L’enfer, un pavé, des bonnes intentions
10 janvier 2009Quand on est un handicapé relationnel comme moi (ou comme disent les spécialistes : un autiste), on se met parfois dans des situations délicates, qui pourtant seraient si faciles à éviter…
Surtout que c’est parti de trois fois rien : ma collègue pauvre, Fantine, me parlait de ce bouquin depuis des mois. Un truc désopilant d’un auteur finlandais, qui parle de suicides mais sans rien de glauque ou morbide, au contraire. Parce que le suicide, c’est trop fun.
Elle l’avait emprunté à sa bibliothèque de pauvres, et comme elle est trop honnête pour voler et que le bouquin était tellement bien, elle a fini par se l’acheter.
C’est comme ça qu’elle a eu l’idée géniale de me le prêter. J’ai réagi comme je le fais toutes les fois où on me prend de court : j’ai dit une connerie.
Parce qu’en ce moment, la lecture est un truc qui me motive autant que… euh… un truc pas motivant, quoi. Un effort intellectuel ? Peuah, pas question !
Et puis en plus, j’ai pas le temps de lire : je bosse trois jours et demi par semaine, le reste du temps, il faut bien que je me repose, et pendant mon heure de métro quotidienne, je suis bien trop occupé à écouter de la musique pour lire. D’abord.
J’ai donc accepté son offre dans l’espoir secret qu’elle allait oublier de me l’apporter. Mais non. Le lendemain, dès que je l’ai croisée il a fallu que je la suive jusqu’à son vestiaire (je savais même pas qu’on avait des vestiaires), pour récupérer sa merde.
Bien sûr, je l’ai remerciée chaleureusement.
Bien sûr, à peine rentré j’ai posé le livre sur ma table pour y penser, et surtout pour éviter de l’abîmer.
J’aurais pu ne serait-ce que l’ouvrir, pour voir à quoi ça ressemble : si ça se trouve ça me plaira autant qu’on bon vieil Harry Potter, ou même La Croisée des Mondes.
Mais voilà, je suis têtu et borné, j’ai décidé que je n’aimais pas son bouquin.
Je l’emporte de temps en temps dans mon sac, mais je trouve toujours mieux à faire que le lire. Je m’achète des nouveaux livres, je veux me remettre à la lecture, mais ça m’est physiquement impossible, je ne peux pas ouvrir le sien.
Forcément, à chaque fois que je la croise, elle me demande, les yeux brillants d’espoir, si j’ai commencé à le lire.
Et petit à petit, mes “non, pas encore, je m’y mets ce soir !” deviennent louches.
Du coup maintenant, trois solutions s’offrent à moi :
1) Je cherche un résumé sur internet, pour lui faire croire que je l’ai lu. Le problème, c’est que des résumés / analyses d’un auteur finlandais sur les pages francophones, ça ne court pas la toile.
2) J’y vais au bluff : j’en discute avec elle, en étant d’accord ou pas d’accord, on s’en fout, l’important c’est d’avoir l’air convaincu.
3) Pour l’instant, ma solution préférée. Je lui rends son livre, l’air outré : “ah écoute Fantine, j’ai détesté, je… je… Ah mon Dieu, je préfère même pas en parler”. Clair. Net.
Oui c’est sûr : dire la vérité, ça serait aussi beaucoup plus facile. Mais du coup je serais obligé de chercher une autre raison de me prendre la tête -comme par exemple, euh, ma rupture ?-, et ça, il n’en est pas question.
S’il s’agit de “Petits suicides entre amis” d’Arto Paasilinna, il serait dommage de ne pas le lire.
Il y a toujours une 4e possibilité: lui dire que tu as essayé de le lire, mais que comme pour le cinéma, tu ne supportes que la version originale. (Un poil de mauvaise foi, ça fait toujours mieux passer un mensonge)
Ou alors il y a eu une eclipse solaire que tu as regardé sans lunettes de protection, et tu es devenu aveugle, et donc tu n’as pas pu lire ce bouquin.
(pour que ca soit realiste il suffit juste de simuler une cécité complete pendant le reste de ta vie, simple comme bonjour)
plus personne pour aller à Copenhague chasser la photo qui choquera maman, alors ?
Si c’est un Paasilinna (ça y ressemble), tu peux t’en dispenser !
Je te conseille la solution 3 : tu as évidemment détesté. Mais pour avoir l’air un brin sérieux, lis deux trois pages au hasard, histoire de pouvoir te justifier. Exemple : “Le moment où Trucsen s’ouvre les veines, ça m’a vraiment retourné le coeur”.
Il faut savoir prendre les devants sur les bouquins qu’on n’a pas lus!
Non je veux de l’amour moi….
eh lapin !!! réveille toi ! sors du chapeau du magicien !
AH AH : je savais bien que vous étiez en couple !!!
VICTWWWWWWOAR !!!
NB : Ceci étant einh, courage. Tapes sur l’épaule. Je sais : c’est que des cyber-mots mais j’espère que ça vous fera un p’tit peu du bien.