Procellus

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Vis ma vie de Cadinot

24 octobre 2009

Mardi soir, j’étais chez moi, m’adonnant l’air de rien à quelques plaisirs solitaires, parce que garder un bon coup de main, c’est aussi important que tout le reste. Confortablement installé dans mon fauteuil, je regardais ma petite vidéo, tranquille Émile, quand j’entends sonner à ma porte.

Ding-dong ?

Premier réflexe : j’éteins la lumière et coupe les haut-parleurs du PC. Si ça se trouve, c’est un con de voisin qui vient m’emprunter du sucre, et je n’aime pas rendre service. Si je fais semblant de ne pas être là, il finira par s’en aller.
Je fais le vide dans mon esprit, j’ouvre mes chacras, et on peut repartir.

Mon deuxième départ fut plus difficile que le premier. Ce crétin avait réussi à noyer mon démarreur. Le moteur ne ronronnait pas encore, quand rebelote :

Ding-dong ?

Je bloque mon tympan et ferme mon pavillon interne. J’y arriverai.

DING DONG DING DONG !

Agacé, déconcentré, je décide enfin d’aller voir. J’enfile le premier truc à ma portée, soit un vieux short immonde qui était déjà laid pendant mes années lycée.
Si je vivais dans une série américaine, je serais allé ouvrir dans cette tenue : torse nu, les muscles se soulevant au rythme de ma respiration, une gouttelette de sueur entre les pectoraux et les tétons durs à tailler du verre.

Mais non. Dans le monde réel, j’ai aussi attrapé une chemise qui traînait là, en attente de repassage, et que je n’ai pas pris le temps de boutonner. Je me suis contenté d’en rabattre les deux pans l’un sur l’autre, façon mémé qui sort en tenant sa robe de chambre bien fermée, de peur qu’un pervers n’essaye de lui mater les gants de toilette.

Je devais être sexe, ah ça oui.
J’ai ouvert la porte, prêt à beugler sur l’importun toutes les insanités que je connais, mais quelque chose m’a arrêté net.

Peut-être l’adonis en face de moi, dans son bel uniforme, qui m’a annoncé :

- Bonsoir, c’est les pompiers, pour le calendrier…

Cher journal : jackpot !
Combien de fois dans une vie est-ce que les pompiers viennent sonner pendant qu’on se branle ?
Si j’avais été dans un vrai porno, j’aurais pu tomber la chemise et lui expliquer la situation.
Si j’avais eu un minimum de présence d’esprit, j’aurais pu l’inviter à rentrer, en espérant qu’il remarque le porno en pause sur l’écran, et qu’il comprenne.

Mais non.
Là encore, la vraie vie a pris le dessus, ainsi que mon légendaire sens de la répartie.
Je l’ai dévisagé, tout gêné, et au lieu de lui dire “ne bougez pas je vais chercher mon porte-monnaie”, ou “laissez-moi le temps d’enfiler quelque chose”, qui, je le précise, est ce que mon cerveau avait prévu de dire, ma bouche a répondu :

- Ah… Euh… Je finis ce que je faisais et je suis à vous.

Je ne crois pas qu’on puisse rendre plus minable une situation de ce genre.

Un jour, j’apprendrai.
Un jour.

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Vacances marocaines

19 octobre 2009
L’air du paradis est celui qui souffle entre les oreilles d’un cheval.
Proverbe arabe

Jusqu’à très récemment (samedi soir pour être exact), j’étais en vacances. Dans mon infinie miséricorde, après avoir forcé Lapin à se les peler à Londres ou Copenhague, j’ai accepté que nous partions à Marrakech : au soleil, pour choper un cancer de la peau, se faire piquer par un scorpion, lapider, ou les trois en même temps.

Je ne sais pas si c’est à cause de mes a priori sur les vacances au chaud, mais le départ fut tourmenté. En regardant les hôtels sur le gentil Ternet (le Ternet est notre Dieu, longue vie au Ternet !), on en avait trouvé un génial : pour une bouchée de pain -et pas du Paul hein, du pain dégueu de la boulangerie d’en bas !-, on avait un hôtel grand luxe, avec un L majuscule, bar dans la piscine, un site plein d’animations en flash et des palmiers dans le jardin. David aime les palmiers, alors on a dit banco.
Je nous entends encore, “banco”…

Le temps de peser le pour et le contre une demi-douzaine de fois, et je me suis retrouvé à faire la réservation à l’arrache, un soir avant de me coucher. Je clique, je remplis, je donne mon mail, je me trompe d’une case alors je reviens, je continue, je valide, je donne mon numéro de carte…
C’est en recevant le mail de remerciement de mon achat que ça m’a choqué :

Passager 1 : David Procellus
Départ : 14h20 Paris Orly ( France ) Terminal S
Arrivée : 15h30 Marrakech Menara ( Maroc ) Terminal 1

Passager 2 : David Procellus
Départ : 14h20 Paris Orly ( France ) Terminal S
Arrivée : 15h30 Marrakech Menara ( Maroc ) Terminal 1

Hm.
Est-ce que c’est vraiment un problème d’avoir pris les deux billets d’avion nominatifs à mon propre nom ? Ça pourrait tout de même être un tantinet gênant.
Je me suis couché totalement catastrophé, et à neuf heures pétantes le lendemain matin, j’appelais Opodo pour chouiner.

- Oui madame Opodo, voilà euh, comment dire chuis un gros boulet et grmbl deux billets à mon propre nom…

- Pardon monsieur ?

Je lui répète mon embarrassante situation, et elle m’annonce, avec dans la voix le chaud soleil de celle qui s’en fout, qu’on ne peut rien faire : la réservation a été confirmée par la Royal Air Maroc, on ne peut plus annuler le billet.
Gloups.
Le temps de réfléchir à si on partait ou pas, la chambre standard nous était passée sous le nez (plus tard, horrifiés, nous découvririons pourquoi) et j’avais dû prendre une chambre Deluxe, avec vue sur l’Atlas (alors que l’Atlas on s’en branle, on va pas au Maroc pour voir la montagne, sinon on irait à Morzine ou Serre-Chevalier, eh, tu nous prends pour qui !), mais je me retrouvais maintenant à devoir acheter un troisième billet d’avion, en attendant de voir si la compagnie acceptait de me rembourser le premier. Duh.

En faisant bien attention de le prendre au nom de Lapin, cette fois-ci, mort de rire quand je lui racontais ma mésaventure, alors qu’il aurait dû être ému par tous les trémolos que j’avais mis dans ma voix, en essayant de me faire passer pour la victime.

Ensuite, les jours sont devenus de plus en plus longs, mais la date du départ est enfin arrivée.
Alors, Indiana Jones des temps modernes, nous nous sommes envolés vers le Maroc, sans savoir si nous reverrions un jour nos terres natales.

Rien de ce que nous avions vécu ne nous avait préparés à la suite.

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Autopsie d’un tube

13 octobre 2009

Ce jour-là, Mylène Farmer est chez elle, à la recherche de l’inspiration. Son complice et confident de toujours, Laurent Boutonnat, l’aide dans cette recherche en regardant partout, même sous les coussins du canapé, bien qu’il eût préféré continuer à créer des mélodies, tranquille sur son orgue Bontempi.

Couchée sur un cercueil, Mylène se tapote le menton avec la gomme de son critérium :

- Ralala, mais qu’est-ce que c’est difficile la création artistique ! J’ai déjà fait une chanson où je dis Fuck them all, c’est bien mutin comme thème, hihi ! Maintenant il faudrait que je fasse quelque chose de nouveau…
Oh, je sais, je vais écrire sur toutes ces causes qui me tiennent à cœur et qui me révoltent, pour montrer que je peux aussi être une chanteuse engagée ! Qu’est-ce que tu en penses, mon Lolo ?

- Piiiii… Paaaaa… Pôôô… PuuuUUUuuu… Hmmm ? Ouais ouais, ce que tu dis, fais-ça… Piiiiii…

- Alors… Comment je pourrais tourner ça… Euuuh… Je sais ! Je vais commencer par faire une liste de ce que je n’aime pas ! (Mylène, restée fixée au stade anal, aime bien faire des listes, et vérifier vingt-deux fois avant de sortir d’une pièce qu’elle en a bien fermé la fenêtre)
Bon, commençons…

- Pûûû pû puuu pah !

- Voyons voir… Qu’est-ce que je n’aime pas… La cruauté ? Ah ça, c’est laid, la cruauté ! Et puis, et puis la calomnie, oh qu’est-ce que c’est laid la calomnie !
Han, je suis super bien partie, la muse s’est posée sur moi ! Et puis aussi, et aussi… Euh…
Lolo ! Je sèche !

- Poo piii puh ?

- Dis mon Lolo, c’est pour ma chanson, qu’est-ce qui est laid ?

- Euh, ta coupe de cheveux ?

À ces mots, la chanteuse poétesse éclate en sanglots.

- Ah c’est bien ma Mylène, c’est une chanson qui te touche, apparemment… Pooo po po pooo !

- Mais non, mais t’es trop méchant, et j’avais bien raison, la cruauté, c’est laid ! Et la calomnie, c’est laid ! Et l’infamie, et ben, c’est laid aussi !

Répond la star, entre deux sanglots, en tentant péniblement de se relever du sol où elle s’est effondrée.
Mais le temps passe, la création artistique est comme un film de Godard, lente et douloureuse, et le temps qui lui était imparti est maintenant révolu.

Le temps de vérifier ses fenêtres (vingt-deux fois, pendant que Laurent tape du pied et trépigne devant la porte, un jour il va se la faire cette conne, putain, le jour où elle arrête de rapporter…) et de jeter deux ou trois idées de plus sur son bloc, dans le taxi qui les conduit au studio d’enregistrement, de trouver quelques mots bien tendancieux de derrière les fagots, comme “coïter” ou “les apôtres je les mange” (parfois, les muses n’ont que faire du sens des mots), et Mylène et Laurent peuvent enregistrer le nouveau titre de la star, qu’elle est tout de même allée chercher bien loin, comme toujours.

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la musique

Ma réalité

10 octobre 2009

L’autre soir j’étais au boulot, un peu secoué par la broncho-pneumonie qui a failli avoir ma peau, et qui m’a offert la voix de Macha Béranger pendant tout un week-end. La soirée touchait à sa fin, et c’était plutôt chouette, parce que je m’ennuyais ferme (comme d’habitude, me direz-vous), surtout que personne n’avait pensé à me laisser un 20 Minutes.

C’est à ce moment-là, quelques minutes avant la fermeture, qu’un premier caissier m’a appelé : un client venait de lui présenter une carte qu’il n’avait jamais vue. La carte Butterfly, censée donner 9% de réductions aux touristes dans toute une chiée d’enseignes Parisiennes, dont Happy Time.
J’ai envoyé mon meilleur élément sur les lieux, et quand je l’ai revue, elle m’a confirmé que non, elle n’avait jamais vu cette carte, et qu’elle ne voyait pas trop comment on pouvait appliquer les réducs : aucun numéro sur la carte, pas de puce ou de piste magnétique, bref, trop le truc de ouf, quoi.

Entre temps, j’avais quand même reçu un deuxième appel d’un autre caissier, à qui on avait présenté exactement la même carte.
Trop dingue, il se passe des trucs nouveaux dans notre magasin ! Folie !

J’ai attendu deux ou trois jours, le temps que l’évènement remonte des limbes de mon subconscient, pour en parler à ma Big Big Boss, qui est toujours au courant de tout, qui sait tout sur tout et tout le monde, même que ça fait un peu peur, parfois.

Et c’est au moment où les mots sortaient de ma bouche, “carte Butterfly”, “9% de remise”, qu’un doute atroce m’a assailli : est-ce que c’est vraiment arrivé ?
Parce que plus j’avançais dans mon histoire, et plus j’avais l’horrible impression d’être en train de lui raconter un rêve. Un rêve certes très réaliste sur le boulot, mais un rêve quand même.

L’autre solution, encore plus plausible, c’est que ma bronchite et l’otite que je couvais (mercredi, cinq jours avant de prendre l’avion, j’ai appris que j’avais une otite : c’est une expérience dont je suis certain de revenir plus riche -si toutefois j’en reviens) m’ont tellement ébranlé que je me suis mis à avoir des hallucinations, là, comme Ally McBeal, sur mon lieu de travail.

Ça serait très facile à vérifier : je me souviens parfaitement qui m’a appelé pour me poser la question (la première fois), qui j’ai envoyé au secours de ce pauvre tâchon -cette multitude de détails précis qui me fait plus pencher vers l’hallucination que le rêve-, mais je n’ose pas, je connais déjà leur réponse, et j’ai un peu peur de leurs réactions.
La chemise qui s’attache dans le dos, ça n’irait avec aucun de mes pantalons.

Et c’est là que je me dis que j’ai tout de même eu de la présence d’esprit, ce même jour, de ne parler à personne des énormes pylônes futuristes qu’ils avaient installé sur les quais de ma station de métro, et que je n’ai revus aucun autre jour.

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au boulot

I am sooo back

6 octobre 2009

J’entends dire ici ou là que Procellus n’écrit plus. Pourquoi ? Comment ? Est-ce que la grippe du cochon nous l’a arraché trop tôt, chienne de vie ?
Un mois d’abstinence, la France qui tremble, la météo en est toute déréglée, même Bo, le chien de Barrackûnet d’amour en a perdu l’appétit, tous attendent que David les souille à nouveau de ses talentueux écrits.
Mais rassurez-vous, braves gens, nous allons bien. Nous n’avons pas déposé la plume à terre : les fans les plus inconditionnels, ceux qui ont l’immense bonheur de faire partie de mes amis Facebook (pour mon esprit torturé, accepter une friend request équivaut ni plus ni moins à devenir frères de sang) le savent bien : je mets mes statuts à jour avec une régularité… euh, régulière.

Et voilà : j’ai résisté à la mode touitteur, mais facebook a bien failli tuer mon blog, comme les jardiniers tuent leurs patronnes. Non seulement j’avais remplacé les posts par ces deux lignes de statut, mais en plus j’ai passé des heures, des jours, des semaines à jouer à Pet Society, Farmville ou n’importe quelle daube qui me permettait de m’évader de la morne grisaille du quotidien.
Mais finalement, j’ai décidé que stop ! Plus jamais, c’est fini, je n’ai pas besoin de facebook, je peux arrêter, donne-moi le courage d’accepter ce que je ne peux pas changer, la force de changer ce qui peut l’être et la sagesse de distinguer l’un de l’autre, toussa toussa !

Bien sûr, j’aurais pu revenir en faisant du Pénélope Jolicoeur, à raconter en un mini paragraphe comment c’est trooop dur mon succès, mes projets et ma vie de couple (haaan, David il est trop fou dans sa tête, il crache même sur Pénélope !), mais pour ça, je vais peut-être attendre d’avoir un succès ou un projet à jeter à la face du monde.
Et de toute façon, ça n’était pas assez.

Il fallait plus, du mieux, de l’absolu, du parfait.
Je suis donc allé puiser l’inspiration à la source, j’ai bu les saintes paroles de Shy’m, Amélie Nothomb, les Black Eyed Peas, Marc Lévy et tous ces magiciens des mots qui contribuent chaque jour à rendre notre monde un peu plus beau.

Et même si la route fut longue, semée d’embûches, de questions (à quoi servent les autres Pussycat Dolls ? Et pourquoi l’album solo de Nicole n’a-t-il pas marché, si vraiment elles ne servent à rien ?), d’errances, d’erreurs, de crises psychiques, j’ai enfin retrouvé le chemin de la maison.

Vous pouvez respirer, je suis re-là.

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