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Les stigmates de ma personnalité

26 août 2009

Il y a deux semaines au boulot, j’ai eu droit à mon entretien annuel. Je suis un employé modèle, donc je n’ai eu que des compliments, mais Girafa s’est sentie obligée de me faire un reproche. Oh, j’imagine qu’elle a passé du temps à chercher, la salope. Mais vu ce qu’elle a trouvé, je pense qu’elle aurait dû plancher un peu plus :

- David, un de tes gros défauts… C’est que tu es une peste.

Ouuutch, a répondu ma virilité. Mais je n’ai pas cherché à me défendre plus que ça : déjà parce que je suis un lâche, mais en plus je sais qu’elle a raison.

Évidemment, ça n’est pas ma faute. C’est une malédiction, un mauvais sort que je supporte depuis toujours : dès que je remarque un défaut chez quelqu’un, qu’il bosse mal ou se comporte comme un con (bien sûr que non, ça n’est pas objectif), je ressens le besoin d’en parler à qui veut l’entendre.
Mais plutôt que de m’énerver et de me mettre à gueuler comme un putois, je préfère en rire -aux dépens de la personne. Oui, je me fous de sa gueule. Mais avec bonne humeur et entrain, c’est tout de même plus agréable pour les autres !
Et dans le monde du travail, bien qu’il soit fort aisé de baver sur les collègues, il semblerait que ça ne soit pas très bien vu.

Quand j’en ai parlé aux rares collègues que je tolère, j’ai tenté de défendre ma cause : oui, je critique les gens. Mais ça n’est pas parce que je dis des saloperies sur leur façon de bosser que ça n’est pas la vérité.
Elle, qui passe ses soirées à bloquer la ligne du bureau pour appeler son mari et savoir si son chiard a pris son bain ou ce qu’il a mangé, ça n’agace que moi ?
Et lui, avec son énergie de poireau, qui ne vient que pour mater les petites caissières, on doit le défendre ?

Non, mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, David.

Alors mercredi dernier, pour m’aider, Grololos a suggéré de mettre en place une thérapie expérimentale : je me mets un élastique autour du poignet, et à chaque fois que je crache sur quelqu’un (métaphoriquement, bien sûr, je sais quand même me tenir), WASHLAC !, je me claque le bras.

Évidemment, ça ne marchera jamais : je suis trop bête pour mettre en rapport la douleur et mes accès de bile, mais c’est devenu très pratique : quand quelqu’un entre dans la pièce, au lieu d’attendre qu’il sorte pour lancer ma saloperie, je regarde Grololos (qui pense comme moi mais sait tenir sa langue) et shlac, avec un regard entendu.
Au moins, ça m’apprend la discrétion.

Mais ça m’a également permis de me rendre compte que peut-être, je balançais trop. Le mercredi, je ne suis là que quatre heures. On a mis la thérapie en place au bout de deux heures.
En deux heures de temps, quand je suis sorti, mon poignet n’était plus que douleur :

Pour le bien de mon bras, pitié, arrêtez d’engager des incompétents !

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au boulot

Everything. Everyone. Everywhere. Ends.

2 août 2009

Dimanche dernier, j’ai passé une nouvelle étape dans mon ascension vers une vraie vie d’adulte : le décès de ma grand-mère. Tout le monde ou presque le vit, c’est comme le permis, le bac ou un premier appartement.
Mais quand on se lâche une brique sur le pied, on a beau se dire que beaucoup d’autres avant se sont pris la même, au moment où elle tombe, elle fait quand même mal.

Comme toutes les personnes âgées, le sens du timing de mes grand-parents laisse à désirer. Si ma grand-mère était morte à un autre moment, tout aurait sûrement été plus simple. Mais comme c’est arrivé à son domicile, un dimanche soir, les pompiers n’ont pas pu l’emmener à l’hôpital, et le service de la mairie qui aurait dû prendre la relève était fermé jusqu’au lendemain.

Ils ont donc improvisé une veillée morbide à l’ancienne : ils l’ont installée le plus confortablement possible, de son côté du lit, la couette remontée jusqu’au menton. Si elle n’avait pas eu ce teint de cendre et les gros bandages autour de la tête, on aurait presque pu croire qu’elle dormait.
Je suis passé voir mon grand-père le lendemain, et pendant tout le temps où j’étais là, à chaque fois qu’il passait dans la chambre, il se jetait sur le corps en pleurant, et l’embrassait : une fois sur le front, une fois sur la bouche, en lui murmurant des “pauvre veille, pauvre vieille”.

Comme je suis à fond pour les sacrifices, je me suis dit que quelques jours d’intense traumatisme n’étaient pas importants, s’ils lui permettaient de se sentir mieux pendant quelques instants. Alors comme il pensait que ça lui aurait fait plaisir, je suis allé embrasser le corps gris et froid de ma grand-mère.
J’ai ensuite profité de ce qu’on cherchait quels vêtements donner aux pompes funèbres pour l’enterrement, pour aller m’enfermer dans le dressing et pleurer toutes les larmes de mon corps, loin des regards indiscrets.

Je suis ensuite allé me repoudrer le nez, et j’ai pu retourner bosser la tête haute. J’ai eu de la chance d’être soutenu par les collègues, qui me réconfortaient à grands coups de “ce qui est triste, c’est que quand leur femme meurt, les hommes la suivent rapidement : on voit souvent des veuves vivre seules, jamais des veufs”.
C’était rassurant.

Et puis vendredi, une fois les papiers remplis, on a pu passer à l’enterrement. Une grande cérémonie avait eu lieu à mon insu avant qu’on arrive au funérarium, au cours de laquelle on m’avait nommé soutien officiel de mon grand-père. J’ai donc eu l’immense honneur de l’aider à mettre sa montre une dernière fois au poignet de ma mamie.
Pour la deuxième fois en moins d’une semaine, je touchais un corps.

Bien sûr, il y a eu quelques parties amusantes : l’arrivée devant le cimetière, où les porteurs se sont rendu compte qu’ils n’avaient pas la clef, ou le moment ou la Grande Prêtresse de la Mort a fait tomber une hostie et n’a pas osé la donner au bon chrétien qui était agenouillé devant elle, et l’a donc mangée.

Mais il y en a aussi eu des moins drôles, comme le voyage en corbillard avec mon grand-père, qui pleurait sa femme sous les fleurs, en me disant entre deux sanglots qu’en plus de soixante ans de mariage, ils n’avaient jamais été séparés, et que le plus dur serait de rentrer chez lui ce soir-là, parce qu’il était persuadé qu’elle allait lui demander comment ça s’était passé : ils se racontaient tout, depuis plus d’un demi-siècle.
Dans ces moments-là, c’est fou comme les mots manquent.

Mais ce genre d’évènement n’est de toute façon pas propice aux grands échanges. C’était surtout l’occasion d’une piqûre de rappel, sur ce qu’est la vie.
On se rencontre, on se marie, on fait des beaux enfants, et la plupart nous survivent. Si on se débrouille bien, peut-être même que certains finiront par ne pas nous détester. Et puis on devient vieux, ridé et tremblotant. L’histoire doit se finir, c’est inévitable. Dans le meilleur des cas, l’autre meurt d’un coup, sans prévenir, et on n’a plus qu’à attendre de crever à son tour, tout seul comme un chien.

La vie, c’est bien.

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