Marqué à vie
7 juin 2008Ma mère m’a sorti de l’enfer du neuf-trois quand j’avais huit ans, ou quelque chose dans le genre. Donc je crois que l’incident s’est produit aux alentours de mes six ou sept ans, enfin par là quoi, j’étais petit. J’étais mignon. J’étais fragile et innocent.
J’étais à l’école primaire.
Pour une raison qui m’échappe, on faisait une après-midi matage de vidéo dans le préau. C’était toucool. Même qu’on avait commencé à regarder Pinocchio. C’était la première fois que je le voyais. J’aimais bien. Les marionnettes, le mignon petit Criquette, les leçons de morale à peine déguisées, genre “les personnes âgées qui vivent seules avec des pantins en bois finissent par s’imaginer des choses, dites oui à l’euthanasie !”, les jolies couleurs…
Je passais un moment des plus agréables.
Le problème c’est qu’à cette époque là, j’étais jeune, je n’avais pas encore atteint cet incroyable degré de maturité. Alors j’étais un peu le seul (avec les filles) à m’éclater comme un malade devant Pinocchio. Le reste de l’école avait envie de regarder l’autre cassette (ouais à l’époque on regardait encore les films sur cassette, trop la teuhon).
La révolte avait commencé à gronder dans le coin des grands qui avaient apporté le film, et au bout de dix minutes, tout le préau (à part moi -et les filles, quoique) réclamait en criant qu’on vire ce dessin animé de gamins, allez madame, vas-y quoi !
Les profs de l’époque étaient des adultes courageux et responsables, alors ils ont fini par céder.
C’est comme ça qu’on a remplacé Pinocchio, la Fée Bleue et cette dégoulinade de bons sentiments par… Les Dents de la Mer : 2ème partie (et non pas Les Dents de la Merdeuh).
Et c’est violent, quand on n’a pas huit ans, de voir les attaques du requin -je savais pas qu’on pouvait ne pas regarder quand ça fait peur, à l’époque-, les corps déchiquetés, les membres arrachés, l’eau pleine de sang, alors que dix minutes avant on priait sa bonne étoile avec Gepetto.
Je crois que c’est depuis cette époque que j’ai une peur panique de la mer et qu’il est hors de question que je me baigne dans une eau dont on ne voit pas le fond.

























