Procellus

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Ascenseur pour l’échafaud

24 septembre 2008

Hier soir, je revenais de chez Lapin, tout content de retrouver mon chez moi et de ne pas rentrer trop tard : minuit moins le quart, madame Placard, ça va faire du bien de se coucher tôt.
Comme toujours, j’ai pris mon courrier. Comme toujours, je n’en avais pas.

Je suis donc allé prendre l’ascenseur, parce que trois étages, c’est quand même difficile. Une fois dans la cabine, j’ai rangé mon tout nouvel iPhone (oui oui, c’est gratuit, c’est juste pour dire que j’en ai un), en attendant d’arriver à destination.
Quand j’ai senti qu’on s’arrêtait -au troisième étage donc- la porte a commencé à s’ouvrir : j’ai avancé un pied, et… et plus rien.

Dans ces cas-là, c’est fou comme on peut être vif : il ne m’a pas fallu bien longtemps pour comprendre, face à cette porte entrouverte de quelques centimètres seulement, que j’étais coincé dans mon propre ascenseur, à mon propre étage.
Bordel de queue de merde de pute à chier sa race !

Je savais que j’étais au bon étage, alors Mac Gyver power, j’ai essayé d’ouvrir les portes moi-même. Ils le font dans un film sur deux, ça doit pas être bien compliqué !
J’ai donc glissé mes petits doigts agiles dans l’entrebâillement, et j’ai tiré, tiré de toutes mes forces, tiré encore et encore, pour finalement réussir à ouvrir à peu près de la largeur de mon genou. Et avec mes jambes de poulet, ça ne fait pas un gros genou.
Surtout que ça n’était que la porte intérieure de la cabine, la porte extérieure n’avait bien sûr pas bougé d’un poil.

C’est là que je me suis résolu à faire ce que mes parents m’ont toujours interdit : j’ai appuyé sur le bouton alarme.
Il y a eu un tas de bruits de tonalités dans le haut-parleur, je me suis demandé s’il y avait quelqu’un au bout du fil vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et finalement une charmante voix m’a indiqué que oui :

- Céline bonsoir ?

- Bonsoir non, c’est pas Céline, c’est David, je suis coincé dans mon ascenseur…

On a ensuite discuté pendant cinq bonnes minutes, parce qu’on n’était pas d’accord sur mon adresse et l’identification de ma cabine. Comme j’étais celui qui était enfermé dans la boîte, j’ai décidé que j’avais sûrement raison et que je ne lâcherais pas l’affaire.
Quand elle a enfin reconnu que j’étais mieux placé qu’elle pour savoir où je me trouvais, elle m’a posé la question fatidique :

- Et il y a un code pour entrer chez vous ?

- Non, un interphone.

- Ah, et à quel nom on peut sonner pour entrer ? Il y a quelqu’un dans votre appartement ?

- … Non.

- Un gentil gardien qu’on peut déranger à toute heure du jour et de la nuit ?

- Non, juste un gardien.

On a dû mettre tellement de temps à discuter qu’à peine je lui avais confirmé le nom de mon gardien, on était coupés.
Super.
J’ai eu beau rappuyer sur le petit bouton jaune, elle n’a jamais redécroché. La vieille pute.

J’étais en train d’essayer d’éventrer les portes de ma mini prison à mains nues quand j’ai entendu mon iPhone sonner (je vous ai dit que j’ai un iPhone depuis peu ?). Immédiatement, je l’ai sorti de ma poche, et j’ai fait glisser mon doigt pour décrocher :

- Allô ? Allô ?

- …

- Allô ? Allô ? ALLÔ !!!

J’ai mis quelques dizaines de secondes avant de me rendre compte que la prise casque était encore branchée, et que madame Otis était sûrement en train de parler à mon écouteur dans ma poche. Vite vite, débranchons tout ça, allô madame Céline !

Elle m’appelait pour me prévenir qu’elle venait de téléphoner à mon gardien, qui avait refusé de se déplacer pour ouvrir au technicien quand il arriverait : il n’est pas responsable de l’ascenseur, et, selon ses dires, “les gens n’ont qu’à se démerder”.
Okay…

Donc on fait quoi ? Ca fait vingt minutes que je suis enfermé ici, j’aimerais bien savoir que je vais bientôt sortir, quoi… Céline m’a assuré qu’on allait trouver une solution, et m’a promis de me tenir au courant -en même temps, ça m’arrangeait.

Après un appel à Lapin, plusieurs tentatives malheureuses pour ouvrir ces putains de portes, et la panique qui commençait à monter (je ne suis pas claustrophobe, mais bon, la perspective de passer la nuit ici, tout ça tout ça…), j’ai rappelé Céline, pour savoir ce qui allait se passer : combien de temps ils mettent pour arriver, qu’est-ce qu’on fait si vraiment le gardien refuse d’ouvrir, est-ce qu’elle sait si on peut manger une veste en cuir, après tout c’est animal…?

Elle m’a assuré qu’elle allait tanner mon gardien, insister, au pire appeler un voisin, au risque de se faire engueuler, mais qu’elle ne me laisserait pas là, quand même ha ha ha. Une nouvelle fois, ça m’arrangeait.
La mauvaise nouvelle, c’est que le temps moyen d’intervention est de trente minutes, et qu’en plus on n’était pas certains qu’ils pourraient rentrer.

Alors pour passer le temps, j’ai essayé de m’occuper, joué un peu avec mon téléphone, rappelé Céline, Lapin, fouillé mon sac à la recherche d’un pied-de-biche que jamais je n’ai trouvé.
Jusqu’au moment où j’ai reconnu le bruit de la porte d’entrée qui s’ouvre, et de quelqu’un qui monte les escaliers.
Quand une voix m’a demandé à quelle étage je me trouvais, j’ai su que mon calvaire touchait à sa fin. J’ai expliqué que j’étais au troisième étage, et que oui, c’était effectivement pas de chance que la cabine soit arrêtée pile devant les portes de mon étage, ralala quelle ironie… Bon on me sort de là ?

Comme j’avais appuyé sur tous les boutons, une fois l’ascenseur débloqué, il s’est remis en route (à la grande surprise du réparateur qui venait de couper le courant), et les portes se sont ouvertes au deuxième étage.
J’ai bondi sur le palier, zwooof, couvert de bleus mais heureux.

Libre comme l’air après trois quarts d’heure en cage, j’ai couru dans les étages à la recherche de mon sauveur. Même si je connaissais déjà la réponse, je lui ai demandé qui l’avait laissé rentrer : la dernière fois que je l’avais eue au téléphone, Céline m’avait dit qu’elle avait rappelé le gardien pour essayer de le faire culpabiliser, alors peut-être…
Mais non. Monsieur Technicien était rentré en même temps qu’un voisin, sinon il serait encore à la porte.

Voilà.
Il ne me reste plus qu’à pourrir mon gardien comme jamais je n’ai pourri quelqu’un, et le faire chialer sa mère jusqu’à ce que lui et sa petite famille se retrouvent concierges dans une cité pourrie du Neuf-Trois.
On ne me laisse pas impunément prisonnier en pleine nuit.

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Dans ma boîte

5 avril 2008

Aujourd’hui, en revenant de courses, j’ai pris mon courrier.
The End.

Non, je rigole, ha ha, sacré déconneur ce David, hein !

Donc, j’ai pris mon courrier, et je me suis dirigé d’un pas décidé vers l’ascenseur.
Ô surprise, un voisin que je ne connais pas me le gardait bien au chaud.
Vite vite, j’arrive, merci monsieur !

Je n’ai pas bien vu en rentrant, mais il m’a semblé qu’il est plutôt mignon.
C’est là que mon éducation Breevandekampienne est venue tout flinguer.
En petit garçon modèle (genre), on m’a bien appris que c’était maaal de montrer du doigt, et aussi de fixer les gens, donc je n’ai pas tellement pu le dévisager pour vérifier.

Alors il a bien fallu se donner une contenance, surtout que si je le regarde une deuxième fois, je risque de me rendre compte qu’en fait il est moche, ou pire, quelconque, et ma vie sera foutue et je n’aurai plus qu’à arracher les fils électriques de mon lustre pour me pendre avec.

Bien évidemment, j’habite au troisième, alors tout ça s’est passé super vite.
J’ai donc réagi à l’instinct.
Comment faire pour avoir l’air à l’aise et distant donc désirable, face au voisin potentiellement mignon ?

Je sais, je vais ouvrir mon courrier !
Alors ça c’est le catalogue Carrefour, ça s’ouvre pas, ça c’est un prospectus, ça c’est les DVD de la Bande à Picsou que j’avais commandés, je vais éviter, y’a quand même mieux pour faire bonne impression…
Je vais ouvrir cette mystérieuse enveloppe kraft à l’allure officielle, en plus je me demande ce que ça peut bien être, ho ho ho, quel suspense dans ma vie de tous les jours !

D’un geste vif et énergique, j’utilise ma clef comme ouvre-lettres.
Je crois que j’aurais difficilement pu être mieux inspiré.

C’était le catalogue IEM.

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la luxure, les voisins infernaux

Guerre ou paix

12 février 2008

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, quand j’ai emménagé dans mon bel appartement il y a quatre ans, j’ai eu une place de parking en prime. Malheureusement, je fais partie de ces gens qui ne voient pas l’intérêt de la voiture alors que le métro est si pratique, et en plus maintenant y’a le Vélib, alors vraiment, pourquoi apprendre à conduire franchement ?
Du coup, ma place de parking était triste, elle ne pouvait pas remplir son destin, son existence était vide et morne, et toutes les autres places se moquaient d’elle, en la traitant de pucelle ou de mal garée.
Propriétaire ingrat (enfin, “propriétaire” hein, j’me comprends), je m’en foutais un peu.

Même quand mon gardien, ardent défenseur de la cause des places de garages mal utilisées a commencé à me démarcher, je m’en foutais royalement.

- Mais vous savez monsieur Procellus, une place de parking c’est comme une femme (mon gardien est évidemment un hétéro de base), il faut y garer votre engin !
- Boarf, vous savez j’ai pas le permis. Allez, b’soir.

Il avait alors commencé à me faire des propositions indécentes :

- Mais ça vous intéresserait pas de la louer, au noir ?
- !!! Comment de quoi ?! Ma place de parking n’est pas une pute, môssieur, je vous prierai de cesser sur le champ vos sous-entendus plus que douteux !
Hors de ma vue, rat puant !

On en était restés là.

Et puis il avait insisté, m’avait dit combien je pourrais la louer, qu’il connaissait quelqu’un que ça intéresserait, et qu’en plus en ce moment un mec la squattait pour pas un sou, alors autant en tirer du pognon.
Sensible à l’appât du gain, j’avais fini par céder.
Ma place, je suis désolé de me séparer de toi, de te forcer à échanger tes services contre de l’argent, mais c’est pour mon profit personnel, c’est purement égoïste, alors tu me pardonnes hein ?

Le karma m’a fait payer cette histoire de profit personnel au centuple.
Bien sûr ça aurait pu être de l’argent facile qui tombe tous les mois dans ma boîte aux lettres. Mais non !
Le loyer transite par les gardiens, et ça c’est difficile à gérer.

Tous les mois, c’est la même histoire.
Est-ce que je dois aller les voir à la loge, “bonjour je viens relever les compteurs, kaching !” ?
Je me dis que non, ça le fait pas.
Mais du coup, si je vais pas chercher les sous, est-ce que ça fait pas un peu trop jmenfoutiste ?
De deux maux, j’ai choisi le 2). J’attends de le croiser et qu’il me dise sur un ton entendu que j’ai “quelque chose qui attend à la loge”, je vais chercher mes sous et j’ai un mois pour me remettre de ce coup de stress.

Aujourd’hui en sortant de chez moi, le karma s’est lâché.
Je n’ai pas croisé mon gardien, mais sa femme.

- Tiens. Il y a quelque chose pour vous à la loge.

Je l’ai suivie. En entrant dans la loge, elle a fait un petit signe de tête à son mari, “tiens regarde ce que je viens de trouver”.
Il m’a tendu l’enveloppe, j’ai tendu la main pour l’attraper.
C’est à ce moment que tout a basculé.

Sans que j’aie le temps de sentir le vent tourner, elle a craché son venir et a lancé sur un ton très sec et hautain et agacé :

- Et vous savez, ça serait bien de penser à nous pour les étrennes, hein !

Un peu comme on engueulerait un gosse qui vient de tuer mémé.
Tout estomaqué, j’ai levé les yeux vers elle. Le problème c’est que je ne savais pas trop quoi répondre.
Je me suis rendu compte que j’avais déjà l’enveloppe à la main, alors je suis sorti de là le plus vite possible, humilié, tout rouge et presque les larmes aux yeux.

Parce que oui, je ne donne pas d’étrennes aux gardiens. Je sais, c’est mal, il faut bien leur montrer notre gratitude pour faire… euh, leur boulot, non ?
Alors bon, d’accord, grâce à eux je sous-loue ma place de parking, mais je leur avais rien demandé, c’est lui qui a insisté parce que quelqu’un en avait besoin !

Maintenant, l’heure de la vengeance va bientôt sonner, cet affront ne restera pas impuni.
Deux écoles, deux plans machiavéliques, et il faut choisir :

1. Je laisse pisser. Je réponds à son attaque en me drapant dans un silence passif-agressif, et je ne paye pas. Le problème de ce plan, c’est qu’en ne répondant pas je lui laisse le dernier mot, elle reste sur ma sortie pathétique.
L’avantage, c’est que ça nous permet de vivre dans une paix relative.

2. Je me la joue petit con arrogant. Je leur glisse un billet de 50 et un petit mot, “parce que c’était si gentiment demandé et que vous avez l’air d’en avoir plus besoin que moi. Bonne année (en retard)”. Le seul petit souci c’est que c’est un acte de guerre ouvert, qu’il faut en assumer les conséquences, on ne sait pas où ça peut mener.
L’avantage, c’est que je ne me laisse pas traiter de radin par cette conne sans répondre.

Sinon bien sûr, il y a toujours la bonne vieille solution de m’introduire chez eux et de barbouiller les murs de merde, mais ils l’ont déjà fait dans South Park, et j’aime pas copier.

Mais en tout cas, quelle qu’elle soit, ma vengeance sera terrible (et pour une fois, j’essaierai de faire autre chose que juste me moquer d’eux sur mon blog).

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Cris et chuchotements

20 septembre 2007

L’avantage d’habiter dans un square, c’est que… euh… voyons… ah, si : j’ai pas trop de vis-à-vis.

L’inconvénient, c’est que c’est beaucoup moins calme que ça n’y paraît.
Le matin, je suis réveillé par les femmes d’affaires dynamiques qui font claquer leurs talons sur le… revêtement de sol dont je ne connais pas le nom. On dirait des pavés.
Et un square encadré par des immeubles, ça a une acoustique digne des meilleurs amphithéâtres Grecs, du coup je profite pleinement de leur marche énergique.

L’après-midi, les parents viennent épuiser leurs connards de gosses de merde juste sous mes fenêtres, après l’école, pour être tranquilles une fois rentrés. On croirait pas, mais une cinquantaine d’enfants qui courent dans tous les sens en hurlant à pleins poumons dans un square qui fait office de caisse de résonance, c’est… disons que dans ces moments là, j’aimerais être un sniper.

Et la nuit venue, c’est l’heure où les enfants un peu plus grands prennent possession des lieux.
Le monsieur veut dire qu’en fait les racailles et les rebelles aux cheveux gras qui s’écrivent au tipp-ex sur les chaussures viennent s’y bourrer la gueule à la Despé.
Du coup, je m’endors assez souvent avec en fond sonore des mecs complètement déchirés qui gueulent contre / avec des filles encore plus barrées.
Ma berceuse à moi, c’est :

- COOONNAAAAASSE !!!

- HIHIHIHIHI COOOONNAAAAARD !!!

- WEEEEEEESH !!! COOONNNAAAAARDS !!!

- HIHIHIHIIIIIIIIIIII HAAAAAA AAAARRÊÊÊÊTTE !!!

Et encore, je fais pas les quintes de toux à cause de tous leurs joints qui leur détruisent leurs petits poumons de d’jeuns, et puis c’est dangereux pour la santé, la drogue c’est mal just say no, vu que je ne sais pas trop comment faire une onomatopée pour un mec qui crache ses poumons (mais vraiment) pendant vingt minutes.

Surtout que j’aime bien dormir avec la fenêtre ouverte et les volets pas complètement baissés (je vous raconte ma vie hein, je vois que ça vous intéresse), du coup c’est pas ça qui aide à atténuer les bruits.

Et puis hier soir, surprise.
Vers une heure, j’ai entendu une voix de mec qui parlait. Il criait pas, il avait pas la voix pâteuse, non, il parlait.
J’ai pas eu à beaucoup tendre l’oreille pour entendre ce qu’il disait. Il était à l’autre bout du square, mais sans un poil de vent, rien, aucune pollution sonore (à part lui bien entendu), je l’entendais comme si j’étais sur ses genoux.

Et il débattait de philosophie avec son pote.

- Ouais alors, tu vois, Nietzsche, dans sa pensée, on voit que bla bla bla…

- Ouais mais non parce que Bergson, si tu lis toute son oeuvre, tu te rends compte que…

Quand je me suis couché, sur le coup de 1h30, ils y étaient encore.

Au secours.
Maintenant la nuit, mon (j’ai un sens de la propriété parfois trop développé) square devient le nouveau Café de Flore.

Et je sais pas lequel est le pire, d’avoir des mecs complètement torchés qui gueulent comme des porcs, ou des mecs sobres comme des chameaux qui viennent là pour se raconter Critique de la Raison Pure comme moi je vous raconterais Ratatouille.

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En apesanteur

4 août 2007

Une des situations que je déteste le plus au monde, après “me baigner de nuit en plein océan”, c’est de prendre l’ascenseur avec un voisin.
Les silences embarrassants pendant qu’on l’attend, tous les deux.
Les connards connasses qui montent sans appuyer sur le bouton, parce qu’elles attendent qu’on leur demande à quel étage vous allez madame, ou les moments maladroits où on avance la main en même temps pour appuyer sur le bouton.
Et après, re-les silences gênants pendant la montée, où on ouvre le courrier pour se donner une contenance, ou on regarde les chiffres en tout petit sur ses clefs.

Ou pire encore, ceux qui veulent absolument faire la conversation :

- Alors comme ça, vous habitez au troisième ?
- Oui.
- …
- …

C’est pour ça qu’en général, je prends les escaliers (surtout que pour trois étages, ça va quoi).

Mais l’autre jour, je revenais de la piscine, j’avais essayé de pas me laisser rattraper par la sale anorexique de merde (je sais, c’est pas joli joli quand je deviens compétitif) dans la ligne d’à côté, jusqu’au moment où je me suis rendu compte qu’elle avait des palmes, alors forcément elle allait plus vite que moi, et donc j’avais les jambes en coton.
Donc je suis allé prendre l’ascenseur.

La remplaçante des gardiens était là à l’attendre, l’aspirateur à la main, prête à nettoyer les étages en commençant par le plus haut.
Ce qui est bien avec mes gardiens, c’est qu’on a un accord tacite de non-agression : je ne leur parle pas de mes problèmes, ou de ma vie, ou de n’importe quoi, et en échange, eux non plus, ils ne me racontent pas leurs vacances, ne me forcent pas à leur parler de ma journée ou de la leur, et les vaches sont bien gardées.

Le problème, c’est que la remplaçante n’est pas au courant de notre petit arrangement.
Et quand je suis arrivé, avant même que l’ascenseur soit là, un grand sourire est apparu sur son visage, et elle a commencé à me parler :

- Oh bonjour ! Vous allez à quel étage ?
- …Grmbl, ‘roisième…
- Oh ? On va partager le transport, et… et…

Pendant un instant, j’ai cru qu’elle cherchait ses mots, comme elle n’est pas française.
Mais non, elle était juste trop morte de rire à l’idée de la blague qu’elle allait sortir.

- … et on partagera le prix du voyage ! MOUARF OUARF OUARF OUARF !

Si elle n’avait pas eu les mains prises par l’aspirateur, je crois qu’elle se serait donné des grandes claques sur les cuisses.
Quand l’ascenseur est arrivé, elle est repartie de plus belle, qu’elle m’enverrait la facture quand elle arriverait à bon port.

Ca a été la montée la plus longue de toute ma vie.

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Mon pacte écologique

25 mai 2007

À force de recherches sur internet, d’observations compulsives et d’éliminations harassantes, j’ai enfin réussi à trouver qui essaie de me rendre fou.

L’oiseau, encore lui. Mais cette fois-ci, je sais qui tu es.
Tu es une mésange charbonnière.
D’après les informations que j’ai relevées, tu es un mâle.
Parce que c’est écrit, “le mâle chante toute l’année”, et pas pour draguer, nooon, il chante pour marquer son territoire. Un peu comme un chien qui aboie quand on approche trop près de sa maison.

Quelle importance, me direz-vous ?
Eh bien, comme il ne cherche pas à niquer, il n’a pas besoin d’avoir un chant mélodieux, il essaie plutôt d’être irritant. Et de ce côté là, c’est parfaitement réussi.

Écoutez plutôt :

Maintenant, imaginez qu’au lieu d’entendre 62 secondes de ce délicieux zinzinulement, vous l’entendiez en boucle, jour et nuit.
Parce que oui, la mésange charbonnière, en plus d’un sens territorial très développé souffre également d’insomnies, et sûrement aussi de paranoïa, parce que non, connard de piaf de merde, personne ne va venir te piquer ton nid à une heure du matin, va crever dans la caisse du chat !

Bon alors oui, je vous vois venir, “David il aime pas la nature, le chant des bêtes”, tout ça tout ça.
Je n’ai rien contre la nature (enfin, si, un peu, quand même), mais là, ces cris stridents, c’est insupportable, ça m’empêche de dormir, de regarder la télé, et ils arrivent même à me déconcentrer quand je me fais l’amour à moi-même.

Alors, si le réchauffement climatique, la fonte des glaciers et la mutation du plancton au Spitzberg ça peut aider d’une façon ou d’une autre à fumer leurs petites gueules aux mésanges, moi dès demain maintenant, j’arrête de trier mes ordures et d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce.
Ouais.
Fuck la nature.

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dehors, les voisins infernaux

Ma plaidoirie

14 mars 2007

Monsieur le juge, comprenez-moi, il était plus d’une heure du matin, et le bébé pleurait, pleurait… Alors j’ai fait ça en pensant d’abord à ces rares Vincennois qui ne sont pas encore à la retraite, qui doivent travailler demain matin…

Oui, j’ai bien conscience que tuer un petit bébé à grands coups de programme télé, comme un moustique, c’est maaaaal et cruel, mais on n’a pas toujours des armes à portée de main pour faire ça proprement et rapidement, malheureusement.
Et puis vraiment, il pleurait depuis plus de vingt minutes, et ses parents ne faisaient rien, ils avaient l’air de s’en foutre, alors je lui ai sûrement épargné la souffrance de grandir dans un monde où il n’aurait jamais été vraiment aimé (et bon, quand on gueule comme ça en pleine nuit, aussi, on cherche hein…).

Alors voilà, c’est justement pour empêcher ces parents indignes de remettre le couvert et de ressortir un autre gueulard dans neuf mois que j’ai ligaturé les trompes de madame, avec de la ficelle de boucher.

Mais je considère que j’ai fait une bonne action, pour la paix, pour l’exemple, pour un monde plus beau, et si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seule seconde.

J’ai parlé.

Sous un tonnerre d’applaudissements, il quitte le tribunal, libre, évidemment, et poursuit sa carrière de défenseur des opprimés, poste qu’il occupe encore aujourd’hui.

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Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens

5 février 2007

Comme mes voisins ne sont pas des bons catholiques, le jour du Seigneur ils s’en foutent, ils ne se reposent pas. Alors hier, ils ont eu la bonne idée d’abattre un mur.
Ben oui, le dimanche, ça sert aussi à ça !
Du coup, toute la journée (j’imagine, au bout d’un moment je suis parti) ça a été des bruits de perceuses, de coups de masse, de marteaux, juste de l’autre côté de mon mur… De quoi se faire plein d’amis dans l’immeuble.
Pour moi, ça a été comme une déclaration de guerre, un motif de meurtre, la fin de notre entente cordiale.

Et ce matin, j’ai croisé monsieur Voisin dans le hall. Il a commencé à s’excuser pour les travaux, et après, il a enchaîné sur le pourquoi de la chose.
J’ai eu droit à toute une histoire palpitante sur son installation électrique vétuste, qu’ils se prenaient des coups de jus en mettant la main sur le mur, “et quand j’embrasse ma femme (en avançant la tête pour embrasser le vide, au cas où je ne comprendrais pas), on se prend de l’électricité, vous vous rendez compte !”…

Comme je ne répondais rien à part un sourire moyennement poli de temps en temps, que dès qu’il s’approchait j’avais un mouvement de recul et que je regardais désespérément l’ascenseur, la liberté, là, à quelques mètres de moi, il a dû comprendre que j’en avais rien à secouer de son histoire, et il a abrégé.
Hier, ça a pris feu dans leur mur, donc ils ont dû tout refaire faire en urgence, d’où l’abattage dudit mur et les travaux qui n’en finissent pas.

Moi je dis, pourquoi pas.
Mais bon. L’idée que mes voisins, le mari, la femme et les enfants auraient pu mourir brûlés vifs, dans d’atroces souffrances est plaisante, certes.
Mais ça ne compense malheureusement pas la gêne occasionnée.

Va falloir y remédier.

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C’est les wacances !

31 décembre 2006

Alors comme les enfants ne sont pas à l’école et qu’il fait froid dehors, ils restent à la maison. Et comme c’est les vacances de Noël, celles pour leur faire plaisir, aux nenfants, les parents restent aussi à la maison, et tout le monde est content, on passe du temps en famille, c’est beau, ça arracherait même une larme au Maréchal.

Sauf que chez mes voisins, les parents sont fous, haïssent leurs enfants, qui le leur rendent bien.

Alors quand ils sont en vacances, ils se tapent sur les nerfs (et je les comprends, moi aussi ils me gonflent !). Alors les enfants crient, les parents crient plus fort, et finissent par punir les enfants en les enfermant sur le palier.
Contre toute attente, ça ne calme pas les enfants de se retrouver enfermés à la porte de chez eux.
Incroyable, non ?

Cependant, l’aînée a 10 ans, mais elle a déjà tout compris à comment ça marche, la vie : quand elle en assez de pleurer pour qu’on la laisse rentrer, elle menace, entre deux sanglots :

 - Je vais le dire à la psychologue !

Comme un charme, ça ouvre instantanément la porte.

Procellus, ou je pensais avoir des problèmes…

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On a les soucis qu’on mérite

8 novembre 2006

Entendu en sortant de chez moi :

Blondasse 1 : Oui, je te comprends, moi aussi j’ai le même souci ! Tous les matins, au réveil, je me demande…

Blondasse 2 : …ce que je vais bien pouvoir faire aujourd’hui pour dépenser mon argent !

Puis les deux partent dans un grand éclat de rire complice, en s’attrapant le bras, c’est beau et naturel, on se croirait à la fin d’un épisode de Julie Lescaut.

Procellus, ou pourquoi pas moi ?!

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Bon appétit

22 octobre 2006

Dans mon immeuble (et mon quartier, et ma ville), la moyenne d’âge est de soixante ans (à cinq ans près).
Alors je n’ai pas ce problème qu’ont certains, d’entendre mes voisins niquer en pleine nuit, ou en pleine journée, ou à n’importe quel moment (d’ailleurs, à une époque on ne vendait même pas de gel dans mon Monoprix, enfin bon, passons).
Enfin si, c’est arrivé, mais une seule fois, et ça n’a pas duré dix minutes, donc petite performance et je pense qu’il n’y aura pas de rappels.

Comme on est infestés de grand-parents et de petits-enfants (à Vincennes, il n’y a pas d’adultes entre 25 et 50 ans. J’ai peur pour mon avenir), les mamies font à manger pour les petits enfants, pendant que les papys font du bricolage.

Et il semblerait que quelque part dans l’immeuble, des voisins aient installé la cuisine dans la salle de bains, ou au moins réussi à relier la hotte au système d’aération des salles de bains.
Du coup, c’est assez fréquent que ça sente le niam-niam quand je suis dans la baignoire.

Et en ce moment, la mamie est dans un trip où elle ne cuisine que des trucs qui puent.
Alors depuis dix jours, je me suis douché dans des saveurs de friture asiatique bizarre, d’agneau grillé, de poireaux, de morue, et là, de purée de céleri.
Et bleuark.

Procellus, ou l’aromathérapie nutritive.

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Algèbre

6 octobre 2006

De chez moi, on voit ça :

Dans le petit square (qu’à l’origine, on m’avait vendu comme “un parc où on ne construira jamais rien !”, et moi j’ai envie de dire, “bah tu m’étonnes !”) qui a l’air calme et paisible quand on emménage en été, les enfants de l’école, après avoir fait chier toute la journée à brailler des comptines dans la cour, viennent se défouler pour que les parents aient la paix à la maison.
Donc pendant deux heures de temps, ça gueule, c’est ignoble.

Puis vient le moment tant attendu du retour à la maison.

Répondant à un signal connu d’eux-mêmes, les occupants du square se dispersent d’un seul coup, en cinq minutes, c’est complètement vide.
Bien sûr, il y a toujours des retardataires, qui loupent le coche et se retrouvent piégés, à la merci des prédateurs, mouahaha.

Et ce jour là, le groupe des derniers était en train de partir, quand Petitepisseuse a eu une envie pressante.
Elle s’est retirée du champ de vision de la meute, pour uriner tranquille.

Question :
Petitepisseuse cachée en X pour échapper au regard du groupe en X, et le square étant entourée d’une petite dizaine d’immeubles de neuf étages, à combien de paires d’yeux a-t-elle montré sa culotte, pour se cacher de six personnes ?

Procellus, ou des voisines (pas) trop pudiques.

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Engueulade

26 juillet 2006

L’autre jour, je me suis engueulé avec un vieux, dans un ascenseur. Histoire de s’occuper, pendant 5 étages, se foutre sur la gueule avec le troisième âge, c’est toujours agréable.

En plus c’est lui qui a commencé, maîtresse !
Et même, à la fin, il m’a dit “merde”. Enfin, plutôt “merdEUH !!!”. Alors que moi, je suis resté poli, et je suis sorti en lui disant “Oh, ça va !”. Oui je sais, j’ai une force argumentative hors du commun.
Tout ça parce qu’il est vieux, moche, et que de toute façon, s’il survit à la canicule, il n’aura un sursis que de quelques années, grand maximum, il croit qu’il a le droit de devenir grossier ?

Ce qui m’ennuie le plus, avec cette engueulade, c’est que je ne m’y attendais pas du tout. Au début, quand il m’a parlé, je lui ai répondu avec mon sourire Colgate “spécial vieux”, qui permet d’avoir l’air aimable tout en parlant assez fort pour être entendu (c’est pas facile, essayez, vous verrez !).
Et au bout de trois échanges, comme ça, poupouf, j’ai été agressé, sans trop comprendre comment.

Depuis tout petit, à cause d’une éducation Breevandekampienne, je vis dans l’illusion que si on sourit et qu’on est poli avec les gens, ils nous rendront la pareille, et la vie sera plus belle.

Mais en fait, non.
Le pouvoir du sourire, c’était juste une histoire, comme le loup qui vient nous manger si on ne finit pas notre assiette (j’ai testé pour vous : il ne vient jamais, même si on ne finit pas).
La petite souris, le père Noël et l’amabilité : même combat.

Procellus, ou une candeur qui flirte avec la bêtise.

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12 mai 2006


La scène se déroule dans des escaliers, l’ascenseur étant en panne.
Les deux protagonistes : David, personnage bien connu du lecteur, et
Vieil Homme, un charmant monsieur d’une soixantaine d’années et à la coiffure fofolle, sorte de fils naturel d’Elie Chouraqui et Ronald McDonald, portant un jogging qu’il faudrait quand même se résoudre à jeter.

Vieil Homme : Oh, bonjour, vous allez à quel étage comme ça ?

David (poli et souriant) : Au cinquième.

V.H. : Ah, c’est pour ça, je me disais, “c’est une tête que je ne connais pas, ça !”

D. : Non non, mais je n’habite pas là, je viens rendre visite à des amis !

V.H. : Ah, oui… Parce que vous savez, on ne voit pas toujours tous ses voisins…

D. (insistant, pour que ce monsieur ne s’imagine pas que j’habite dans un immeuble dont l’ascenseur ne marche pas, nan mais oh, ça va ! Mais quand même toujours poli et souriant) : Ben non non, là, ça n’est pas le cas, je n’habite pas là !

V.H. (avec un sourire complice) : Dommage pour nous…

Parce que quand on remet David sur le marché, même les retraités se battent au portillon.
Je suis sûr qu’en modifiant assez la réalité dans ma tête, je peux en faire une expérience flatteuse pour mon ego.

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21 septembre 2005

La scène: notre valeureux héros, dans sa quête pour un monde meilleur, va au local de tri sélectif, afin de se débarrasser des ordures en carton et en plastique.

Je repère, grâce à ma sagacité, deux poubelles bleues au dessus desquelles se trouve un écriteau: “jetez dans la poubelle bleue vos déchets plastiques (avec un petit dessin de ce qui peut être considéré comme des “déchets plastiques”, soit des bouteilles de soda, de lait, papiers (là encore, photo d’une pile de magazines à faire pâlir d’envie de nombreuses salles d’attentes de dentistes) et carton (la même, photo de tas de cartons tout pliés).
Une analyse rapide de la situation me permet de tirer plusieurs conclusions:
1. J’ai un sac dans lequel se trouve une bouteille de lait, des emballages cartons de gâteaux secs, et de vieux prospectus. Je dois donc déverser l’intégralité de mon sac dans une des deux poubelles bleues;
2. Un voisin remplit méticuleusement une des poubelles susnommées de mignons petits morceaux de papier, je vais donc me servir de l’autre;
3. Je vais impressionner ce charmant vieillard avec ma bonne éducation, et le gratifier d’un sympathique “bonjour!”.

Je m’exécute, et salue le voisin, qui me répond “bonsoir monsieur!”. Or, il n’est pas encore midi. Qu’importe, j’ai quand même eu droit à un “monsieur”, et ça, ça fait que la vie vaut d’être vécue.
J’ouvre donc mon container, et y déverse, presque en sifflotant, le contenu de mon sac. Je vais ensuite jeter mon sac en plastique dans la poubelle “toutes les saloperies dont vous ne savez que foutre et qu’on ne peut pas recycler” (il n’y a pas de dessin de sac en plastique sur la poubelle bleue…).
C’est en faisant demi tour pour remonter et aller prendre mon courrier que c’est arrivé.

Le voisin n’était plus dans sa poubelle, mais dans la mienne. Il tassait mes ordures, pour me voler la vedette et être le citoyen modèle. Pire, je l’ai vu sortir ma bouteille de lait de ma poubelle bleue, et la mettre dans la sienne, parce qu’apparemment, la poubelle de gauche, marquée “plastique carton papier” a eu une promotion dans la nuit, et est devenue simplement “cheftaine des bouteilles vides”, alors que la poubelle de droite n’a plus droit au privilège de recevoir des bouteilles.

Con de voisin, con de vieux. Tu peux pas regarder Derrick et les feux de l’amour non, plutôt que de fouiller les poubelles pour rien?

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poubelles, voisins


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