les paresseuses” pour passer le temps et apprendre plein de façons de stimuler son minou sans trop d’efforts, j’en ai profité pour lui glisser avec classe et subtilité que mon truc à moi, c’était plutôt les bites.
Pour la première et unique fois depuis que je bosse dans ma boîte à pédés, j’ai été obligé de faire mon coming-out. C’était bizarre.

Mais pas autant que le regard de Bonita.
Merde, c’était quoi ce regard ? Si ça se trouve elle est hyper réac’, pour elle l’homosexualité c’est le pire des crimes, et elle va venir chez moi pour me lapider en pleine nuit, aaah !

Mais non, quelques temps se sont passés sans qu’on se croise, parce que c’est quand même un grand magasin (et parce que j’étais en vacances, et elle aussi), et on a fini par se retrouver, sans que je me sois retrouvé recouvert de pierres. Suspense, est-ce qu’elle était encore dingue de moi ? Est-ce qu’elle se souvenait que c’était un amour impossible ?

Smack, smack, la bise, le clin d’œil, la caresse sur l’épaule… Ok, elle se souvient bien de qui je suis. Pendant qu’on marchait, bras dessus, bras dessous, je lui ai demandé des nouvelles de son homme, pour mettre une barrière entre nous, souviens-toi, tu es en couple, catin !

- Et alors, tu en es où avec ton copain, il va bien ?

- Ah, je t’ai pas dit, on a rompu ? (Iiiih !) Mais bon, c’était pas “il”, c’est “elle”, hein.

…
C’est comme ça que j’ai appris l’horrible vérité. Elle n’avait jamais été folle de mon corps. C’est juste une lesbienne honteuse et très tactile. Déception, quand même.

Érotomane, moi ? Nooon, si peu…

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Docteur Procellus, spécialiste en médecine

2 août 2008

Pour l’instant, on ne peut pas dire que le Xanax soit le traitement du siècle : quand je le prends, à part me faire l’effet d’un grand coup derrière la tête, qui me laisse tout groggy et essoufflé pendant des heures, ça ne me rend pas vraiment plus zen. Je suis stressé. Et fatigué. Et du coup je me sens tellement tout naze que ça me stresse encore plus (mais je suis trop fatigué pour y remédier).
Je suis donc retourné voir madame le docteur, parce que une semaine d’arrêt de travail et un traitement anxiolytique, c’est pas du tout, mais alors pas du tout ce qu’il me faut.

Parce que oui, je fais partie de cette catégorie de chieurs qui arrivent en consultation avec leur diagnostic et leur traitement déjà tout prêts, et le médecin n’a plus qu’à recopier, voire signer, ça gagne du temps. Et non, ça ne fait pas de moi un gros hypocondriaque, puisqu’il se trouve que j’ai raison (si si !).
Mais dans ma grande bonté, et pour que ma doctoresse ne se sente pas totalement inutile, plutôt que de lui souffler ce qu’elle doit me dire, j’accentue mes symptômes, en insistant bien sur ceux qui la mèneront à la même conclusion que moi.
Je sais, je suis machiavélique.

Et là, ce dont j’avais besoin, c’est pas d’un anxiolytique, mais d’un antidépresseur, pour voir la vie en rose et avoir la pêche, wooouh ! (c’est le son que je fais quand j’ai la pêche). Et une semaine d’arrêt ? Mmmoui, c’était bien, mais j’ai goûté à l’oisiveté, maintenant je suis perdu, il m’en faut plus, encore plus, toujours plus !
Alors voilà.
Il va falloir montrer que je suis déprimé, et que c’est la faute au travail (oui parce que je ne vais pas mentir, juste accentuer certains traits).

J’ai donc dû commencer par lui dire que ce qu’elle m’avait prescrit la dernière fois, c’était un peu de la gnognotte quand même, si c’était pour me donner un traitement comme ça j’aurais très bien pu le faire moi-même, merci hein.
Je lui ai expliqué que son pauvre Xanax de merde qui pue du cul, à part me faire dormir, il fait pas grand chose. Et ça a été très difficile de continuer à montrer que j’étais déprimé, quand elle m’a répondu “Bah ? Pendant que vous dormez au moins vous avez pas d’angoisses, non ?”, avec un petit regard amusé.

Mais grâce à mes nombreux stages à l’Actors Studio, j’ai réussi à livrer une performance bouleversante de sincérité et me retenir de rire.
En plus ça a porté ses fruits : elle a viré le Xanax dare-dare, pour le remplacer par un autre médicament “utilisé dans certaines maladies psychiatriques (psychoses aiguës ou chroniques, schizophrénie), et pour combattre l’agressivité”.
Euuuh…? Du coup je me demande si j’ai vraiment bien expliqué mes symptômes ?

Enfin bon, je suis encore arrêté pendant deux semaines supplémentaires, ce qui veut dire que je suis quand même très très fort.

Mais quand j’y pense, entre le moment où j’ai lu sur son papier qu’elle ne m’avait arrêté que jusqu’au vendredi, alors que je travaille aussi le samedi -quelle gourde-, et le moment où elle m’en a redonné un (c’est à dire moins de douze heures), je me suis tellement rongé les ongles que j’ai commencé à me grignoter la deuxième phalange sur tous les doigts, à me demander comment j’allais pouvoir survivre. Alors je me dis que finalement je n’accentuais peut-être pas grand chose, avec le boulot et les angoisses.
Mais quand même, “schizophrénie et psychoses aiguës”, faut pas pousser, je ne suis pas folle vous savez (bonsoir !).

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Ma vie en couleurs

28 juillet 2008

En ce moment, ça ne va pas fort, avec les grosses chaleurs et ma dépression saisonnière et tout et tout. Alors, comme je ne suis pas du genre à me laisser abattre sans lutter, ou au moins sans essayer d’y remédier, j’ai cherché une solution à mon problème.
Et j’ai fini par trouver, alléluia !

Finalement, quand on y réfléchit, la réponse était simple comme bonjour, devant mon si joli nez depuis le début : je n’ai qu’à rêver ma vie en couleurs, c’est ça le secret du bonheur, merci Peter Pan !
Non je rigole hein, ça c’est des histoires pour les enfant. En fait, le secret du bonheur pour les adultes est beaucoup plus simple : il faut se trouver un nouveau meilleur ami !

J’en ai trouvé un, et j’en suis très content, parce qu’il est beaucoup plus gentil que l’ancien. Déjà, l’ancien c’était Josh, mon ami imaginaire, et on n’arrêtait pas de s’engueuler : il s’amusait à m’enfoncer (et non, c’était même pas sexuel…), se moquait de moi et de ma carrière à Happy Time, et je suis à peu près sûr que c’est lui qui s’amusait à faire démarrer les travaux le matin à 8 heures dans la rue et l’immeuble, et à tuer les bébés phoques en leur donnant des grands coups de piolet.

Mon nouveau meilleur ami est autrement plus agréable : jamais un mot plus haut que l’autre, toujours d’accord avec moi, il me promet des journées calmes et reposantes, des nuits looongues et bercées de jolis rêves, et des moments où ma tension ne dépassera sûrement pas celle d’un gastéropode décédé.

Mon nouveau meilleur ami, je l’aime déjà.
Mais j’ai quand même hâte qu’arrive le jour où je pourrai enfin le reremplacer par Josh…

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Il n’y a que des sottes gens

20 juillet 2008

Mon plus grand drame, c’est de ne pas savoir quoi faire comme boulot, ni même de ma vie. Bien sûr, je pourrais en parler à tous les gens que je rencontre, au cas où quelqu’un aurait une idée de génie à me proposer, la vision des choses qui éclairera toute mon existence sous un jour nouveau et me fera dire “mais oui, c’est ça que je veux faire !”.

Mais en plus de ne pas être du genre à aller parler aux autres de mes soucis, je me suis rendu compte, malin que je suis, que les gens ont tous la même réponse face à ce problème. Enfin non, pas une réponse, une question. Parce que les gens, c’est trop des surdoués, ils savent présenter l’équation simplement, et ils pensent à poser la question fatale, qui bien sûr ne m’était jamais venue à l’esprit avant leur brillante intervention :

- Ah bah c’est facile t’aimes quoi dans la vie ? Qu’est-ce qui t’intéresse ?

Sur un ton condescendant insupportable, avec un sourire satisfait et agacé. Satisfait d’être le petit génie qui va trancher mon nœud gordien, et agacé, parce que franchement si je ne trouve pas, c’est que je n’y mets pas du mien, je pourrais être comme tout le monde et avoir imaginé ma carrière de juriste depuis le collège, quand même !
C’est pour ne plus voir ce sourire ni entendre cette question qu’à chaque fois que le sujet pointe le bout de son vilain museau, je sors un mouchoir de ma manche, ou je me fous à poil, pour faire diversion.
Et en général, ça marche plutôt bien.

Ca m’évite d’avoir à me sentir un peu plus un loser à chaque fois, d’avoir à expliquer pour la enième fois que non, je ne sais pas ce que je veux faire, ce que j’aime ou ce qui me plaît, et de voir qu’en face on s’imagine que je suis un gros flemmard qui ne veut même pas se sortir les doigts du slip trois secondes pour se trouver un vrai job, alors que c’est franchement pas sorcier.

C’est aussi pour ça qu’Happy Time est si confortable. Je fais mes petites affaires tranquillement, en étant juste assez occupé pour ne pas déprimer à me dire qu’il faut trouver un vrai boulot, parce que eh, j’en ai un ! Le travail est rigolo, pas trop stressant, avec des horaires assez arrangeants… Bref, le petit boulot de rêve.

L’ennui, c’est qu’autour de moi personne ne loupe une occasion de me rappeler que c’est un petit boulot. Chaque fois que je vois ma mère, dans les dix minutes elle va me parler de mon petit salaire d’un ton chagriné, et en remettre une couche avec la régularité d’une horloge suisse, mes grands-parents proposent tout le temps de me payer pour reprendre des études, n’importe quoi, pourvu que ça soit autre chose…

Et plus le temps passe, plus mes compagnons d’infortune trouvent des vrais jobs, arrêtent d’être des pires losers que moi, et ça n’aide pas mon moral. Surtout que grâce à ce formidable outil qu’est facebook, je retrouve la trace de pleeein de copains d’école qui forcément ont tous des situations de rêve : “je viens de monter ma boîte ça marche super”, “on vient de me nommer à la tête d’une chaîne de télé câblée”, “je suis l’assistant personnel de Chris Evans, c’est vraiment l’enfer ma vie, je te raconte même pas”, “j’ai trouvé par hasard un job de voyageuse temporelle, d’ailleurs je pars avant-hier poser pour De Vinci, en fait la Joconde c’est moi”.

Pourtant, c’est pas faute d’avoir eu des idées et des projets fous. Depuis mon entrée en seconde (putain, en 1996, non mais je veux dire quoi, je suis entré au lycée il y a douze ans !), je me suis vu -dans le désordre- astronaute, avocat, journaliste, entrepreneur de pompes funèbres, patron de bar, prof, conseiller d’orientation, sans oublier le projet récurrent de fuite à l’étranger : en Australie, en Angleterre, au Danemark…
Comme je suis quelqu’un de très constant, courageux et optimiste, chaque projet a eu une durée de vie approximative d’un mois, avant abandon total et re-déprime parce que “je trouverai jamais ma voiiie”.

Surtout que chaque abandon est suivi des gros yeux pleins de reproches de la famille, et de l’inéluctable question, “mais tu vas faire quoi maintenant ?”. Ben continuer Happy Time, mais ça n’a pas l’air de compter pour “faire quelque chose”…
C’est dire si j’étais content de moi, avec mon projet de tourisme. Un vrai boulot, dont on peut parler la tête haute, un vrai avenir, quoi !
Je me voyais déjà tout ébloui par l’étincelle de fierté que j’allais allumer dans les yeux de mes parents, qui depuis le début me poussent à trouver autre chose que ce “boulot minable”. J’imaginais une scène bien gnian-gnian quand je leur en parlerai, où tout le monde se tomberait dans les bras les uns des autres en pleurant, genre “le retour du fils prodigue”, avec si possible un accompagnement au violon, des ralentis et une image grainée.

C’est dire si je me suis senti soutenu et encouragé quand mon père comme ma mère m’ont demandé du bout des lèvres, comme s’ils parlaient de fist-fucking : “le… tourisme…? Mais… Ca mène à quelque chose ?”.

La fuite à l’étranger, donc.

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L’art de se faire des nouveaux amis - 2 (blame it on the karma)

12 juillet 2008

Aujourd’hui, j’étais en train de bosser quand j’ai vu arriver Salopa. Méfiance. Surtout qu’elle était encore avec fille que je ne connaissais pas, alors encore plus de méfiance, chat échaudé craint l’eau froide !
Soulagement, elle accompagnait simplement cette dame pour lui faire profiter de sa réduction employée, alors que c’est farpaitement interdit, mais dans mon infinie miséricorde, j’ai fermé les yeux (surtout que bon, moi-même je passe un peu ma carte à n’importe qui, alors charité hôpital tout ça).

Le problème c’est que Grolourdo rôdait. Et une femme qu’il connaît, accompagnée d’une autre qu’il ne connaît pas, il n’en faut pas plus pour le lancer.
Alors il s’est approché. Regard vers Salopa puis :

- Ah mais je vous reconnais, c’est vous qui tournez dans des films pornographiques !

Pouêt, pouêt !
Enfin non, personne n’a fait pouêt, il y a eu un petit silence.
Et un sourire désolé de la part de Salopa.

- … Je te présente ma mère…

J’ai bien mis cinq minutes à arrêter de rigoler.

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L’art de se faire de nouveaux amis

9 juillet 2008

À la lointaine époque (six mois déjà) où j’attaquais mon nouveau poste, ce que j’avais trouvé le plus bizarre c’est tous ces nouveaux collègues que je découvrais, alors que depuis un an je leur passais devant tous les jours, mais sans les voir, p’tin, mais on a les mêmes patrons, on marche sur le même sol synthétique en même temps, on se croise, mais on ne s’est jamais vus ? Trop wouah !

Un que j’ai tout de suite beaucoup aimé, c’est Grolourdo, qui passe son temps à faire des blagues super lourdes. Genre les jours où je bosse avec ma collègue Indienne très gentille mais un peu coincée du cul et qui ne parle pas encore très bien le français, il vient la voir pour a) lui apprendre un nouveau mot, aujourd’hui “fellation”, ou b) lui demander si elle crie quand elle fait l’amour.
Ho ho ho, Groulourdo, oh toi alors.
Et je le trouve super drôle, dans son rôle de gros lourd obsédé (enfin, j’espère que c’est un rôle, parce que sinon, ça voudrait dire qu’il est juste lourd, et pas drôle du tout).

Un de ses jeux préférés, que j’ai découvert avant même de connaître son prénom, c’est “ce soir j’organise une orgie (comme toutes les semaines) !”. La première fois qu’il a fait cette blague, en me demandant si ce soir je venais au château pour participer à la petite sauterie qu’il organisait, j’ai eu comme un blocage.
Euh, c’est quoi ce mec ? Et il est sérieux là ?
Après, je me suis vite rendu compte que c’était pour déconner. Ce que j’aime bien avec cette blague, c’est qu’il ne parle jamais ouvertement d’orgie, juste de “soirée au château”. Après, chacun est libre d’y voir ce qu’il veut. Avec ma pureté virginale, j’ai d’ailleurs cru pendant des semaines qu’il parlait de bals masqués, si si, c’est vrai.
Et de la même façon qu’on finit par adorer une chanson de merde qu’on entend toutes les deux heures à la radio (Madonna poweeer !), au bout de deux mois à bosser là, j’étais son plus grand fan.

Sauf que récemment, j’ai appris qu’il allait partir, ouin snif nooon, Grolourdo pars pas !
Alors un jour, pendant ma pause je suis passé le voir, pour profiter de ces derniers instants d’humour lourd. Il était en train de discuter avec Salopa, une vendeuse bonnasse mais un peu vulgos et qui parle toujours très fort. Ils déconnaient sur les soirées au château, que bien sûr on continuera à organiser quand il sera parti, maintenant qu’on est tous habitués à occuper nos soirées comme ça !
Alors j’ai participé un peu à la conversation, et du coup fait la connaissance de Salopa.

Après, je les ai laissés là et je suis sorti pour discuter avec des collègues qui étaient aussi en pause (et qui comme moi auparavant ne connaissaient pas Grolourdo). C’était chouette. Tous les gens que j’aimais bien à Happy Time, tous réunis au même endroit. J’ai discuté avec tout le monde, j’étais un peu le centre de l’attention, et ça ne me dérangeait même pas, oh yeah !
C’est pendant cette expérience sociale inédite et hors du commun que j’ai vu s’avancer Salopa avec une de ses copines.
Elles rigolaient.

Je ne me souviens pas vraiment de ce qu’elle avait à me demander, peut-être dix centimes pour prendre un café, ou un mouchoir, bref on s’en fout. Non, ce dont je me souviens bien, c’est la façon dont elle m’a présenté à sa copine, avec un gros clin d’oeil, au milieu de tous mes collègues, et des passants, et de tout Paris, avec sa voix qui porte :

- Ah bah on n’a qu’à demander au charmant jeune homme, et puis tu vois lui aussi c’est un gros partouzeur !
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au boulot, non, rien

Mon sac de Joséphine

27 juin 2008

Tout a commencé le jour où en revenant du boulot, j’ai voulu vider mon sac à dos tout plein de mon bordel de la semaine pour le transformer en sac pour aller à la piscine. J’ai donc fait comme d’habitude : je l’ouvre en grand, je l’attrape par en dessous et je secoue.
Et là, au milieu de ma bouteille d’eau, mon bouquin, mon cahier pour le jour où je deviendrai écrivain et où l’inspiration frappera tellement soudainement et n’importe où que j’aurai un besoin impérieux de coucher tout ce qui me viendra sur papier, mes stylos et tout ça, j’ai trouvé… un antivol d’Happy Time.
Un gros galet (c’est comme ça que ça s’appelle, toi aussi, familiarise-toi avec les noms des antivols grâce à David), le truc blanc en deux parties qui se clippe dans les vêtements.

D’abord, j’ai trouvé ça cool, parce que j’avais toujours eu envie d’en rapporter un chez moi pour le disséquer et voir comment c’est fait à l’intérieur, qu’est-ce qui fait que ça sonne, c’est un aimant, c’est quoi ?, mais je n’avais jamais trouvé d’occasion, parce que piquer un antivol, ben… c’est pas forcément facile.
Et là, hop, j’en avais rapporté un à la maison, comme un grand, et surtout, je n’avais pas sonné en passant les portiques de sécurité. Ce qui implique donc, deuxième point cool de cette anecdote, que mon sac agit comme une espèce de cage de Faraday, je peux y stocker n’importe quoi, et ça ne sonnera pas à la sonnerie, oh yeah !

La deuxième évènement bizarre, c’est le jour où j’ai trouvé des chewing-gums à la fraise en vrac dans son fond. C’est étrange, parce que je n’achète jamais de chewing-gums à la fraise, je n’aime pas tellement ça (bon oui, ça veut aussi dire que quand je trouve un truc bizarre au fond de mon sac, je le mets à la bouche pour voir ce que c’est, faites jamais ça chez vous les enfants, c’est super mal, hein !).
J’ai trouvé ça curieux, mais je n’ai pas vraiment cherché plus loin. Après tout, une fois de temps en temps c’est pas si mauvais, on va pas se plaindre.

Et récemment, en cherchant ma bouteille d’eau ou mon portefeuille ou quelque chose dans le genre, je suis tombé à deux reprises sur des cigarettes, en vrac également.
Or, je ne fume pas.
Et oui, on est sûr que je ne suis pas tombé deux fois de suite sur la même cigarette, je l’avais enlevée la première fois.

Alors, plusieurs explications possibles à ces phénomènes (je suis sûr qu’on pourrait en faire un bon film, en tout cas moins chiant que celui de Shyamalan), mais je ne vais parler ici que des plus plausibles :

1. Mon sac est magique a une personnalité propre, et quand il s’ennuie, il fait apparaître des objets, aléatoirement, ce qui lui passe par la tête à ce moment-là (théorie que je préfère, parce que c’est assez cool, un sac magique);

2. J’ai été repéré par les narco-trafiquants qui essayent de faire de moi une mule, en commençant petit, pour voir comment je m’en sors;

3. Ca fait un mois que je me balade avec le sac de quelqu’un d’autre.

(Bon et sinon ça n’a rien à voir, enfin si, mais c’est super difficile de dénicher une photo de Joséphine Ange Gardien, sur le net, quand on tape “Joséphine” en recherche d’images Google, on ne tombe que sur des photos de la Beauharnais ou la Baker, non mais franchement qu’est-ce qu’on en a à foutre de ces deux-là ?)

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Je pardonne mais je n’oublie pas (et je pique mes titres aux Corrs)

21 juin 2008

C’était il y a un an, jour pour jour. La fête de la musique 2007. Je m’en souviens comme si c’était hier. Normal, puisque c’est aussi le jour où mon père et ma marâtre ont essayé de me tuer. Ca à tendance à marquer.

Ca faisait un moment que je ne les avais pas vus, alors ça promettait d’être une soirée bien sympatoche, riche en retrouvailles émouvantes et viriles accolades, pour célébrer le retour du fils prodigue. En plus, je venais d’être libéré une première fois de chez Happy Time, alors j’étais plutôt de bonne humeur, ça change.

Ce que j’avais complètement zappé, c’est que ce soir-là c’était la fête de la musique (oui bon on le savait déjà, mais c’est parce que je l’ai écrit au début du post, c’est tout). Par contre, lui et Marâtre s’en souvenaient bien et avaient tout prévu : on allait manger un petit morceau vite fait et aller se balader tranquillement pour voir tous ces gens qui chantent, tiens, l’année dernière y’en avait même un qui jouait du Hugues Aufray, c’était trop bien.
À ce moment-là, je me suis dit que j’avais peut-être mal calculé mon coup. Aller chez mon père pour la fête de la musique et me retrouver embarqué dans une sordide histoire de promenade chiante pour écouter des orchestres de vieux chanter des trucs has been, c’est dire si la soirée s’annonçait terrible.

Pourtant, le dîner avait bien commencé : Marâtre avait préparé du bon poisson, sur lequel elle avait mis de la crème à fondre. Comme Papaprocellus et elle sont au régime, ils ont mangé le leur à la Spartiate : cuit à la vapeur, sans assaisonnement et avec les mains. Du coup, j’ai eu droit à une double ration de crème. J’étais plutôt content.
Mais les repas de Marâtre ne durent jamais bien longtemps, et en un quart d’heure c’était fini.

La promenade pouvait commencer.
On a marché dix minutes, et on est effectivement tombés sur un mec qui faisait du Hugues Aufray, et c’était chiant. Il y avait plein de vieux autour qui ne s’en rendaient pas compte, ils avaient même l’air de trouver ça bien.
Heureusement que mon papa c’est le plus fort de tous les papas et qu’il n’aime pas Hugues Aufray, ça nous a permis de ne pas nous éterniser. On a marché encore un peu, on est passés devant des d’jeuns qui montraient que la techno c’est trop cool, que le rap c’est trop cool, et que la viole de gambe c’est trop cool aussi.

Comme en fait ça n’avait rien de cool tout ça, on a décidé de se rentrer gentiment, eux chez eux et moi vers mon RER.
Et là, sur le chemin du retour, j’ai senti comme un violent coup de couteau dans mon ventre.

Aïeuh.
J’ai regardé, je ne saignais pas, et mes boyaux ne pendillaient pas lamentablement derrière moi, comme une horrible de traîne de mariée sanguinolente.
Enfin, pas encore.
Mais putain, mon ventre !

J’ai assez rapidement compris ce qui m’arrivait. Soit la crème sur le poisson n’était plus fraîche depuis un bon moment, soit cette conne avait mis du citron ET de la crème, mais quoi qu’il en soit, le délicieux repas de tout à l’heure était en train de me tuer le bidou.
Hmmm, me suis-je dit, il est temps de partir.

À force de marcher, on a fini par se retrouver à égale distance de chez eux et du RER. J’aurais pu leur demander de repasser visiter leurs toilettes une dernière fois, avant de rentrer. Mais non. Je suis fou. Je me suis pris pour un surhomme, j’ai pensé que ça n’était pas si horrible que ça, vingt minutes jusqu’à chez moi avec Tchernobyl dans mon côlon, ça va je sais me retenir quand même. Alors je leur ai dit au revoir, en serrant les fesses, et je suis allé prendre mon train.

Quand je suis arrivé sur le quai, j’ai compris que j’avais fait une erreur.
Mes boyaux continuaient de s’autodétruire, il n’y avait pas de toilettes disponibles avant longtemps, j’étais perdu.
Bien entendu, j’étais debout, je n’aurais pas pu m’asseoir sans risquer d’exploser. De chez mon père à chez moi, il y a dix minutes de RER. Et pendant tout le trajet, dans mon wagon bondé, j’ai ressenti chaque vibration, chaque accélération, chaque coup de frein. Le plus important c’était de rester tranquille et d’éviter tout mouvement brusque. Ce connard de chauffeur ne l’entendait pas de cette oreille.
Alors, je me suis concentré. Tenir. Tenir jusqu’à la maison. Ou au prochain bosquet (en préférant quand même la maison, mais on verra en temps voulu).

Quand le train s’est arrêté à Vincennes, je suis descendu, en évitant toute précipitation, mais en ne traînant quand même pas trop, parce que voilà quoi.
J’ai marché, d’un pas décidé, posé mais nerveux, en sentant la réaction en chaîne provoquée par ce petit morceau de crème qui continuait son ouvrage destructif à l’intérieur de moi. Et plus j’approchais de la maison, pire c’était.
Encore cinq minutes jusqu’à destination. Aucune possibilité de s’arrêter en route : à Vincennes après dix heures, il n’y a plus rien, aucun café, aucun bar, aucun buisson. Alors j’ai dû lutter, tenter coûte que coûte de faire gagner l’esprit sur le corps.

En attendant l’ascenseur, j’aurais pu pleurer, avec mon alien dans le ventre qui menaçait de sortir. Quand les portes se sont enfin ouvertes sur mon troisième étage, j’avais les clefs à la main, la ceinture et les boutons de mon jean défaits, en espérant que je n’allais croiser personne dans cette posture délicate.
Euuuh… Non madame Voisine, je ne me touche pas dans l’ascenseur…

J’ai violemment ouvert et claqué la porte, et comme dans Olive et Tom, je me suis jeté au ralenti sur la salle de bains, qui heureusement se trouve juste à côté de l’entrée.
J’étais sauvé.

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Marqué à vie

7 juin 2008

Ma mère m’a sorti de l’enfer du neuf-trois quand j’avais huit ans, ou quelque chose dans le genre. Donc je crois que l’incident s’est produit aux alentours de mes six ou sept ans, enfin par là quoi, j’étais petit. J’étais mignon. J’étais fragile et innocent.
J’étais à l’école primaire.

Pour une raison qui m’échappe, on faisait une après-midi matage de vidéo dans le préau. C’était toucool. Même qu’on avait commencé à regarder Pinocchio. C’était la première fois que je le voyais. J’aimais bien. Les marionnettes, le mignon petit Criquette, les leçons de morale à peine déguisées, genre “les personnes âgées qui vivent seules avec des pantins en bois finissent par s’imaginer des choses, dites oui à l’euthanasie !”, les jolies couleurs…
Je passais un moment des plus agréables.

Le problème c’est qu’à cette époque là, j’étais jeune, je n’avais pas encore atteint cet incroyable degré de maturité. Alors j’étais un peu le seul (avec les filles) à m’éclater comme un malade devant Pinocchio. Le reste de l’école avait envie de regarder l’autre cassette (ouais à l’époque on regardait encore les films sur cassette, trop la teuhon).
La révolte avait commencé à gronder dans le coin des grands qui avaient apporté le film, et au bout de dix minutes, tout le préau (à part moi -et les filles, quoique) réclamait en criant qu’on vire ce dessin animé de gamins, allez madame, vas-y quoi !

Les profs de l’époque étaient des adultes courageux et responsables, alors ils ont fini par céder.
C’est comme ça qu’on a remplacé Pinocchio, la Fée Bleue et cette dégoulinade de bons sentiments par… Les Dents de la Mer : 2ème partie (et non pas Les Dents de la Merdeuh).

Et c’est violent, quand on n’a pas huit ans, de voir les attaques du requin -je savais pas qu’on pouvait ne pas regarder quand ça fait peur, à l’époque-, les corps déchiquetés, les membres arrachés, l’eau pleine de sang, alors que dix minutes avant on priait sa bonne étoile avec Gepetto.

Je crois que c’est depuis cette époque que j’ai une peur panique de la mer et qu’il est hors de question que je me baigne dans une eau dont on ne voit pas le fond.

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La Mouche

3 juin 2008
La loi est dure, mais l’aigle ne chasse pas les mouches.
MC Solaar

Comme l’été est vraiment une saison formidable, aujourd’hui il y avait une mouche chez moi.
Comment je m’en suis rendu compte ? Oh, de façon très naturelle, en allant faire mon petit pipi. J’ai ouvert la porte de la salle de bains, parce que chez moi, les toilettes sont dans la salle de bains (si si, ça vous intéresse). Tout impatient de me soulager, j’ai soulevé le couvercle des toilettes, et comme je la dérangeais c’est là qu’elle s’est manifestée.

Grand moment d’héroïne de cinéma : quand je l’ai vue s’envoler, énorme et laide, j’ai sursauté et bondi en arrière, en poussant un cri suraigu : “ahiiii, une mouuuuche, là, là, mais faites quelque choooose, à moiii !”, tout en ayant bien conscience que non, personne n’allait venir à mon secours, j’étais seul face à mon enfer.
Bref, une de ces expériences dont on ressort grandi.

La gourdasse attitude ne s’arrête pas là, ça serait trop beau ! Parce qu’avant, je pensais avoir peur des papillons de nuit : c’est moche un papillon de nuit, ça a l’air vicieux, ça ne sort que la nuit, c’est gros et les tueurs en série les coincent dans la gorge de leurs victimes. C’est plutôt logique de ne pas être fan.
Mais aujourd’hui, je me suis rendu compte que j’avais à peu près la même réaction face à la mouche : elle a un vol complètement erratique et aléatoire, elle se nourrit d’excréments, et à la façon dont elle frotte ses petites pattes avant, on sent qu’elle prépare un sale coup.
Ouais, bon, on justifie sa peur des mouches comme on peut hein…

Mon souci avec les insectes, c’est que dès qu’ils sont un peu plus gros qu’un moustique, je n’ose pas les tuer. Je sais qu’ils ont un gros corps qui va faire shblouarch quand on l’écrasera, qu’ils agoniseront en faisant du bruit si je les attaque à la bombe, et que si je les rate, ils reviendront se venger la nuit avec des grands couteaux.

Et donc là, avec mon énorme mouche coincée dans la salle de bains, j’avais un gros problème.
Je me suis calmé et j’ai rapidement fait le tour de mes options. Je peux essayer de lui donner un grand coup de serviette, le problème c’est que je dois m’essuyer avec, et il est hors de question que je m’enveloppe dans quelque chose qui a servi à tuer une mouche, surtout qu’avec la chance que j’ai, elle va se coincer dans une des bouclettes, mourir là trèèès lentement, et tout à l’heure je vais me la frotter dessus et aaaah !
Donc non, pas la serviette.

Je peux, euh, essayer de l’asphyxier avec ma bombe de Brise Fraîcheur Muguet, mais non, ça va sûrement pas la tuer, elle est trop grosse (genre, genre elle faisait au moins cinquante centimètres, je suis sûr !), et elle risque de tomber quelque part, d’agoniser pendant des heures par terre dans un coin et je verrai pas où et ça sera absolument horrible, ne pas savoir, c’est le pire.

J’ai envisagé d’aller chercher l’aspirateur, de le pointer sur elle et de le mettre en route d’un coup pour la faire disparaître sous des tonnes de poussière, mais… nan hein, ça marche avec les gros insectes lents, mais les mouches, bof.

C’est en voyant le couvercle des toilettes encore ouvert que j’ai eu cette idée purement géniale, c’est du sang napoléonien qui coule dans mes veines, pour penser à ce genre de trucs.
Ah, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, hein ?

J’ai soigneusement refermé la porte de la salle de bains, au moins, on sait où elle est, il vaut mieux boucler le périmètre.
Je suis allé dans la cuisine, je savais exactement ce dont j’avais besoin.
J’ai attrapé la bouteille de sirop de grenadine, et j’y suis retourné.

Mon plan machiavélique était sans faille.
Je vais verser du sirop dans les toilettes. La mouche, attirée par ce doux nectar, ne manquera pas de se poser sur l’émail de la cuvette. C’est là que je déclencherai sur sa misérable carcasse un déluge tel qu’aucune mouche n’en a jamais vu.
Ca ne pouvait pas rater.

Enfin, si elle avait effectivement été attirée par le sirop de grenadine, ça n’aurait sûrement pas pu rater.
Parce que là, elle tournoyait gaiement au dessus de ma baignoire, ignorant le mets délicat que je lui avais déposé, en plus directement dans le chiotard, fallait vraiment qu’elle soit conne.

Je commençais à désespérer, surtout que je n’avais pas encore fait ce pour quoi j’étais venu au début de cette longue, trop longue histoire. C’est d’ailleurs pour ça, pour pouvoir enfin pisser, que j’ai laissé la porte ouverte. Elle est sortie, et j’ai pu faire ma petite affaire.

Après avoir tiré la chasse et m’être lavé les mains, parce que je suis un garçon propre, je suis allé ranger la bouteille de Teisseire, parce que le sirop de grenadine à côté du Canard WC, on aurait pu s’imaginer que je fais de drôles de choses.
C’est là que j’ai retrouvé ma copine, qui avait réussi à se coincer entre le store et la fenêtre de la cuisine.
Pov’ conne. Tu m’étonnes que ton peuple ne prendra jamais le pouvoir sur Terre.

Cette fois-ci ça a quand même été beaucoup plus simple : ça ne m’a pris que cinq minutes pour la libérer de sa prison de rotin et lui faire comprendre que si j’avais ouvert la fenêtre c’était pour m’en débarrasser sans violence (parce que la violence, c’est très mal).
C’est ainsi qu’elle a pu retourner vers ses copines, pour leur chanter les louanges de ce géant qui l’a nourrie, hébergée et sauvée d’une mort atroce. À l’heure qu’il est, je suis sûrement devenu le Dieu d’une colonie de diptères.
Enfin bref, encore une journée bien remplie.

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Mon jambon star

30 mai 2008

C’était jeudi dernier, je rentrais juste de vacances. Une de mes premières clientes de la journée s’est approchée, et je l’ai accueillie avec un grand sourire, pour essayer de me donner une contenance.
Un peu comme aujourd’hui, quand je me suis occupé du monsieur qui n’avait pas de mains, mais juste des moignons avec lesquels il manipulait son portefeuille et toutes ses affaires, et qu’il a fallu que j’accroche son sac à son poignet inexistant, en essayant de ne pas regarder trop fixement ou de me demander ce que je voyais exactement : est-ce qu’il est amputé au niveau des poignets ? Des coudes ? Mais qu’est-ce qu’on voit au juste, c’est quoi cette extrémité de bras qui bouge toute seule ?!
Je n’ai pas arrêté de sourire. Même si tout le temps qu’il a été en face de moi, mon esprit essayait de ne pas vomir ou hurler ou pleurer ou se jeter contre les murs pour ne plus voir, ou un peu des quatre en même temps, je lui ai souri, l’air de rien, genre, “ah bon ? Vous n’avez pas de mains / d’avant-bras ? J’avais pas remarqué !”.

Eh bien la semaine dernière c’était le même genre de plan, mais sur un registre un peu différent. Je l’ai vue arriver de loin, parce que c’était difficile de ne pas, avec son mètre quatre-vingt, ses quatre-vingt-dix kilos et une carrure à pouvoir étrangler des ours à mains nues. Elle avait une coiffure improbable, avec des longues mèches noires de plein de longueurs différentes, une frange à la Ugly Betty, des grandes lunettes opaques qui lui bouffaient la moitié du visage (mais qui étaient parfaitement justifiées, parce que, ouh, la luminosité à Happy Time, protégeons nos yeux !).
Niveau fringues, c’était le même assortiment bizarre, une jupe longue à froufrous, une veste en cuir pleine de pin’s, ouverte sur un décolleté pigeonnant, pieusement caché une croix de vingt centimètres sur dix.
Le bon vieux look trashy-gothico-bigot qui passe partout, une espèce d’Harajuku Girl qui se serait habillée dans le noir.

Là encore, en bon professionnel, j’ai souri poliment, et fait ma petite affaire sans juger (enfin si, mais sans le montrer). Le problème, c’est qu’une fois qu’on en a eu fini, elle ne partait pas. Elle avait tout rangé, sa carte, ses sous, ses machins, mais elle continuait à fouiller dans son sac.
Toujours en bon professionnel, je suis resté sage et immobile. Peut-être que si je ne parle pas et que je ne bouge pas, elle va oublier que je suis là et s’en aller ?

Mais non, en fait elle n’avait pas oublié (mémoire d’éléphant !). Elle était tellement satisfaite de son remboursement qu’elle voulait me faire un cadeau. Oh non madame, je n’ai pas le droit, vraiment, allez si vous insistez vous pouvez, mais c’est bien parce que c’est vous !
Sauf que tu parles d’un cadeau.

- Tenez… Gmpffff C’est ma carte visite. Oui parce que je suis mannequin (!!!). Alors je vous laisse ça, vous pourrez vous vanter auprès de vos collègues ! Ben oui, c’est toujours flatteur de dire “j’ai parlé à un mannequin (et elle faisait pas loin du double de mon poids)“.
Oh mais vous savez, je vous la donne pas pour vous draguer hein, non (là, elle se met la main entre les seins et me montre sa croix) : j’ai fait voeu de chasteté depuis deux ans !

- Euh… Oui… Merci… C’est très gentil… Euh… Il faut partir maintenant…

Après son départ, j’ai attrapé le cahier de liaison, qui nous sert à raconter nos malheurs, comment les vendeurs c’est trop des salauds de pas faire leur boulot, et les clients ils veulent ça et ça, alors peut-être qu’on pourrait blah blah et ouin ouin ouin…
J’y ai raconté mon expérience, histoire de partager avec mes collègues ce moment intense. Pour leur montrer que je suis quelqu’un de formidable qui ne ment jamais, j’ai collé la carte de visite, en précisant bien que “madame machin, mannequin alternatif, m’a laissé sa carte. Si quelqu’un veut aller voir son site, parce que moi, ça va aller merci”.

Et aujourd’hui, j’ai croisé un de mes chefs, avec qui je m’entends bien.

- Ah David, je viens de lire le cahier de liaison, j’ai vu ton mot…

- Hi hi oui oui, c’était une grosse habillée comme un sac, et…

Il m’a coupé, d’un ton glacial :

- Oui, ça n’était pas vraiment en rapport avec le travail. Le cahier de liaison ne sert pas à ça.

Comme quoi c’est faux, ça n’impressionne personne de savoir qu’on a parlé un mannequin. Ou alors, il est allé voir le site. C’est pour ça qu’il est fâché.

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Contre les matins difficiles

18 mai 2008

J’ai des amis formidables. Pour fêter mon glorieux retour des hostiles territoires du nord, l’un d’eux a décidé d’organiser une petite fête en mon honneur, vendredi soir prochain. Enfin, j’aime à penser qu’il l’a organisée pour ça, même si une partie de moi sait bien que ça n’a rien à voir, et que je ne suis qu’un invité parmi tant d’autres.
Mais bon, dans le petit monde que je crée dans ma tête, tout tourne autour de moi, même les soirées. Et dans ce monde, je suis empereur et je pratique avec succès la télékinésie et la pyrokinésie. C’est chouette. Mais je digresse.

Le problème, c’est que vendredi, j’aurai repris le boulot, et qu’on n’a pas tous la chance de se toucher la nouille dans un bureau du lundi au vendredi et le samedi c’est repos. Quand on a le malheur de travailler dans le commerce, le samedi, on n’y coupe pas.

Or, si je bois comme un trou vendredi soir (enfin, “si”…), il y a des chances que j’aie une tête de cul le lendemain matin, dans le meilleur des cas.
Alors pour éviter la gueule de bois du samedi au boulot, qui est le jour où les chefs et les clients sont super lourds, j’ai trouvé un super système, si si, un truc carrément génial : ne pas y aller !
Tadaaah !

Ca ne règle qu’une partie du problème : vu que j’aurai à peine recommencé à bosser, ça va être difficile de reprendre une journée de congés comme ça, surtout en m’y prenant trois jours à l’avance.
Mais ça me laisse jusqu’à mercredi pour trouver une excuse, un impératif de dernière minute (l’impératif du samedi… en plus on n’a jamais dû leur faire…), parce que “dites, je pourrais avoir mon samedi, pour pouvoir me mettre minable vendredi soir ?”, je doute que ça passe.

Par contre, ça va être difficile : pour le moment les seuls trucs auxquels je pense sont de l’ordre de “la cousine au second degré de ma grand-tante par alliance est morte, on l’enterre samedi”, ou “il faut que j’aille faire castrer ma licorne en urgence, et le vétérinaire n’avait que samedi à me proposer”.
Mais j’ai confiance. Je sais mentir.

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Vacances danoises (3)

16 mai 2008

Présentée en exclusivité mondiale par mon ticheurte et ma main qui n’est pas un rabot à merde, la première (et probablement dernière) vidéo de ce blog, pour toi lecteur, ouais, t’es content hein ?

Alors je sais, c’est moche, je parle trop vite, je n’articule pas, mais d’un autre côté, je suis pas vraiment acteur, encore moins cinéaste, alors permettez-moi de vous emmerder bien chaleureusement.

Et pour répondre aux critiques éventuelles, non, je ne suis pas comme ces petites mamies qui comptent encore en anciens francs, c’est juste que c’était beaucoup plus pratique de raisonner comme ça.

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Vacances danoises (2)

14 mai 2008

Le danois n’est pas une langue facile, contrairement aux apparences. Surtout quand on a pris allemand en LV2 au lycée, comme moi : on a l’impression que ça se ressemble, mais en même temps ça n’a rien à voir, alors on est complètement perdu et c’est horrible.
Du coup j’ai fini par acheter un magnifique petit dictionnaire de poche fransk / dansk (ça veut dire “français / danois”, comme ça hop hop, vous avez appris deux mots, merci qui ?), parce qu’il y avait des mots impossible à deviner, même avec la meilleure volonté du monde.

Grâce à mon petit dico, j’ai découvert que leurs lettres bizarres -genre les å et les æ- ne font pas partie de l’alphabet traditionnel. Ce qui veut dire que les mots en å ne se trouvent pas rangés avec les mots en a normaux, mais tout à la fin.
Ca donne un alphabet voyellique du style a-e-i-o-u-y-æ-ø-å.
Ils sont fous ces danois.

Par contre, même avec l’aide du dictionnaire, il y a des trucs impossibles à comprendre, comme les publicités. Si ça se trouve, ils proposent des produits super inutiles que j’aurais voulu rapporter dans mes bagages à tout prix, mais là… Des affiches de ce genre, ça laisse plutôt perplexe.

Non mais c’est vrai, qu’est-ce qu’ils vendent ?
Un lustre ? Une assurance ? Un forfait de téléphone ? De la lessive ? Des putes ?
Et finalement, opmærksomheden ou pas ?
Bon ok, c’est peut-être aussi parce que j’ai eu la flemme de regarder après avoir acheté le dictionnaire, mais ça n’en reste pas moins une langue incompréhensible.

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Vrrroum… Vrrroum…

7 mai 2008

En ce moment grâce à ma console, je peux assouvir mes plus mâles instincts, et satisfaire mes besoins de vitesse : toute la journée, je joue à GTA, je bute du pédé, je pique des caisse, je vais me détendre dans des clubs de strip-tease, et je conduis comme un porc dans les rues de Liberty City, en me grattant les couilles avec la main qui ne tient pas la manette.

Non, je déconne.
GTA IV, c’est beaucoup trop violent pour mes yeux délicats. Alors pour calmer mes envies de vitesse et de violence, je fais crisser les pneus de ma moto à Mario Kart Wii. Je les fume tous, ces petits enculés de leurs mères sur leurs karts pourris, je leur fais mordre la poussière, je les enrhume avec mes déplacements d’air, je suis une tigresse, une panthère, une comète que rien n’arrête !
Parce que oui, mes mâles instincts, apparemment, s’assouvissent uniquement si je joue avec Peach. Et une moto.


Ca a été un peu dur à vivre au début, de n’arriver à bien jouer qu’avec une princesse rose bonbon, et puis finalement, on s’y fait. Surtout qu’au boulot on me prend pour un champion de tecktonik, alors à choisir je préfère encore être une princesse dans le monde virtuel.

Du coup, je fais avancer mon petit alter ego moulé comme une chienne dans sa combinaison en cuir, avec un petit cul à faire pâlir d’envie Lara Croft et compagnie, en agitant le poignet comme un malade pour faire les petits sauts (Mario Kart, un jeu de branleurs, ha ha ha, sacré David), même qu’à la fin d’une course j’ai presque mal à la main.
Mais c’est une douleur exquise, ça veut dire que pour une fois, ils ont fait un jeu bien sur Wii (à part Zack & Wiki) !

Par contre il y a un petit problème (en plus du volant qui n’est pas pratique du tout).
Déjà, il y a le fait que j’avais débloqué plein de trucs chez Lapin, parce que c’est son jeu. Des heures d’amusement, hein. Et comme finalement je suis reparti avec le jeu chez moi (chuuut), je dois tout me retaper, depuis le début.
Encore plus d’heures d’amusement…

C’est là qu’on en arrive au vrai problème. Parce qu’à force de passer mes journées en immersion totale dans Mario Kart, à secouer la moto sur les dos d’ânes pour avoir des petits boosts, l’autre soir sur mon vélo, à plusieurs reprises j’ai eu comme une furieuse envie de secouer le guidon quand je passais sur des ralentisseurs.

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Le jeu des mille francs

20 avril 2008

Salut le jeune !

Ton existence est triste et morne et tu t’ennuies ? Tu as l’impression (justifiée, au moins tu ne t’imagines pas des trucs) de ne rien faire de ta vie, et que ton moment le plus glorieux c’était… euh… non bah rien en fait ?

Tu aimerais remédier à cela, avoir l’impression de servir à quelque chose, être le genre de mec qui donne tout ce qu’il a aux petits lépreux et aux petits cancéreux et aux petits enfants qui crèvent de faim dans des rues crades et du coup ils se chopent toutes les saloperies qui traînent et ils meurent avant la puberté, et en plus ils ont quarante-deux frères et soeurs qui attendent de crever derrière, mais en fait non, tu ne bouges pas ?
Tu voudrais bien faire quelque chose, mais tu n’as pas le temps (bien sûr, c’est une question de temps, hein…), alors tu envoies balader d’un revers de la main que tu imagines poli la soixantaine de chieurs de Médecins du Monde / Action Contre la Faim qui te rôdent autour dès la sortie du métro ?

Eh bien ce post est fait pour toi !
Car ce post, c’est LA solution pour nettoyer ton aura salie par tant d’égoïsme et de bonnes actions tuées dans l’oeuf !
Merci qui, hmm ?

Alors oui, curieux comme je sais pas quoi, essuyant la sueur qui te coule devant les yeux parce que de tels niveaux d’excitation c’est presque trop pour ton cœur tout racorni, tu te demandes : comment, mais comment ce post peut-il sauver mon âme pécheresse des feux de la damnation éternelle ?

Eh bien c’est très simple.
Il te suffit de m’aider, en répondant à une petite interrogation que je me pose.

Imaginons un mec, genre c’est pas un loser mais presque. Il a vingt-six ans, et il a commencé à bosser depuis un an et demi voire plus, dans un grand magasin Parisien où il coule des jours heureux.
Il a vu à la télé qu’en ce moment y’a plein de gens qui râlent parce qu’ils doivent remplir leur déclaration d’impôts, et payer à ces sangsues d’enculés de leurs mères du Trésor Public.
La question est la suivante :

Comment ça se passe, quand on doit payer des impôts ? On le sait ? On reçoit une lettre ?
Et si on n’en reçoit toujours pas au bout d’un an et demi, ça veut dire quoi ?
Qu’on est trop pauvre pour payer, même l’État a pitié de nos petits revenus ?
Ou qu’il faut se faire connaître, signaler qu’on a travaillé et qu’on veut bien payer, m’sieur l’inspecteur, j’ai gagné de l’argent cette année, mais pas beaucoup… Ah bah c’est pas grave mon petit, on va le prendre quand même ?

Si quelqu’un sait, ça serait gentil de répondre, parce que je commence à m’inquiéter, j’aimerais pas qu’ils me doublent mes impôts à force de majorations de retard ou j’sais pas quoi (par contre si vous ne savez pas, ou si vous avez juste un truc con à dire, abstenez-vous, pour une fois)…

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Vis ma vie de pauvre

14 avril 2008

Je savais que la machine à laver était condamnée. Pourtant, elle était chouette. Elle a un joli hublot à travers lequel je peux passer des heures à regarder tourner mon linge, à encourager mes chaussettes à tourner plus vite pour rattraper mes caleçons, ou à imaginer toutes les saloperies que mes fringues peuvent faire quand elles me cachent la vue avec leurs soirées mousse.
Mais voilà.
Un hublot, c’est rigolo. Mais c’est fragile, aussi.

Et là, ça faisait des mois que le voyais se fendiller, en n’y pouvant rien faire.
Plein de petites lignes qui partaient de l’extérieur et qui convergeaient vers le centre. J’avais fait des marques, pour voir si elles étaient fixes, ou si elles s’étendaient, les salopes.
Bah elles s’étendaient, les salopes (pas de bol, quand même).

Je voulais pas racheter une machine tout de suite, parce que ça coûte quand même un rein, et à part ça elle allait plutôt bien, ma petite machine chéwie.
Alors j’attendais impuissant que ça craque. J’imaginais déjà le jour où j’allais rentrer et découvrir qu’elle avait dégueulé mon linge et toute son eau dans la cuisine, en y cachant plein de petits bouts de verre.
Oh quelle impatience, qu’est-ce que j’allais m’amuser ce jour-là !
En plus je serai obligé d’aller au lavoir, de taper mon linge en chantant et d’échanger les derniers ragots avec les autres lavandières, berk !

Ce que je ne savais pas, c’est que le lave-vaisselle était jaloux de l’attention que je porte au lave-linge. Alors pour me montrer que lui aussi mérite qu’on s’en occupe, il a décidé de mourir.
Comme ça, d’un coup.

Mais il a été vicieux : quand j’appuie sur le bouton marche / arrêt, le voyant de mise sous tension s’allume, jusqu’ici tout va bien. Mais dès que je lui ferme sa porte, ça fait CLAC ! et je fais sauter les plombs. Hi hi, on le refait une ou deux fois pour vérifier, oui, c’est rigolo, ça arrête tout, bon ça suffit David l’électricité c’est pas un jouet !

Coup de bol, il est encore sous garantie. Donc il faut appeler le SAV pour leur expliquer le problème. Voilà.
Y’a qu’à.
Téléphone.
Ouaip.
Mais j’aime pas le téléphone, ça fait peur, en plus je veux pas les appeler, ça doit juste être une résistance ou un truc tout con, je pourrais le changer moi-même, je veux pas je veux pas je veux paaas !

À cause d’un petit blocage, je me suis donc tapé trois semaines de vaisselle à la main, comme les gueux, pouah, mais l’eau elle est chaude, faut mettre les mains dedans ? Et puis le produit vaisselle ça abîme la peau, au s’cours !

Alors aujourd’hui, j’ai décidé que ça suffit, je vais pas laisser une phobie idiote me pourrir l’existence et détruire mon si fragile épiderme. Alors je vais les appeler. C’est décidé. Je compte jusqu’à trois et j’y vais. Allez.
Finalement, pour gagner un peu de temps, et pour ne pas passer pour un demeuré total quand ils viendront, je vais essayer un truc, juste pour voir.
Si je le branche sur une autre prise, est-ce que ça va encore être tout cassé ?

NON !
Miracle, je l’ai réparé tout seul, et sans avoir à téléphoner je vous prie !
Oui c’est vrai, je suis un loser de m’être cogné la vaisselle pendant trois semaines, à faire tremper les assiettes, décoller des épinards incrustés dans la porcelaine, tout ça parce que j’ai pas peur de téléphoner mais presque, surtout que j’aurais pu penser à essayer ça tout de suite.
Mais pensons un instant à l’humiliation que j’ai évitée si les plombiers du BHV étaient venus chez moi, avaient débranché une prise pour en essayer une autre et étaient repartis en levant les yeux au ciel. Hein, je passe déjà moins pour un abruti, non ?
Non ?
Non.

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Les mystères du monde : l’ostréovorogénèse

30 mars 2008

Bienvenue à toi ami lecteur ! Ce soir, pour célébrer le nouveau tournant de ce blog, qui à partir de dorénavant devient éducatif et donc utile, je te propose de te pencher (petit coquin) sur un sujet passionnant, ouais ! Nous allons en effet étudier l’un des plus grands mystères de tous les temps, j’ai nommé l’huître.

Non parce que c’est vrai, après tout, qu’est-ce qu’on sait de l’huître, à part le fait que c’est dégueulasse et que ça ressemble à un gros mollard ? Pas grand chose, et même wikipedia ne peut pas répondre à la question cruciale, qui aujourd’hui nous taraude : d’où vient cette curieuse idée de manger des huîtres ?

Eh bien, sois rassuré, ami lecteur, grâce à mes recherches sur le sujet, tu n’auras plus à te retourner des heures dans ton lit, incapable de trouver le sommeil, à cause de cette question qui finissait par te rendre fou : qui, putain, qui a eu l’idée de bouffer ça ?!

Tout a commencé il y a bien longtemps, avant la naissance de Jésus Christ notre sauveur. Sur les côtes d’Armorique, Guéric Ker-Elouan, ignorant tout du rôle qu’il allait jouer dans la gastronomie (ahem) mondiale, se sentait tout tristoune. C’était les fêtes de fin d’année, et il allait encore se retrouver tout seul : sous prétexte qu’il était différent, personne ne voulait entendre parler de lui, et encore moins l’inviter à fêter des trucs, comme son anniversaire ou l’équinoxe de Printemps (à l’époque, l’année commençait et finissait un peu plus tard).
Parce que Guéric n’était pas comme les autres Celtes, qui plus tard deviendraient nos fiers Bretons : il avait du goût. Il savait que le beurre ne se mange pas salé, que le kig-ha-farz c’est franchement dégueu, non mais sérieusement, un ragoût de lard ?, et que 6% ça ne suffit pas à faire passer le cidre pour de l’alcool. Alors, les autres salauds du village le prenaient de haut, peuh, et Guéric était malheureux comme les pierres.

Et un beau jour -enfin, aussi beau que puisse être un jour en Bretagne-, alors qu’il déclamait son mal-être face à l’océan dans des grands vers très mylènefarmeriens, en faisant rimer “sang” avec “maman”, ou “mort” avec “encore”, plein de trucs comme ça, trop naze le mec, genre il se prend pour un poète, quelque chose par terre attira son regard : un petit caillou plutôt plat, mais pas complètement, un peu comme une coquille de mollusque, mais en très vilain.
Tiens ? Saperlipopette, mais qu’est-ce donc, se dit-il en se grattant la tête d’un air stupéfait ? Comme il n’avait pas d’amis, et pas de vie non plus (plusieurs siècles plus tard, il aurait fait un excellent geek), il décida de rapporter sa trouvaille à sa hutte.

En plus du goût, Guéric se distinguait de ses congénères par une intelligence hors du commun. Et en voyant cette caillasse moche, il sentait, non, il savait qu’à l’intérieur il allait trouver quelque chose de formidable, qui allait changer le monde à jamais, parce qu’on ne pouvait créer une coquille aussi repoussante que pour cacher le plus grand trésor de la Terre !

Il passa des jours et des nuits à s’écorcher les mains dessus, sans comprendre le message que l’Océan avait essayé de faire passer en scellant l’huître (car c’est bien d’elle dont il s’agissait, tu l’auras compris ami lecteur) à l’araldite : quand un truc est fermé comme ça, nul n’est censé l’ouvrir.
C’est pendant qu’il égorgeait un porc avec son glaive, comme le faisait toute la Bretagne à cette époque (et d’ailleurs, encore aujourd’hui, je suis sûr que dans certains coins reculés…), que l’idée lui vint : bon sang (c’est le cas de le dire), mais puisque ça ouvre une gorge comme un rien, si ça s’trouve, ça marchera aussi pour le Précieux !
En effet, avec un outil, la tâche fût quand même grandement facilitée. Il découvrit alors ce que personne n’aurait jamais dû découvrir, l’enfant honteux des océans, si bien camouflé depuis la nuit des temps : l’huître.

En voyant cette chose molle et grisâtre et puante, Guéric se dit qu’il l’avait laissée trop longtemps hors de l’eau, et que son trésor avait tourné. L’aspect de vieille morve et l’odeur qui s’en dégageaient auraient dû éloigner le pire des charognards, aussi, les dieux se désintéressèrent de la suite des évènements. Ils croyaient l’humanité hors de danger.
Ils n’avaient pas imaginé que Guéric puisse être aussi têtu.
Après avoir jeté sa vieille huître pourrite au feu purificateur, il partit en chercher une autre, pour voir comment c’était dedans quand c’est frais. Cette fois-ci, il pensa même à prendre son glaive, parce que ça avait quand même été ‘achement plus simple à ouvrir comme ça.

Surprise, la seconde huître, fraîche comme la première neige, avait la même gueule de travers, elle sentait juste un peu moins fort que l’autre. Tudieu mais c’est quoi ça, se demanda Guéric ? Il l’asticota un peu avec le bout de son glaive, poc, poc, se demandant si c’était vivant, mort, une plante, une bête, une déjection, une blague ?
Il finit par comprendre que non, c’était pas une blague, et que vivant ou mort, il venait de découvrir la matière la plus dégueulasse du monde.

Et probablement le meilleur moyen de se venger de ces cons de planteurs de dolmens.

Il en passa du temps, sans dormir ni manger, à peaufiner son plan, des heures durant ! Mais ses efforts finirent par payer puisqu’il mit au point ce petit bijou de perfection stratégique, à faire pâlir d’envie Napoléon.

Profitant d’un instant d’inattention, pendant que tout le village était en train de se murger la gueule au chouchenn, il vira toutes les crêpes au sarrasin de la table du buffet de la fête de la Nouvelle et Belle Année, et les remplaça par plein plein plein de douzaines d’huîtres.
Ah, ces salauds se foutent de ma gueule quand je leur dis que le beurre doux c’est meilleur sur les tartines ? Rira bien qui rira le dernier, bande de ploucs, on va voir vos gueules quand vous allez vous retrouver à manger du glaviot !
Et comme la vengeance, il décida de leur servir crues et froides. Parce que c’est encore pire de les manger vivantes.
Mouahaha !

Mais Guéric sous-estimait tellement le mauvais goût des siens !

Quand on mange du gros intestin de porc entassé dans un boyau de boeuf en ayant fait cuire le tout dans un bouillon parfumé au foin, on n’est pas rebuté par un étalage de corps visqueux sur la table du banquet de Pleine Lune.
Au contraire.
Les Bretons furent heureux et soulagés de manger autre chose que leurs sempiternels plats lourds, et décidèrent que c’était bon (même si ça serait peut-être une bonne idée de cacher le goût de marée avec par exemple un filet de citron), à un tel point qu’ils décidèrent que ce mets délicat envoyé par les dieux serait à partir de ce jour leur tradition de nouvelle année.

Ne trouvant décidément pas chaussure à son pied, parce que les bigoudènes ça va bien cinq minutes, Guéric finit par se reproduire par mitose. Et jusqu’au jour de sa mort (après une longue vie sans sexe, donc), lui et sa descendance perpétuèrent leur petite coutume : se moquer tous les ans de ces crétins qui se régalent en gobant ce qui, à ce jour, se rapproche quand même plus du mollard que du fruit de mer.
Au fil des siècles, les descendants de Guéric et de ses concitoyens se sont dispersés à travers le monde, trop heureux de quitter leur bout de terre fouetté par l’océan et les orages et les marées noires etc. Mais l’héritage culturel est plus fort que tout, et les deux traditions entrelacées se sont transmises, et nous sont parvenues intactes : tous les ans à Noël, les barbares mangent des huîtres pendant que ceux qui ont une cervelle se moquent d’eux.

Et voilà, ami lecteur, tu sais maintenant pourquoi certains dégénérés (dont tu fais peut-être partie, il n’y a pas de honte à avoir) mangent cet étrange mollusque à Noël ! T’es impressionné, hein ?
Allez pour la peine, si tu es sage, un jour je te raconterai peut-être l’histoire du premier homme qui a eu l’idée d’éventrer un mouton pour lui arracher les boyaux et les tendre sur un morceau de bois pour en faire une raquette.

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