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C’est l’intention qui compte

28 octobre 2008

Le premier jour où j’ai pris mes fonctions au Défouloir Pour Clients (à la bonne époque où j’avais encore un job rigolo), j’ai découvert la femme la plus géniale du monde : Fantine. C’est un peu la collègue dont j’avais toujours rêvé : adorable avec tous, drôle, assez bavarde pour que je n’aie pas à parler -mais pas au point de devenir soûlante, un peu fille à pédés sur les bords (forcément, en bossant à Happy Time…), et qui n’est pas du genre à faire profiter le monde entier de ses problèmes.

Parce que oui, Fantine a des problèmes : elle est pauvre (quelle horreur), au point de devoir vendre ses affaires quand elle veut s’acheter un livre, elle ne connaît que des cas sociaux : “alors ce week-end je vais voir une copine parce que son mari l’a quittée en emmenant les enfants quand il a appris qu’elle avait la mucoviscidose, et son chien a tué son père parce qu’il avait la rage” (le chien, pas le père), elle a une situation familiale désastreuse, toute seule à élever ses deux enfants dans un appartement qui prend l’eau, et pourtant, elle arrive à parler de tout ça en rigolant, sans s’apitoyer sur son sort.
Ce qui ne l’empêche pas si le cœur lui en dit de s’effondrer en larmes quand elle rentre chez elle, du moment qu’elle est sympa au boulot, le reste on s’en fout.

Je l’aime Fantine, j’en ai un peu fait ma maman de substitution. D’ailleurs, j’ai décidé qu’à partir de dorénavant, quand ça n’ira pas avec ma mère (la vraie), c’est Fantine que j’engueulerai.
Et comme elle remplace mon ancienne maman toute vieille toute moche, c’est à elle que je rapporte des cadeaux de vacances.

En partant à Londres -ouais, j’ai emmené mon iPhone visiter le pays de Doctor Who et de Blur, il a trouvé ça beau-, je savais exactement quoi lui rapporter : un jour, au détour d’une conversation, elle avait raconté bien aimer certains jeux de cartes… très particuliers, et qu’elle essayait d’en avoir un de chaque pays, elle trouvait ça rigolo et instructif.

Hmmm.
C’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, me suis-je immédiatement dit, en hochant la tête avec un sourire satisfait.

Avant le départ, je l’avais donc noté en énorme et en rouge sur notre programme : ” ACHETER LE CADEAU POUR FANTINE !”, juste au dessus de “se bourrer la gueule à la bière dans un pub en jouant aux fléchettes avant de vomir nos fish’n chips parce que la bière c’est dégueulasse” et “voler les joyaux de la couronne”.
Lapin était prévenu : on ne quitterait pas le sol anglais avant d’avoir trouvé ce putain de jeu de cartes. Fantine aurait son cadeau, dussions-nous mourir en le cherchant.

On s’est donc méthodiquement tapé tous les magasins de jouets qu’on a trouvés, les vieux marchands de jeux poussiéreux de Camden Town, qu’on dérangeait pendant qu’ils mangeaient leur pomme, les vendeurs de tarots, les diseuses de bonne aventure et les montreurs d’ours : on a fait chou blanc à chaque fois.
Même dans les petites boutiques qui ne vendaient que des jeux de cartes.
Pourtant j’étais certain du nom (et de ma prononciation), mais il a fallu se faire une raison : ce genre de jeu n’avait certainement pas survécu à cette salope de game-boy, aux pokémons et compagnie.
Ah, d’mon temps on savait s’amuser, gamin…

Fatalement, de Tour de Londres en chatouillage de Garde Royal, le jour du départ a fini par arriver.
On s’est alors dirigés vers la gare, en rampant sur les coudes et en pleurant, pour se faire pardonner notre incapacité à remplir toutes les missions de notre carnet de voyage (oui, bon, quelque part c’était mes échecs, car mes projets, mais je n’aime pas expier seul).
Comme le train ne partait pas tout de suite, on s’est accordé une petite pause dans notre pénitence, après avoir passé la douane.
Pause que j’ai mise à profit pour aller faire un petit tour chez le marchand de journaux, parce qu’en voyage je suis intenable, il faut que je bouge, tout le temps.

Et là, coincé entre une Magic 8 Ball (qu’on a aussi passé toutes les vacances à chercher) et un paquet de beef jerky, sur quoi je tombe, éclairé d’une lumière divine ? Exactement ce que je cherchais, le cadeau de Fantine, dans toute sa splendeur, comme elle et moi l’avions rêvé d’un commun esprit.

Je l’ai pris, j’ai payé mes trois livres cinquante, et je suis retourné m’asseoir.

Une fois rentré à la maison, je me suis rendu compte de ce que j’osais rapporter. Euh… Mais c’est de la merde, un peu ? Pire que si je lui avais rapporté un ticheurte “Someone went to London and all I get is this lousy t-shirt”, ou pire que la carte postale qu’on a envoyée…

Alors l’autre jour, pendant qu’on se baladait dans Paris, on a fait un petit détour par Happy Time, parce que ça serait moins la honte de lui offrir un jour où je ne bossais pas (au moment où je l’ai pensé, ce plan avait l’air très logique).
On est rentrés dans le magasin, Fantine était là, bisou ça va, oui j’étais en vacances, ha ha, et j’y suis encore, c’est pour ça que je viens…
J’ai plongé la main dans mon sac, très vite comme on enlève un sparadrap, pour en sortir le souvenir.

Et les bras tendus en avant, comme si j’apportais la myrrhe à l’enfant Jésus, je lui ai offert son cadeau :

-Tiens… On t’a rapporté un jeu de sept familles…
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3 réponses à “C’est l’intention qui compte”

29 10 2008
matorif (16:44:52) :

moi je trouve ça mignon ! si elle en fait la collection, elle a dû être touchée !

5 11 2008
Alex (02:49:39) :

Juste pour dire que mon petit ami et moi lisons régulièrement ton blog et que nous l’aimons beaucoup. Lors de longues nuits d’insomnie comme celle-là, il est agréable de rire un peu, alors j’espère que ton blog continuera de vivre encore longtemps.

3 12 2008
Alexandre (15:04:17) :

On trouve toujours ce qu’on cherche dans les boutiques d’aéroports et de gares (et parfois même en duty free). En plus, ça évite de les traîner pendant toutes les vacances, on se charge au dernier rmoment.

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