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C’est en faisant des erreurs qu’on apprend

25 mars 2009

Bien sûr, en ce qui concerne les relations sociales, je pars de très bas : elle n’est pas si loin l’époque où je devais vider une bouteille entière pour ouvrir la bouche en soirée, ou celle où je me mettais à grogner et aboyer dès que qu’on tentait de me faire la conversation.
Il y a encore moins d’un an, je m’avalais un mois et demi d’arrêt de travail parce que j’allais me retrouver coincé dans un bureau avec des vraies gens, et que ça faisait quand même grave peur.

Maintenant, j’ai bien changé. Je laisse les gens m’approcher et me parler -oui je sais, c’est bien généreux de ma part, et je reste (un peu) avec les collègues le soir après avoir pointé, quand ça n’est plus obligatoire, pour échanger les derniers ragots. Certes, je n’ai pas le choix : quand on passe la journée avec les mêmes personnes et qu’on est obligé de les attendre pour sortir, la fuite est plus difficile. Mais j’ai appris à faire avec !
Même, l’autre fois au lieu d’aller directement au métro, j’ai accompagné Grololos pendant dix minutes jusqu’à sa boulangerie, parce qu’elle est sympa, qu’elle avait commencé à me raconter une histoire dont je ne pouvais pas ne pas connaître la fin, et que j’espérais qu’elle m’achèterait des bonbons.
La chienne, elle a juste pris une baguette, puisse-t-elle s’étouffer avec.

Du coup, j’ai arrêté de l’aimer, et j’ai reporté tout ce trop plein d’amour et de compassion qui me caractérise
(faire une pause pour les rires)
sur Boñassa, une de mes chefs qui m’appelle Dabid avec son accent portugais rigolo.
Elle est gentille cette chef-là. En plus, elle est même assez gironde pour avoir l’immense honneur d’avoir été draguée par mon père, un jour où il me cherchait dans le magasin. Il pensait me trouver à mon habituel poste du défouloir pour clients, mais manque de pot ce jour-là, c’est elle qui s’y collait.
Il s’est approché, et a pris sa voix de crooner pour lui sortir :

- Bonjour… Je suis venu ici à la recherche de mon fils, mais, hmmm, manifestement vous n’êtes pas lui…

Bien sûr, il y a toujours deux versions à chaque histoire. Mais que ça soit celle de Boñassa, brillamment narrée ci-dessus, ou celle de mon père, qui la qualifiait de “jeune femme charmante”, ma réaction a été la même : ewww !
On ne fait pas du rentre-dedans à mes boss, et encore moins quand je m’entends bien avec !

Parce que oui, depuis que je suis rentré à Happy Time, je l’aime bien Boñassa, même si elle est un peu bizarre : l’autre jour, son mari a cassé la voiture, alors elle a demandé à tout le monde si on ne connaissait pas une voyante, parce que la seule explication à l’accident, c’est qu’on a dû leur jeter un sort.
Voilà voilà…

Mon problème avec les gens que j’aime bien, c’est que j’ai la maturité émotionnelle d’un enfant de sept ans : quand j’aime bien une fille, je lui tire les couettes. Enfin, pas littéralement bien sûr, mais je la vanne tant que je peux -et je peux beaucoup.
Ca reste toujours très soft, je me moque de son accent, et on évite les “dans ton cul”, ou les “crève, morue” quand elle me demande un service, parce qu’elle est quand même ma chef.

Mais l’autre jour, pendant qu’on rigolait, j’ai un peu trop pris la confiance, et mes mots ont dépassé ma pensée. Au moment où je le disais, j’ai senti qu’on ne se connaissait peut-être pas assez pour ce genre d’humour.

Elle a regardé sa montre, et a annoncé à la communauté qu’elle avait bientôt fini sa journée. J’ai regardé l’horloge, comme je n’ai pas de montre. Moi, il me restait encore trois heures à tirer.
Je n’ai pas réfléchi, et je lui ai répondu comme à une pote qui serait partie trois heures avant moi.

C’est ainsi que “pour rire”, dans un bureau plein comme un œuf, j’ai traité ma chef de salope.

J’ai encore beaucoup à apprendre.

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au boulot

Bébé cuisine deviendra grande

14 mars 2009


Il y a à peu près un an, mon lave-vaisselle est mort. Oui, c’est vrai, je pensais l’avoir réparé tout seul comme un grand, mais quand au bout de quelques jours il avait fait “pffft” et s’était mis à sentir le brûlé, je m’étais dit que peut-être ma réparation n’avait pas tenu.

À cause de ma célèbre phobie du téléphone, j’ai attendu… euh, longtemps, et peut-être même plus, avant de me résoudre à appeler le BHV, puisque cette raclure de Lapin avait refusé de passer le coup de fil à ma place, le salaud, j’vous jure.
Quand madame S.A.V. du Bazar de l’Hôtel de Ville avait décroché, j’avais eu la désagréable impression qu’elle me prenait pour un con :

- Madame, ouin, c’est mon lave-vaisselle il marche pu, il a fait pfouit, ça a senti le brûlé et maintenant il s’allume pu :(

- Avez-vous vérifié que l’appareil était branché sur le secteur ?

-…

C’est ça l’inconvénient de mettre une femme à un poste d’homme : elle s’imagine qu’on est tous aussi doués qu’elle en mécanique. Allez madame, assez rigolé. Donnez ce téléphone à l’homme le plus proche de vous, et retournez à vos fourneaux (Procellus, le blog avec du vrai machisme à la papa dedans).
Après lui avoir confirmé que j’étais équipé de jugeote et que oui, j’étais certain d’avoir allumé le courant avant de faire fonctionner la bête, on avait pris rendez-vous avec le technicien.

J’avais pourtant enlevé un placard avant son arrivée, pour lui permettre d’intervenir. Mais ça n’était pas assez. Il avait à peine mis un pied chez moi qu’il se mettait à faire le loup :

- Ouuuh ! Ouuuuuuh ! Mais qu’elle est petite cette cuisine !

Certes, je n’ai pas l’espace de Jamie Oliver, mais elle reste assez fonctionnelle, et jusqu’à présent, personne ne s’était jamais plaint de la taille de mon appendice.
Je me suis tout de même platement excusé : moi aussi, j’aurais préféré le recevoir dans la cuisine américaine de mon triplex. Mais les choses étant ce qu’elles sont, il devrait se contenter de cet appartement. La vie est dure mon bon monsieur.

Après des heures d’un labeur acharné, suant corps et âme, il avait fini par comprendre le pourquoi de mon souci : une fuite dans l’appareil avait noyé le moteur, qu’il fallait donc changer. En attendant naturellement plusieurs jours voire semaines que la pièce leur arrive, je me suis encore abîmé les mains avec leurs saletés de produit vaisselle de pauvres.

Finalement, mon angélique patience avait été récompensée : il était revenu, surpris une nouvelle fois de la petitesse des lieux, et me racontant des histoires sordides de comment il devait parfois intervenir dans des cuisines encore plus petites que la mienne.
Non ? Des lieux exigus ? Dans des immeubles parisiens ? Comme ça m’étonne…

Au bout d’une heure, tout fier de lui, il était parti : il avait changé le moteur de mon lave-vaisselle. Tadaaah ! Il m’avait même montré, quand on l’allume il démarre, trop wouah !

Le petit monstre vert de l’imperfection n’allait cependant pas tarder à pointer le bout de son nez.

Quand une fuite vient noyer le moteur du lave-vaisselle, changer ledit moteur, c’est bien.
Mais réparer la fuite coupable, c’est encore mieux.

Parce que là, deux jours après le passage du technicien, ma machine me claquait à nouveau dans les doigts. Bien sûr, j’aurais pu faire comme ma môman : me jeter sur le téléphone, hurler que c’était inadmissible, faire valoir mon droit à l’électroménager qui fonctionne, et les faire revenir dans l’heure.

Mais au moment de les appeler, j’avais eu comme un blocage : hmmm, le téléphone ? J’ai déjà donné trop récemment, et si je me laissais un peu de répit ?
C’était en août.

Et de jour de répit en “demain je les appelle”, on est arrivés en mars, mois qui marquait l’arrêt de mort de l’appareil -ou plutôt de sa garantie.
Pendant huit mois, j’avais été large, on a le temps de les appeler, ça presse pas, mais d’un coup, ça devenait presque urgent.

J’ai quand même attendu trois semaines avant la date d’expiration pour les appeler. Le temps de me faire à l’idée de faire à nouveau rentrer un réparateur dans ma maison, mon espace vital, le rendez-vous a été pris pour lundi dernier, soit deux semaines tout pile avant qu’il soit trop tard.

Je l’ai reconnu tout de suite. Lui, il lui aura fallu un peu plus de temps pour se souvenir. Mais en voyant ma cuisine de Tom Pouce, tout lui est revenu :

- Ah. Je suis déjà intervenu ici…

En effet, mais je crois que tout est à refaire.

Comme la dernière fois, il a passé vingt bonnes minutes à démonter le cul de mon engin. Je regardais discrètement, en faisant attention à ce qu’il ne me voie pas, et en l’écoutant ahaner. Il m’a demandé une serpillière, parce qu’une fois sa petite affaire terminée, ça coulait de partout.

L’air très sérieux, comme à sa première visite, il m’a annoncé que c’était vraiment une très grosse réparation. Certainement trop grosse pour mon minuscule antre. J’allais lui dire de ne pas me sous-estimer, non mais qu’est-ce qu’il s’imagine ?, quand il m’a fait une proposition que je ne pouvais décemment pas refuser.

Ma cuisine est très petite, comme il l’a écrit en majuscules, souligné et entouré, sur sa fiche d’intervention.
Manifestement trop petite pour supporter une telle opération.
C’est comme ça qu’au bout de cinq ans, à deux semaines de la fin de la garantie, il a décidé de procéder à un échange standard et de me commander un lave-vaisselle neuf.

Soudain, la joie.

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