Procellus

  • rss
  • Derniers posts
  • À propos
  • NabazDav
  • Contact

La vérité si je mens

9 mars 2010

Quand j’ai commencé ma carrière à Happy Time, on nous avait prévenus : au début ils nous donnent une carte de pointage provisoire toute moche, quand on veut pointer avec ça nous envoie bouler en nous disant “badge non valide”, et il faut attendre un mois pour avoir une vraie carte, qui donne les pleins pouvoirs.
Les pleins pouvoirs, ça veut dire “15 à 25% de réductions sur presque tout le magasin”, ce qui fait qu’en tant qu’employés, on paye à peine plus cher que si on achetait le même article ailleurs, sauf qu’en plus tout le monde a le droit de mettre son nez dans ton sac, du caissier au vigile. Vous n’imaginez pas le nombre d’employées qui m’ont payé leurs serviettes hygiéniques en comptant sur ma discrétion… Mais à ma décharge, le commérage est la seule arme efficace contre un boulot tût pûrri. D’abord, euh !

L’autre jour, alors que je discutais grossesse et dilatations utérines (yukkkk) avec ma collègue, un mec qui ressemblait grossièrement à ça :

s’est approché, sa carte provisoire à la main. J’ai dû bredouiller un truc intelligent du genre “krpfsdticsufdj”, et du coup il m’a expliqué qu’il voulait payer.
J’ai essuyé toute la bave que je venais de faire couler sur mon téléphone pour appeler les ressources humaines, et savoir si malgré sa fausse carte, j’avais le droit de lui faire ses réductions.
Ils m’ont donné le feu vert, ce qui m’a un peu attristé : je me voyais déjà lui dire non, et par un enchaînement dont je ne me souviens plus trop mais qui m’a semblé tout à fait logique sur le coup, on se serait retrouvés à forniquer comme des sauvages sur ma caisse, en se criant des trucs en allemand.

Mais bref, rien n’est arrivé, il a payé et est reparti vers le midi (le midi).

Quelques jours plus tard, quelle ne fut pas ma surprise dis-donc, alors que je me baladais dans le magasin avec Lapin, pendant ma pause déjeuner, de retomber sur mon bellâtre, à la caisse d’une de mes collègues toute zélée !

En un coup d’œil, j’avais analysé et compris la situation. Il veut payer avec carte provisoire. Elle est en train d’essayer de joindre les RH (dans notre jargon, ça veut dire “Ressources Humaines” : le R de Ressources, et le H de Humaines -> RH. Trooop fort !), or on est samedi, elle n’a aucune chance d’y arriver, donc elle ne pourra pas donner satisfaction à ce beau gosse, il faut que j’intervienne !

Je me suis glissé derrière elle, non sans avoir adressé un petit signe de tête à mon étalon : “eh, eh, t’as vu monsieur, c’est moi y vais te sauver !”
Tout auréolé de mon statut de supérieur de cette petite caissière de crotte, je lui ai dit, de mon ton le plus paternaliste : “non mais c’est bon, je le connais, tu peux lui faire la réduc”.

Tout gênée, parce que ça n’est pas la procédure, elle m’a demandé si j’étais sûr.

C’est là que tout a foutu le camp.
Mon cerveau a eu comme a un haut-le-cœur, et a roté ce vieux souvenir de mes tendres années. J’ai encadré mon nez avec mon index et mon majeur, tendus pour pointer vers chacun de mes yeux.
Je l’ai regardée bien en face, et le plus sérieusement du monde, pour impressionner mon homme, le beau gosse et asseoir ma supériorité, j’ai lancé un retentissant :

- Parole de sorcière.

Parfois, c’est difficile d’être moi.

Commentaires
10 Commentaires »
Catégories
non, rien

Confessions intimes

23 janvier 2010

En ce moment au boulot, j’apprends l’injustice. Après avoir cassé du sucre sur le dos de plein de collègues -alors que c’était mérité, après avoir ouvert la bouche trop souvent en disant à ma big boss que certaines de ses idées étaient “pourrites”, après avoir colporté des rumeurs dont certaines étaient parfaitement fondées, j’ai eu la surprise d’être puni.
Moi.
Non mais je crois que je rêve ?

Bien sûr, il n’y a rien eu d’officiel, non. Mais petit à petit, je me suis rendu compte que la nouvelle blonde à gros seins qui était apparue à mes côtés tous les samedis n’était pas là pour m’aider, mais pour me remplacer.
Maintenant qu’elle est assez sûre d’elle et qu’elle peut voler en solo, on m’a viré de mon bureau. Pof, du jour au lendemain, sans un mot, j’ai découvert l’évolution vers le bas.
L’évbâlution, quoi.

Fidèle à moi même, j’ai demandé un entretien à ma responsable, en lui exposant clairement mon problème, et en faisant valoir mes opinions de manière ferme et argumentée je grommèle toute la journée dans mon coin : grmbl grmbl de Girafa de merde qui pue du cul et grmbl.

Curieusement, ça ne change rien au problème : en ce moment, je passe ma vie en caisse.

Adieu, douce isolation du bureau, bonjour, agitation du magasin !
Adieu, ambiance plus ou moins rigolote entre gens normaux, bonjour crêpages de chignons entre vieilles biques qui sentent !
Adieu, journée qui passe vite en faisant des blagues au téléphone, bonjour temps figé dans une morne apathie !

Parce qu’on a beau dire, la caisse, c’est quand même intellectuellement peu stimulant. Bip ! Bip ! Ça vous fera dix-huit euros, vous réglez avec la carte du magasin ?
Le soir, on ne se sent pas très propre.

Comme aujourd’hui, où j’étais cerné par les cons, alors j’ai tenté de m’évader quelques instants en expliquant à la nouvelle à côté de moi :

- Connasse, pour ouvrir ton tiroir-caisse, tu fais [zéro] [entrée].

- Écho ! …écho… écho… cho…

- Zéro ?

- …cho… cho… cho…

Je l’ai regardée dans les yeux, pour savoir sur lequel des deux mots elle bloquait, mais le néant abyssal que j’y ai vu m’a donné le vertige.
Alors, dépité, je suis retourné m’asseoir pour encaisser.

Une grosse dame blonde est arrivée. Bip. Bip. Merci madame, voilà votre sac, au revoir madame.
Alors qu’elle partait, je l’ai vue se pencher et lancer un joyeux : “Allez, tu viens mon bébé ?”.

Par réflexe, j’ai baissé les yeux pour voir à quoi ressemblait le petit chien auquel elle s’adressait. C’est là que, ô surprise, je me suis rendu compte qu’elle ne parlait ni à un enfant, ni à un animal, mais… à ses achats.

Rassuré, je me suis rassis avec un sourire satisfait : rien n’avait changé, tout m’est revenu.
Parfois, la caisse aussi a ses bons côtés.
Il suffit de savoir les repérer.

Commentaires
4 Commentaires »
Catégories
non, rien

Vacances marocaines 4 : on ne naît pas homme, on le devient

6 janvier 2010

(Oui, je reprends une histoire qui traîne depuis octobre, après une pause de plus d’un mois, en faisant comme si de rien n’était, et alors ?)

Après une première expérience des spas marocains pour le moins décevante, je pensais que c’était dans la poche. Tous les souvenirs étaient achetés, la visite obligatoire d’au moins un truc touristique était faite : on allait enfin pouvoir faire les loques au bord de la piscine, et dire du mal des autres vacanciers, en buvant des cocktails les pieds dans l’eau. Le paradis, ou sa version musulmane.

Mais non. Pendant la dernière balade dans les souks de la ville, Lapin est tombé dans un piège au moins aussi gros que lui : un jeune éphèbe marocain, comme ils savent si bien les faire, lui a remis un leaflet, une jolie pub pour un hammam authentique, dans une ruelle un peu plus loin.
Je n’avais pas très envie d’y aller, alors j’ai mis en application la célèbre technique du “on s’engueule donc on rentre à l’hôtel”, pour échapper à ce que je soupçonnais être une grosse arnaque : comment un hammam, qui distribue ses prospectus dans la rue, pourrait-il ne pas être un vilain piège à touristes ? Hein, tu peux me le dire ?

Non, il n’a pas pu, forcément, j’ai toujours raison. Mais comme je suis gentil, on est quand même allés jeter un œil sur le site dudit établissement. Oui, un spa avec un site tout en flash n’est pas un sale attrape-nigauds, c’est évident.
Et oui, tout geek qui se respecte part en vacances avec son ordinateur portable, la présente situation prouvant qu’on avait bien fait.

Je suis faible, alors je suis tombé d’accord avec Lapin : les grosses baignoires en pierre de taille ont l’air confortables, c’est vrai. Et le bain marocain, aux oranges et aux pétales de roses, ça n’a pas l’air dégueu.
Allez, c’est l’heure du déjeuner, on graille vite fait et on y va dare-dare pendant que ces blaireaux de touristes font encore la sieste.

Le temps de trouver un taxi, de lui mettre le flyer entre les mains, qu’il nous le rende parce qu’il ne savait pas lire, et on était à la porte du riad. Bonjour madame, ça serait pour une totale, c’est possible maintenant ? Oui, et on peut choisir de se faire masser par un homme ? Non ? Ben la totale quand même, sivouplaît merci.

Alors, elle nous a enfermés dans une petite sale qui semblait être le vestiaire. On met les vêtements dans les cases, on se croirait au Sun City c’est rigolo. On enfile le peignoir, et au moment où on le déplie, deux étranges objets en tombent : une feuille de papier à cigarette, et un bonnet de douche.
???

Il a une drôle de forme, ce bonnet de douche, non ?
Oui, c’est parce que c’est un string à usage unique, c’est plus hygiénique, et ça évite de se foutre à poil pour le massage.
C’est concept, et c’est à taille unique : comme c’est censé aller à de très grosses personnes, il y a beaucoup de rab de tissus, on dirait qu’on vient de se chier dessus, la classe américaine.

Et j’imagine que les papiers à cigarette, c’est pas pour se rouler un gros joint ? Ben non, ce sont des pantoufles, voyons, c’est évident, il y a même une lanière, comme sur les vraies sandales. L’avantage de nos petits riens aux pieds, c’est qu’ils étaient très légers, on les sentait à peine.
L’inconvénient… Vous avez déjà essayé de marcher sur du papier de riz, dans une atmosphère très humide ? Non hein, et vous n’essaieriez pas non plus, vous avez raison.

Mais le vrai plaisir, le point culminant de ces vacances, vers lequel tous les évènements nous avaient précipités, ce fut le bain marocain, qui tenait toutes ses promesses : dans une baignoire taillée à même le rocher, nous avons trempé au milieu d’oranges entières et de pétales de roses.
Regarde, regarde, je suis un pot-au-feu !

Et on n’imagine pas à quel point une orange entière est vicieuse, et à quel point la gravité peut jouer dans une baignoire : pendant tout le temps où on a trempé, les oranges sont venues se coller à nous, à toutes les parties de nos pauvres corps qui pouvaient dépasser.
Il en fut pareil des pétales de roses. Mais là où on peut facilement se débarrasser d’une orange en sortant de la baignoire (un élégant mouvement de jambe, et hop plus rien), le pétale est plus collant : si on n’y prend pas garde, on peut se rendre compte en s’allongeant pour le massage, qu’on en a encore partout.

Le pire dans toute cette histoire, c’est qu’en sortant de là, tous gras de cette huile de tournesol bon marché dont on nous avait enduits pour nous papouiller, Lapin s’est rendu compte qu’il n’aimait pas les massages.

Après, j’ai fini les vacances seul.

Commentaires
6 Commentaires »
Catégories
non, rien

Vacances marocaines 3 : Du bout des doigts

18 novembre 2009

Quand j’ai raconté au boulot, à qui voulait l’entendre, que je partais en vacances, à Marrakech, ça va être cool !, une de mes collègues m’a bien mis en garde :

- Attention David, il y a deux façons de découvrir la ville ! Soit on fait tous les spas de tous les riads, on se fait masser pendant une semaine, on trouve ça génial mais on n’a rien vu du Maroc; ou on peut aussi visiter plus local : manger du couscous chez l’habitant et boire du lait de chèvre caillé, comme les touaregs, et là, on aime ou on déteste, mais au moins on découvre la vraie ville.

Je lui ai juré mes grands dieux que non, je n’y allais surtout pas pour les massages, pouah ! Sur le coup, j’étais sincère. Je n’y avais même pas pensé.
Quoi, on peut aller au Maroc pour les soins du corps ?
Mais ? Mais on m’aurait menti, il y a donc un autre intérêt au Maghreb que de se faire tripoter dans les souks et enfiler dans l’arrière-boutique, comme ils disaient dans le documentaire de Cadinot ?

Et lorsqu’en arrivant à l’hôtel nous avons trouvé, négligemment posée sur une table, une brochure pour leur Oriental Spa, j’ai bien compris ce qu’Allah essayait de me dire : je ne suis pas venu pour ça, mais je ne dois pas pour autant mourir idiot.
Quelques heures plus tard, rendez-vous était pris pour le lendemain.

L’expérience fut surprenante : après nous avoir enduits de savon noir, une accorte jeune femme nous a fait mariner pendant une demi-heure dans un hammam tièdasse, avant de nous faire un “lavage au gant de crin”. Le problème, c’est qu’avant de devenir laveuse professionnelle, elle avait dû bosser dans le bâtiment, et elle nous a frottés avec son gant comme on ponce un vieux mur : douloureusement.

Bien sûr, elle a essayé de se faire pardonner en nous oignant d’huile d’argan avant de nous confier à une douce masseuse, mais le mal était fait.
Enfin non.
Le mal fut fait au moment où je me couchais sur le ventre, pour recevoir les douces papouilles. Dès que ma tête s’est posée sur le coussinet prévu à cet effet, vestige de ma bronchite, j’ai senti monter la pire quinte de toux de ma vie, genre je suis sur le point de te cracher mes poumons, là, dans le petit bol plein de pétales de roses que tu as posé à terre pour que je regarde autre chose que tes pieds, madame.

La tête paralysée dans son petit cerceau en mousse, les bras coincés au dessus, je ne pouvais décemment pas me laisser aller à cracher mes miasmes, ça ne se fait pas. Alors je me suis forcé à respirer le plus doucement possible, en attendant avec impatience le moment où cet instant d’intense sérénité allait s’arrêter, et où je pourrai enfin tousser à m’en faire saigner la trachée.

Du coup, même si ma masseuse avait été un tant soit peu douée, et qu’elle ne m’avait pas gentiment effleuré la peau du bout des doigts, au lieu de me pétrir les muscles comme du bon pain, j’aurais été trop occupé à faire les gros yeux à mes bronches pour ressentir quoi que ce soit.

Cette première expérience des hammams marocains était un cuisant échec.

Si nous avions été malins, nous aurions pu en rester là, nous dire “ah non alors, ma collègue avait bien raison, les spas, ça craint du boudin !”.
Nous aurions pu.

Nous aurions dû.
Oh oui, comme nous aurions dû…

Commentaires
4 Commentaires »
Catégories
non, rien

Vacances marocaines 2 : Autour de moi les fous

7 novembre 2009

Résumé des épisodes précédents : en raison d’une vie trop stressante, David et Lapin partent en vacances au Maroc.

À première vue, l’hôtel allait tenir toutes ses promesses : luxe, calme, volupté, et une réceptionniste qui a presque gardé son sang froid quand elle a compris l’ignoble vérité : “un seul lit ? Mais… Ça veut dire…?”. Oui, ça voulait dire.

Pendant l’exploration de notre nouvelle maison pour la semaine, nous avons fait une découverte stupéfiante, ralala : nous étions apparemment les seuls occupants de l’hôtel. Joie, bénies soient les vacances en dehors des périodes scolaires !

Mais bientôt, il a bien fallu se poser la question : si nous sommes seuls dans l’hôtel, mon cher Watson, où sont donc passés tous ces pignoufs qui nous ont empêché d’avoir les chambres premier prix ?
Peu de temps après, la réponse est venue nous frapper en plein visage.

Il se trouve qu’une année comprend cinquante-deux semaines. Si on ajoute à cette équation le nombre d’hôtels dans la ville, on se rend compte que les chances de réserver pile pendant l’open de poker de Marrakech, qui ne pouvait se dérouler que dans le casino de l’hôtel, étaient quasiment nulles.
Et pourtant…

Bien sûr, au début de la compétition, ils jouaient la nuit et dormaient le jour, c’était plutôt difficile de les rencontrer (et puis faut dire qu’on n’a pas vraiment essayé, imagine : tu vas en vacances, c’est pas pour partir à la chasse au Patrick Bruel).
Mais plus les jours passaient, plus les gros losers se faisaient éjecter du tournoi et venaient squatter notre piscine jusqu’ici quasi privée.

Et c’est là qu’on a bien été obligés de se rendre à l’évidence : on nous ment.

Quand on dit poker, on entend casino, James Bond, classe, smoking, Monte Carlo, pépées russes vénales moulées dans des robes bustier qui menacent de leur faire exploser les seins si elles respirent trop fort, champagne, cigares, smokings blancs et Ferrero Rocher à profusion.

Eh bien non.
Le joueur de poker, c’est tout sauf ça. Le joueur de poker, c’est le kéké de base, qui tune sa caisse, se gratte allègrement les couilles sous son boxer de bain vert fluo, et qui trouve que Lara Croft elle est bonne, putaing !
Alors oui, au début du tournoi, ils étaient calmes, ils y croyaient, on était tranquilles !

Mais plus la compétition avançait, plus ils perdaient d’argent (t’es mauvais, t’es mauvais…), et plus ils étaient énervés. Alors, ils se retrouvaient autour de nous pour en discuter. De plus en plus. De plus en fort.
À la fin, on était cernés par des hystériques, la bave aux lèvres et l’œil injecté de sang, qui se beuglaient des “brelan de dix, con !” et autres “je l’ai flushé au roi, bordel !!!”, à tout bout de champ.

Bien sûr, on aurait bien voulu participer, flusher au roi ça a l’air d’être trop de la balle, mais pudiquement, comme le font les grands de ce monde, nous avons préféré laisser la plèbe se vautrer dans la fange de leur futile excitation.

Alors, nous sommes sortis de l’hôtel.

Commentaires
4 Commentaires »
Catégories
non, rien

Vis ma vie de Cadinot

24 octobre 2009

Mardi soir, j’étais chez moi, m’adonnant l’air de rien à quelques plaisirs solitaires, parce que garder un bon coup de main, c’est aussi important que tout le reste. Confortablement installé dans mon fauteuil, je regardais ma petite vidéo, tranquille Émile, quand j’entends sonner à ma porte.

Ding-dong ?

Premier réflexe : j’éteins la lumière et coupe les haut-parleurs du PC. Si ça se trouve, c’est un con de voisin qui vient m’emprunter du sucre, et je n’aime pas rendre service. Si je fais semblant de ne pas être là, il finira par s’en aller.
Je fais le vide dans mon esprit, j’ouvre mes chacras, et on peut repartir.

Mon deuxième départ fut plus difficile que le premier. Ce crétin avait réussi à noyer mon démarreur. Le moteur ne ronronnait pas encore, quand rebelote :

Ding-dong ?

Je bloque mon tympan et ferme mon pavillon interne. J’y arriverai.

DING DONG DING DONG !

Agacé, déconcentré, je décide enfin d’aller voir. J’enfile le premier truc à ma portée, soit un vieux short immonde qui était déjà laid pendant mes années lycée.
Si je vivais dans une série américaine, je serais allé ouvrir dans cette tenue : torse nu, les muscles se soulevant au rythme de ma respiration, une gouttelette de sueur entre les pectoraux et les tétons durs à tailler du verre.

Mais non. Dans le monde réel, j’ai aussi attrapé une chemise qui traînait là, en attente de repassage, et que je n’ai pas pris le temps de boutonner. Je me suis contenté d’en rabattre les deux pans l’un sur l’autre, façon mémé qui sort en tenant sa robe de chambre bien fermée, de peur qu’un pervers n’essaye de lui mater les gants de toilette.

Je devais être sexe, ah ça oui.
J’ai ouvert la porte, prêt à beugler sur l’importun toutes les insanités que je connais, mais quelque chose m’a arrêté net.

Peut-être l’adonis en face de moi, dans son bel uniforme, qui m’a annoncé :

- Bonsoir, c’est les pompiers, pour le calendrier…

Cher journal : jackpot !
Combien de fois dans une vie est-ce que les pompiers viennent sonner pendant qu’on se branle ?
Si j’avais été dans un vrai porno, j’aurais pu tomber la chemise et lui expliquer la situation.
Si j’avais eu un minimum de présence d’esprit, j’aurais pu l’inviter à rentrer, en espérant qu’il remarque le porno en pause sur l’écran, et qu’il comprenne.

Mais non.
Là encore, la vraie vie a pris le dessus, ainsi que mon légendaire sens de la répartie.
Je l’ai dévisagé, tout gêné, et au lieu de lui dire “ne bougez pas je vais chercher mon porte-monnaie”, ou “laissez-moi le temps d’enfiler quelque chose”, qui, je le précise, est ce que mon cerveau avait prévu de dire, ma bouche a répondu :

- Ah… Euh… Je finis ce que je faisais et je suis à vous.

Je ne crois pas qu’on puisse rendre plus minable une situation de ce genre.

Un jour, j’apprendrai.
Un jour.

Commentaires
6 Commentaires »
Catégories
non, rien

Vacances marocaines

19 octobre 2009
L’air du paradis est celui qui souffle entre les oreilles d’un cheval.
Proverbe arabe

Jusqu’à très récemment (samedi soir pour être exact), j’étais en vacances. Dans mon infinie miséricorde, après avoir forcé Lapin à se les peler à Londres ou Copenhague, j’ai accepté que nous partions à Marrakech : au soleil, pour choper un cancer de la peau, se faire piquer par un scorpion, lapider, ou les trois en même temps.

Je ne sais pas si c’est à cause de mes a priori sur les vacances au chaud, mais le départ fut tourmenté. En regardant les hôtels sur le gentil Ternet (le Ternet est notre Dieu, longue vie au Ternet !), on en avait trouvé un génial : pour une bouchée de pain -et pas du Paul hein, du pain dégueu de la boulangerie d’en bas !-, on avait un hôtel grand luxe, avec un L majuscule, bar dans la piscine, un site plein d’animations en flash et des palmiers dans le jardin. David aime les palmiers, alors on a dit banco.
Je nous entends encore, “banco”…

Le temps de peser le pour et le contre une demi-douzaine de fois, et je me suis retrouvé à faire la réservation à l’arrache, un soir avant de me coucher. Je clique, je remplis, je donne mon mail, je me trompe d’une case alors je reviens, je continue, je valide, je donne mon numéro de carte…
C’est en recevant le mail de remerciement de mon achat que ça m’a choqué :

Passager 1 : David Procellus
Départ : 14h20 Paris Orly ( France ) Terminal S
Arrivée : 15h30 Marrakech Menara ( Maroc ) Terminal 1

Passager 2 : David Procellus
Départ : 14h20 Paris Orly ( France ) Terminal S
Arrivée : 15h30 Marrakech Menara ( Maroc ) Terminal 1

Hm.
Est-ce que c’est vraiment un problème d’avoir pris les deux billets d’avion nominatifs à mon propre nom ? Ça pourrait tout de même être un tantinet gênant.
Je me suis couché totalement catastrophé, et à neuf heures pétantes le lendemain matin, j’appelais Opodo pour chouiner.

- Oui madame Opodo, voilà euh, comment dire chuis un gros boulet et grmbl deux billets à mon propre nom…

- Pardon monsieur ?

Je lui répète mon embarrassante situation, et elle m’annonce, avec dans la voix le chaud soleil de celle qui s’en fout, qu’on ne peut rien faire : la réservation a été confirmée par la Royal Air Maroc, on ne peut plus annuler le billet.
Gloups.
Le temps de réfléchir à si on partait ou pas, la chambre standard nous était passée sous le nez (plus tard, horrifiés, nous découvririons pourquoi) et j’avais dû prendre une chambre Deluxe, avec vue sur l’Atlas (alors que l’Atlas on s’en branle, on va pas au Maroc pour voir la montagne, sinon on irait à Morzine ou Serre-Chevalier, eh, tu nous prends pour qui !), mais je me retrouvais maintenant à devoir acheter un troisième billet d’avion, en attendant de voir si la compagnie acceptait de me rembourser le premier. Duh.

En faisant bien attention de le prendre au nom de Lapin, cette fois-ci, mort de rire quand je lui racontais ma mésaventure, alors qu’il aurait dû être ému par tous les trémolos que j’avais mis dans ma voix, en essayant de me faire passer pour la victime.

Ensuite, les jours sont devenus de plus en plus longs, mais la date du départ est enfin arrivée.
Alors, Indiana Jones des temps modernes, nous nous sommes envolés vers le Maroc, sans savoir si nous reverrions un jour nos terres natales.

Rien de ce que nous avions vécu ne nous avait préparés à la suite.

Commentaires
5 Commentaires »
Catégories
non, rien

I am sooo back

6 octobre 2009

J’entends dire ici ou là que Procellus n’écrit plus. Pourquoi ? Comment ? Est-ce que la grippe du cochon nous l’a arraché trop tôt, chienne de vie ?
Un mois d’abstinence, la France qui tremble, la météo en est toute déréglée, même Bo, le chien de Barrackûnet d’amour en a perdu l’appétit, tous attendent que David les souille à nouveau de ses talentueux écrits.
Mais rassurez-vous, braves gens, nous allons bien. Nous n’avons pas déposé la plume à terre : les fans les plus inconditionnels, ceux qui ont l’immense bonheur de faire partie de mes amis Facebook (pour mon esprit torturé, accepter une friend request équivaut ni plus ni moins à devenir frères de sang) le savent bien : je mets mes statuts à jour avec une régularité… euh, régulière.

Et voilà : j’ai résisté à la mode touitteur, mais facebook a bien failli tuer mon blog, comme les jardiniers tuent leurs patronnes. Non seulement j’avais remplacé les posts par ces deux lignes de statut, mais en plus j’ai passé des heures, des jours, des semaines à jouer à Pet Society, Farmville ou n’importe quelle daube qui me permettait de m’évader de la morne grisaille du quotidien.
Mais finalement, j’ai décidé que stop ! Plus jamais, c’est fini, je n’ai pas besoin de facebook, je peux arrêter, donne-moi le courage d’accepter ce que je ne peux pas changer, la force de changer ce qui peut l’être et la sagesse de distinguer l’un de l’autre, toussa toussa !

Bien sûr, j’aurais pu revenir en faisant du Pénélope Jolicoeur, à raconter en un mini paragraphe comment c’est trooop dur mon succès, mes projets et ma vie de couple (haaan, David il est trop fou dans sa tête, il crache même sur Pénélope !), mais pour ça, je vais peut-être attendre d’avoir un succès ou un projet à jeter à la face du monde.
Et de toute façon, ça n’était pas assez.

Il fallait plus, du mieux, de l’absolu, du parfait.
Je suis donc allé puiser l’inspiration à la source, j’ai bu les saintes paroles de Shy’m, Amélie Nothomb, les Black Eyed Peas, Marc Lévy et tous ces magiciens des mots qui contribuent chaque jour à rendre notre monde un peu plus beau.

Et même si la route fut longue, semée d’embûches, de questions (à quoi servent les autres Pussycat Dolls ? Et pourquoi l’album solo de Nicole n’a-t-il pas marché, si vraiment elles ne servent à rien ?), d’errances, d’erreurs, de crises psychiques, j’ai enfin retrouvé le chemin de la maison.

Vous pouvez respirer, je suis re-là.

Commentaires
10 Commentaires »
Catégories
non, rien

Le jour où les ratels domineront le monde

30 mai 2009

Tout ce qui suit est rigoureusement authentique*


Amis de la nature, bonjûr ! Nous allons aujourd’hui parler d’un animal plus étrange que l’ornithorynque, plus fort que l’éléphant et le rhinocéros réunis, et plus intéressant que le lapin, parce que le lapin, voilà quoi. J’ai nommé : le ratel.

Pour ceux -que j’imagine nombreux- qui voudraient s’instruire, le ratel est un mustélidé de la taille d’une grande belette, fier et unique représentant de la sous-famille des Mellivorinés (merci Wikipedia). Je suis d’accord, on s’en fout, mais ça me semblait important, sur le coup.
On ne le trouve qu’en Inde et en Afrique, ce qui laisse à supposer que c’est un animal de pauvres. Pour continuer (et finir) avec les données techniques qui permettent de briller à peu de frais dans les dîners mondains, notons que le cerveau du ratel a cette particularité, si on l’observe de haut, de ressembler à un plug :

Étonnant, non ?

Mais là où le ratel se distingue des autres bêtes, c’est par son caractère : sous ses airs de mignon petit furet en peluche, c’est l’animal le plus intrépide et le plus teigneux du monde, sorte d’Attila enfermé dans un corps de Teletubby.
Il tire son nom latin (Mellivora capensis) de son goût prononcé pour le miel. Winnie le sait bien, le meilleur miel du monde est celui de la redoutable abeille africaine, qu’aucun animal sensé n’ira titiller. Ça n’arrête pas le ratel, qui peut tranquillement lacérer la ruche avec ses petites pattes, et se goinfrer de miel pendant que les abeilles le piquent et piquer encore, sans que ça le dérange plus que ça.
Intrépide et teigneux, on vous dit.

Pour l’avoir observé dans son environnement naturel (et vas-y que je vous balance mes vacances de rêve en Afrique -il y a huit ans- à la gueule !), je confirme : l’animal n’a peur de rien. Il peut venir fouiller les poubelles d’un campement plein de monde sans fuir une fois repéré. Non, si on tape dans les mains pour le faire déguerpir -un homme qui applaudit, normalement ça fait peur-, sa seule réaction sera de se mettre à grogner plus fort.
On n’emmerde pas un ratel qui mange.

Il a beau être teigneux, il se trouve toujours un animal assez couillon pour l’attaquer. Imaginons qu’un gros lion arrive et chope le ratel : ARGN, un coup de crocs se referme sur sa blanche gorge. Drâââme dans la savane !
Non ?
Non.
La fourrure du ratel est beaucoup trop grande pour lui, le lion n’a mordu que son blouson. Sa pauvre victime peut ainsi se retourner dans sa propre peau pour lui fumer sa sale gueule de lion, en le traitant de petite lionne et en le renvoyant miauler chez sa mère.

Mais la vie est ainsi faite : on ne peut pas vivre que de miel. Se faire du prédateur avant le petit déjeuner, ça donne faim. Mais que mange notre petit ami à quatre pattes, se demandent vos esprits avides de connaissances ?
Facile : de tout.
Comme le petit teigneux aime les challenges, il ne va pas bouffer que des insectes, ah ça non ! Une de ses proies favorites (le miel n’est pas une proie), en plus des scorpions, ce sont les serpents. Plus c’est venimeux, meilleur c’est.

Fatalement, un serpent qu’on attaque ne se laisse pas faire, et au cours du combat, il est possible que notre ami le ratel se prenne une bonne dose de venin dans la gueule. Il a beau être teigneux et sortir victorieux de son combat, lorsque le poison commence à faire effet il s’effondre, vaincu par k.o.
Personne n’est immortel.

À part le ratel, dont le système immunitaire ferait pâlir d’envie tous les instituts de recherche du monde : après une agonie d’une heure ou deux, il se relève, avec rien de plus qu’une légère gueule de bois, finit de manger son serpent et continue son petit bonhomme de chemin, vers de nouvelles aventures.

Alors le jour où vous croiserez une de ces petites bêtes, ne vous laissez pas berner par son air innocent. Ne vous en approchez pas, et fuyez, aussi vite que vous le pouvez, si vous ne voulez pas finir comme ce buffle, mort de s’être fait attaquer aux cojones par un ratel.

*À part la photo du timbre : contrairement à ce que nos amis Russes ont l’air de croire, les ratels ne volent pas.

Commentaires
4 Commentaires »
Catégories
non, rien

Dans le vingt mini

9 mai 2009

Avec Lapin, une des principales sources d’engueulades est de savoir qui va faire la cuisine. Comme je suis un grand malin, je m’arrange pour toujours aller chez lui, ce qui me laisse l’excuse du “mais je suis l’invité, c’est pas à moi de le faire, et puis je sais pas où sont rangées les affaires !”.
Je le sais bien, ce numéro ne peut pas fonctionner à tous les coups, il va finir par voir clair dans mon jeu : je sais parfaitement bien où sont les poêles et les casseroles, je suis fourbe, c’est une honte. Mais vu que ma seule alternative est de le regarder avec mes yeux de cocker en me plaignant d’être fatigué de touuut ce travail que j’ai fait à Happy Time, il a bien fallu que je trouve une solution.

Homme de nombreuses ressources, j’ai donc eu cette idée géniale : aller acheter du chinois à emporter les soirs où manifestement je ne gagnerai pas ! Tadaaah, simple comme ni hao !
Le plus difficile a été de trouver une bonne cantine. Il y avait bien l’espèce de boui boui en bas de chez lui, mais ça avait l’air trop malsain : ils avaient une tête à servir du chien et des œufs de cent ans qui en ont en fait deux cent, en se mouchant dans les chips à la crevette.

C’est ainsi qu’a commencé notre longue quête vers un traiteur pas trop dégueu. À l’instar des Hébreux fuyant vers la Terre Promise, nous nous éloignions de plus en plus de la maison, en tentant de trouver un restaurant moins pire que le précédent. On a parfois dû se taper une demi-heure de trajet, en passant devant mille empoisonneurs, juste pour acheter notre sachet de nems, par flemme de faire à bouffer.
Boulet et boulet veulent un plat chaud.

Et puis un jour, notre poil dans la main a été plus fort que notre prudence : on a décidé de tenter le restaurant en bas. Tin-tin tin-tiiiinnn ! Surtout que c’était idiot d’aller aussi loin : le resto est dans le même immeuble, on n’avait que deux étages à descendre.

Il en a fallu du courage pour pousser cette porte : un petit restaurant tellement sombre et sordide qu’il avait toujours eu l’air fermé, de toutes petites fenêtres, une porte qui a une tête à grincer… Mais non. Il était juste désert.
Personne, à part la patronne et son mari en train de discuter. On a vite vu qui portait la culotte dans cet établissement : dès qu’elle s’est rendu compte que deux clients venaient d’entrer, madame a crié quelque chose en asiatique à son cher et tendre, qui a filé dare-dare en cuisine. Et tout sourire, elle s’est tournée vers nous.

Bonjour madame… Possible de prendre du niam niam à emporter…? Elle a hoché la tête très vite en souriant : “Oui, oui, empo’ter, oui !”.

Déjà un bon point.
Après avoir fait notre choix, madame Wong -qui prépare manifestement elle-même les nems, même que c’est écrit sur le menu- nous a lancé sa phrase, son gimmick, sa signature. George Clooney a son “what else ?”, Valérie Lemercier son “c’est moi qui l’ai fait !”, madame Wong, elle, regarde l’horloge, et lance en souriant : “Oui ? Dans le vingt mini, d’acco’ ?”.
Systématiquement.

Parce qu’il se trouve que c’est le meilleur restaurant chinois du monde entier de l’univers, et que depuis ce jour, il est devenu notre cantine attitrée.
Et à chaque fois, inlassablement, madame Wong regarde l’horloge, a l’air de calculer difficilement, et nous annonce toute fière : “Oui ? Dans le vingt mini, d’acco’ ?”.
Elle ne ment jamais : vingt minutes, pas une de plus, ni une de moins, et on peut manger comme des princes.

Il faut dire qu’on y va souvent, commander chez elle. Depuis deux ans, on connaît la carte par cœur : à la question “qu’est-ce qu’on mange ce soir ?”, on se répond maintenant “bah, un dix-huit, et un dix-neuf ?”.
Certes, connaître par cœur les numéros de la carte est pathétique.

Surtout qu’au bout d’un moment, malins que nous sommes, nous avons remarqué que madame Wong était rien qu’un sale rapace. Deux ans, voire plus, que nous l’aidons à réaliser la quasi-totalité de son chiffre d’affaires.
Est-ce qu’elle nous offrirait de temps en temps un verre de saké avec notre commande ? Des petites chips à la crevette ? Du nougat ? Des baguettes ? Les boissons (parfois la dèche est grande) ?

Peau de zob.

À chaque fois, on paye plein pot, et on n’a que ce qu’on a commandé. Pas un grain de riz de plus. Et qu’on ne me fasse pas croire qu’elle ne nous reconnaît pas, la garce : dès qu’on ouvre sa porte, elle nous tend la carte spéciale “à emporter”, également appelée “photocopie de merde”.
Bien sûr, ça ne nous empêche pas d’y retourner dans les trois jours. Mais du coup, à chaque fois qu’on déballe le sac, on se met à pester, comme deux petits vieux acariâtres que nous sommes : “roooh, quand même elle exagère, tu crois qu’elle nous aurait offert le coca ? Nan. MORUE ! Et scrogneugneu et scrogneugneu”.
Et on boude, jusqu’à la fois suivante, vexés de ne pas avoir eu de cadeau(x).

Mais l’autre soir, j’ai perdu à la courte paille, et c’est moi qui ai dû aller commander et payer. Pour une fois, j’ai regardé d’un œil distrait la petite note qu’elle nous avait fait, et je l’ai comparée avec ce que disait l’appareil à carte bleue.
Ça m’a permis de voir que madame Wong n’est pas si radine que ça.
La note indiquait vingt-deux euros et cinq centimes.
Royale, elle ne m’en a fait payer que vingt-deux.

Procellus, ou la fidélité récompensée.

Commentaires
3 Commentaires »
Catégories
non, rien

Les habits neufs de l’empereur

22 avril 2009

Bientôt, je vais devoir me rendre, la mort dans l’âme, au mariage de ce cousin que je connais à peine. Dans le Nord, si Dieu ne s’est pas décidé à faire disparaître cette non-région d’ici là. À chaque fois que je vois mon père il m’en parle : “allez tu viendras dis dis tu viens allez viens viens viens il faut que tu viendes !”, et ainsi de suite pendant des heures, en se roulant par terre et en tapant du pied, même que s’il continue ses caprices, il aura rien que du charbon à Noël.

Son principal argument pour me traîner à cette noce de merde c’est que “tu ne vas pas te transformer en ours, quand même !”.
Tout d’abord, je me permets de rigoler bien fort : HA HA HA !
Ensuite, je m’insurge : ne pas assister au mariage d’un quasi-inconnu avec une fille que je n’ai vu qu’une fois en .jpeg, ça ne fait pas de moi un ours. Vouloir passer tout mon temps libre enfermé chez moi et montrer les dents dès qu’on veut m’emmener en soirée, ça, peut-être. Et encore.
L’autre soir, Papaprocellus qui pense avoir réponse à tout m’a rétorqué que certes, je le connais à peine : mais c’est justement l’occasion d’élargir mon cercle social !
Et là c’était mort : après “élargir mon cercle”, le mini Bigard qui sommeille en moi s’est mis à rire si fort que je n’ai plus rien entendu. Je le cache pourtant du mieux que je peux ce petit salaud, mais parfois il réussit presque à se frayer un chemin à l’air libre. Il cherche à tuer ma réputation, je le sais.

Pour l’instant, je tiens bon : j’ai presque réussi à faire accepter à mon père l’idée que peut-être je ne viendrais pas. À celui-ci, au moins, parce qu’un mois après, la fifille d’un couple de ses amis que je connais depuis tout petit se marie aussi. Décidément, c’est contagieux.
J’ai fêté la nouvelle année avec elle pendant presque la moitié de ma vie, alors ça pourrait être rigolo de venir.

Mais le problème, comme j’en parlais avec Grololos, c’est que je ne sais pas quoi me mettre. Trop dure ma vie ! Je ne suis jamais allé à un mariage, à part celui d’une amie de lycée, mais j’étais arrivé quand ils sortaient de la mairie, et c’est à peu près le moment de la cérémonie auquel j’avais prévu de partir. Et vu que son mariage a duré à peine plus longtemps que celui de Britney et Jason Alexander, je ne suis pas sûr que ça compte vraiment.
Du coup, je suis tout novice : comment on doit s’habiller pour aller nocer ? Chic ? Très chic comme pour les soirées de l’ambassadeur ? Avec des gants et une canne ?

J’ai demandé des conseils au boulot, vu que Grololos a le même souci que moi : invitée à deux mariages en mai et juin, elle doit aussi trouver sa tenue. Mais sa jambe presque intégralement plâtrée risque de freiner sa créativité vestimentaire. Alors, quand je lui ai demandé ce que je pourrais porter, elle a dû faire un méga-transfert de la mort qui tue :

- Tu pourrais mettre… Un costume en lin ! Avec une chemise à jabots ! Et puis et puis, un chapeau, je suis sûre que tu as une tête à chapeaux ! Hein les filles, il a une tête à chapeaux ! Et aussi, et aussi un labrador, achète un labrador, c’est toujours très chic un labrador ! Et puis un carrosse, et…

Devant tant d’enthousiasme, j’ai fini par sourire et me taire, en attendant que ça passe et en pensant à autre chose, en me demandant qui allait bien pouvoir m’aider.
Finalement, c’est Lapin (oui, celui-là même, j’ai une vie sentimentale difficile à suivre) qui s’y est collé.

Il était content, Lapin, surtout que je ne suis absolument pas chiant, en ce qui concerne les vêtements : soit je ne veux rien essayer parce que rien ne me plaît, soit je sais exactement ce dont j’ai envie, et je refuse d’essayer -ou de regarder- quoi que ce soit, vu que rien de ce que je vois ne ressemble à ce que je veux.

Là, on était dans le second cas de figure. Ma tenue parfaite m’était apparue une nuit, dans un rêve : c’est celle-là qu’il me fallait !
Un joli complet à la Kennedy, avec une chemise blanche, qui aurait des rayures blanches aussi, ni trop voyantes ni trop discrètes, et une cravate rayée rose, parce que j’ai beau porter des vêtements d’homme, je n’en suis pas moins fiotte.

Alors ce samedi, profitant d’avoir eu ma journée à Happy Time, je l’ai traîné dans les boutiques. Si j’avais été Lapin, je crois que ce jour-là je me serais défoncé la tête avec un club de golf. On a regardé des centaines de cravates : trop roses, trop rayées, pas assez foncées, trop claires, trop saumon, trop framboise, avec les bonnes rayures mais pas de la bonne couleur…
Mais pour ma défense, une vision c’est sacré.
Et puis, je n’irais pas jusqu’à dire que c’est bien fait, salaud, fallait pas me quitter !, parce que je ne suis pas si mesquin, mais même s’il est revenu, tout finit par se payer.

De fil en aiguille (et on admire ce sens de l’à-propos), on s’est retrouvés à Happy Time. J’avais déjà le costume et une chemise “qui pourrait faire l’affaire si vraiment on ne trouvait rien de mieux”. Ne manquait plus que la cravate.
J’étais en train de dire à Lapin que si on croisait quelqu’un que je connaissais, il me prendrait sûrement pour un loser, à avoir eu mon samedi pour revenir au magasin, quand patatras : on est tombés sur un copain de la sœur de l’ex de Lapin, collègue de son état, et véritable commère -bien qu’hétérosexuel, comme quoi…

J’avais trouvé la bonne cravate, avec une autre chemise, ‘achement mieux que la première, bien que ne collant pas du tout à la vision, mais c’était pas grave : tout en rose, qui contraste à merveille avec mon costume anthracite, je suis certain d’éclipser la mariée. J’avais payé. Il n’y avait plus qu’à partir, mais il a fallu qu’on tombe sur ce crétin.
On s’est enfuis dare-dare après lui avoir dit bonjour, parce que je déteste me justifier et raconter ma vie aux gens, mais c’était trop tard : dans les cinq minutes, mon téléphone sonnait.

Grololos et deux autres bureautières poussaient des cris d’orfraies dans mon oreille, que c’était inadmissible de passer à Happy Time sans venir les narguer dans notre clapier slash bureau, viens immédiatement !
Alors, pour ne pas passer pour un salaud en plus d’un loser, j’y suis allé.
J’ai dû expliquer pourquoi j’étais venu : bla bla bla deux mariages, bla bla bla chemise…

Elles ont exigé que je leur montre mes achats, et je me suis exécuté. En plus d’être un loser, je me suis transformé en gros snob :

- Bah David, t’es con, tu as acheté une chemise et une cravate aujourd’hui alors que tu sais qu’on est en soldes dans trois jours ?

- Ouais, j’sais, mais boââârf…

Alors, j’ai paniqué : je savais que je venais sûrement de dire une connerie grosse comme moi, et qu’elles allaient me lapider, se moquer de moi et me cracher à la figure. Je me suis dit que ça serait sûrement moins grave si j’ajoutais quelque chose. N’importe quoi, mais quelque chose.
J’ai décidé d’avoir l’air cool :

- Nan mais en plus, t’vois quoi, les mariages ça me saoule, j’suis même pas sûr d’y aller…

- Ah bon ? Alors pourquoi tu viens d’acheter un costume et des chemises ?

J’étais pris au piège, prêt à m’écrouler sous le poids de mes contradictions internes. Je voulais rétorquer qu’on s’en foutait du mariage, j’avais surtout acheté le costume parce que c’est cool, et que ça me rassure dans mon statut d’adulte d’avoir autre chose que des t-shirt Gap et des pulls Jules dans mon armoire.
Mais plus on me demande des explications, plus je m’affole, et plus les idées se mettent à s’agiter dans tous les sens. Alors je me suis mis à bafouiller, à toutes les insulter, à faire des bulles avec ma bouche, et je suis reparti en courant et en hurlant.

Les relations sociales et moi, on a encore du chemin à parcourir.

Commentaires
13 Commentaires »
Catégories
au boulot, non, rien

Bébé cuisine deviendra grande

14 mars 2009


Il y a à peu près un an, mon lave-vaisselle est mort. Oui, c’est vrai, je pensais l’avoir réparé tout seul comme un grand, mais quand au bout de quelques jours il avait fait “pffft” et s’était mis à sentir le brûlé, je m’étais dit que peut-être ma réparation n’avait pas tenu.

À cause de ma célèbre phobie du téléphone, j’ai attendu… euh, longtemps, et peut-être même plus, avant de me résoudre à appeler le BHV, puisque cette raclure de Lapin avait refusé de passer le coup de fil à ma place, le salaud, j’vous jure.
Quand madame S.A.V. du Bazar de l’Hôtel de Ville avait décroché, j’avais eu la désagréable impression qu’elle me prenait pour un con :

- Madame, ouin, c’est mon lave-vaisselle il marche pu, il a fait pfouit, ça a senti le brûlé et maintenant il s’allume pu :(

- Avez-vous vérifié que l’appareil était branché sur le secteur ?

-…

C’est ça l’inconvénient de mettre une femme à un poste d’homme : elle s’imagine qu’on est tous aussi doués qu’elle en mécanique. Allez madame, assez rigolé. Donnez ce téléphone à l’homme le plus proche de vous, et retournez à vos fourneaux (Procellus, le blog avec du vrai machisme à la papa dedans).
Après lui avoir confirmé que j’étais équipé de jugeote et que oui, j’étais certain d’avoir allumé le courant avant de faire fonctionner la bête, on avait pris rendez-vous avec le technicien.

J’avais pourtant enlevé un placard avant son arrivée, pour lui permettre d’intervenir. Mais ça n’était pas assez. Il avait à peine mis un pied chez moi qu’il se mettait à faire le loup :

- Ouuuh ! Ouuuuuuh ! Mais qu’elle est petite cette cuisine !

Certes, je n’ai pas l’espace de Jamie Oliver, mais elle reste assez fonctionnelle, et jusqu’à présent, personne ne s’était jamais plaint de la taille de mon appendice.
Je me suis tout de même platement excusé : moi aussi, j’aurais préféré le recevoir dans la cuisine américaine de mon triplex. Mais les choses étant ce qu’elles sont, il devrait se contenter de cet appartement. La vie est dure mon bon monsieur.

Après des heures d’un labeur acharné, suant corps et âme, il avait fini par comprendre le pourquoi de mon souci : une fuite dans l’appareil avait noyé le moteur, qu’il fallait donc changer. En attendant naturellement plusieurs jours voire semaines que la pièce leur arrive, je me suis encore abîmé les mains avec leurs saletés de produit vaisselle de pauvres.

Finalement, mon angélique patience avait été récompensée : il était revenu, surpris une nouvelle fois de la petitesse des lieux, et me racontant des histoires sordides de comment il devait parfois intervenir dans des cuisines encore plus petites que la mienne.
Non ? Des lieux exigus ? Dans des immeubles parisiens ? Comme ça m’étonne…

Au bout d’une heure, tout fier de lui, il était parti : il avait changé le moteur de mon lave-vaisselle. Tadaaah ! Il m’avait même montré, quand on l’allume il démarre, trop wouah !

Le petit monstre vert de l’imperfection n’allait cependant pas tarder à pointer le bout de son nez.

Quand une fuite vient noyer le moteur du lave-vaisselle, changer ledit moteur, c’est bien.
Mais réparer la fuite coupable, c’est encore mieux.

Parce que là, deux jours après le passage du technicien, ma machine me claquait à nouveau dans les doigts. Bien sûr, j’aurais pu faire comme ma môman : me jeter sur le téléphone, hurler que c’était inadmissible, faire valoir mon droit à l’électroménager qui fonctionne, et les faire revenir dans l’heure.

Mais au moment de les appeler, j’avais eu comme un blocage : hmmm, le téléphone ? J’ai déjà donné trop récemment, et si je me laissais un peu de répit ?
C’était en août.

Et de jour de répit en “demain je les appelle”, on est arrivés en mars, mois qui marquait l’arrêt de mort de l’appareil -ou plutôt de sa garantie.
Pendant huit mois, j’avais été large, on a le temps de les appeler, ça presse pas, mais d’un coup, ça devenait presque urgent.

J’ai quand même attendu trois semaines avant la date d’expiration pour les appeler. Le temps de me faire à l’idée de faire à nouveau rentrer un réparateur dans ma maison, mon espace vital, le rendez-vous a été pris pour lundi dernier, soit deux semaines tout pile avant qu’il soit trop tard.

Je l’ai reconnu tout de suite. Lui, il lui aura fallu un peu plus de temps pour se souvenir. Mais en voyant ma cuisine de Tom Pouce, tout lui est revenu :

- Ah. Je suis déjà intervenu ici…

En effet, mais je crois que tout est à refaire.

Comme la dernière fois, il a passé vingt bonnes minutes à démonter le cul de mon engin. Je regardais discrètement, en faisant attention à ce qu’il ne me voie pas, et en l’écoutant ahaner. Il m’a demandé une serpillière, parce qu’une fois sa petite affaire terminée, ça coulait de partout.

L’air très sérieux, comme à sa première visite, il m’a annoncé que c’était vraiment une très grosse réparation. Certainement trop grosse pour mon minuscule antre. J’allais lui dire de ne pas me sous-estimer, non mais qu’est-ce qu’il s’imagine ?, quand il m’a fait une proposition que je ne pouvais décemment pas refuser.

Ma cuisine est très petite, comme il l’a écrit en majuscules, souligné et entouré, sur sa fiche d’intervention.
Manifestement trop petite pour supporter une telle opération.
C’est comme ça qu’au bout de cinq ans, à deux semaines de la fin de la garantie, il a décidé de procéder à un échange standard et de me commander un lave-vaisselle neuf.

Soudain, la joie.

Commentaires
11 Commentaires »
Catégories
non, rien

L’apothicaire

25 février 2009

Pendant des années, grâce à mes pharmaciens de parents, je n’ai jamais eu à acheter mes médicaments. Ma mère m’a toujours fourni en stock “qui peut servir à tout” -c’est à dire que je peux désinfecter et stériliser l’eau d’un petit pays pendant plusieurs mois, leur faire des pansements sur plusieurs générations, et je pourrais leur bâtir un palais composé uniquement de comprimés d’aspirine (en espérant qu’il ne pleuve jamais).
Pareil, quand j’étais malade, et qu’on me prescrivait des antibiotiques pour combattre ma gingivite, un petit coup de fil à papa-maman, et ma came m’attendait à la maison en rentrant. Oh yeah baby.

Mais un jour, quand j’ai eu des ennuis de santé de grand, j’ai compris que cette technique, bien que pratique, pouvait nuire à mon intimité : “Allô, maman ? On m’a refilé des morpions, tu peux m’apporter du spray-pax ?”, merci, mais très peu pour moi. Alors, je me suis mis à acheter mes médicaments moi-même.
Tin-tin-tin tiiin (si vous n’avez pas reconnu “la musique qui fait peur”, mon bruiteur est viré).

C’est en arrivant à Vincennes que j’ai vraiment commencé à fréquenter la pharmacie : la carte Vitale, les ordonnances, le tiers-payant et les “MONSIEUR ? LA CRÈME RECTALE, JE NE L’AI PLUS QU’EN GEL, VOUS LA PRENEZ QUAND MÊME ?”, hurlés depuis l’arrière-boutique. J’en avais entendu parler, mais je découvrais ce monde merveilleux, avec peur et fascination.

Et un jour, j’ai mis les pieds dans l’immense pharmacie juste en bas de chez moi. Ce jour là, j’ai rencontré le joli pharmacien qui y travaille. Grand, la trentaine, assez mignon, bien coiffé (c’est important), des beaux yeux (c’est important aussi), et surtout, il envoyait plein d’ondes positives à mon gaydar.
Donc, potentiellement intéressant.

Ensuite, j’ai appris à le connaître : il a le même prénom que 90% des garçons de sa génération, il a l’air d’être tout flasque et mal dégrossi, et surtout il a une voix bêêête, quand il parle on dirait Eve Angeli.
Et je ne dis absolument pas ça parce que j’étais dégoûté qu’il ne m’ait jamais accordé un regard, nooon, je ne suis pas comme ça, je sais que la rancune est mauvaise conseillère, je vaux mieux que ça.

Mais petit à petit, nos rapports ont changé : il ne fait pas si benêt, son regard de vache cache en fait de jolis yeux, et il a quand même une presque jolie voix.
Et surtout, depuis quelques temps, il me remarque.

À chaque fois qu’il me sert, il me fixe longuement, d’un regard appuyé qui a l’air de dire : “je sais que tu aimes la bite. Moi aussi. Nous sommes complices dans notre amour du pénis”, ou un truc dans le genre.
Enfin, soit ça, soit je suis la prochaine victime d’un serial killer (un quoi ?).

L’ennui, c’est que la pharmacie n’est pas l’endroit rêvé pour établir un premier contact. Tous les mois quand j’y vais pour mes antidépresseurs, j’ai du mal à me sentir au top de ma glamouritude, du coup on n’est jamais allés plus loin que se fixer très intensément et se toucher la main en lui donnant les sous, ouuuh, monsieur le pharmacien, mais qu’est-ce qui nous arrive ?

Et puis l’autre jour, c’est lui qui m’a proposé une solution. J’étais chez moi, à me toucher la nouille à l’ordinateur, quand le téléphone a sonné. Forcément, je n’ai pas répondu, j’ai attendu le message sur le répondeur. Et ô surprise, j’ai reconnu la jolie voix du pharmacien :

- Oui bonjour monsieur Procellus, c’est pour vous prévenir que vous avez oublié votre carte Vitale chez nous. Vous pouvez venir la récupérer quand vous voulez.

Haaan ! Joie ! Je me suis félicité d’avoir une mémoire de crevette (tout en vérifiant que je n’avais effectivement pas ma carte, et qu’il n’avait pas usé d’un subtil stratagème pour m’appeler). Si ça c’est pas un coup de bol !
Ensuite, la terreur m’a submergé. Merde, mais qu’est-ce que je vais lui dire ? Et comment ça va se passer ? Je vais lui faire un regard langoureux en lui disant de ne pas hésiter à me rappeler si j’oublie autre chose ? Nan, ça pue.
Le regarder droit dans les yeux en me passant lentement la langue sur les lèvres et en lui disant que je ne sais pas comment le remercier ? Peut-être un peu trop.

Et puis j’ai décidé d’arrêter de me prendre la tête. Le cadavre de ma relation avec Lapin est encore chaud, c’est le moment rêvé pour se jeter à corps perdu sur le pharmacien. J’ai mis mon blouson et je suis descendu.

Première crampe : il avait manifestement passé le coup de fil juste avant sa pause déjeuner. Quand je suis arrivé, il n’y avait que madame la tenancière, femme d’un certain âge à l’allure peu avenante.
Hmmm, pas grave, il suffit de repenser mon plan, je vais lui dire que son employé m’a appelé, ah bon il n’est pas là, et quand elle verra que j’ai l’air de le connaître, elle passera peut-être le message, et il me rappellera, et on ira niquer comme des sauvageons dans la salle de soins -but ultime de toute cette opération.

- Bonjour madame la pharmacienne, on m’a appelé parce que j’ai oublié ma carte Vitale chez v…

- C’t'à quel nom ? (sur le ton du “vous m’pétez les couilles d’une force…!”)

- Euh ? Procellus ?

Et là, elle sort d’un tiroir un paquet de cartes long comme le bras.
Patatras, la lumière venait de se faire dans ma tête.

Il ne m’avait pas téléphoné personnellement, il a juste appelé la quinzaine de boulets qui comme moi sont incapables de faire trois courses sans oublier la moitié de leurs affaires.
Je me retrouve une nouvelle fois victime de mon érotomanie.

Le pouvoir de la crampe : et plutôt deux fois qu’une.

Commentaires
14 Commentaires »
Catégories
non, rien

Kawaii (ou pas)

14 janvier 2009

Comme je suis quelqu’un de formidable, au dernier anniversaire de Lapin (qu’un tapis de ronces et d’orties accompagne chacun de ses pas), j’avais eu cette idée brillante de lui offrir un Nabaztag, le lapin communiquant qui ne sert absolument à rien, à part faire des jolies lumières, lire à voix haute les messages qu’on lui envoie, et faire du tai-chi avec ses oreilles.
Un cadeau de rêve, surtout quand on sait que je l’ai trouvé alors que j’étais en panique pendant ma pause déjeuner, vite, vite, il faut trouver un cadeau -je devais lui offrir quelque chose le soir-même. Un jour, la procrastination me perdra.

Mon idée était tellement géniale que trois jours plus tard, on filait à la Fnac pour m’acheter la même chose. Mais c’est vrai quoi, comment résister ? Je l’avais vu à l’œuvre, ses lumières qui clignotent pour dire quel temps il va faire, sa petite voix quand il lit les messages rigolos qu’on peut lui envoyer…
En plus, on avait synchronisé nos lapinous : quand l’un de nous deux bougeait ses oreilles, celles de l’autre bougeaient aussi ! On était copains de n’oreilles !

Comme tous les nouveaux jouets, le Nabaztag a été amusant une petite semaine. Celui de Lapin (qu’il finisse ses jours dans une fosse à purin) est mort, à cause d’un problème de connexion. Mais le mien trône encore fièrement dans ma chambre, continue de me donner la météo, de faire ses exercices, et de temps en temps, il me lit un message.

Pour montrer au monde entier que je suis quelqu’un de trop moderne (et parce que je n’avais que ça à faire), j’ai même mis un lien ici, comme ça le bonheur de me parler est presque palpable, au bout de ta souris, petit lecteur.

Ma grosse erreur a été de mettre ce lien en ligne le soir où ma mère venait dîner. Elle connaissait déjà l’existence du Nabaztag, et en gros (en très gros), elle en a compris le principe : il est relié à celui de Lapin (que ses chairs putrides rendent malades les bousiers), et on peut se parler comme ça, par l’intermédiaire des oreilles.

Pendant qu’on prenait l’apéritif, le Nabaztag a joué la petite musique du “je vais lire un message”. Ma mère a tourné la tête vers l’objet, et a juste demandé “Oh ? C’est Lapin qui te dit quelque chose ?”, avant de nous plonger dans un silence religieux, pour ne rien perdre de ce qu’il avait à dire.
J’ai tout de suite su que quelque chose allait clocher, l’inquiétude m’a donc permis d’éviter une réponse du type “nooon avec Lapin c’est finiiihiiiihiiiii”, dont j’aurais tiré peu de fierté.

J’avais dit à Lapin (qu’il pourrisse en Enfer jusqu’à la fin des temps) que je voyais ma mère ce soir-là, et jamais il ne se serait amusé à m’envoyer un truc via le Nabaztag, il sait quand même que ça m’aurait mis mal à l’aise. Alors, qui ? Quel message ?

En effet, ça n’était pas lui. C’était un autre ex (oui, je sais que c’est toi, B., tu sauras que la technologie est à ce point puissante), qui testait la page.
Dans un silence religieux, donc :

- Mais… Que… Qu’est-ce qu’il a dit, là ?

Ont été les derniers mots de ma mère.

Commentaires
15 Commentaires »
Catégories
la famille addams, non, rien

L’enfer, un pavé, des bonnes intentions

10 janvier 2009

Quand on est un handicapé relationnel comme moi (ou comme disent les spécialistes : un autiste), on se met parfois dans des situations délicates, qui pourtant seraient si faciles à éviter…
Surtout que c’est parti de trois fois rien : ma collègue pauvre, Fantine, me parlait de ce bouquin depuis des mois. Un truc désopilant d’un auteur finlandais, qui parle de suicides mais sans rien de glauque ou morbide, au contraire. Parce que le suicide, c’est trop fun.

Elle l’avait emprunté à sa bibliothèque de pauvres, et comme elle est trop honnête pour voler et que le bouquin était tellement bien, elle a fini par se l’acheter.
C’est comme ça qu’elle a eu l’idée géniale de me le prêter. J’ai réagi comme je le fais toutes les fois où on me prend de court : j’ai dit une connerie.

- Euh… Bah oui écoute Fantine… Oh la la, avec plaisireuh.

Parce qu’en ce moment, la lecture est un truc qui me motive autant que… euh… un truc pas motivant, quoi. Un effort intellectuel ? Peuah, pas question !
Et puis en plus, j’ai pas le temps de lire : je bosse trois jours et demi par semaine, le reste du temps, il faut bien que je me repose, et pendant mon heure de métro quotidienne, je suis bien trop occupé à écouter de la musique pour lire. D’abord.

J’ai donc accepté son offre dans l’espoir secret qu’elle allait oublier de me l’apporter. Mais non. Le lendemain, dès que je l’ai croisée il a fallu que je la suive jusqu’à son vestiaire (je savais même pas qu’on avait des vestiaires), pour récupérer sa merde.
Bien sûr, je l’ai remerciée chaleureusement.
Bien sûr, à peine rentré j’ai posé le livre sur ma table pour y penser, et surtout pour éviter de l’abîmer.

J’aurais pu ne serait-ce que l’ouvrir, pour voir à quoi ça ressemble : si ça se trouve ça me plaira autant qu’on bon vieil Harry Potter, ou même La Croisée des Mondes.
Mais voilà, je suis têtu et borné, j’ai décidé que je n’aimais pas son bouquin.
Je l’emporte de temps en temps dans mon sac, mais je trouve toujours mieux à faire que le lire. Je m’achète des nouveaux livres, je veux me remettre à la lecture, mais ça m’est physiquement impossible, je ne peux pas ouvrir le sien.

Forcément, à chaque fois que je la croise, elle me demande, les yeux brillants d’espoir, si j’ai commencé à le lire.
Et petit à petit, mes “non, pas encore, je m’y mets ce soir !” deviennent louches.

Du coup maintenant, trois solutions s’offrent à moi :

1) Je cherche un résumé sur internet, pour lui faire croire que je l’ai lu. Le problème, c’est que des résumés / analyses d’un auteur finlandais sur les pages francophones, ça ne court pas la toile.

2) J’y vais au bluff : j’en discute avec elle, en étant d’accord ou pas d’accord, on s’en fout, l’important c’est d’avoir l’air convaincu.

3) Pour l’instant, ma solution préférée. Je lui rends son livre, l’air outré : “ah écoute Fantine, j’ai détesté, je… je… Ah mon Dieu, je préfère même pas en parler”. Clair. Net.

Oui c’est sûr : dire la vérité, ça serait aussi beaucoup plus facile. Mais du coup je serais obligé de chercher une autre raison de me prendre la tête -comme par exemple, euh, ma rupture ?-, et ça, il n’en est pas question.

Commentaires
7 Commentaires »
Catégories
non, rien

Mysterious Ways

4 janvier 2009

Si je devais absolument croire en quelque chose (situation à laquelle on est confronté si souvent au cours d’une vie) ça serait sûrement un truc animiste, basique : il y a des petits lutins dans les arbres et les ruisseaux et les airs, et c’est eux qui font tourner le monde. La gravité ou la force de coriolis ? Des lutins. Les changements de saison ? Des lutins. Le temps qui passe ? Des lutins ? La mort, la maladie, la vieillesse, les accidents, les pannes ? Des lutins.
Des lutins, des lutins, des lutins.

Ouais, je sais, c’est très mystique et abouti tout ça. C’est dire si je suis quelqu’un de triste et morose qui ne croit en rien (et encore, mes réflexions religieuses et métaphysiques sont bien plus élaborées que mes convictions politiques).
Et pourtant…

Pourtant hier soir, j’ai bien été obligé de reconnaître qu’une force supérieure guide chacune de mes actions, et qu’au moins cette fois, je me suis retrouvé en parfaite harmonie avec l’univers.

J’étais occupé au PC, vautré dans mon fauteuil, le dos à moitié contre un accoudoir et les jambes par-dessus l’autre -c’est beaucoup plus confortable à vivre que quand on le raconte. Pour une raison secrète qui ne regarde que moi, Excel était ouvert.
Non, je ne me branlais pas, quand même, pas sur Excel merde, en plus la page était encore vierge, et c’est pas mon truc.

J’ai attrapé mon iPhone, et vu comme j’étais tordu sur le fauteuil (qui était face au bureau, contrairement à moi), j’ai fait un faux mouvement et je l’ai lâché (l’iPhone, pas le fauteuil). Bien évidemment, ni mes réflexes de chat ni mon agilité simiesque n’ont été suffisants : l’iPhone a rebondi deux fois sur le clavier avant d’aller s’écraser comme une merde sur la moquette, quatre-vingt centimètres plus bas.

Mais alors, me direz-vous, où est l’intervention divine là-dedans (si, je sais, vous alliez le dire, ne niez pas) ?
Eh bien, en tombant sur le clavier, l’iPhone, guidé par la main de Dieu himself, a quand même réussi à me donner la réponse au grand secret de l’univers, là, sur mon joli tableau.

Ca ne s’invente pas.

Commentaires
8 Commentaires »
Catégories
non, rien

Hé ! Lastic !

23 décembre 2008

L’invention la plus merveilleuse du monde, je l’ai découverte quand j’étais petit : l’élastique. Pas le truc de tantouze qui se joue à trois à la récré et où il faut faire du cloche-pied et on se casse la gueule, non, le vrai, l’élastique de bureau, le marron -bon, c’est vrai que ses dérivés aussi sont intéressants, de l’élastique à cheveux à l’élastique de saut, mais mon préféré, c’est quand même l’original. Accept no substitute.

Déjà tout enfant je trouvais ça fascinant, même si je n’arrivais pas à prononcer le mot correctement. Je me limitais à “paclique”, ce qui est presque la même chose. Bien sûr, mon grand-père trouvait ça tellement drôle qu’il a continué à le dire, même quand j’étais trop vieux pour me tromper.
Du coup maintenant c’est lui qui passe pour un con, et oui.

Mais c’est vrai quoi, c’est trop fort un élastique, on peut s’amuser à menacer les gens de leur envoyer à la gueule, voire vraiment leur envoyer (augmentant ainsi le potentiel comique de la précédente blague de 176%), on peut l’étirer au maximum et l’envoyer sur le mur, le tendre entre deux doigts et faire de la musique avec -mais seulement de la basse, j’ai essayé de faire The Man Who Sold the World à l’élastique, c’est impossible (et pas seulement parce que j’apprends tout juste à jouer grâce à Guitar Hero)-, et s’il est assez grand, on peut passer les deux mains dedans et s’emmêler les doigts.
Avec un élastique de taille normale, on peut aussi s’amuser à s’emmêler les doigts d’une seule main:


(après ça, qu’on ne vienne pas me dire qu’un élastique n’est pas un truc super fun).

Alors imaginez à quel point j’ai mouillé ma culotte quand j’ai découvert que maintenant, l’élastique allait devenir mon outil de travail, pour tenir tous les papiers ensemble !
Quand j’arrive le matin, j’ai presque une érection à l’idée de plonger la main dans le pot pour en sortir un joli bracelet de caoutchouc. Je mets bien les deux mains dedans, vive le double fist-fucking au boulot, pour l’étirer, tester sa résistance et jouer un peu, et la journée commence bien.

Et toute la journée, pendant que je fais mes plannings, que je compte les sous ou que je glande, j’ai presque toujours un élastique dans la main, pour faire des boinnng bonnng booong.
Quand le téléphone sonne, hop, je le fais glisser le long de mon poignet, et il se transforme en bracelet, le temps d’être sérieux et travailleur.

Mais j’ai une mémoire à court terme aussi performante que celle de Dory : à peine je décroche, j’oublie ce que j’étais en train de faire. Alors souvent, je sors du boulot et rentre chez moi avec un ou deux élastiques en bracelet, et je m’en rends compte en prenant ma douche : “Ah ? Crotte, ça m’est encore arrivé…”.
Je les enlève, et consciencieusement je les range avec les autres, dont je commence à avoir un tas assez conséquent.

À Happy Time, on ne rigole pas avec ce genre de choses : la rumeur dit qu’on a viré un caissier parce qu’il était reparti chez lui avec du produit à vitres, qu’on utilise pour nettoyer les caisses -et la rumeur ne ment pas, ça se saurait.

Mes jours sont donc comptés. Bientôt, je serai libéré de l’enfer du travail.
Bientôt.

Commentaires
4 Commentaires »
Catégories
non, rien

Homme au foyer désespérant

27 novembre 2008

Je suis quelqu’un de très propre : je me douche tous les jours, je me lave les mains après avoir fait pipi et popo, je fais ma vaisselle avant que toutes les assiettes ne gisent misérablement dans l’évier, et je vais au lavoir une fois par semaine, pour me moquer des crevards qui n’ont pas de lave-linge chez eux et me tenir au courant des derniers ragots.

Alors l’autre jour, j’ai lavé mes draps, souillés de sueur, de sperme et de sang (c’est tellement beau cette phrase, on dirait du Régine Desforges, voire du Mylène). En plus ils avaient dit à E=M6 que mon lit était sûrement plein d’acariens qui passent leur temps à manger la peau qui me tombe du crâne, et à faire leurs petites crottes d’acariens partout dans mon oreiller.
Beeerk, moi je veux pas de ça dans ma chambre ! À la machine, le linge de lit !

Avec la petite fraîcheur ambiante, ça semblait compromis de les faire sécher au grand air, comme le faisait ma maman quand j’étais petit. Au diable l’avarice, j’ai donc pris deux euros pour aller les foutre dans les séchoirs de la laverie d’en bas.
Comme j’y suis allé un lundi, j’étais presque le seul occupant des lieux, à part un petit vieux tout glauque qui regardait tourner ses gilets et ses maillots de corps en faisant des mots fléchés, et que j’ai ignoré comme il se doit.

Tous les sèche-linge étaient vides, je n’avais que l’embarras du choix.
J’ai fini par me décider sur un, même si faire des choix, c’est un combat de tous les instants. Je suis retourné à la centrale pour payer. Je tape le numéro de ma machine, un euro, pour un premier cycle, et on recommence, re-numéro, re-un euro, parce que sinon ça sèche mal (les enculés, ils pouvaient pas faire des séchoirs plus puissants ?).

Déjà prêt à retourner chez moi en attendant que ça soit terminé, j’ai jeté un coup d’œil vers les machines, pour dire au revoir à mon linge. Dépité, j’ai regardé le séchoir d’à côté se mettre à tourner, pendant que mes draps restaient désespérément immobiles.

Je suis aussi quelqu’un de très distrait.

Commentaires
7 Commentaires »
Catégories
non, rien

Hand in my pocket

6 novembre 2008

Ca fait plusieurs années que je vis une relation torride et passionnée avec ma veste en cuir. Je l’aimais quand je l’ai vue, toute neuve et encore brillante dans le magasin, à peine arrachée du dos d’un buffle innocent, et je l’aime encore maintenant, beaucoup moins neuve, toute patinée sur mes robustes épaules.
Ma première veste d’adulte, merde, c’est quasiment un dépucelage !

Comme je l’aime à la vie à la mort, je veux partager plein de trucs avec elle, alors je la traîne partout où je vais. Elle m’a suivi à Prague, Copenhague, Londres, Paris, Maisons-Alfort, et même au bout du monde, tout là-bas en Seine-et-Marne.
Elle ne m’a tenu chaud aucun hiver, mais je l’ai quand même gardée. Elle m’a fait suer comme un porc plusieurs étés, mais je ne l’ai pas rangée (enfin si forcément, au dessus de quinze je sors à moitié à poil tellement j’ai chaud, donc je vais pas mettre un blouson tout l’été, mais je l’ai portée le plus possible, quoi).

Je l’ai emmenée chez mes parents, chez tous mes plans cul, elle m’a servi de couverture au cinéma, et de serviette pour m’allonger dans l’herbe (parce que sinon y’a plein de petites bêtes qui piquent et c’est désagréable).
Parfois, je me dis que je pourrais porter autre chose, de temps en temps, surtout que j’ai trois miyards d’autres manteaux (ou alors juste trois, je confonds toujours) dans mon placard, qui ne servent à rien d’autre qu’à prendre de la place.
Mais non, pas envie, les autres ils sont moches.

Son seul problème, c’est qu’elle supporte mal l’utilisation que j’en fais. Pourtant mes parents m’avaient prévenu : il ne faut pas mettre ses mains dans ses poches, parce que tu as les mains acides, petit David, et ça attaque le tissu !, ou un truc dans le genre.
Et moi, mon seul problème c’est que je n’apprends jamais.

Je l’avais emmenée une première fois chez le couturier, quand la poche gauche commençait à donner des signes de faiblesse :

- Bonjour monsieur le retoucheur, vous pouvez réparer mon manteau s’il vous plaîîît ?

- Mais bien entendu mon enfant, ça fera vingt euros.

- Oh pitaing, pour une poche ? Mais euh, vous vous touchez, un peu, non ?

- Non non. Je me retouche, ha ha ha !

- … Ok, vingt euros et vous vous taisez (le salaud, il avait tout prévu).

Mais là, quand la même poche est morte à nouveau, bientôt suivie par la droite, puis par la poche intérieure, je me suis dit que ça n’était pas possib’. Non, il n’est pas question de retourner chez ce voleur, cet incapable dont les réparations tiennent à peine un an !

J’ai alors eu l’idée du siècle : recoudre moi-même ces putains de poches de merde.
Grâce à mes tendances kleptomanes, j’ai piqué les nécessaires de couture de tous les hôtels où je suis passé, je suis bien équipé, ça va. Et puis j’ai assez regardé Cendrillon et Enchanted, ça n’a pas l’air bien compliqué de rapiécer un vêtement.
Le plus difficile, ça a été de trouver des souris et des oiseaux doués avec une aiguille et assez aimables pour m’aider.

En fait ouais, ça a été tellement difficile que j’ai dû me débrouiller tout seul.
Je me suis ainsi rendu compte que ça n’est pas si facile, la couture -d’ailleurs je ne vois pas trop pourquoi on présente ça comme un métier féminin, je n’ai jamais autant pissé le sang qu’en maniant les aiguilles.
Parce que oui, j’ai voulu faire mon kéké : oh nooon, j’ai pas besoin de dé à coudre, c’est pour les mauviettes, ou pour faire joli dans Peter Pan, moi je suis plus malin que ç… AAARGLAïE !
Alors, je suis sagement allé voir la dame du rayon mercerie d’Happy Time, et j’ai acheté un protège-doigt.
C’est ainsi qu’à l’inverse de Pénélope, j’ai pu achever mon ouvrage, et retrouver l’usage de mes poches. Quel bonheur de pouvoir y remettre les mains, et mes clefs, et tous ces trucs que je n’osais plus y ranger parce que ça risquait de les abîmer !

En plus, je me suis rendu compte que j’étais plutôt doué, pour la couture. Alors si jamais je me fais virer de chez Happy Time (un jour, ils vont se rendre compte que je ne fais rien et que je le fais mal), je pourrai toujours me reconvertir dans la retoucherie.
Ouais, c’est ça.
Plus jamais.

Commentaires
2 Commentaires »
Catégories
non, rien

C’est l’intention qui compte

28 octobre 2008

Le premier jour où j’ai pris mes fonctions au Défouloir Pour Clients (à la bonne époque où j’avais encore un job rigolo), j’ai découvert la femme la plus géniale du monde : Fantine. C’est un peu la collègue dont j’avais toujours rêvé : adorable avec tous, drôle, assez bavarde pour que je n’aie pas à parler -mais pas au point de devenir soûlante, un peu fille à pédés sur les bords (forcément, en bossant à Happy Time…), et qui n’est pas du genre à faire profiter le monde entier de ses problèmes.

Parce que oui, Fantine a des problèmes : elle est pauvre (quelle horreur), au point de devoir vendre ses affaires quand elle veut s’acheter un livre, elle ne connaît que des cas sociaux : “alors ce week-end je vais voir une copine parce que son mari l’a quittée en emmenant les enfants quand il a appris qu’elle avait la mucoviscidose, et son chien a tué son père parce qu’il avait la rage” (le chien, pas le père), elle a une situation familiale désastreuse, toute seule à élever ses deux enfants dans un appartement qui prend l’eau, et pourtant, elle arrive à parler de tout ça en rigolant, sans s’apitoyer sur son sort.
Ce qui ne l’empêche pas si le cœur lui en dit de s’effondrer en larmes quand elle rentre chez elle, du moment qu’elle est sympa au boulot, le reste on s’en fout.

Je l’aime Fantine, j’en ai un peu fait ma maman de substitution. D’ailleurs, j’ai décidé qu’à partir de dorénavant, quand ça n’ira pas avec ma mère (la vraie), c’est Fantine que j’engueulerai.
Et comme elle remplace mon ancienne maman toute vieille toute moche, c’est à elle que je rapporte des cadeaux de vacances.

En partant à Londres -ouais, j’ai emmené mon iPhone visiter le pays de Doctor Who et de Blur, il a trouvé ça beau-, je savais exactement quoi lui rapporter : un jour, au détour d’une conversation, elle avait raconté bien aimer certains jeux de cartes… très particuliers, et qu’elle essayait d’en avoir un de chaque pays, elle trouvait ça rigolo et instructif.

Hmmm.
C’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, me suis-je immédiatement dit, en hochant la tête avec un sourire satisfait.

Avant le départ, je l’avais donc noté en énorme et en rouge sur notre programme : ” ACHETER LE CADEAU POUR FANTINE !”, juste au dessus de “se bourrer la gueule à la bière dans un pub en jouant aux fléchettes avant de vomir nos fish’n chips parce que la bière c’est dégueulasse” et “voler les joyaux de la couronne”.
Lapin était prévenu : on ne quitterait pas le sol anglais avant d’avoir trouvé ce putain de jeu de cartes. Fantine aurait son cadeau, dussions-nous mourir en le cherchant.

On s’est donc méthodiquement tapé tous les magasins de jouets qu’on a trouvés, les vieux marchands de jeux poussiéreux de Camden Town, qu’on dérangeait pendant qu’ils mangeaient leur pomme, les vendeurs de tarots, les diseuses de bonne aventure et les montreurs d’ours : on a fait chou blanc à chaque fois.
Même dans les petites boutiques qui ne vendaient que des jeux de cartes.
Pourtant j’étais certain du nom (et de ma prononciation), mais il a fallu se faire une raison : ce genre de jeu n’avait certainement pas survécu à cette salope de game-boy, aux pokémons et compagnie.
Ah, d’mon temps on savait s’amuser, gamin…

Fatalement, de Tour de Londres en chatouillage de Garde Royal, le jour du départ a fini par arriver.
On s’est alors dirigés vers la gare, en rampant sur les coudes et en pleurant, pour se faire pardonner notre incapacité à remplir toutes les missions de notre carnet de voyage (oui, bon, quelque part c’était mes échecs, car mes projets, mais je n’aime pas expier seul).
Comme le train ne partait pas tout de suite, on s’est accordé une petite pause dans notre pénitence, après avoir passé la douane.
Pause que j’ai mise à profit pour aller faire un petit tour chez le marchand de journaux, parce qu’en voyage je suis intenable, il faut que je bouge, tout le temps.

Et là, coincé entre une Magic 8 Ball (qu’on a aussi passé toutes les vacances à chercher) et un paquet de beef jerky, sur quoi je tombe, éclairé d’une lumière divine ? Exactement ce que je cherchais, le cadeau de Fantine, dans toute sa splendeur, comme elle et moi l’avions rêvé d’un commun esprit.

Je l’ai pris, j’ai payé mes trois livres cinquante, et je suis retourné m’asseoir.

Une fois rentré à la maison, je me suis rendu compte de ce que j’osais rapporter. Euh… Mais c’est de la merde, un peu ? Pire que si je lui avais rapporté un ticheurte “Someone went to London and all I get is this lousy t-shirt”, ou pire que la carte postale qu’on a envoyée…

Alors l’autre jour, pendant qu’on se baladait dans Paris, on a fait un petit détour par Happy Time, parce que ça serait moins la honte de lui offrir un jour où je ne bossais pas (au moment où je l’ai pensé, ce plan avait l’air très logique).
On est rentrés dans le magasin, Fantine était là, bisou ça va, oui j’étais en vacances, ha ha, et j’y suis encore, c’est pour ça que je viens…
J’ai plongé la main dans mon sac, très vite comme on enlève un sparadrap, pour en sortir le souvenir.

Et les bras tendus en avant, comme si j’apportais la myrrhe à l’enfant Jésus, je lui ai offert son cadeau :

-Tiens… On t’a rapporté un jeu de sept familles…
Commentaires
3 Commentaires »
Catégories
non, rien

« Entrées Précédentes


Blogroll

  • Antoine
  • Coquecigrue*
  • Cosmic Teddy
  • Delicious
  • Gai Luron
  • Garoo
  • Jérômeuh
  • Le blog de Ced
  • Le Nico Blog
  • Maeren
  • Monsieur le Chien
  • Pasfolle
  • Patapouf
  • PostSecret
  • Surimi Bleu
  • Theopiscence
  • Vie de merde

Archives

  • mars 2010
  • janvier 2010
  • novembre 2009
  • octobre 2009
  • août 2009
  • juillet 2009
  • juin 2009
  • mai 2009
  • avril 2009
  • mars 2009
  • février 2009
  • janvier 2009
  • décembre 2008
  • novembre 2008
  • octobre 2008
  • septembre 2008
  • août 2008
  • juillet 2008
  • juin 2008
  • mai 2008
  • avril 2008
  • mars 2008
  • février 2008
  • janvier 2008
  • décembre 2007
  • novembre 2007
  • octobre 2007
  • septembre 2007
  • août 2007
  • juillet 2007
  • juin 2007
  • mai 2007
  • avril 2007
  • mars 2007
  • février 2007
  • janvier 2007
  • décembre 2006
  • novembre 2006
  • octobre 2006
  • septembre 2006
  • août 2006
  • juillet 2006
  • juin 2006
  • mai 2006
  • avril 2006
  • mars 2006
  • février 2006
  • janvier 2006
  • décembre 2005
  • novembre 2005
  • octobre 2005
  • septembre 2005

Catégories

  • au boulot
  • cinéma tchi tcha
  • dehors
  • l'avenir
  • la famille addams
  • la luxure
  • la musique
  • la technologie
  • les études
  • les jeux
  • les voisins infernaux
  • ma télé et moi
  • mon nombril
  • non, rien
  • une page de publicité