Dessine-moi un agneau
15 avril 2009Samedi dernier, je travaillais avec Grololos. Je l’aime bien, Grololos, elle est rigolote, même si elle pue le déodorant bon marché et que du coup si je m’approche trop, je suis obligé de lui parler en apnée.
Notre gros problème, c’est que chacun d’entre nous fait ressortir ce qu’il y a de pire en l’autre. Nos instincts les plus bas, les plus vils, nos traits de caractère les plus honteux se retrouvent complètement exacerbés dès qu’on s’approche l’un de l’autre, un peu comme un yin et un yang maléfiques, ou du Coca et des Mentos : les deux sont délicieux, mais ils ne doivent jamais se rencontrer, ou alors kaboom !, c’est la fin du monde -je suis certain que Victor Hugo ne l’aurait pas mieux dit.
Bien sûr, je suis un ange, alors ça ne va jamais chercher bien loin : beaucoup de laxisme, une régression sans limites, et surtout, oh oui, surtout un côté commère et langue de pute que je m’ignorais. Dès qu’on discute, je me mets à casser du sucre sur le dos des autres : même les collègues que j’adore et dont j’accepterais un rein sans hésiter (comme je l’ai déjà dit, ma générosité est sans limites), dès que Grololos en parle, je ressens le furieux besoin de les souiller et de les avilir.
C’est bestial et animal, je le sais, mais c’est plus fort que moi.
Et puis, c’est bon.
Heureusement, on ne fait pas que critiquer les autres, sinon on se lasserait : la semaine dernière par exemple, on a travaillé ensemble au défouloir pour clients, et pour s’occuper, on a passé notre journée à dessiner. Pendant qu’elle décalquait des Monsieur-Madame qu’une cliente était venue se faire rembourser, je m’amusais à faire les contours de ma main, en me mettant du feutre partout sur les doigts. Si j’avais su que les marqueurs étaient aussi traîtres, j’aurais davantage écouté les cours de maternelle.
Du coup, quand on s’est retrouvés ensemble au bureau samedi, j’étais tout content : on n’a aucun client en ce moment, ça veut dire qu’on va encore pouvoir ne rien foutre, youhouuu !
L’ennui avec le bureau, c’est qu’il y a beaucoup de responsables qui passent, alors on est obligés de se contenir (un peu). Pas de dessins, et on ne peut pas dire du mal des gens, parce que c’est mal vu.
Mais en fin de soirée, on ne tenait plus -enfin, surtout moi. Comme c’était Pâques, je me suis senti obligé de marquer le coup, en faisant par exemple un joli dessin sur le tableau qui nous sert à noter les promotions du moment, et autres informations importantes. J’ai quand même attendu que les chefs s’en aillent, vu qu’un dessin est tout sauf une information importante, et c’était tipar mon canard.
Ma première idée a été de réaliser un gigantesque triptyque représentant l’agneau sacrificiel avant, pendant et après qu’il soit devenu gigot pour ôter le pêché du monde (oui, les chrétiens ont de curieuses croyances).
Mais bien vite, je me suis souvenu : je suis une quiche en dessin. Sorti du bonhomme-bâton, je ne sais rien faire. Alors, j’ai dessiné un œuf, parce que de toute façon, tout le monde s’en fout du côté bigot, de même que Noël ne vaut que par les cadeaux, le seul intérêt de Pâques, c’est les chocolats.
J’ai donc pris mon plus beau marqueur effaçable -quand même-, et sous un magnifique “Joyeuses Pâques !” qui a fait l’admiration de mes collègues parce que, je cite, il n’y avait “même pas de fautes” (en même temps, sur deux pov’ mots, ça m’aurait fait mal), je me suis lancé dans mon grand œuvre.
La langue tirée parce que je m’appliquais vraiment, j’ai mis une bonne minute pour arriver à ce résultat (en gros) :

Tadaaah !
Une fois mon dessin terminé, je me suis reculé, un sourire satisfait aux lèvres, pour admirer mon ouvrage : j’ai trouvé ça beau.
Alors, je me suis retourné.
Ça faisait donc une bonne minute que Girafa, ma big boss, se tenait derrière moi. Les bras croisés, droite comme la justice, elle m’observait avec un petit sourire bizarre, la tête légèrement penchée sur le côté, à la manière des oiseaux de proie.
Plus jamais je ne dessinerai sur mes heures de travail.
Forcément, c’était Pâques… en plus d’un oeuf, il fallait bien qu’il y ait une cloche

Et en parlant d’oeuf, il y une coquille à la 3e phrase… Je n’en dis pas plus par charité chrétienne, il paraît que c’est la saison
haha le sale coup… Elle a aimé le dessin au moins?
C’est pas à la quatrième phrase qu’il y a une coquille, plutôt?
où ça la faute, où ça ?
Non mais je l’ai corrigée, c’est plus la peine de la chercher hein.
j’adore ce blog. “la vie de bureau” de dilbert, les geeks - ouf ! - en moins.
Depuis que tu travailles dans le bureau, je ne te croise plus jamais dans les rayons.
C’est moins drôle.
Procellus, ne fait pas attention à Popin, je lui donne des cours de méchanceté et il s’exerce sur toi mais je lui ai dit que c’était triché parce que c’était trop facile de jouer avec ta parano.
Cela dit tu avais l’air d’avoir besoin d’une douche tout à l’heure sur la ligne 1.
^^
Je suis pas (que) parano, je suis surtout curieux