Procellus

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L’effet papillon

Il paraît que j’écris mal. Moi, je n’en crois rien.
De toute façon, même si c’est vrai (et je ne dis pas que ça l’est !), c’est la faute de mon grand-père, qui un jour a déclenché une réaction en chaîne aux conséquences désastreuses.
Ca date de quand j’étais petit. J’allais dormir tous les mardis soirs chez mes grands-parents, pour une raison qui avec le recul m’échappe totalement. C’était chouette, Pépéprocellus venait me chercher chez ma mère, on prenait le bus jusqu’à Porte Maillot, où on s’arrêtait un moment pour taper la discute avec les putes, parce qu’un bon réseau social, ça se travaille très jeune. Et ensuite, on prenait le métro jusqu’à chez eux.

C’est là que tout s’est joué.
Impatient d’avoir le petit-fils le plus brillant de tout l’univers, du monde et de la galaxie, mon grand-père s’était mis en tête de m’apprendre à lire avant l’âge règlementaire, en me faisant décrypter le nom des stations. Les premiers mots que j’ai su lire ont donc été “Argentine”, “Les Sablons”, “Sully-Morland” (oui, on finissait sur la ligne 7)…
Des trucs relativement faciles à réutiliser dans la vie de tous les jours, c’est vrai.
Ca a été long et dur, mais le jour où j’ai réussi à déchiffrer correctement “Franklin Delano Roosevelt”, Pépéprocellus a déclaré que ma formation était terminée, et qu’il était trop balèze de m’avoir appris tout seul comme ça (mon exploit à moi, on s’en foutait un peu du coup, salauds d’adultes).

Je suis arrivé en CP tout fier de mon savoir, même que j’avais plein de copains dans la classe que j’impressionnais trop, ouaiche, vous voyez les mecs, dans cette case Babar il dit “Bonjour”.
Alors on m’a fait partir directement en CE1, comme je savais déjà lire ça servait à rien que je reste là à perdre mon temps avec ces têtes de cons qui voulaient me retenir avec eux dans la fange. Je me suis donc retrouvé dans une classe du 93 où tout le monde faisait une tête de plus que moi, à devoir faire des devoirs, alors qu’avant, en CP, quand je rentrais je pouvais me coller devant la télé et regarder Flipper le dauphin et profiter de mon insouciante jeunesse.
Heureusement, un mois après mon changement de classe, la maîtresse s’est mise en grève, pour protester contre plein de trucs, Mitterrand salaud, le peuple aura ta peau, tout ça tout ça, et on ne l’a plus jamais revue.
Je n’ai plus jamais eu d’année scolaire aussi courte…

Ensuite, ma mère a déménagé vers une banlieue moins trash, les Hauts de Seine, c’est quand même plus glamour. Et je me suis retrouvé en CE2 avec une maîtresse un peu vieille France, qui nous forçait à écrire au stylo plume et nous donnait des coups de règle sur les doigts quand on osait moufter, aïeuh.

En bon gaucher, je passais mes journées à consciencieusement étaler l’encre sur mes feuilles au fur et à mesure que j’écrivais. C’était laid. J’avais des vieilles notes à cause des gros pâtés que je faisais.
Et mes effroyables malheurs écritoires ne s’arrêtaient pas là, que nenni ! J’ai passé je sais pas combien de samedis à faire des lignes, parce que soi-disant que j’écrivais comme un sagouin, que mes lettres ne ressemblaient à rien, que je méritais le bûcher pour oser faire des trucs aussi moches et appeler ça de l’écriture.
Mais c’était pas ma faute ! On m’a privé de cours d’écriture en CP et en CE1, à cause de mon grand-pèreuh d’abord madame ! :(

Elle a insisté, m’a travaillé au corps pour que je fasse des lettres bien rondes comme elle voulait, avec des boucles sur les L, des pleins et des déliés sur les majuscules, mais moi j’avais bien compris qu’elle voulait juste briser mon esprit, me retirer ma personnalité en m’empêchant de faire comme je le sentais.
Ses efforts ont été vains. Jamais je n’ai cédé à son odieuse dictature !
¡ Viva la revolución !

Pour se venger, elle avait dû mettre un mot dans mon dossier scolaire, pour dire à tous mes futurs profs de me reprocher mon écriture. Ca n’a jamais raté. Jusqu’à ma dernière année de fac, sur toutes mes copies, j’ai eu droit à du “soignez l’écriture”.
Moi je dis, allez tous vous faire foutre. J’écris bien. La preuve, c’est que j’arrive à me relire.

Enfin, en général.
Parce que le domino que mon grand-père -relayé par l’école primaire, n’ayons pas peur de montrer les coupables du doigt- a poussé en me forçant à apprendre à lire alors que mon heure n’était pas encore venue, me privant ainsi de cours préparatoires et élémentaires, n’en finit pas de faire tomber les suivants.
L’autre soir, à cause de sa petite lubie, je me suis retrouvé devant un interphone, incapable de relire le code que j’avais griffonné à la va-vite en partant de chez moi.

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Sache que je

Je ne sais pas combien de temps on a passé ensemble. Au bout d’un moment, j’ai eu l’impression que tu avais toujours fait partie de ma vie, partie de moi.
Bien sûr, notre relation était loin d’être rêvée, on n’a jamais rien fait d’autre que se détruire mutuellement. Mais tu as quand même réussi à faire de moi un homme changé : adieu l’alcool, les nuits trop courtes et mes habitudes alimentaires d’américain moyen.
Et avec toi, après nos joutes nocturnes, diurnes et entre les deux, je n’ai jamais eu envie d’aller frivoler dans les lits des voisins.
Tu as pris le dessus sur moi.
Des jours, des nuits à genoux pour toi, à gémir ma douleur.
À m’empêcher de vivre.

Il m’en a fallu des forces, pour réussir à te faire face.

Je ne sais pas qui a gagné, parce qu’on n’en sort jamais totalement indemne, mais un jour tu n’étais plus là.
Tu as laissé un vide en moi que j’ai cru ne jamais pouvoir combler.
Mais petit à petit, j’ai fini par reprendre le dessus. La vie finit toujours par reprendre le dessus (ils le disaient dans Jurassic Park, et bon sang ne saurait mentir).

J’ai presque compté les jours, à partir du moment où tu m’as laissé.
Tu m’auras accordé trois semaines.

Trois semaines de paix, de tranquillité, avant que tu ne reviennes, avant que je te laisse te faufiler dans mon intimité.
Je sais que tu ne liras jamais ces quelques lignes (et si tu le faisais, l’humanité vivrait sans doutes ses derniers instants), mais je te le dis quand même :

Crève, pute de deuxième seconde gastro, CRÈVE !

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Tu seras un homme, mon fils

Lundi, c’était mon anniversaire. Même que je suis devenu un homme. Ben ouais, c’est bien connu, à vingt-six ans on est un adulte, un vrai, qui n’a plus droit à son livret jeune, qui arrête de bénéficier du tarif gibier au sauna, et qui a les moyens de payer ses billets de train plein pot.
Un homme, quoi.

Pour célébrer mon entrée dans le monde des grands, Papaprocellus a décidé qu’il était temps de m’initier aux plaisirs de la vie. Alors en guise de cadeau d’anniversaire, il m’a payé une pute.

Nan, je déconne.
Comme ils me l’avaient promis, Lui et Marâtre m’ont payé un restaurant étoilé Michelin (enfin, juste le repas hein), parce que soi-disant qu’à force de me nourrir uniquement chez McDo et à ne manger que des knacki et du jambon purée, je tue lentement la grande tradition gastronomique de mon beau pays.
J’aurais bien répondu que j’en avais rien à foutre, mais bon, je voulais pas risquer de perdre ce repas chaud et gratuit.

Quand je suis arrivé chez Papaprocellus, avec mon sweat et mon vieux jean et mes baskets sales, il a eu l’air un peu surpris :

- Ah tu y vas habillé comme ça ?
- Ben oui, moi on m’a juste dit de venir, pas de venir bien habillé, pourquoi, ça va pas ?
- Non non… Ca ira, c’est bon…

Parce qu’en fait à l’origine, ils m’avaient juste dit qu’on irait dîner dans un restaurant vers chez eux où ils vont souvent, et c’est très rigolo, on mange dans des éprouvettes, certains plats font sortir de la fumée par le nez, et on boit de la tarte tatin. Ces enfoirés de leur mère la pute avaient omis de préciser qu’en plus c’était un truc de riches.

Jusqu’à ce que Marâtre rentre du boulot pour nous y emmener, tout s’est bien passé. Mais quand elle est arrivée, elle a demandé à Papaprocellus de se changer, parce que quand même, voilà quoi.
Du coup, je me suis senti tout bête. Elle m’avait rien dit, mais j’ai quand même essayé de justifier mes haillons :

- Moi on m’avait pas dit qu’il fallait être habillé, d’abord !

Grands seigneurs, ils m’ont assuré que ça irait très bien.
Mais dans la voiture, la drama queen qui sommeille en moi s’est réveillée en sursaut. Oh mon Dieu mais je vais être mal habillé et tout le monde va me regarder et ils vont me jeter des pierres et des oeufs pourris et je veux mouriiir arrêtez la voiture !

Il s’est avéré qu’ils avaient raison. Je me suis rendu compte que je pouvais être dans une salle remplie de pépés en costumes cintrés et de bourgeoises assorties, porter un pull Gap moche et en sortir indemne. De toute façon le troisième âge, avec leur cataracte ça fait un moment qu’ils ne remarquent plus ce que portent les autres.

Le reste de la soirée a été assez anecdotique. Il a juste fallu un temps d’adaptation pour s’y repérer et choisir les plats, entre “Passion violente d’une Pintade de l’Allier servie tendre, émulsion d’un gratin Dauphinois et tuile de riz cassante”, “Saveur assoupie d’une Poitrine Pincée de moutarde de Charroux son et parfum d’un ‘chou mandarine’ combiné de Jambon Ibérique” et autres “Volcan éteint d’une pêche au Cassis surmonté d’un nuage de menthe glaciale”.
Moi aussi plus tard je veux faire ça comme métier, inventeur de noms à la con pour dire “du poulet”, “du jambon” et “de la glace” !

De dégustation de mini-plat en dégustation d’autre mini-plat, avec un garçon tout crispé (sûrement à cause du balai qu’il avait avalé) qui nous rappelait solennellement ce qu’on avait choisi avant de nous laisser y goûter, on est vite arrivés au dessert.
L’avantage de ce genre d’endroit, c’est que j’avais pas besoin de me demander toutes les cinq minutes si tous les serveurs n’allaient pas arriver en chantant “joyeux anniversaiiire” en portant le gâteau. La maison n’offre pas ce genre de triviale démonstration (et c’est tant mieux).

Je me suis demandé s’ils allaient quand même me donner mon cadeau à ce moment là, vu que je ne l’avais pas eu à l’apéritif.
Ca allait sûrement être un truc super cher, parce qu’il ne prenait pas beaucoup de place, sinon je l’aurais remarqué dans leurs affaires à l’un ou l’autre, quand on était arrivés.
Mais non.
Bah, ils me le donneront peut-être si je les laisse monter quand ils me raccompagneront ?

C’est quand ils m’ont laissé en voiture en bas de chez moi, en me souhaitant une bonne nuit et encore un joyeux anniversaire que j’ai compris.
Je les ai bien remerciés pour le resto, et je me suis senti vieux, vieux, mais vieuuux !
Alors ça y est, je suis arrivé à cet âge où on arrête de m’offrir des vrais trucs, genre le château Playmobil ou le bateau des pirates Lego ? Maintenant que je suis vieux, on ne m’offre plus que des souvenirs, des instants, des cadeaux d’adulte dont je n’ai que foutre ?

Heureusement, mes deux parents ne sont pas comme ça. Une fois passé le choc de cette intense déception, je suis sorti du caniveau où j’étais tombé à genoux, hurlant à la mort contre ce triste destin, et je suis rentré chez moi.
Là, je me suis jeté sur la DS que Mamanprocellus m’a offerte, et j’ai attrapé des pokémons jusqu’à ce que je me mette à rajeunir.

Ca n’a pas marché.

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La bouche de Procellus


La bouche de Procellus est très jolie. Ca tombe bien, parce qu’une jolie bouche, c’est important.
Ca permet d’avoir un joli sourire qui plaît aux jolis garçons, et de leur dire ce qu’ils veulent entendre pour pouvoir ensuite leur faire plein de trucs, toujours avec la même bouche (mais pas uniquement).
Et après ça permet de leur dire de dégager, une fois qu’on en a terminé.
Ah ça oui, la bouche c’est important.

Et en ce moment j’étais ennuyé, parce qu’avec mon problème d’incisive, ma bouche de Procellus perdait un peu de son pouvoir.
Ceux qui suivent, qui ne sont rien sans moi, qui seraient prêts à mourir ou tuer pour avoir de mes nouvelles, et qui ont pour un instant arrêté de travailler à la statue en marbre qu’ils m’érigent pour pouvoir lire ces quelques lignes, ceux-là savent que mardi dernier, j’avais rendez-vous avec mon bourreau stomato.

Fin décembre, je m’en moquais grave, peuah, je dois y aller le quinze janvier, et il va m’ouvrir la gencive comme un livre, j’ai le temps, n’y pensons pas !
Début janvier, pareil.
Jusqu’à ce que je me rende compte qu’en fait, le quinze janvier c’était dans deux semaines, une semaine, six jours, cinq quatre trois demain.

Le quinze, c’était donc un mardi. Le lundi soir, je me suis couché les larmes aux yeux, en sachant que c’était ma dernière nuit dans ce monde. Ca m’a au moins permis de voir ce que ressent un condamné à mort, et de me rendre compte que si je devaiiiis… mouuuriiir demaiiin…!, je passerais ma dernière journée à tourner en rond, à me dire que je veux pas ouin au secours, et à me goinfrer de trucs qui se croquent parce que demain ça sera fini.

Le mardi matin, j’ai relu la feuille d’instructions : “le soir suivant l’opération, ne mangez que des aliments froids et mixés”. Je suis donc allé m’acheter des yaourts liquides et des petits pots pour bébés, tant pis je les mangerai froid, de toute façon même chaud c’est dégueulasse, et puis je serai mort alors quesse j’en ai à fout’.

Ensuite, j’ai pris un demi Lexomil, on va manger un dernier MacDo avec Quelqu’un, et je m’en vais vers les Havres Gris.
Là j’ai pu me rendre compte que le Lexomil ça vaut rien c’est trop d’la merde, ça donne envie de dormir, mais ça n’empêche absolument pas de stresser, ni d’avoir l’esprit qui va à 200 à l’heure dans toutes les directions à la fois.

En plus ce salaud a fait exprès d’avoir une demi-heure de retard, pour me laisser appréhender tout ce que je pouvais, j’en suis sûr je le sais je l’ai vu à ses yeux.
Sur le fauteuil, l’angoisse me donnait envie de vomir, alors je lui ai avoué que j’étais un peu nerveux. Avec Acrylique, ils ont fait deux ou trois blagues pour me détendre :

- Oh, Acrylique, venez voir un instant mon petit?
- Oui me voici Docteur, que se passe-t-il ?
[Prout]
- Héhéhé ! Hein, la mouche qui pète, hin hin hin !
- Ha ha ha, qu’il est con !

D’ordinaire, j’aurais pu trouver ça drôle, mais là, savoir que dans quelques minutes il allait m’ouvrir la gencive comme un livre pour la gratouiller jusqu’à l’os, ça inhibait un peu mon sens de l’humour.
Quand ils ont eu fini leur déconne, le doux visage d’Acrylique s’est penché au dessus de moi, et elle m’a collé un champ opératoire sur la figure. C’était pratique, comme ça je pouvais rien y voir.
Mais deux précautions valent mieux qu’une, j’ai quand même fermé les yeux.

Je l’ai senti approcher, avec sa seringue. Il m’a fait la piqûre, m’a caressé la gencive et m’a annoncé fièrement que j’étais anesthésié.
Ensuite… ben ensuite rien en fait.
L’anesthésie a fonctionné (heureusement), je n’ai pas trop senti ce qu’il faisait. À part les vibrations et les bruits. C’est ça le pire, dans ce genre d’opération.

Alors je suis rentré chez moi, j’ai mangé mes petits pots dégueulasses, ma Häagen-Dazs super bonne, toujours sans rien sentir, me réjouissant de la semaine d’arrêt de travail sans douleur qui s’offrait à moi (parce que c’était sympa d’être arrêté une semaine pour la gastro, mais passer quatre jours à vomir, c’était pas super fun).

Bon bien sûr, les fils (et le possible abcès) me gênent un peu, et comme je ne peux pas jouer avec ma bouche et les garçons, je suis obligé de m’occuper en repeignant ma chambre, mais c’est pas grave, parce que bientôt, la bouche de Procellus ça sera de nouveau la plus belle.

Bientôt, parce que pour l’instant, la bouche de Procellus, c’est ça :

Bon appétit bien sûr.

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La fin de ma fin

Je sais pas si vous êtes au courant, mais en ce moment je me traîne une gastro de sa mère la pute.
Oui, ça fait cinq jours que ça dure, je déteste faire les choses à moitié.

L’avantage quand on est malade, c’est qu’on peut régresser à mort, on a le droit, on est souffrant !
Comme ça, j’ai pu passer trois jours vautré dans le canapé à me goinfrer de Picsou Mag’ et autres Pif Gadget, même que c’était bien.
Ca a été un peu la honte à la librairie, surtout qu’ils avaient pas de sac, donc j’ai dû emprunter un gosse (faudra penser à le rapporter) depuis la sortie de l’école jusqu’à chez moi, pour faire croire que c’était pour lui.

Quand on est malade, c’est aussi l’occasion de se faire dorloter par ses parents.
Mais bon comme je suis indépendant et contagieux (surtout), ça s’est fait par téléphone.

Avec Mamanprocellus, ça a été tout en cajolades et en bons conseils, “oh mon pauvre lapinou en sucre, je suis désolée, tu sais ça ira mieux demain…”.
Avec Papaprocellus, c’était plus viril, et toujours la petite pointe de reproche voilée : “ah, une gastro ? C’est parce que tu ne t’es pas lavé les mains (nananère) !”.

Et Mamanprocellus a aussi eu cette petite phrase, comme quoi avec les maladies virales, on ne commence à vraiment guérir qu’à partir du moment où on a contaminé quelqu’un d’autre.

Alors j’ai mis en pratique tout ce qu’ils m’ont dit.
Hier, je suis allé à la piscine.

Ca m’a coûté trois euros, mais j’ai consciencieusement léché toutes les poignées des cabines et les portes des casiers, en me disant que ça serait bien le diable que personne aille se mettre les mains à la bouche après avoir ouvert une de ces portes.

Ben c’est drôlement efficace, parce que moi, ça va déjà beaucoup mieux.

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Comment maximiser son potentiel de loser

Parce que oui, être un loser commun (pouah), c’est facile, il suffit de se laisser être soi-même, et en général le reste suit tout seul. En tout cas, pour moi ça marche comme ça, et même un peu trop bien.
Mais pour célébrer la nouvelle année, allez, une de plus, ouais, j’ai décidé de repousser les frontières, de diriger une exploration vers des contrées inexplorées, en route pour la Terra Incognita de la lose !

D’abord, il a fallu attendre le moment propice, l’instant où un signe mystérieux indique que ça y est, c’est maintenant, une autre opportunité ne se représentera peut-être qu’avec le prochain alignement des planètes, dans mille ans ou un truc dans le genre.

Pour moi, ça a été la gastro du mercredi soir. À genoux devant mes toilettes sur le coup de deux heures du matin, je me suis dit qu’il ne fallait pas laisser passer ma chance, c’est pas mon style.
Une fois ma petite affaire terminée, je suis retourné me coucher, en espérant que ça irait mieux demain (forcément hein).

Le lendemain matin, on ne peut pas dire que j’avais été exaucé. L’odeur de mon gel douche me filait la gerbe, pareil avec les vibrations de mon corps en marchant. J’étais ce que dans le jargon médical on appelle : une merde ambulante.
Et c’est là qu’entre en action le plan “loser maximum”.

J’aurais pu appeler mon boulot pour leur dire “oui c’est David, je crois que ça va pas être possible aujourd’huuuargl”, et n’être qu’un loser ordinaire, cette moitié de la France qui n’a pas survécu aux fêtes et qui va passer deux jours à vomir tripes et boyaux à la maison.
Mais non, pas de ça Lisette ! Moi, j’ai décidé d’y aller quand même.
Ben oui, je les ai déjà prévenus que j’allais avoir une semaine d’arrêt à partir du 13, je vais quand même pas abuser hein, surtout en période de grimpage d’échelon…

Alors j’y suis allé.
Et j’ai tenu bon.
Je ne vomirai pas sur ce client, je ne vomirai pas sur ce client…
Ca va David ?
Oui oui, je ne vomirai pas sur ce client, je ne vomirai pas sur… Euh je vais aux toilettes je reviens…

Mon esprit à réussi à combattre mon corps assez longtemps. Tiens, on va regarder l’heure au fait, ça fait combien de temps que je tiens le coup ? Ah ouais, ça fait quand même une heure et demie… Je dois encore rester là pendant sept heures… Ca risque de pas le faire…

Deuxième opportunité de rentrer chez moi : je vais voir les chefs.
Euh dis, ça va pas très… [je deviens vert... ça passe] fort. Je pourrais aller… infirmerie… gastro…?

J’arrive à l’infirmerie, nouvelle chance de me faire renvoyer à la maison.
Après avoir manqué de déposer ma quiche en cadeau de bienvenue aux pieds de l’infirmière, je lui explique que je viens la voir pour une gastro.
Et je me suis retrouvé devant un croisement. À gauche, je repars vers chez moi, la civilisation, le Mac et la Wii. À droite, je pars explorer un peu plus la jungle noire de mon loser intérieur.

- …Alors si vous aviez quelque chose, parce que j’aimerais bien ne pas vomir sur un client, ou pire sur mon jean, parce que je l’aime bien…
- Tenez, prenez ça… Vous êtes sûr que ça va aller ? Vous avez vraiment pas l’air bien, vous voulez pas rentrer chez vous ?
- Non non, je vais essayer de tenir bon, avec le médicament ça devrait aller, merci madame l’infirmière !

Infirmière ? Mon cul oui, c’est le vil serpent tentateur cette femme, elle est là pour essayer de me détourner de mon noble projet, sale réactionnaire !

- Par contre pour votre bon de sssortie, il faut que je marque l’heure à laquelle vous allez retourner travailler… Il est 11h05, je vous marque cette heure là ? Ou vous voulez en profiter pour vous balader quelques inssstants ?

Arrière, vipère ! Tu ne m’empêchera pas de mener mon expédition à son terme, je serai le plus grand loser que je peux être !

- Oh non vous n’y pensez pas ? Je vais y aller directement, merci !

Et joignant le geste à la parole, j’y suis retourné, d’un pas lent, afin d’éviter au maximum les vibrations quand je pose le pied par terre. Ca va aller. Et puis j’ai un Spasfon sous la langue, je ne peux qu’aller mieux.

J’ai dû attendre dix minutes après m’être assis, pour que ledit Spasfon fasse effet. Et là, l’Enfer s’est déchaîné dans mon bidou.
J’ai quand même eu le temps de dire que je devais y aller, et de courir aux toilettes, brisant au passage deux ou trois hanches artificielles à ces cons de vieux qui n’ont que ça à foutre, leurs courses le jeudi matin, hein ?

En revenant, je me suis avoué vaincu.
Je ne sais pas si je suis le meilleur loser qu’un homme puisse être, mais je sais que je ne peux pas tenir une minute de plus.
Alors je suis retourné voir les chefs, tout blanc, hagard, en demandant si je pouvais rentrer chez moi, finalement.

- Ah… Mais t’es sûr ?
- Haut-le-coeur

Face à mon silence éloquent, ils m’ont laissé rentrer.
Ensuite je suis rentré chez moi, je me suis couché, et comme tous les grands explorateurs de l’extrême, je suis mort des suites de mon exploit.

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It’s not a habit, it’s cool, I feel alive

Acheter des meubles, c’est mon dada. Dès que j’ai cinq minutes, je me jette sur les sites de vente en ligne. J’ai le catalogue Maisons du Monde en triple ou quadruple, et je fais bien attention à en laisser un exemplaire dans chaque appartement où je suis susceptible de revenir, comme ça, pour me rassurer.
Mais ça faisait un moment que je ne faisais plus rien d’autre que baver sur les vitrines ou me masturber en cachette sur la page centrale du nouveau catalogue Habitat, j’étais un peu frustré : “si t’as pas de thunes, t’achètes rien”, comme on dit par chez moi (non je rigole hein, personne oserait dire ça, par chez moi, c’est trop la honte).

Alors maintenant que je suis revenu à Happy Time et à mon salaire de ministre, tout a changé ! Je peux enfin renouer avec mon vice, yihaaa ! Pour fêter ma condition retrouvée de bourgeois capitaliste, j’ai fait comme tous mes camarades compagnons de fortune : je suis allé m’acheter un meuble au BHV, le paradis du truc honteusement cher.
À cette occasion, j’ai fait une découverte incroyable : on peut faire autre chose que niquer, ou piquer des trucs, ou pisser, au BHV, on peut aussi faire des achats, ouah, trop dément !

Une fois passé le choc de cette étonnante révélation, j’ai choisi un joli meuble en authentique imitation de teck véritable, disponible sous cinq jours dans leurs entrepôts (parce que ça va quoi, je vais pas en plus payer la livraison).
Super, c’est le délai idéal, ça va me permettre de ne pas m’impatienter, et ça laisse quand même le temps de se rétracter, parce que je suis très fort pour changer vingt fois d’avis, voire oublier que j’ai acheté quelque chose, quand on me donne un délai de livraison suffisant.

Au bout d’une semaine, toujours pas de nouvelles.
Je suis retourné les voir gentiment, bonjour madame BHV, oh bonjour mon petit garçon, voilà j’avais acheté un meuble et il est toujours pas là, ouin ouin, bouge pas mon enfant, on va regarder ce que dit la machine.
Et la machine a dit que tout était bon, il y avait juste eu du retard dans leurs livraisons. Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, mon meuble sera là et je pourrai venir le chercher.

J’ai encore attendu quelques jours avant de demander à Soeur Anne, ma Soeur Anne si elle ne voyait rien venir.
Ben non, toujours que dalle. Comme je n’ai que ça à foutre, je suis retourné les voir pendant ma pause déjeuner, qu’est-ce que ça veut dire, bordel de merde, il est où mon meuble, j’ai… euh, perdu mon papier de commande, mais je l’avais payé, d’abord, hein !
On re-redemande à la machine, c’t'à n’y rien comprendre mon bon monsieur, on est désolés, il va arriver dans les trois jours, on en attend à la prochaine livraison.

Cette sombre affaire a duré presque un mois, soit quasiment trente jours de pauses déjeuner avortées, pendant lesquelles j’ai dû expliquer mon problème à tous les vendeurs du rayon. Assis en tailleur autour de moi pendant que je racontais, ils ont tous trouvé cette histoire absolument palpitante.
Jusqu’à samedi dernier, où j’en ai rencontré un plus intelligent que les autres, qui s’est rendu compte qu’il y avait eu un cafouillage dans la machine, ma commande avait disparu dans un trou noir, vraisemblablement attaquée par un méchant vaisseau Goa’uld qui croisait dans les parages. Alors du coup il a refait le papier, et on me préviendra dès que ça sera là, allez salut.

Et le soir, quand je suis rentré, j’avais deux messages sur mon répondeur.
Ouaaah ! Deux personnes ont essayé de me joindre dans une même journée ! Victoire je suis populaire !

Le premier c’était ma tante, pour confirmer son invitation au repas de Noël chez elle, et là on s’en fout un peu.
Le second, c’était une voix ronchon, signe distinctif des vendeurs du BHV :

- Oui bonjour, c’est le BHV Rivoli (soupir excédé). J’vous appelle parce que vous aviez commandé un meuble là… Il est dans nos entrepôts depuis maintenant trois semaines, alors ça serait pour savoir si vous comptez venir le récupérer, un jour…? Merc…[clic].

Tout est là, pas besoin d’en faire plus.

Mais d’un autre côté : youhouhouuu !
Ca veut dire que dès demain, je vais pouvoir aller adopter mon nouveau bébé, et le ranger dans son nouveau foyer plein d’amour et d’affection, avant de l’oublier tellement il fera partie des meubles, ho ho ho, quel sens de l’à-propos.
Bon bien sûr, à l’époque où je l’ai commandé, j’avais pas prévu de devoir le transporter tout seul dans le métro, mais vu qu’entre temps Quelqu’un en a choisi un autre, maintenant il peut crever pour que je le laisse m’aider, d’abord nan mais oh.

Et comme ça, il sera bien attrapé quand il saura à quel point j’en ai chié comme un Turc avec un meuble presque en teck sous le bras, dans les rues de Vincennes, alors qu’il y a plein d’échafaudages sur les trottoirs et qu’on risque une mort certaine à chaque coin de rue.

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David chez le Grand Inquisiteur (2/2)

Quand il est entré dans la salle d’attente, je me suis jeté par terre et j’ai agrippé sa jambe, en hurlant et pleurant, pour le supplier de me laisser la vie sauve, que oui, j’avouerai ce qu’il voudrait, que j’abjurai ma foi en Belzébuth, son Dieu sera mon Dieu, et que je méritais le bûcher ou la lapidation, mais pitié me décollez pas la genciiive !
Il m’a traîné comme ça jusqu’à la salle de soins, grande au moins comme deux fois mon appart.

Mais il s’y connaît en torture, il sait que le pire c’est l’anticipation.
Alors avant de passer à l’acte, on va s’installer au bureau, “pour faire connaissance”. Il appelle la secrétaire, même qu’au début j’ai compris qu’elle s’appelait Acrylique (mais en fait j’avais mal entendu) pour remplir le dossier.
Ils se font des petites blagues, “Oh docteur vous m’avez parlé ?” “Ah non mon petit, nous n’avons plus rien à nous dire, ho ho ho”, en oubliant que de l’autre côté du bureau, il y a un mec au bord de la syncope, dont le stress est en train de déborder de partout.

Et puis il a demandé :

- Allez, on y va ? (Je vais vous décoller la racine, mouhahaha !)

Sauf que c’était pas vraiment une question, hein. Acrylique s’est pudiquement éclipsée, sûrement parce que la violence de la scène suivante risquait de heurter ses yeux délicats, et je suis allé m’installer dans la chaise.

C’est rigolo, parce qu’au moment où je me suis assis, j’ai arrêté de paniquer.
Ca y est, le supplice de l’attente est fini, les dés sont jetés, on peut plus rien faire, j’ai plus qu’à me laisser aller et me diriger vers la lumière.
C’est en train d’arriver, je peux enfin souffler.

J’ai fait ce qu’il disait, bien ouvert, fermé, fait claquer ma mâchoire et tout.
Ensuite, comme un pâtissier aveugle qui aurait perdu son alliance dans la pâte à pain et qui malaxe bien partout pour essayer de la retrouver au toucher, il m’a inspecté les gencives avec les doigts.

Après il a retiré ses gants et il m’a fait la même chose, au niveau du cou, toujours avec sa délicatesse d’étrangleur d’ours à mains nues, pour voir si j’avais des ganglions.
J’en avais pas. Yay moi.
Alors je me suis dit qu’on allait passer aux choses sérieuses.

Sauf que non.
On s’est relevés, il a appelé Acrylique et on est repassés au bureau.

C’est là que j’ai compris comment il faisait pour être autant pété de thunes. Acrylique m’a donné ce joli papier :


(On admire la photo de mon stomato qui s’aime et qui n’a pas peur de donner des convocations ridicules, qui ressemblent à une invitation à l’anniversaire d’une petite fille !)

Et en échange de mon rendez-vous dans un mois et demi, ils m’ont pris cinquante et un euros.
Quand même.

Bien sûr, comme madame Sadique, il m’a bien réexpliqué en quoi l’opération allait consister :

- On vous ouvre la gencive, un peu comme un livre (là il attrape et ouvre un livre, parce que la simple description n’était pas assez imagée)…

Après je sais pas, j’ai arrêté d’imprimer quand ma gencive est devenue un gros bouquin ouvert.

En sortant de là, j’étais encore un peu sous le choc. Un peu comme la fois où j’avais été attaqué au couteau dans le RER, “woah, ça vient vraiment de m’arriver ?”.

Alors pour me détendre, j’ai lu le papier que m’avait donné Acrylique, pendant que les papillons dans sa voix me disaient de c’était une petite opération de rien du tout, limite s’il allait pas venir me faire ça entre le fromage et le dessert.

D’abord, c’est pas nécessaire de venir à jeun. Cool !
Il faut prévoir une petite semaine d’arrêt de travail. Ah. C… Cool…?
C’est mieux de se faire accompagner par quelqu’un. Ah ben oui, ça doit vraiment être une petite intervention de rien du tout alors (en plus c’est ballot que j’apprenne ça alors mon Quelqu’un vient de décider que maintenant il préférait être l’accompagnateur d’un autre, franchement).

Mais dans quoi je suis en train de mettre les pieds ?!

Surtout que je me retrouve à la case départ, avec mes angoisses et mon infection.

Sauf que là, au lieu de stresser une petite semaine à l’avance parce que j’ai eu un rendez-vous au pied levé suite à un désistement (tu m’étonnes !), je vais avoir jusqu’au quinze janvier pour y penser, donc plus d’un mois et demi de pure terreur abjecte et grandissante.
Et il va falloir rester motivé jusque là.

C’est vraiment pas gagné.

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Les métiers que j’ai voulu faire

Je ne pourrai jamais assez remercier Jérôme de m’avoir passé le relais… Je vais donc me contenter de le haïr bien chaleureusement.

Alors, quand j’étais petit, en bon gosse de la télé nourri à Cat’s Eye (signé Cat’s Eye ! Tin tin tin !), je voulais être voleur. Je me voyais bien en train d’escalader les maisons, m’introduire chez les gens et leur piquer leurs trucs.
Et puis j’ai grandi, et on m’a expliqué que c’était pas légal, que c’était même moralement condamnable, alors j’ai un peu abandonné l’idée.
Enfin pas complètement, ça m’arrive encore quand je passe devant des maisons (ou des appartements hein, c’est juste plus facile avec une maison) de m’imaginer comment je pourrais les cambrioler.

Sinon, toujours à cause de la télé (et puis un peu de la lecture, faut pas croire hein, je suis cultivé aussi !), j’ai voulu être mousquetaire.
Avec mes cousines on jouait aux Trois Mousquetaires, et comme j’étais le seul garçon, j’étais toujours D’Artagnan.
J’aimais bien tuer la méchante Milady, récupérer les ferrets, avoir Constance à mes pieds, tout ça tout ça.
C’était un job pour moi…
J’suis pas né à la bonne époque, c’est ça le grand drame de ma vie…

J’ai aussi voulu faire magicien. Mais attention hein, pas prestidigitateur, à faire des tours de tarlouze en sortant des pigeons d’un chapeau, non, moi je voulais être un vrai magicien, comme Willow (à l’époque, c’était le nain, pas la lesbienne) ou Miss Tick (on a les références qu’on mérite).
Un jour, j’ai testé mes pouvoirs.
Boulot suivant.

Un peu plus tard (vers le lycée), quand je me suis rendu compte que la plupart des chansons qu’on entendait c’était de la merde, je me suis dit que moi aussi je pourrais être parolier pour chanteuses débiles, faire rimer “amour” avec “toujours” ou “secours”, et “chagrin” avec “lendemain”.
Mais en y réfléchissant, je me suis dit que si le monde acceptait sans broncher les Lorie, Magalie Vaé et autres Papa Pingouin, alors le monde ne me méritait pas.

Sinon, j’ai voulu être psy pour me faire un max de thunes en exploitant la misère humaine pour aider mon prochain grâce à euh… mes nombreuses qualités humaines. Si si, c’est vrai.
Alors je suis allé à la fac, qui a cet étonnant pouvoir de vous dégoûter de tout.

Et du coup maintenant, je ne sais pas quoi faire.
Mais bon.

En attendant de trouver, je passe le relais à Théo (à qui je rappelle en passant que j’existe), Niklas et Capt’n Alban Donné. Et aussi Delicious, mais il le fera pas, salaud.

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En voyant ça, vous vous dites…

1. Tiens, David a essayé de se suicider ?

2. Il a combattu un Balrog à mains nues, forcément il lui reste des cicatrices.

3. Putain, mais comment on peut se faire ça en tombant dans un escalier ?

4. Hmmm, il est quand même bien monté pour le fist…

Eh bien, une seule de ces phrases est vraie.

Bon et si vous vous dites aussi que je suis une chochotte, c’est parce que j’ai attendu pour prendre la photo, à la base c’était plus impressionnant, quand la cicatrice me barrait la main dans toute la largeur. Mais bon, je me régénère trop vite pour être vraiment crédible…

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Révélation (4/4)

Finalement, Presquebonne abandonne tout espoir de parler, et la suite du coupage se fait dans un silence presque religieux, pour cause de salon vide.

Jusqu’au moment où elle est prise d’une crise d’allergie, et se met à éternuer : discrètement au début, puis de plus en plus fort, au point d’aller s’enfermer aux toilettes pour se lâcher un grand coup, vas-y chérie on t’entend pas, enfin si, grave, mais on va jouer aux sourds.

Elle revient et peut reprendre son activité.

Et moi, je reprends la mienne.
Parce que chez le coiffeur, ce que j’aime bien c’est mater dans le miroir. Regarder les filles d’à côté qui se font poser les bigoudis, ou les filles d’en face à qui on fait leur couleur qui sent la mort, ou essayer de compter mes reflets dans les deux miroirs qui se font face, et ça donne mal à la tête.

Mais là, il n’y a personne autour de moi, alors j’ai les yeux qui se baladent.

Jusqu’au moment où je me rends compte que ça fait bien cinq minutes que je suis en train de mater comme un porc les seins de Presquebonne.
Et plus j’essaye de ne pas regarder, forcément, plus je regarde. Pire que quand on dit à quelqu’un de ne pas se retourner, j’ai les yeux collés à ses roploplos.

C’est comme ça que je me suis rendu compte qu’en fait je suis hétérosexuel, oui parfaitement, c’est papa qui va être content.

Et en plus du coup, ça me permet d’élargir l’éventail des possibles avec Bombasse, maintenant qu’on joue tous les deux dans la même équipe…

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Révélation (3/4)

Et Presquebonne commence à me couper les cheveux.
Comme à chaque fois, elle essaye d’entamer la conversation. On a déjà eu droit aux vacances, où j’ai appris sans en avoir rien à foutre qu’elle partait voir sa famille au Cap Vert, aux études, où elle m’a forcé à parler (mais bon, avec sa mémoire de bûche, je n’ai pas eu trop de difficultés à innover, je n’ai eu qu’à répéter la même chose à chaque fois que je la voyais, pendant un an), et là aujourd’hui on attaque le boulot :

- Alors, vous ne travaillez pas aujourd’hui ?

- Ben non.

Je sens qu’il faut que je rajoute quelque chose, juste “non”, ça ne fait pas poli.

- Jamais le lundi.

Et on en reste là.
Une fois encore, l’esprit l’emporte sur la matière : je ne veux pas parler, elle se plie à ma volonté.
Je déteste faire la conversation en général, et encore plus chez le coiffeur, ça sonne faux, on n’a rien à se dire et ça risque de la déconcentrer, allons mon petit, on coiffe, on coiffe !

Peut-être que j’ai eu tort, si j’avais discuté, ça ne serait pas arrivé.

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Révélation (2/4)

En arrivant chez le coiffeur, je suis un peu surpris.
Ok, je suis tombé du lit ce matin et je viens très tôt, mais quand même, ça fait bizarre un salon désert où tout le monde a l’air de se faire chier, on se croirait à Happy Time !
Mais le plus bizarre, c’est qu’avec trois employés dans un salon vide, on me fasse quand même asseoir avec un peu de lecture pour patienter.
Je ne sais pas ce que j’attends, mais sagement et poliment, je l’attends. De pied ferme.

Comme il n’y a personne, Presquebonne (ma coiffeuse à moi qui a l’honneur de s’occuper de mes épis) vient dare-dare me chercher pour me shampooiner.

Et là, le doux rêve commence, parce que Presquebonne est la championne, la reine, la déesse du massage du cuir chevelu pendant le shampooing.

Le problème à chaque fois, c’est que c’est super agréable, mais je ne sais pas comment réagir : soit je me donne une contenance, je reste de marbre et elle pense que ça me plaît pas et elle le fera plus jamais, ou alors je me laisse aller, j’y vais à fond : je ferme les yeux, je gémis de plaisir en m’enfonçant les ongles dans la cuisse pour pas me mettre à crier comme Meg Ryan au restaurant, et là c’est un peu la teu-hon.

Du coup je dois avoir un air entre les deux, les yeux plissés sans qu’elle comprenne trop le message que je veux faire passer.

Après, on est passés à la coupe.

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Révélation (1/4)

Pour lutter contre la déprime du moment (c’est quand même un long moment…), il n’y a qu’une solution : le changement, je l’ai vu à la télé, ça marche toujours avec les héroïnes malheureuses.
Alors j’ai le choix entre m’acheter une nouvelle robe, ou aller chez le coiffeur (il y a aussi l’option manucure, mais ça me ferait grave chier de payer si cher juste pour avoir de jolis ongles à ronger).

Je pourrais aussi faire les deux, le shopping et les ch’feux, mais pour ça, il faudrait que je bosse beaucoup plus à Happy Time, et il n’en est pas question.

Le choix est difficile : d’un côté, je commence à avoir ma coupe Jackson Five (ouais, j’ai les cheveux qui poussent en s’éloignant de plus en plus de mon crâne, vivent mes épis), de l’autre, je déteste acheter des vêtements : il faut parler au vendeur, essayer des trucs, berk, berk, berk, c’est sale.

Le coiffeur, donc.

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Mon premier joint

Je m’ennuie.
Je ne sais pas quoi faire, je zappe, je m’invente une nouvelle vie dans ma tête, je joue, je me branle, mais rien ne m’amuse.

J’essaye de me rabattre sur le ménage, mais l’aspirateur c’est rigolo cinq minutes mais après, ben plus rien. Je passe à la bouffe, mais en vain, le frigo est à moitié vide, et les restes ne me disent rien.

Je reste debout dans la cuisine, à regarder dans le vide, vers le mur tout crassouille.
Trainspotting attitude.

Et là, d’un coup, je trouve. Quelque chose que je pourrais faire.

Je vais refaire le joint d’étanchéité de l’évier (après avoir vérifié que ça s’appelle comme ça - évier dans la cuisine, lavabo dans la salle de bains, j’arrive jamais à m’en souvenir).

Alors d’abord on vire tout le vieux joint, berk, casse-toi sale vieux, et on admire ce trou béant (voilà, ça c’est fait…), parce qu’avant il y avait du carrelage entre le lavabo et l’évier, et depuis que je l’ai viré, il y a un espace d’un bon centimètre à combler.

On va faire des frais et acheter de l’enduit de rebouchage, hein, ça s’impose.

En cherchant bien de l’enduit, je tombe sur un truc fabuleux dans le rayon : un joint d’étanchéité autocollant.
Ca a l’air génial ce truc !
C’est fait pour les nullards dans mon genre qui n’ont jamais étanchéifié une cuisine, ça se déroule, ça se colle, et poupouf, plus d’eau.
En gros.

Avec mon investissement, je rentre chez moi, je retrousse mes manches, je me crache virilement dans les mains comme les bûcherons dans les dessins animés, et au boulot.

Le trou est rebouché plus ou moins comme il faut, c’est plus ou moins lisse (plutôt moins que plus, mais on s’en fout, c’est ma cuisine), on peut attaquer la partie rigolote, faire un joint en gommettes.

Alors, “enlevez toutes les traces de l’ancien joint” - ça, c’est fait, je suis trop fort, je vais même plus vite que la musique, oh oui moi.

“Nettoyez les surfaces à coller à l’alcool”. Iiiiih !
Mais je n’ai pas d’alcool ménager, moi !
Tant pis, on passe en mode Mac Gyver, et on prépare le terrain du joint autocollant avec un sopalin imbibé de vodka. Si c’est pas malheureux…

Après tout ça, il ne reste plus qu’à apposer ledit joint sur toute la surface…
…et de se rendre compte que c’est de la merde ce truc, ça ne colle pas du tout.

Du coup, dès qu’on a cinq minutes, couvert d’enduit de rebouchage et puant la vodka, on court acheter de quoi faire un vrai joint, comme un vrai professionnel.

Parfois, je me dis que tout serait plus simple si je prenais un bouquin, quand je me fais chier.

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Ca doit être vos yeux

Ca fait plus d’un an qu’on m’a fait remarquer que j’avais une vue de taupe.

J’avais mis plusieurs mois à me décider, et puis finalement j’étais allé voir un ophtalmo, qui m’avait prescrit plein de séances d’orthoptie.
J’avais dit “ouais ok”, j’étais parti et je suis jamais allé faire les séances, parce que ça va quoi, la kiné des yeux, pas que ça à foutre non plus. Moi j’veux des lunettes pour bien voir et pour pouvoir jouer à Clark Kent / Superman quand je m’ennuie.

Mais bon, pour ça il faut retourner voir l’ophtalmo.

De préférence, un autre, parce que celui-là je me vois pas lui dire “oui je suis venu vous voir il y a un an, mais bon, vous m’avez dit de la merde, je veux des lunettes, ok ?”.

Alors, début janvier, j’ai pris les pages jaunes, j’ai cherché un ophtalmo pas loin de chez moi, et hop, on prend rendez-vous.
Ah, vous n’avez pas de place avant le 23 avril ? Oh quand même.
Bon bah oui, je viendrai.

Même que je l’ai noté sur mon Google Agenda, parce que grave comment je suis trop un homme moderne qui vit avec son temps.

Seulement voilà.
Depuis janvier, je ne me souviens pas de grand chose sur ce rendez-vous. Déjà, si j’avais pas regardé sur l’agenda, j’y serais allé le matin.

Et puis je me dis que j’aurais aussi dû noter le nom du médecin, parce que je n’ai aucune, mais alors aucune idée de avec qui j’ai rendez-vous.

Alors je vais me la jouer “j’ai de la chance, je me fie à mon instinct”, refaire une recherche dans les pages jaunes et aller voir celui qui a le nom qui m’inspire le plus, parce que c’est déjà comme ça que j’avais choisi la dernière fois.

Mais bon.
Ca serait quand même plus pratique avec un cerveau.

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Je n’ai pas changé…

Mamanprocellus est toujours à fond les bananes dans sa folie du “foutons le passé à la poubelle“, et maintenant on passe aux choses sérieuses, pour faire de la place dans les placards, on jette les albums photos.
Du coup, je me suis proposé de sauver ce qui est encore sauvable, et je me retrouve à scanner toutes les photos de tous les albums, et elle est quand même assez généreuse sur la pellicule, j’ai déjà fait trois albums sur un seul voyage, et c’est pas fini.
C’est chouette, parce qu’avec Happy Time, j’avais encore un peu de temps libre, maintenant, au moins, je suis tranquille.

Et en scannant, je suis tombé là dessus :

En voyant ça je me dis que quand même, j’étais trop fait pour être mannequin :

- des ravissants cheveux blonds qui encadrent un visage d’ange;

- le ballon dans les mains, pour montrer à quel point je suis sportif, et qu’avec tout ce sport que j’ai fait depuis ma plus tendre enfance, mon corps d’athlète est dessiné à la perfection;

- le t-shirt Tintin et Milou, comme ça on voit que je pars dans la vie avec un solide bagage culturel;

- le regard dans le vague, digne des plus grands, qui me donne l’air concentré et profond et songeur;

- la gueule d’ange (oui, encore, mais je suis quand même très beau);

- le demi-sourire (non je fais pas la gueule), qui en dit long mais sans vraiment le dire.

Bon, voilà, mais c’est quand même pas mal, à l’époque j’avais seulement quatre ans, donc ça fait vingt-et-un ans que tout ça mûrit, et parfois, j’aimerais bien être à votre place pour avoir le bonheur de me découvrir, bande de veinards.

Procellus, ou je m’aime. Moi.

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A part ça tout va bien

Bon voilà, finalement je me suis mis aux médicaments, c’est nul, je sais, mais au bout d’un moment on n’a plus le choix.

Tout à l’heure, j’ai passé je sais pas combien de temps les yeux plein de larmes, sans rien faire, sans pouvoir rien faire, avec ma boîte de mouchoirs devant la télé, comme dans un mauvais film.
Une fois la crise passée, je me suis senti vidé, j’avais encore le souffle tout court, les yeux rouges et bouffis, sexy en diable.

Je me sentais à plat, sans savoir ce qui m’avait mis dans cet état. Juste l’impression d’avoir vécu l’enfer.

Et puis d’un coup, je me suis souvenu de ce qui n’allait pas.
Et je me suis senti bête.

Ah mais oui, c’est vrai, je suis pas en pleine dépression, c’est pas un coup de blues, non !

Simplement, pour la quarantième fois en trois mois, je suis enrhumé.

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Parce que oui, je ne fais que me plaindre

Alors oui bon c’est pas super drôle en fait d’avoir vingt-cinq ans et de voir que tout le monde tout autour a un boulot formidable (ou pas, mais un vrai boulot quand même), ou des études qui leur plaisent et qui déboucheront sur un brillant avenir, ou des idées plein la tête, pendant que moi je me fais chier à servir des têtes de cons qui me demandent des crêpes au sucre toute la journée.
C’est pas vraiment agréable non plus d’avoir un boulot chiant et mal payé, parce qu’on n’a fini aucun cursus et du coup on n’a que des diplômes qui permettent de faire… ben, rien, hein.

Alors bon, c’est vrai que j’ai le choix, je peux recommencer des études, allez hop, on se réoriente une troisième fois dans un truc que je supporterai jusqu’à la licence (enfin nan, ça a changé de nom, au Master 1) avant d’abandonner et de me retrouver au même point qu’aujourd’hui, c’est à dire nulle part, avec aucune autre perspective d’avenir que de croupir à Happy Time.

Bon, bien sûr, je peux aussi me consoler en me disant qu’en me prenant la tête comme ça, aujourd’hui tant que je suis jeune, je risque d’aborder plus sereinement la crise de la quarantaine, et de ne pas me jeter dans le vide depuis le toit de mon bureau, parce qu’en fait gagner 5000 euros par mois c’était pas ça le but ultime de ma vie.

Nooooon madame, ça ne sera pas moi, parce que je ne serai jamais dans un bureau avec des étages à gagner 5000 euros par mois, du coup je ne me réveillerai pas un matin en me disant que j’ai gâché ma vie en faisant un truc qui ne me plaisait pas.
Par contre, l’inconvénient, c’est que je me couche tous les soirs en me disant que je gâche ma vie en ne faisant rien parce que je ne trouve rien qui me plaît.
Mais bon, c’est le revers de la médaille, le yin du yang, bla bla bla.

Et en attendant, je suis encore là à me lamenter sur une situation qui dure, et dure, et dure (…), au lieu d’essayer de trouver une solution, un plan de carrière, une idée de boulot, un job, un avenir quoi.
A croire que c’est agréable de se lamenter.

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Enfin !

Il en aura fallu, du temps et des efforts.

J’ai dû supplier, téléphoner, tricher, mentir, menacer, falsifier des documents officiels, coucher, parfois même tuer.

Souvent, j’ai été sur le point d’abandonner.

Mais finalement, la pérséverance a fini par payer.

Depuis ce soir, je suis en vacances.

À dans quinze jours, Happy Time !

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