Dix bonnes raisons de te larguer
20 juillet 2009On ne le dira jamais assez : Happy Time est la plus grosse boîte à pédés de Paris. De la direction aux sous-fifres, des clients aux livreurs, ils en sont tous. Les seuls à faire leur coming-out, ce sont les hétéros, et la plupart du temps on ne les croit pas. Et on a bien raison parce qu’en grattant un peu, il s’avère toujours qu’ils sont au moins bi.
C’est pour ça que lorsque messieurs Lelaid et Lemoinslaid, deux de nos caissiers, sortaient ensemble, ça ne choquait ni n’intéressait personne. Leur relation s’est mise à passionner le service le jour où, après six mois de vie commune, Lemoinslaid a envoyé un SMS à Lelaid pour lui dire que tout était fini, allez, tcha’tchao !
En plein pendant sa journée de travail, monsieur Lelaid, grand hystérique devant l’Éternel, a fini à l’infirmerie, et bam, deux semaines d’arrêt de travail. Chochotte, va.
Le plus terrible dans cette histoire, c’est que monsieur Lelaid essaye maintenant de se remettre en selle et de ne pas se laisser abattre : un de perdu, dix de retrouvés !
Et il a décide qu’un de ces dix, ça serait moi.
Argl.
Je ne sais pas comment gérer ce genre de situations. Il n’a jamais rien tenté, c’est donc difficile de l’envoyer chier une bonne fois pour toutes, et je ne suis pas un monstre, je ne tire pas sur une ambulance déjà en flammes.
Bien sûr, je pourrais essayer de transformer ça en un plan cul vite fait bien fait, mais il est vraiment très moche, et à la limite je préfère son ex.
Tout a commencé doucement : de petits bonjours un peu appuyés, il en est venu à m’appeler quand je suis dans le bureau pour me raconter sa vie, aussi intéressante qu’un épisode de Derrick, et à me complimenter sur ma tenue, tous les jours.
Alors que bon, s’il y a un domaine pour lequel je suis conscient de craindre du boudin, c’est bien en ce qui concerne mon sens de la mode et mes goûts vestimentaires. Je n’ai pas les jolis ponchos d’Ugly Betty, mais s’il y avait une police de la mode, je croupirais en prison à me faire enfiler comme un pull par des gros machos toute la journéee (soupir…).
Il y a deux semaines, monsieur Lelaid me demandait, toujours au téléphone, où on pouvait trouver un article dont je n’avais jamais entendu parler, et ses intentions se sont précisées. Plutôt que d’avouer mon ignorance, solution la plus simple, adulte et responsable, j’ai fait la connerie de distraitement lui répondre :
Car au travail, David est drôle, très drôle.
Sa réponse à lui m’a un peu désarçonné :
Aaah ! Trop d’informations ! Trop d’informations ! Les moches n’ont pas de vie sexuelle, non non non !
J’ai violemment raccroché, le souffle court, et j’ai juré sur la tête d’Harry Potter, de Doctor Who et tout ce qui est sacré dans ma vie que jamais, plus jamais je ne ferais ce genre de blague au téléphone.
Et plus le temps passe, plus il devient collant. La semaine dernière, on assistait tous les deux à la même réunion. En une demi-heure, j’ai changé trois fois de place. À chaque fois, il a trouvé le moyen de se déplacer aussi, pour être toujours à côté de moi, et a fini assis par terre, à mes pieds.
Mais c’est samedi où il a dépassé les bornes Maurice, me forçant à prendre les mesures qui s’imposaient.
Après une dure journée de travail, je me préparais à traverser la rue, Grololos à mes côtés. C’est alors que j’ai senti une résistance dans mon dos : monsieur Lelaid était derrière nous, avec une de ses copines, et il se tenait, tout sourire, à la boucle de mon sac.
J’adore.
Regard interloqué vers Grololos : “non mais je rêve, ou il y a un moche accroché à mon sac ?”. Sa copine a dû sentir le malaise, puisqu’elle lui a dit, en gros, “d’arrêter de faire chier David”. Il a rétorqué que non, il me kiffait.
Aaargl !
Il avait plu.
On était arrivés à la bouche de métro.
C’est là que j’ai trouvé la technique pour m’en décoller : je me suis cassé la gueule dans l’escalier.
Je ne me suis pas fait mal, car je suis bionique.
La surprise l’a fait lâcher prise, et j’ai pu prendre mon métro tranquillement.
Si j’avais su plus tôt qu’il suffirait de quelque chose d’aussi simple…
Suis pas sur que ça marche, sur le court terme : d’expérience, la maladresse peut amplifier le phénomène de séduction. Le coup de la remarque cinglante avant la chute dans l’escalier, j’ai déjà essayé. Le coup de la boucle de ceinture qui te lâche en pleine zone piétonnière à une heure de grande affluence, ça ne marche pas non plus (je n’avais pas besoin de maigrir, tu me diras, ça l’attirait encore plus, visiblement). Idem la glace italienne renversée sur le beau pantalon beige… Et pourtant, j’avais fait fort, hein : tout ça le même jour (oui, tu as encore des leçons à apprendre, petit) !
Non, la seule, l’unique méthode pour se débarrasser proprement de ce genre de gars qui te suit pendant encore une heure malgré tes efforts, c’est d’avoir une copine complice à qui rouler un gadin fort opportunément…
Ou de lui dire qu’il est laid ! on passe pour un connard, mais on est débarrassé !
En tout cas, tu écris vraiment très bien, c’est toujours un plaisir de te lire, et je n’avais pas encore eu l’occasion de te le dire !
mais c’est la colonne Maurice ou le mille borne qu’il a dépassé ?
La beauté ? Délais, délais …
Je ne vais pas la jouer au grand Serge, mais j’apprécie toujours autant …
(et j’en ai plein en retard, Yeeepa !)
Et, euh… le pousser dans les escaliers ou lui péter les rotules, tu y as songé ?
Oh oui, comme j’y ai pensé…
Le statut de sex symbol est difficile à assumer ! tous ces mecs à tes pieds… Je te comprends :p
Au lycée, le gay sans vie sexuelle que j’étais était la proie idéale des FAP version chanteuse de GOSSIP qui s’ignorent. Et quand deux nanas de ce formats s’engeulent pour toi… ben t’aimerais bien tomber dans l’escalier !
Première visite et je compte bien revenir. Vous avez un joli brin de plume qui me ravit tout plein. Perso avec les fâcheux, j’ai recours au verre ou au pot d’eau froide sur le pantalon.
Deux avantages :
Primo, ça refroidit ses ardeurs,
Deuxio, ça lui permet de passer pour un gros cochon qui s’est fait pipi dessus, et là pas de retour en grâce, il te déteste illico.
Bonne semaine