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Mon sac de Joséphine

Tout a commencé le jour où en revenant du boulot, j’ai voulu vider mon sac à dos tout plein de mon bordel de la semaine pour le transformer en sac pour aller à la piscine. J’ai donc fait comme d’habitude : je l’ouvre en grand, je l’attrape par en dessous et je secoue.
Et là, au milieu de ma bouteille d’eau, mon bouquin, mon cahier pour le jour où je deviendrai écrivain et où l’inspiration frappera tellement soudainement et n’importe où que j’aurai un besoin impérieux de coucher tout ce qui me viendra sur papier, mes stylos et tout ça, j’ai trouvé… un antivol d’Happy Time.
Un gros galet (c’est comme ça que ça s’appelle, toi aussi, familiarise-toi avec les noms des antivols grâce à David), le truc blanc en deux parties qui se clippe dans les vêtements.

D’abord, j’ai trouvé ça cool, parce que j’avais toujours eu envie d’en rapporter un chez moi pour le disséquer et voir comment c’est fait à l’intérieur, qu’est-ce qui fait que ça sonne, c’est un aimant, c’est quoi ?, mais je n’avais jamais trouvé d’occasion, parce que piquer un antivol, ben… c’est pas forcément facile.
Et là, hop, j’en avais rapporté un à la maison, comme un grand, et surtout, je n’avais pas sonné en passant les portiques de sécurité. Ce qui implique donc, deuxième point cool de cette anecdote, que mon sac agit comme une espèce de cage de Faraday, je peux y stocker n’importe quoi, et ça ne sonnera pas à la sonnerie, oh yeah !

La deuxième évènement bizarre, c’est le jour où j’ai trouvé des chewing-gums à la fraise en vrac dans son fond. C’est étrange, parce que je n’achète jamais de chewing-gums à la fraise, je n’aime pas tellement ça (bon oui, ça veut aussi dire que quand je trouve un truc bizarre au fond de mon sac, je le mets à la bouche pour voir ce que c’est, faites jamais ça chez vous les enfants, c’est super mal, hein !).
J’ai trouvé ça curieux, mais je n’ai pas vraiment cherché plus loin. Après tout, une fois de temps en temps c’est pas si mauvais, on va pas se plaindre.

Et récemment, en cherchant ma bouteille d’eau ou mon portefeuille ou quelque chose dans le genre, je suis tombé à deux reprises sur des cigarettes, en vrac également.
Or, je ne fume pas.
Et oui, on est sûr que je ne suis pas tombé deux fois de suite sur la même cigarette, je l’avais enlevée la première fois.

Alors, plusieurs explications possibles à ces phénomènes (je suis sûr qu’on pourrait en faire un bon film, en tout cas moins chiant que celui de Shyamalan), mais je ne vais parler ici que des plus plausibles :

1. Mon sac est magique a une personnalité propre, et quand il s’ennuie, il fait apparaître des objets, aléatoirement, ce qui lui passe par la tête à ce moment-là (théorie que je préfère, parce que c’est assez cool, un sac magique);

2. J’ai été repéré par les narco-trafiquants qui essayent de faire de moi une mule, en commençant petit, pour voir comment je m’en sors;

3. Ca fait un mois que je me balade avec le sac de quelqu’un d’autre.

(Bon et sinon ça n’a rien à voir, enfin si, mais c’est super difficile de dénicher une photo de Joséphine Ange Gardien, sur le net, quand on tape “Joséphine” en recherche d’images Google, on ne tombe que sur des photos de la Beauharnais ou la Baker, non mais franchement qu’est-ce qu’on en a à foutre de ces deux-là ?)

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Je pardonne mais je n’oublie pas (et je pique mes titres aux Corrs)

C’était il y a un an, jour pour jour. La fête de la musique 2007. Je m’en souviens comme si c’était hier. Normal, puisque c’est aussi le jour où mon père et ma marâtre ont essayé de me tuer. Ca à tendance à marquer.

Ca faisait un moment que je ne les avais pas vus, alors ça promettait d’être une soirée bien sympatoche, riche en retrouvailles émouvantes et viriles accolades, pour célébrer le retour du fils prodigue. En plus, je venais d’être libéré une première fois de chez Happy Time, alors j’étais plutôt de bonne humeur, ça change.

Ce que j’avais complètement zappé, c’est que ce soir-là c’était la fête de la musique (oui bon on le savait déjà, mais c’est parce que je l’ai écrit au début du post, c’est tout). Par contre, lui et Marâtre s’en souvenaient bien et avaient tout prévu : on allait manger un petit morceau vite fait et aller se balader tranquillement pour voir tous ces gens qui chantent, tiens, l’année dernière y’en avait même un qui jouait du Hugues Aufray, c’était trop bien.
À ce moment-là, je me suis dit que j’avais peut-être mal calculé mon coup. Aller chez mon père pour la fête de la musique et me retrouver embarqué dans une sordide histoire de promenade chiante pour écouter des orchestres de vieux chanter des trucs has been, c’est dire si la soirée s’annonçait terrible.

Pourtant, le dîner avait bien commencé : Marâtre avait préparé du bon poisson, sur lequel elle avait mis de la crème à fondre. Comme Papaprocellus et elle sont au régime, ils ont mangé le leur à la Spartiate : cuit à la vapeur, sans assaisonnement et avec les mains. Du coup, j’ai eu droit à une double ration de crème. J’étais plutôt content.
Mais les repas de Marâtre ne durent jamais bien longtemps, et en un quart d’heure c’était fini.

La promenade pouvait commencer.
On a marché dix minutes, et on est effectivement tombés sur un mec qui faisait du Hugues Aufray, et c’était chiant. Il y avait plein de vieux autour qui ne s’en rendaient pas compte, ils avaient même l’air de trouver ça bien.
Heureusement que mon papa c’est le plus fort de tous les papas et qu’il n’aime pas Hugues Aufray, ça nous a permis de ne pas nous éterniser. On a marché encore un peu, on est passés devant des d’jeuns qui montraient que la techno c’est trop cool, que le rap c’est trop cool, et que la viole de gambe c’est trop cool aussi.

Comme en fait ça n’avait rien de cool tout ça, on a décidé de se rentrer gentiment, eux chez eux et moi vers mon RER.
Et là, sur le chemin du retour, j’ai senti comme un violent coup de couteau dans mon ventre.

Aïeuh.
J’ai regardé, je ne saignais pas, et mes boyaux ne pendillaient pas lamentablement derrière moi, comme une horrible de traîne de mariée sanguinolente.
Enfin, pas encore.
Mais putain, mon ventre !

J’ai assez rapidement compris ce qui m’arrivait. Soit la crème sur le poisson n’était plus fraîche depuis un bon moment, soit cette conne avait mis du citron ET de la crème, mais quoi qu’il en soit, le délicieux repas de tout à l’heure était en train de me tuer le bidou.
Hmmm, me suis-je dit, il est temps de partir.

À force de marcher, on a fini par se retrouver à égale distance de chez eux et du RER. J’aurais pu leur demander de repasser visiter leurs toilettes une dernière fois, avant de rentrer. Mais non. Je suis fou. Je me suis pris pour un surhomme, j’ai pensé que ça n’était pas si horrible que ça, vingt minutes jusqu’à chez moi avec Tchernobyl dans mon côlon, ça va je sais me retenir quand même. Alors je leur ai dit au revoir, en serrant les fesses, et je suis allé prendre mon train.

Quand je suis arrivé sur le quai, j’ai compris que j’avais fait une erreur.
Mes boyaux continuaient de s’autodétruire, il n’y avait pas de toilettes disponibles avant longtemps, j’étais perdu.
Bien entendu, j’étais debout, je n’aurais pas pu m’asseoir sans risquer d’exploser. De chez mon père à chez moi, il y a dix minutes de RER. Et pendant tout le trajet, dans mon wagon bondé, j’ai ressenti chaque vibration, chaque accélération, chaque coup de frein. Le plus important c’était de rester tranquille et d’éviter tout mouvement brusque. Ce connard de chauffeur ne l’entendait pas de cette oreille.
Alors, je me suis concentré. Tenir. Tenir jusqu’à la maison. Ou au prochain bosquet (en préférant quand même la maison, mais on verra en temps voulu).

Quand le train s’est arrêté à Vincennes, je suis descendu, en évitant toute précipitation, mais en ne traînant quand même pas trop, parce que voilà quoi.
J’ai marché, d’un pas décidé, posé mais nerveux, en sentant la réaction en chaîne provoquée par ce petit morceau de crème qui continuait son ouvrage destructif à l’intérieur de moi. Et plus j’approchais de la maison, pire c’était.
Encore cinq minutes jusqu’à destination. Aucune possibilité de s’arrêter en route : à Vincennes après dix heures, il n’y a plus rien, aucun café, aucun bar, aucun buisson. Alors j’ai dû lutter, tenter coûte que coûte de faire gagner l’esprit sur le corps.

En attendant l’ascenseur, j’aurais pu pleurer, avec mon alien dans le ventre qui menaçait de sortir. Quand les portes se sont enfin ouvertes sur mon troisième étage, j’avais les clefs à la main, la ceinture et les boutons de mon jean défaits, en espérant que je n’allais croiser personne dans cette posture délicate.
Euuuh… Non madame Voisine, je ne me touche pas dans l’ascenseur…

J’ai violemment ouvert et claqué la porte, et comme dans Olive et Tom, je me suis jeté au ralenti sur la salle de bains, qui heureusement se trouve juste à côté de l’entrée.
J’étais sauvé.

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Marqué à vie

Ma mère m’a sorti de l’enfer du neuf-trois quand j’avais huit ans, ou quelque chose dans le genre. Donc je crois que l’incident s’est produit aux alentours de mes six ou sept ans, enfin par là quoi, j’étais petit. J’étais mignon. J’étais fragile et innocent.
J’étais à l’école primaire.

Pour une raison qui m’échappe, on faisait une après-midi matage de vidéo dans le préau. C’était toucool. Même qu’on avait commencé à regarder Pinocchio. C’était la première fois que je le voyais. J’aimais bien. Les marionnettes, le mignon petit Criquette, les leçons de morale à peine déguisées, genre “les personnes âgées qui vivent seules avec des pantins en bois finissent par s’imaginer des choses, dites oui à l’euthanasie !”, les jolies couleurs…
Je passais un moment des plus agréables.

Le problème c’est qu’à cette époque là, j’étais jeune, je n’avais pas encore atteint cet incroyable degré de maturité. Alors j’étais un peu le seul (avec les filles) à m’éclater comme un malade devant Pinocchio. Le reste de l’école avait envie de regarder l’autre cassette (ouais à l’époque on regardait encore les films sur cassette, trop la teuhon).
La révolte avait commencé à gronder dans le coin des grands qui avaient apporté le film, et au bout de dix minutes, tout le préau (à part moi -et les filles, quoique) réclamait en criant qu’on vire ce dessin animé de gamins, allez madame, vas-y quoi !

Les profs de l’époque étaient des adultes courageux et responsables, alors ils ont fini par céder.
C’est comme ça qu’on a remplacé Pinocchio, la Fée Bleue et cette dégoulinade de bons sentiments par… Les Dents de la Mer : 2ème partie (et non pas Les Dents de la Merdeuh).

Et c’est violent, quand on n’a pas huit ans, de voir les attaques du requin -je savais pas qu’on pouvait ne pas regarder quand ça fait peur, à l’époque-, les corps déchiquetés, les membres arrachés, l’eau pleine de sang, alors que dix minutes avant on priait sa bonne étoile avec Gepetto.

Je crois que c’est depuis cette époque que j’ai une peur panique de la mer et qu’il est hors de question que je me baigne dans une eau dont on ne voit pas le fond.

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La Mouche

La loi est dure, mais l’aigle ne chasse pas les mouches.
MC Solaar

Comme l’été est vraiment une saison formidable, aujourd’hui il y avait une mouche chez moi.
Comment je m’en suis rendu compte ? Oh, de façon très naturelle, en allant faire mon petit pipi. J’ai ouvert la porte de la salle de bains, parce que chez moi, les toilettes sont dans la salle de bains (si si, ça vous intéresse). Tout impatient de me soulager, j’ai soulevé le couvercle des toilettes, et comme je la dérangeais c’est là qu’elle s’est manifestée.

Grand moment d’héroïne de cinéma : quand je l’ai vue s’envoler, énorme et laide, j’ai sursauté et bondi en arrière, en poussant un cri suraigu : “ahiiii, une mouuuuche, là, là, mais faites quelque choooose, à moiii !”, tout en ayant bien conscience que non, personne n’allait venir à mon secours, j’étais seul face à mon enfer.
Bref, une de ces expériences dont on ressort grandi.

La gourdasse attitude ne s’arrête pas là, ça serait trop beau ! Parce qu’avant, je pensais avoir peur des papillons de nuit : c’est moche un papillon de nuit, ça a l’air vicieux, ça ne sort que la nuit, c’est gros et les tueurs en série les coincent dans la gorge de leurs victimes. C’est plutôt logique de ne pas être fan.
Mais aujourd’hui, je me suis rendu compte que j’avais à peu près la même réaction face à la mouche : elle a un vol complètement erratique et aléatoire, elle se nourrit d’excréments, et à la façon dont elle frotte ses petites pattes avant, on sent qu’elle prépare un sale coup.
Ouais, bon, on justifie sa peur des mouches comme on peut hein…

Mon souci avec les insectes, c’est que dès qu’ils sont un peu plus gros qu’un moustique, je n’ose pas les tuer. Je sais qu’ils ont un gros corps qui va faire shblouarch quand on l’écrasera, qu’ils agoniseront en faisant du bruit si je les attaque à la bombe, et que si je les rate, ils reviendront se venger la nuit avec des grands couteaux.

Et donc là, avec mon énorme mouche coincée dans la salle de bains, j’avais un gros problème.
Je me suis calmé et j’ai rapidement fait le tour de mes options. Je peux essayer de lui donner un grand coup de serviette, le problème c’est que je dois m’essuyer avec, et il est hors de question que je m’enveloppe dans quelque chose qui a servi à tuer une mouche, surtout qu’avec la chance que j’ai, elle va se coincer dans une des bouclettes, mourir là trèèès lentement, et tout à l’heure je vais me la frotter dessus et aaaah !
Donc non, pas la serviette.

Je peux, euh, essayer de l’asphyxier avec ma bombe de Brise Fraîcheur Muguet, mais non, ça va sûrement pas la tuer, elle est trop grosse (genre, genre elle faisait au moins cinquante centimètres, je suis sûr !), et elle risque de tomber quelque part, d’agoniser pendant des heures par terre dans un coin et je verrai pas où et ça sera absolument horrible, ne pas savoir, c’est le pire.

J’ai envisagé d’aller chercher l’aspirateur, de le pointer sur elle et de le mettre en route d’un coup pour la faire disparaître sous des tonnes de poussière, mais… nan hein, ça marche avec les gros insectes lents, mais les mouches, bof.

C’est en voyant le couvercle des toilettes encore ouvert que j’ai eu cette idée purement géniale, c’est du sang napoléonien qui coule dans mes veines, pour penser à ce genre de trucs.
Ah, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, hein ?

J’ai soigneusement refermé la porte de la salle de bains, au moins, on sait où elle est, il vaut mieux boucler le périmètre.
Je suis allé dans la cuisine, je savais exactement ce dont j’avais besoin.
J’ai attrapé la bouteille de sirop de grenadine, et j’y suis retourné.

Mon plan machiavélique était sans faille.
Je vais verser du sirop dans les toilettes. La mouche, attirée par ce doux nectar, ne manquera pas de se poser sur l’émail de la cuvette. C’est là que je déclencherai sur sa misérable carcasse un déluge tel qu’aucune mouche n’en a jamais vu.
Ca ne pouvait pas rater.

Enfin, si elle avait effectivement été attirée par le sirop de grenadine, ça n’aurait sûrement pas pu rater.
Parce que là, elle tournoyait gaiement au dessus de ma baignoire, ignorant le mets délicat que je lui avais déposé, en plus directement dans le chiotard, fallait vraiment qu’elle soit conne.

Je commençais à désespérer, surtout que je n’avais pas encore fait ce pour quoi j’étais venu au début de cette longue, trop longue histoire. C’est d’ailleurs pour ça, pour pouvoir enfin pisser, que j’ai laissé la porte ouverte. Elle est sortie, et j’ai pu faire ma petite affaire.

Après avoir tiré la chasse et m’être lavé les mains, parce que je suis un garçon propre, je suis allé ranger la bouteille de Teisseire, parce que le sirop de grenadine à côté du Canard WC, on aurait pu s’imaginer que je fais de drôles de choses.
C’est là que j’ai retrouvé ma copine, qui avait réussi à se coincer entre le store et la fenêtre de la cuisine.
Pov’ conne. Tu m’étonnes que ton peuple ne prendra jamais le pouvoir sur Terre.

Cette fois-ci ça a quand même été beaucoup plus simple : ça ne m’a pris que cinq minutes pour la libérer de sa prison de rotin et lui faire comprendre que si j’avais ouvert la fenêtre c’était pour m’en débarrasser sans violence (parce que la violence, c’est très mal).
C’est ainsi qu’elle a pu retourner vers ses copines, pour leur chanter les louanges de ce géant qui l’a nourrie, hébergée et sauvée d’une mort atroce. À l’heure qu’il est, je suis sûrement devenu le Dieu d’une colonie de diptères.
Enfin bref, encore une journée bien remplie.

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Mon jambon star

C’était jeudi dernier, je rentrais juste de vacances. Une de mes premières clientes de la journée s’est approchée, et je l’ai accueillie avec un grand sourire, pour essayer de me donner une contenance.
Un peu comme aujourd’hui, quand je me suis occupé du monsieur qui n’avait pas de mains, mais juste des moignons avec lesquels il manipulait son portefeuille et toutes ses affaires, et qu’il a fallu que j’accroche son sac à son poignet inexistant, en essayant de ne pas regarder trop fixement ou de me demander ce que je voyais exactement : est-ce qu’il est amputé au niveau des poignets ? Des coudes ? Mais qu’est-ce qu’on voit au juste, c’est quoi cette extrémité de bras qui bouge toute seule ?!
Je n’ai pas arrêté de sourire. Même si tout le temps qu’il a été en face de moi, mon esprit essayait de ne pas vomir ou hurler ou pleurer ou se jeter contre les murs pour ne plus voir, ou un peu des quatre en même temps, je lui ai souri, l’air de rien, genre, “ah bon ? Vous n’avez pas de mains / d’avant-bras ? J’avais pas remarqué !”.

Eh bien la semaine dernière c’était le même genre de plan, mais sur un registre un peu différent. Je l’ai vue arriver de loin, parce que c’était difficile de ne pas, avec son mètre quatre-vingt, ses quatre-vingt-dix kilos et une carrure à pouvoir étrangler des ours à mains nues. Elle avait une coiffure improbable, avec des longues mèches noires de plein de longueurs différentes, une frange à la Ugly Betty, des grandes lunettes opaques qui lui bouffaient la moitié du visage (mais qui étaient parfaitement justifiées, parce que, ouh, la luminosité à Happy Time, protégeons nos yeux !).
Niveau fringues, c’était le même assortiment bizarre, une jupe longue à froufrous, une veste en cuir pleine de pin’s, ouverte sur un décolleté pigeonnant, pieusement caché une croix de vingt centimètres sur dix.
Le bon vieux look trashy-gothico-bigot qui passe partout, une espèce d’Harajuku Girl qui se serait habillée dans le noir.

Là encore, en bon professionnel, j’ai souri poliment, et fait ma petite affaire sans juger (enfin si, mais sans le montrer). Le problème, c’est qu’une fois qu’on en a eu fini, elle ne partait pas. Elle avait tout rangé, sa carte, ses sous, ses machins, mais elle continuait à fouiller dans son sac.
Toujours en bon professionnel, je suis resté sage et immobile. Peut-être que si je ne parle pas et que je ne bouge pas, elle va oublier que je suis là et s’en aller ?

Mais non, en fait elle n’avait pas oublié (mémoire d’éléphant !). Elle était tellement satisfaite de son remboursement qu’elle voulait me faire un cadeau. Oh non madame, je n’ai pas le droit, vraiment, allez si vous insistez vous pouvez, mais c’est bien parce que c’est vous !
Sauf que tu parles d’un cadeau.

- Tenez… Gmpffff C’est ma carte visite. Oui parce que je suis mannequin (!!!). Alors je vous laisse ça, vous pourrez vous vanter auprès de vos collègues ! Ben oui, c’est toujours flatteur de dire “j’ai parlé à un mannequin (et elle faisait pas loin du double de mon poids)“.
Oh mais vous savez, je vous la donne pas pour vous draguer hein, non (là, elle se met la main entre les seins et me montre sa croix) : j’ai fait voeu de chasteté depuis deux ans !

- Euh… Oui… Merci… C’est très gentil… Euh… Il faut partir maintenant…

Après son départ, j’ai attrapé le cahier de liaison, qui nous sert à raconter nos malheurs, comment les vendeurs c’est trop des salauds de pas faire leur boulot, et les clients ils veulent ça et ça, alors peut-être qu’on pourrait blah blah et ouin ouin ouin…
J’y ai raconté mon expérience, histoire de partager avec mes collègues ce moment intense. Pour leur montrer que je suis quelqu’un de formidable qui ne ment jamais, j’ai collé la carte de visite, en précisant bien que “madame machin, mannequin alternatif, m’a laissé sa carte. Si quelqu’un veut aller voir son site, parce que moi, ça va aller merci”.

Et aujourd’hui, j’ai croisé un de mes chefs, avec qui je m’entends bien.

- Ah David, je viens de lire le cahier de liaison, j’ai vu ton mot…

- Hi hi oui oui, c’était une grosse habillée comme un sac, et…

Il m’a coupé, d’un ton glacial :

- Oui, ça n’était pas vraiment en rapport avec le travail. Le cahier de liaison ne sert pas à ça.

Comme quoi c’est faux, ça n’impressionne personne de savoir qu’on a parlé un mannequin. Ou alors, il est allé voir le site. C’est pour ça qu’il est fâché.

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Contre les matins difficiles

J’ai des amis formidables. Pour fêter mon glorieux retour des hostiles territoires du nord, l’un d’eux a décidé d’organiser une petite fête en mon honneur, vendredi soir prochain. Enfin, j’aime à penser qu’il l’a organisée pour ça, même si une partie de moi sait bien que ça n’a rien à voir, et que je ne suis qu’un invité parmi tant d’autres.
Mais bon, dans le petit monde que je crée dans ma tête, tout tourne autour de moi, même les soirées. Et dans ce monde, je suis empereur et je pratique avec succès la télékinésie et la pyrokinésie. C’est chouette. Mais je digresse.

Le problème, c’est que vendredi, j’aurai repris le boulot, et qu’on n’a pas tous la chance de se toucher la nouille dans un bureau du lundi au vendredi et le samedi c’est repos. Quand on a le malheur de travailler dans le commerce, le samedi, on n’y coupe pas.

Or, si je bois comme un trou vendredi soir (enfin, “si”…), il y a des chances que j’aie une tête de cul le lendemain matin, dans le meilleur des cas.
Alors pour éviter la gueule de bois du samedi au boulot, qui est le jour où les chefs et les clients sont super lourds, j’ai trouvé un super système, si si, un truc carrément génial : ne pas y aller !
Tadaaah !

Ca ne règle qu’une partie du problème : vu que j’aurai à peine recommencé à bosser, ça va être difficile de reprendre une journée de congés comme ça, surtout en m’y prenant trois jours à l’avance.
Mais ça me laisse jusqu’à mercredi pour trouver une excuse, un impératif de dernière minute (l’impératif du samedi… en plus on n’a jamais dû leur faire…), parce que “dites, je pourrais avoir mon samedi, pour pouvoir me mettre minable vendredi soir ?”, je doute que ça passe.

Par contre, ça va être difficile : pour le moment les seuls trucs auxquels je pense sont de l’ordre de “la cousine au second degré de ma grand-tante par alliance est morte, on l’enterre samedi”, ou “il faut que j’aille faire castrer ma licorne en urgence, et le vétérinaire n’avait que samedi à me proposer”.
Mais j’ai confiance. Je sais mentir.

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Vacances danoises (3)

Présentée en exclusivité mondiale par mon ticheurte et ma main qui n’est pas un rabot à merde, la première (et probablement dernière) vidéo de ce blog, pour toi lecteur, ouais, t’es content hein ?

Alors je sais, c’est moche, je parle trop vite, je n’articule pas, mais d’un autre côté, je suis pas vraiment acteur, encore moins cinéaste, alors permettez-moi de vous emmerder bien chaleureusement.

Et pour répondre aux critiques éventuelles, non, je ne suis pas comme ces petites mamies qui comptent encore en anciens francs, c’est juste que c’était beaucoup plus pratique de raisonner comme ça.

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Vacances danoises (2)

Le danois n’est pas une langue facile, contrairement aux apparences. Surtout quand on a pris allemand en LV2 au lycée, comme moi : on a l’impression que ça se ressemble, mais en même temps ça n’a rien à voir, alors on est complètement perdu et c’est horrible.
Du coup j’ai fini par acheter un magnifique petit dictionnaire de poche fransk / dansk (ça veut dire “français / danois”, comme ça hop hop, vous avez appris deux mots, merci qui ?), parce qu’il y avait des mots impossible à deviner, même avec la meilleure volonté du monde.

Grâce à mon petit dico, j’ai découvert que leurs lettres bizarres -genre les å et les æ- ne font pas partie de l’alphabet traditionnel. Ce qui veut dire que les mots en å ne se trouvent pas rangés avec les mots en a normaux, mais tout à la fin.
Ca donne un alphabet voyellique du style a-e-i-o-u-y-æ-ø-å.
Ils sont fous ces danois.

Par contre, même avec l’aide du dictionnaire, il y a des trucs impossibles à comprendre, comme les publicités. Si ça se trouve, ils proposent des produits super inutiles que j’aurais voulu rapporter dans mes bagages à tout prix, mais là… Des affiches de ce genre, ça laisse plutôt perplexe.

Non mais c’est vrai, qu’est-ce qu’ils vendent ?
Un lustre ? Une assurance ? Un forfait de téléphone ? De la lessive ? Des putes ?
Et finalement, opmærksomheden ou pas ?
Bon ok, c’est peut-être aussi parce que j’ai eu la flemme de regarder après avoir acheté le dictionnaire, mais ça n’en reste pas moins une langue incompréhensible.

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Vrrroum… Vrrroum…

En ce moment grâce à ma console, je peux assouvir mes plus mâles instincts, et satisfaire mes besoins de vitesse : toute la journée, je joue à GTA, je bute du pédé, je pique des caisse, je vais me détendre dans des clubs de strip-tease, et je conduis comme un porc dans les rues de Liberty City, en me grattant les couilles avec la main qui ne tient pas la manette.

Non, je déconne.
GTA IV, c’est beaucoup trop violent pour mes yeux délicats. Alors pour calmer mes envies de vitesse et de violence, je fais crisser les pneus de ma moto à Mario Kart Wii. Je les fume tous, ces petits enculés de leurs mères sur leurs karts pourris, je leur fais mordre la poussière, je les enrhume avec mes déplacements d’air, je suis une tigresse, une panthère, une comète que rien n’arrête !
Parce que oui, mes mâles instincts, apparemment, s’assouvissent uniquement si je joue avec Peach. Et une moto.


Ca a été un peu dur à vivre au début, de n’arriver à bien jouer qu’avec une princesse rose bonbon, et puis finalement, on s’y fait. Surtout qu’au boulot on me prend pour un champion de tecktonik, alors à choisir je préfère encore être une princesse dans le monde virtuel.

Du coup, je fais avancer mon petit alter ego moulé comme une chienne dans sa combinaison en cuir, avec un petit cul à faire pâlir d’envie Lara Croft et compagnie, en agitant le poignet comme un malade pour faire les petits sauts (Mario Kart, un jeu de branleurs, ha ha ha, sacré David), même qu’à la fin d’une course j’ai presque mal à la main.
Mais c’est une douleur exquise, ça veut dire que pour une fois, ils ont fait un jeu bien sur Wii (à part Zack & Wiki) !

Par contre il y a un petit problème (en plus du volant qui n’est pas pratique du tout).
Déjà, il y a le fait que j’avais débloqué plein de trucs chez Lapin, parce que c’est son jeu. Des heures d’amusement, hein. Et comme finalement je suis reparti avec le jeu chez moi (chuuut), je dois tout me retaper, depuis le début.
Encore plus d’heures d’amusement…

C’est là qu’on en arrive au vrai problème. Parce qu’à force de passer mes journées en immersion totale dans Mario Kart, à secouer la moto sur les dos d’ânes pour avoir des petits boosts, l’autre soir sur mon vélo, à plusieurs reprises j’ai eu comme une furieuse envie de secouer le guidon quand je passais sur des ralentisseurs.

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Le jeu des mille francs

Salut le jeune !

Ton existence est triste et morne et tu t’ennuies ? Tu as l’impression (justifiée, au moins tu ne t’imagines pas des trucs) de ne rien faire de ta vie, et que ton moment le plus glorieux c’était… euh… non bah rien en fait ?

Tu aimerais remédier à cela, avoir l’impression de servir à quelque chose, être le genre de mec qui donne tout ce qu’il a aux petits lépreux et aux petits cancéreux et aux petits enfants qui crèvent de faim dans des rues crades et du coup ils se chopent toutes les saloperies qui traînent et ils meurent avant la puberté, et en plus ils ont quarante-deux frères et soeurs qui attendent de crever derrière, mais en fait non, tu ne bouges pas ?
Tu voudrais bien faire quelque chose, mais tu n’as pas le temps (bien sûr, c’est une question de temps, hein…), alors tu envoies balader d’un revers de la main que tu imagines poli la soixantaine de chieurs de Médecins du Monde / Action Contre la Faim qui te rôdent autour dès la sortie du métro ?

Eh bien ce post est fait pour toi !
Car ce post, c’est LA solution pour nettoyer ton aura salie par tant d’égoïsme et de bonnes actions tuées dans l’oeuf !
Merci qui, hmm ?

Alors oui, curieux comme je sais pas quoi, essuyant la sueur qui te coule devant les yeux parce que de tels niveaux d’excitation c’est presque trop pour ton cœur tout racorni, tu te demandes : comment, mais comment ce post peut-il sauver mon âme pécheresse des feux de la damnation éternelle ?

Eh bien c’est très simple.
Il te suffit de m’aider, en répondant à une petite interrogation que je me pose.

Imaginons un mec, genre c’est pas un loser mais presque. Il a vingt-six ans, et il a commencé à bosser depuis un an et demi voire plus, dans un grand magasin Parisien où il coule des jours heureux.
Il a vu à la télé qu’en ce moment y’a plein de gens qui râlent parce qu’ils doivent remplir leur déclaration d’impôts, et payer à ces sangsues d’enculés de leurs mères du Trésor Public.
La question est la suivante :

Comment ça se passe, quand on doit payer des impôts ? On le sait ? On reçoit une lettre ?
Et si on n’en reçoit toujours pas au bout d’un an et demi, ça veut dire quoi ?
Qu’on est trop pauvre pour payer, même l’État a pitié de nos petits revenus ?
Ou qu’il faut se faire connaître, signaler qu’on a travaillé et qu’on veut bien payer, m’sieur l’inspecteur, j’ai gagné de l’argent cette année, mais pas beaucoup… Ah bah c’est pas grave mon petit, on va le prendre quand même ?

Si quelqu’un sait, ça serait gentil de répondre, parce que je commence à m’inquiéter, j’aimerais pas qu’ils me doublent mes impôts à force de majorations de retard ou j’sais pas quoi (par contre si vous ne savez pas, ou si vous avez juste un truc con à dire, abstenez-vous, pour une fois)…

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Vis ma vie de pauvre

Je savais que la machine à laver était condamnée. Pourtant, elle était chouette. Elle a un joli hublot à travers lequel je peux passer des heures à regarder tourner mon linge, à encourager mes chaussettes à tourner plus vite pour rattraper mes caleçons, ou à imaginer toutes les saloperies que mes fringues peuvent faire quand elles me cachent la vue avec leurs soirées mousse.
Mais voilà.
Un hublot, c’est rigolo. Mais c’est fragile, aussi.

Et là, ça faisait des mois que le voyais se fendiller, en n’y pouvant rien faire.
Plein de petites lignes qui partaient de l’extérieur et qui convergeaient vers le centre. J’avais fait des marques, pour voir si elles étaient fixes, ou si elles s’étendaient, les salopes.
Bah elles s’étendaient, les salopes (pas de bol, quand même).

Je voulais pas racheter une machine tout de suite, parce que ça coûte quand même un rein, et à part ça elle allait plutôt bien, ma petite machine chéwie.
Alors j’attendais impuissant que ça craque. J’imaginais déjà le jour où j’allais rentrer et découvrir qu’elle avait dégueulé mon linge et toute son eau dans la cuisine, en y cachant plein de petits bouts de verre.
Oh quelle impatience, qu’est-ce que j’allais m’amuser ce jour-là !
En plus je serai obligé d’aller au lavoir, de taper mon linge en chantant et d’échanger les derniers ragots avec les autres lavandières, berk !

Ce que je ne savais pas, c’est que le lave-vaisselle était jaloux de l’attention que je porte au lave-linge. Alors pour me montrer que lui aussi mérite qu’on s’en occupe, il a décidé de mourir.
Comme ça, d’un coup.

Mais il a été vicieux : quand j’appuie sur le bouton marche / arrêt, le voyant de mise sous tension s’allume, jusqu’ici tout va bien. Mais dès que je lui ferme sa porte, ça fait CLAC ! et je fais sauter les plombs. Hi hi, on le refait une ou deux fois pour vérifier, oui, c’est rigolo, ça arrête tout, bon ça suffit David l’électricité c’est pas un jouet !

Coup de bol, il est encore sous garantie. Donc il faut appeler le SAV pour leur expliquer le problème. Voilà.
Y’a qu’à.
Téléphone.
Ouaip.
Mais j’aime pas le téléphone, ça fait peur, en plus je veux pas les appeler, ça doit juste être une résistance ou un truc tout con, je pourrais le changer moi-même, je veux pas je veux pas je veux paaas !

À cause d’un petit blocage, je me suis donc tapé trois semaines de vaisselle à la main, comme les gueux, pouah, mais l’eau elle est chaude, faut mettre les mains dedans ? Et puis le produit vaisselle ça abîme la peau, au s’cours !

Alors aujourd’hui, j’ai décidé que ça suffit, je vais pas laisser une phobie idiote me pourrir l’existence et détruire mon si fragile épiderme. Alors je vais les appeler. C’est décidé. Je compte jusqu’à trois et j’y vais. Allez.
Finalement, pour gagner un peu de temps, et pour ne pas passer pour un demeuré total quand ils viendront, je vais essayer un truc, juste pour voir.
Si je le branche sur une autre prise, est-ce que ça va encore être tout cassé ?

NON !
Miracle, je l’ai réparé tout seul, et sans avoir à téléphoner je vous prie !
Oui c’est vrai, je suis un loser de m’être cogné la vaisselle pendant trois semaines, à faire tremper les assiettes, décoller des épinards incrustés dans la porcelaine, tout ça parce que j’ai pas peur de téléphoner mais presque, surtout que j’aurais pu penser à essayer ça tout de suite.
Mais pensons un instant à l’humiliation que j’ai évitée si les plombiers du BHV étaient venus chez moi, avaient débranché une prise pour en essayer une autre et étaient repartis en levant les yeux au ciel. Hein, je passe déjà moins pour un abruti, non ?
Non ?
Non.

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Les mystères du monde : l’ostréovorogénèse

Bienvenue à toi ami lecteur ! Ce soir, pour célébrer le nouveau tournant de ce blog, qui à partir de dorénavant devient éducatif et donc utile, je te propose de te pencher (petit coquin) sur un sujet passionnant, ouais ! Nous allons en effet étudier l’un des plus grands mystères de tous les temps, j’ai nommé l’huître.

Non parce que c’est vrai, après tout, qu’est-ce qu’on sait de l’huître, à part le fait que c’est dégueulasse et que ça ressemble à un gros mollard ? Pas grand chose, et même wikipedia ne peut pas répondre à la question cruciale, qui aujourd’hui nous taraude : d’où vient cette curieuse idée de manger des huîtres ?

Eh bien, sois rassuré, ami lecteur, grâce à mes recherches sur le sujet, tu n’auras plus à te retourner des heures dans ton lit, incapable de trouver le sommeil, à cause de cette question qui finissait par te rendre fou : qui, putain, qui a eu l’idée de bouffer ça ?!

Tout a commencé il y a bien longtemps, avant la naissance de Jésus Christ notre sauveur. Sur les côtes d’Armorique, Guéric Ker-Elouan, ignorant tout du rôle qu’il allait jouer dans la gastronomie (ahem) mondiale, se sentait tout tristoune. C’était les fêtes de fin d’année, et il allait encore se retrouver tout seul : sous prétexte qu’il était différent, personne ne voulait entendre parler de lui, et encore moins l’inviter à fêter des trucs, comme son anniversaire ou l’équinoxe de Printemps (à l’époque, l’année commençait et finissait un peu plus tard).
Parce que Guéric n’était pas comme les autres Celtes, qui plus tard deviendraient nos fiers Bretons : il avait du goût. Il savait que le beurre ne se mange pas salé, que le kig-ha-farz c’est franchement dégueu, non mais sérieusement, un ragoût de lard ?, et que 6% ça ne suffit pas à faire passer le cidre pour de l’alcool. Alors, les autres salauds du village le prenaient de haut, peuh, et Guéric était malheureux comme les pierres.

Et un beau jour -enfin, aussi beau que puisse être un jour en Bretagne-, alors qu’il déclamait son mal-être face à l’océan dans des grands vers très mylènefarmeriens, en faisant rimer “sang” avec “maman”, ou “mort” avec “encore”, plein de trucs comme ça, trop naze le mec, genre il se prend pour un poète, quelque chose par terre attira son regard : un petit caillou plutôt plat, mais pas complètement, un peu comme une coquille de mollusque, mais en très vilain.
Tiens ? Saperlipopette, mais qu’est-ce donc, se dit-il en se grattant la tête d’un air stupéfait ? Comme il n’avait pas d’amis, et pas de vie non plus (plusieurs siècles plus tard, il aurait fait un excellent geek), il décida de rapporter sa trouvaille à sa hutte.

En plus du goût, Guéric se distinguait de ses congénères par une intelligence hors du commun. Et en voyant cette caillasse moche, il sentait, non, il savait qu’à l’intérieur il allait trouver quelque chose de formidable, qui allait changer le monde à jamais, parce qu’on ne pouvait créer une coquille aussi repoussante que pour cacher le plus grand trésor de la Terre !

Il passa des jours et des nuits à s’écorcher les mains dessus, sans comprendre le message que l’Océan avait essayé de faire passer en scellant l’huître (car c’est bien d’elle dont il s’agissait, tu l’auras compris ami lecteur) à l’araldite : quand un truc est fermé comme ça, nul n’est censé l’ouvrir.
C’est pendant qu’il égorgeait un porc avec son glaive, comme le faisait toute la Bretagne à cette époque (et d’ailleurs, encore aujourd’hui, je suis sûr que dans certains coins reculés…), que l’idée lui vint : bon sang (c’est le cas de le dire), mais puisque ça ouvre une gorge comme un rien, si ça s’trouve, ça marchera aussi pour le Précieux !
En effet, avec un outil, la tâche fût quand même grandement facilitée. Il découvrit alors ce que personne n’aurait jamais dû découvrir, l’enfant honteux des océans, si bien camouflé depuis la nuit des temps : l’huître.

En voyant cette chose molle et grisâtre et puante, Guéric se dit qu’il l’avait laissée trop longtemps hors de l’eau, et que son trésor avait tourné. L’aspect de vieille morve et l’odeur qui s’en dégageaient auraient dû éloigner le pire des charognards, aussi, les dieux se désintéressèrent de la suite des évènements. Ils croyaient l’humanité hors de danger.
Ils n’avaient pas imaginé que Guéric puisse être aussi têtu.
Après avoir jeté sa vieille huître pourrite au feu purificateur, il partit en chercher une autre, pour voir comment c’était dedans quand c’est frais. Cette fois-ci, il pensa même à prendre son glaive, parce que ça avait quand même été ‘achement plus simple à ouvrir comme ça.

Surprise, la seconde huître, fraîche comme la première neige, avait la même gueule de travers, elle sentait juste un peu moins fort que l’autre. Tudieu mais c’est quoi ça, se demanda Guéric ? Il l’asticota un peu avec le bout de son glaive, poc, poc, se demandant si c’était vivant, mort, une plante, une bête, une déjection, une blague ?
Il finit par comprendre que non, c’était pas une blague, et que vivant ou mort, il venait de découvrir la matière la plus dégueulasse du monde.

Et probablement le meilleur moyen de se venger de ces cons de planteurs de dolmens.

Il en passa du temps, sans dormir ni manger, à peaufiner son plan, des heures durant ! Mais ses efforts finirent par payer puisqu’il mit au point ce petit bijou de perfection stratégique, à faire pâlir d’envie Napoléon.

Profitant d’un instant d’inattention, pendant que tout le village était en train de se murger la gueule au chouchenn, il vira toutes les crêpes au sarrasin de la table du buffet de la fête de la Nouvelle et Belle Année, et les remplaça par plein plein plein de douzaines d’huîtres.
Ah, ces salauds se foutent de ma gueule quand je leur dis que le beurre doux c’est meilleur sur les tartines ? Rira bien qui rira le dernier, bande de ploucs, on va voir vos gueules quand vous allez vous retrouver à manger du glaviot !
Et comme la vengeance, il décida de leur servir crues et froides. Parce que c’est encore pire de les manger vivantes.
Mouahaha !

Mais Guéric sous-estimait tellement le mauvais goût des siens !

Quand on mange du gros intestin de porc entassé dans un boyau de boeuf en ayant fait cuire le tout dans un bouillon parfumé au foin, on n’est pas rebuté par un étalage de corps visqueux sur la table du banquet de Pleine Lune.
Au contraire.
Les Bretons furent heureux et soulagés de manger autre chose que leurs sempiternels plats lourds, et décidèrent que c’était bon (même si ça serait peut-être une bonne idée de cacher le goût de marée avec par exemple un filet de citron), à un tel point qu’ils décidèrent que ce mets délicat envoyé par les dieux serait à partir de ce jour leur tradition de nouvelle année.

Ne trouvant décidément pas chaussure à son pied, parce que les bigoudènes ça va bien cinq minutes, Guéric finit par se reproduire par mitose. Et jusqu’au jour de sa mort (après une longue vie sans sexe, donc), lui et sa descendance perpétuèrent leur petite coutume : se moquer tous les ans de ces crétins qui se régalent en gobant ce qui, à ce jour, se rapproche quand même plus du mollard que du fruit de mer.
Au fil des siècles, les descendants de Guéric et de ses concitoyens se sont dispersés à travers le monde, trop heureux de quitter leur bout de terre fouetté par l’océan et les orages et les marées noires etc. Mais l’héritage culturel est plus fort que tout, et les deux traditions entrelacées se sont transmises, et nous sont parvenues intactes : tous les ans à Noël, les barbares mangent des huîtres pendant que ceux qui ont une cervelle se moquent d’eux.

Et voilà, ami lecteur, tu sais maintenant pourquoi certains dégénérés (dont tu fais peut-être partie, il n’y a pas de honte à avoir) mangent cet étrange mollusque à Noël ! T’es impressionné, hein ?
Allez pour la peine, si tu es sage, un jour je te raconterai peut-être l’histoire du premier homme qui a eu l’idée d’éventrer un mouton pour lui arracher les boyaux et les tendre sur un morceau de bois pour en faire une raquette.

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Ca n’arrive pas qu’à la télé

Et merde. Là, sur le quai du métro, un ancien plan cul Happy Timien que j’évite consciencieusement, maintenant qu’on a consommé, parce que tout ce qu’il me veut, c’est remettre le couvert (et je le comprends). Je dis pas que ça n’avait rien d’agréable, mais bon ça va aller, on a joué à touche-pipi une fois, on va passer à autre chose maintenant garçon, ok ?

Le magasin est assez grand pour que j’arrive à ne pas le croiser souvent, mais là sur le quai, c’est déjà plus délicat. Surtout que je l’ai regardé, il m’a regardé, c’est difficile de faire genre “ah bah je t’avais vu, je me suis pas arrêté !”. Alors je pourrais le laisser en tête de train et poursuivre mon petit bonhomme de chemin jusqu’au bout de la station, mais vu qu’on va prendre le même métro et que maintenant sur la ligne 1 il n’y a plus qu’un seul grand wagon, je repère immédiatement la faille dans mon plan.

Alors je prends le taureau par les cornes.
Plop, plop, j’enlève les écouteurs, et je vais lui dire bonjour :

- Ah David salut ça faisait longtemps, ça va ! (Oui parce que ça n’est pas une question, il m’informe que je vais bien. On est comme ça à Happy Time, tellement soucieux du bien-être d’autrui qu’on ne se laisse pas le choix, par défaut, ça va)

- Salut, ouais ouais, (pas assez longtemps, si on me demande mon avis, mais) ça va.

- Ah tiens ? Qu’est-ce que t’as fait à tes cheveux ?

- ??? Euh, bah rien euh d’abord pourquoi ?

- Ah… C’est peut-être ça alors… Faut que tu les coupes non ? Ou que tu mettes du gel ou quelque chose, au moins ?

- …

- …

- Je vais y aller je crois. Oui, c’est ça. Je vais te trancher la carotide d’un coup de dents, et je vais y aller.

Alors pour la suite, n’oubliez pas : les plans cul du travail, c’est des gens comme les autres, avec leur sensibilité et tout, donc il faut les traiter avec respect, parce que sinon ils vous diront plein de choses pas gentilles (et presque pas forcément vraies) sur votre coupe de cheveux, pour se venger, si si.

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L’appareil sanglant de la destruction

Hier à Happy Time, j’ai fait une petite bêtise.

Oh, trois fois rien.

Une toute petite erreur de rien du tout, presque sans conséquences.

Ma légère maladresse a juste bloqué une cliente pendant près de cinq heures dans le magasin, et monopolisé trois services entiers, avant qu’on réussisse à régler le litige.

Bien évidemment, au bout d’un moment la cliente a craqué, et quiconque passait à moins de dix mètres d’elle se retrouvait immédiatement foudroyé sans comprendre ce qui lui arrivait (ah, cette pauvre Cécile qui lui a proposé un thé nous manquera bien…).

Jusqu’au moment où elle s’est effondrée en larmes (enfin j’ai fait pleurer une cliente !).

Ce qui est bien à Happy Time, c’est qu’on a toujours la possibilité d’appeler nos responsables à la rescousse, quand les choses se gâtent.

Ce que j’ai fait assez rapidement, ben oui j’allais pas me laisser faire sans réagir.

Du coup, deux de mes chefs (les deux qui ont tenté de m’aider) ont failli se retrouver avec une plainte au cul, qui finalement se limitera à un blâme.
Vu l’état dans lequel elles sont parties le soir, je crois que je vais être responsable de deux vies brisées par l’alcoolisme.

Bien sûr, je n’ai pas pu suivre toute l’affaire, j’ai participé activement au conflit pendant deux heures et demie, avant de réussir à m’extirper des griffes de la cliente.
Une fois l’orage calmé et le fauve contenu, je suis vite allé demander à Sachem ce qui allait se passer, maintenant :

- Oh on a plus ou moins réussi à rattraper le coup. Mais bon, t’inquiète pas, t’as rien fait de mal ! Et il n’y aura aucune suite pour toi.

En gros, tout le monde a morflé, sauf moi. :mrgreen:

Bien, bien.
Ma mission de destruction se déroule à merveille.
Encore deux ou trois fois coups comme celui-là, et je n’aurai plus qu’à dégager leurs carcasses encore chaudes, pour qu’Happy Time soit mien à jamais.
Bientôt.

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Je peux peindre en mille couleurs l’air du vent (2/2)

Il faut toujours commencer par le plus dur. C’est pour ça que je me suis d’abord attaqué au mur “marron plus clair que taupe et plus foncé que blanc”, soit le mur 2, celui dont j’avais un peu choisi la couleur au pif (où ça ?).
J’ai commencé par bien dégager les angles au pinceau, comme la grosse Damidot me l’a appris.
Voiiilà, on peut s’éclater avec le rouleau, c’est rigolo le rouleau.
Ouaaah, mon mur est fini, il est beau, y’a plus qu’à attendre que ça sèche !

En bonne petite lavandière, j’en profite pour aller rincer mes outils, lalalaaa.
Maintenant ça doit être à peu près sec, on peut aller voir ce que ça donne.

Euh.
En séchant, la jolie couleur que j’avais repérée sur le pot a viré au jaune moutarde.
C’est laid.
C’est très laid.
C’est tellement laid que je m’étonne qu’une telle couleur soit en vente libre.

Pas de panique, je cours acheter un pot d’une autre teinte, parce que je ne peux pas rester avec ce mur moutarde, j’ai envie de vomir dès que je rentre dans ma chambre.
Dans le magasin, je fais bien attention, et j’en trouve une qui a l’air pas trop moche : ficelle.
J’attends que le temps de séchage réglementaire soit écoulé avant d’en recouvrir mon moche mur.

J’attends.
J’attends.
J’en peux plus ça doit être sec, je pose la main sur le mur, oui ça va, fait chier merde.
Re-on dégage les angles, et re-on s’éclate avec le rouleau.

Le problème, c’est que je n’ai pas assez attendu : le milieu du mur n’avait pas fini de sécher, alors au fur et à mesure que je rouleaute, ça fait un gros paquet (hmm), qui s’accroche, et qui essuie les deux couches d’un coup.
Je me retrouve donc avec un joli mur (en séchant, ficelle n’a pas du tout la teinte promise, mais c’est ‘achement mieux que ce qui était vendu sur le couvercle), sauf au milieu, où il n’y a rien.
Et le pot est vide.

Je vais, cours, vole et nous venge, pour en acheter un deuxième.
Évidemment, rupture de stock.
Damned.

Avec des grands yeux humides, je demande au peinturier de m’aider à trouver une solution, parce que j’en ai besoin, et là je n’en puis plus, et je commence à ne plus distinguer les teintes sur les couvercles, c’est tous la même couleur, ouinnn.
Il m’a alors donné cet outil magique qu’est Le Nuancier.
C’était un peu plus facile, pour voir ce que faisaient toutes les marques et acheter la même chose chez le concurrent.

Hop, on colmate la brèche sur le mur, et on attend que ça sèche.
Le problème, c’est que la ficelle du concurrent a bien la teinte promise, elle. Je me retrouve donc avec un mur bicolore.
Gnfrxslf.
On reste calme.
Cette fois-ci j’ai assez de peinture pour recouvrir en entier le mur, et je ne me gêne pas. Voilà, la bourde est rattrapée.

Sauf qu’en séchant, cette ficelle là est super laide.
$&@#& !!!
À ce moment là, plusieurs vaisseaux explosent dans ma tête, du sang me gicle par les oreilles, je me fais péter quelques cordes vocales en hurlant, je mange mon rouleau et je fais un trou dans le mur à force d’y donner des coups de tête.
Il est possible que j’aie également invoqué Belzébuth, pour le voir apparaître et me défouler sur quelqu’un, je ne me souviens plus trop (mais ça expliquerait l’odeur de soufre et les hordes de démons qui me vénèrent depuis ce jour).

J’avoue qu’à cet instant, j’ai failli laisser tomber.
J’avais déjà repeint trois fois le même mur, pour finalement arriver à un résultat plus que gerbos.
Surtout je n’ai toujours pas vraiment d’idée de la couleur qui me plairait. Mais en les éliminant toutes une par une, je finirai par trouver !

Le lendemain je suis reparti à l’attaque : mon mur ressemblait à un trottoir, c’était pas possible de le laisser comme ça. J’ai commencé à feuilleter le catalogue des couleurs, pour voir.
Et là sur quoi je tombe ?
La photo d’une chambre comme la mienne, avec un mur taupe et ça va en dégradé vers le blanc.

Depuis le début, la solution était là, sous mes yeux ?
Je hais l’ironie.

Je suis donc rererereretourné à Castorama, pour acheter la couleur qu’ils disaient, au passage je me suis trompé de pot, j’ai pris une peinture brillante, ça faisait moche, j’y suis retourné pour la prendre en satinée.
J’ai ensuite lancé tous les démons qui me vénèrent et m’appellent Maître aux trousses de l’inventeur de tous ces types de peinture : acrylique, glycéro, monocouche, brillante, mate, satinée…

Dix-huit couches de peinture, plusieurs gigalitres de sang et de sueur plus tard, j’ai fini le premier mur ! Vive moi !
Après avoir terminé (sans anicroche) les deux autres, je suis allé ranger mes outils et les pots en rab. Dont un presque plein, qui m’avait juste servi à faire un petit bout de rien du tout.
Pot que j’ai mal posé et qui s’est renversé dans sa totalité sur la moquette de l’entrée.

Mais la chambre va bien.
Comme on me l’a spirituellement fait remarquer : “ah bah tu t’en souviendras du jour où t’as voulu faire de la peinture !”.

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Je peux peindre en mille couleurs l’air du vent (1/2)

Il y a deux semaines, pendant que je convalescençais de ma gencive, j’ai décidé de repeindre ma chambre. Et aujourd’hui, assez d’eau a coulé sous ce pont, je peux enfin en parler le cœur léger, ça a arrêté d’être douloureux de mentionner ces terribles évènements.

Pourtant tout avait bien commencé, un peu comme dans les pires films d’horreur. Sur trois murs (le quatrième c’est une grande porte-fenêtre, et on ne repeint pas le verre, c’est pas beau), le plan était le suivant : un mur en marron (enfin, “taupe”, marron ça n’existe pas en déco), un autre en plus clair, et le troisième en presque blanc.

Pour le mur taupe, ça s’est bien passé. J’avais repéré la couleur sur une assiette dans une boutique, j’ai bien aimé, j’ai pas eu trop de mal à la retrouver sur un des nombreux pots de Castorama.
Les vrais soucis ont commencé avec le deuxième mur : j’avais pas d’idée précise de ce que je voulais, seulement que ça devait “faire la liaison entre taupe et blanc”, je comptais me décider devant les pots et les nuanciers, comme ça allait être facile et rigolo !

Mais une fois devant le rayon, je me suis rendu compte à quel point j’avais été naïf de croire ça, pauvre petite oie blanche !
Une cinquantaine de pots sur un immense pan de mur. Avec que des déclinaisons du marron clair : sable, sable mouillé, cassonnade, lin, papyrus, chiure de mouche, boue séchée etc.
Euuuh… Laquelle je prends ?
Surtout qu’au bout d’un moment, toutes les couleurs se mélangent, et sur chaque pot, tout ce que je voyais c’était l’espèce de même beigeasse. Trop de choix tue.

J’en ai pris plusieurs qui avaient l’air de correspondre à ce que je voulais (sans être vraiment sûr de ce que je voulais, certains diront que c’était mon erreur), et je les ai mis à côté de Taupe, en imaginant que chaque couvercle était une représentation miniature d’un mur de ma chambre.
J’en ai trouvé un qui faisait bien.
On prend le rouleau, la bâche pour protéger par terre, et direction la caisse.

Ensuite, je suis rentré chez moi, et je me suis mis au travail.

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Le Jordan Catalano à l’intérieur de moi

Quand j’étais au lycée, j’ai découvert My So-Called Life. C’était bien.
Surtout les moments avec Jared Leto, en fait.

Quand je l’ai vu dans le pilote, ça a été une véritable révélation. Je me souviens qu’Angela aimait la façon dont il s’adosse aux choses.
J’étais tout à fait d’accord avec elle.

Ce qui était vraiment cool dans sa façon de s’adosser, c’est la manière dont il réussissait à appuyer la tête en arrière contre le mur, comme s’il était en train de penser à quelque chose de tellement zen et profond, ou que tous ses soucis étaient trop lourds pour être supportés par son seul cou, c’était beau, putain, j’étais à ça d’en pleurer.
C’est grâce à lui que j’ai découvert le secret d’un adossage réussi (parce qu’on n’a pas l’air d’être un gros glandeur) : appuyer aussi la tête en arrière.

Pratiquant moi-même avec assiduité le vautrage vertical contre tout ce qui me tombe sous la main, du mur au lampadaire (ce qui m’a valu bon nombre de réflexions spirituelles- “ah tiens tu fais le tapin hu hu hu” arrive en tête) en passant par les portes -ce que je déconseille, elles ont tendance à s’ouvrir et offrent donc un appui plus que précaire- j’ai longtemps voulu l’imiter.

Sauf qu’il doit y avoir un truc que je fais mal, parce que depuis environ dix ans que j’essaye, à chaque fois, soit ma tête est déjà trop contre le mur pour pouvoir la renverser plus, soit je risque de me faire le coup du lapin inversé tellement il faut que je l’envoie loin.

Dommage, mais avoir l’air sexy et détaché du monde comme Jordan, c’est pas pour moi.
Du coup, je suis comme cette majorité de ploucs adossés comme des nazes, le corps appuyé en arrière, mais la tête parfaitement parallèle au mur, on regarde droit devant, ou limite à droite à gauche, mais ça s’arrête là.

Alors j’ai fini par oublier ces échecs à répétition et mon passé douloureux, Jared Leto qui ne vieillit pas si bien (bon si quand même), la tête en arrière, le dos au mur.

Et puis l’autre jour à Happy Time, j’étais tranquillement dehors en train de déguster un pain aux raisins dans ma position d’aplomb préferée, “alors David, on retient l’immeuble ?” quand je me suis rendu compte que je commençais à avoir des sensations bizarres dans la nuque, que ça tirait drôlement.
Et qu’il fallait que je redresse la tête, qui était négligemment appuyée en arrière contre le mur.

Putain ça y est !
Après des années de tentatives infructueuses, mon évolution vient de faire un bond en avant !
Allez, je redresse la tête… et je la laisse retomber derrière moi (doucement quand même, ça serait con de m’assommer), pour voir si je peux le faire volontairement ?
Ca marche encore !
Vive moi, vive Jordan !
Je peux enfin avoir l’air cool et mystérieux et perdu dans mes profondes réflexions !
Et ça sera quand même mieux que l’impression que je donne pour l’instant, du mec cool, mais bizarre et toujours un peu à l’ouest, perdu dans son vaste univers autistique.

Procellus, ou pas de petites victoires.

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La Métamorphose

Quand on était petits avec mes cousines, on allait passer tous les étés deux ou trois semaines chez nos grand-parents. C’était bien. C’était la campagne, mais c’était bien quand même. Y’avait une caravane, qui nous servait de quartier général, un portique pour jouer à la balançoire, parce que les enfants ça a besoin de faire de la balançoire, sinon c’est malheureux, et on pouvait regarder la télé tard le matin avant d’aller se laver.
Du coup c’était un peu le Paradis à cette époque, nos soucis se limitaient à ne pas laisser de traces sur les vitres quand on faisait des courses d’escargots sur les fenêtres, ou ne pas faire trop de bruit quand on pouffait tard le soir alors qu’on aurait dû dormir, genre une fois, on a même dû veiller jusqu’à onze heures, j’te dis même pas comment on était trop des rebelles.

Mais notre révolte allait bien plus loin qu’un simple combat contre la honteuse dictature de l’heure du coucher. Un jour, on a décidé de transcender notre triste condition d’humains. Rien que ça, ouais.
On y a pensé pendant qu’on jouait à la balançoire.
Il y avait des petits oiseaux sur la mangeoire juste à côté du portique.
Et ils se sont envolés.

C’est à ce moment là que la vérité nous a frappés de plein fouet, shbam, purée mais oui mais bien sûûûr ! Comme un seul homme, on a eu cette épiphanie, Cousine#1 et moi (Cousine#2 était trop petite pour avoir des épiphanies, alors elle se contentait de nous suivre et d’être d’accord) :
Il faut qu’on devienne des oiseaux !

Sur le coup, ça nous a semblé être une putain de bonne idée, ça vit d’air pur et d’eau fraîcheuh l’oiseau, c’est la solution ultime à tous nos problèmes. Bon oui, on n’avait pas vraiment de problèmes, c’est vrai, mais d’un autre côté, pourquoi attendre d’en avoir ?

On n’avait que six ou sept ans à l’époque, mais justement, c’est l’âge où tout est possible. D’ailleurs, c’est aussi pour ça qu’on y a cru. Il y a bien un gros monsieur qui distribue des cadeaux sur son traîneau magique tiré par des rennes volants, une petite souris qui échange les dents mortes contre de la thune, et à Pâques, les cloches viennent en volant pour cacher du chocolat dans le jardin.
C’était donc tout à fait possible de se transformer en zozios comme par magie, juste parce qu’on le voulait.

Le problème, c’est qu’on s’est très vite rendu compte que le vouloir, ça ne serait pas suffisant. Il fallait le mériter, ça n’allait pas nous arriver comme ça.
Ce qui est cool quand on est petit, c’est que les solutions à nos problèmes de bambins nous apparaissent toujours assez facilement, c’est évident, tellement logique, et magnifiquement simple !

On veut devenir des oiseaux ?
Ben c’est facile, on n’a qu’à se nourrir au maximum avec les graines de la mangeoire ! Ca marche pour les oiseaux, s’ils en mangent, c’est pour rester transformés, duh !

C’est comme ça que pendant deux ou trois jours on a mangé tout ce qu’on a pu de graines pour moineaux.
On faisait bien attention à ce que nos grand-parents ne nous grillent pas, on savait que s’ils comprenaient notre plan brillantissime, ils essaieraient de nous en empêcher, parce que leur seul but c’était de nous retenir prisonniers, mais ils seraient bien attrapés quand ils nous verraient nous envoler, niark niark niark.

Mais la dure loi de la vie nous a vite rattrapés.
Au début on pensait que si ça ne marchait pas, c’est parce qu’on mangeait pas les bonnes graines, le secret de la métamorphose était enfoui dans quelques spécimens spéciaux, qu’on essayait de repérer (et c’est pas facile d’essayer de différencier des graines de millet, fallait qu’on soit vraiment motivés !).
Et petit à petit, on s’est lassés, ou on a compris qu’on ne se transformerait pas en oiseaux en mangeant leurs graines, tout ça c’est que des mensonges, et on a recommencé à jouer à Cosmocats et aux Trois Mousquetaires.

Avec quand même un petit goût amer dans la bouche.

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Le monde au creux de ma main

C’est arrivé comme toutes les grandes découvertes : par hasard.
J’étais chez moi, je jouais avec mes jouets, j’embêtais personne. Aucune idée négative de destruction ou vengeance ou domination du monde.

Mais chassez le naturel, il revient au galop, comme on dit quand on s’exprime uniquement avec des proverbes à la con que même nos grand-parents n’ont jamais dû utiliser (en tout cas pas les miens, ils parlent normalement).

Donc je disais, j’étais tranquille, et puis soudain, comme ça, paf, je me suis rendu compte que j’avais faim : c’était l’heure de mon goûter.

J’ai sonné, mais je me suis souvenu que c’était le jour de congé des domestiques et que j’allais devoir me démerder moi-même, ben tiens, on n’est franchement pas aidé ici, j’vous jure.

Alors je me suis levé et je suis allé à la cuisine. Là, j’ai sorti une tranche de pain de mie du sachet, et je l’ai posée sur une assiette.
Après, je sais plus trop dans quel ordre ça s’est passé, je pensais pas que l’instant serait aussi décisif, sinon bien sûr, j’aurais fait plus attention hein. Mais là, pas de bol, la trivialité de la situation et la faim qui me tiraillait m’empêchent de bien me souvenir.
Salopes de situation triviale et de faim, tiens.

Enfin bon, je crois qu’ensuite, j’ai sorti le couteau, et je l’ai posé sur l’assiette, parce que même si le couteau et le plan de travail sont propres tous les deux, ils ne faut jamais les faire se rencontrer, sinon l’univers pourrait imploser -et ça a l’air tentant, comme ça, mais c’est un peu radical quand même.

Après j’ai sorti le beurre et la gelée de groseille du frigo, salivant à l’idée du bon casse-dalle que j’allais me préparer.
Le problème, c’est que le beurre tendre Elle & Vire facile à tartiner dès la sortie du réfrigérateur dans son beurrier en plastique solide, il était quand même un peu dur.
En l’étalant maintenant, à coup sûr, j’allais tout déchirer mon pain de mie, comme le trou du cul du lapin dans la blague.
Immangeable.

J’ai donc eu cette idée de génie (si si, quand même), bon sang mais c’est bien sûr ! : je vais mettre le beurre un tout p’tit peu au micro-ondes !
D’abord, je l’ai mis dix secondes, avec le couvercle sur le beurrier, j’avais trop faim pour l’enlever.
Ca n’a rien changé. Toujours dur comme du beurre ordinaire, pouah !

Alors, j’ai enlevé le couvercle, et je l’ai remis vingt secondes, en me posant devant la porte pour le regarder tourner. J’aime bien regarder tourner les ingrédients dans le micro-ondes.

Et en le sortant, je me suis rendu compte que non seulement il avait atteint la consistance rêvée (enfin plus ou moins), mais qu’en plus, j’avais inventé une nouvelle matière, au fond du beurrier, si simple en apparence et qui pourtant allait bouleverser à jamais les lois de l’univers, comme ça, en faisant trois fois rien !

Ce jour va voir l’avènement d’un ordre nouveau, mon ordre, parce que maintenant votre Dieu sera moi, vous serez tous obligés de vous soumettre à ma volonté, avant que je ne déchaîne sur vos misérables carcasses l’expression de la toute-puissance de la nature, cette force brute et indomptable (sauf par moi) !

Tremblez, abjects humains, et soumettez-vous au pouvoir absolu du beurre en fusion !

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David chez le Grand Inquisiteur (1/2)

Il y a un an, jour pour jour, j’étais allé voir ma dentiste pour cet abcès purulent dans la gencive, au dessus de ma fausse dent. À l’époque, elle m’avait envoyé chez un stomato pour faire soigner l’infection, alors aujourd’hui, pour fêter ça, j’y suis enfin allé.

Oui bon, un an entre l’ordonnance et le rendez-vous, c’est un peu long, mais à ma décharge, elle m’avait donné la Question Préparatoire en m’expliquant en détail ce qu’il allait me faire, et ça m’avait un peu refroidi :

- Alors il décolle la gencive au dessus de la dent, sur le devant de la mâchoire, il gratouille pour soigner (en écorchant l’air avec un des instruments, au cas où j’aurais pas compris avec juste des mots), il referme et il fait la même chose derrière.

Tout ça sur un ton très enjoué, genre elle est en train de m’expliquer le trajet de la grande parade chez Mickey.

Ooo…kay, alors je vais prendre votre ordonnance, sortir lentement de la pièce, et on fera tous les deux comme si cette conversation n’avait jamais eu lieu, d’accord madame Sadique ?
Mais finalement, j’ai cédé aux pressions de cette société superficielle où tout repose sur les apparences, et où quand on a une fausse incisive malade qui avance de plus en plus dans la bouche, il faut se faire réparer.

Et là le jour est arrivé.
Ouais.
Allez, on y va.
Je suis parti.
Ouais.
Motivé.
…
Ouin j’veux pas y alleeeer !

Surtout qu’avec la chaleur dans le métro, le contrecoup des émotions de ces derniers jours, le visionnage en boucle dans ma tête du film du “il va vous décoller la gencive pour soigner la racine”, l’angoisse face à l’inconnu et l’anticipation, quand je suis arrivé devant sa porte, j’avais grave la gerbe.

Mais j’ai quand même sonné, et une jolie blonde aux grands yeux bleus et qui parlait avec plein de petites fleurs dans la voix m’a ouvert la porte.
Je m’en suis méfié immédiatement, elle était trop aimable pour être honnête.

D’ailleurs, tout était louche, dans ce cabinet. La salle d’attente avec une machine à café et thé dernier cri, la chaîne Böse double CD, l’écran LCD et le lecteur de DVD, ça puait le fric sale. Y’a pas à dire, les boulots honteux et innommables c’est vraiment ce qui rapporte le plus.

Il n’y avait personne dans la pièce, rien, pas un regard rassurant auquel s’agripper, et c’était tout blanc. Comme la secrétaire, trop propre pour ne pas être louche. Et puis les bruits ont commencé. Un peu comme la fraise, mais en plus grave. Plutôt comme une ponceuse (mais bon, je ne crois pas que c’était ça, je vois pas trop ce qu’un chirurgien de la bouche ferait avec une grosse ponceuse).

J’étais mortifié sur ma chaise (il va décoller la gencive et gratter), à me dire que chaque seconde qui passait me rapprochait de mon horrible fin, et donc à me mortifier encore plus, à (vraiment) me dire que je pourrais sortir et m’enfuir en courant pour ne plus jamais revenir, mais la boule dans ma gorge commençait à enfler et m’étouffer, quand il est rentré pour m’emmener.
NOOON !

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