Procellus

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Ascenseur pour l’échafaud

24 septembre 2008

Hier soir, je revenais de chez Lapin, tout content de retrouver mon chez moi et de ne pas rentrer trop tard : minuit moins le quart, madame Placard, ça va faire du bien de se coucher tôt.
Comme toujours, j’ai pris mon courrier. Comme toujours, je n’en avais pas.

Je suis donc allé prendre l’ascenseur, parce que trois étages, c’est quand même difficile. Une fois dans la cabine, j’ai rangé mon tout nouvel iPhone (oui oui, c’est gratuit, c’est juste pour dire que j’en ai un), en attendant d’arriver à destination.
Quand j’ai senti qu’on s’arrêtait -au troisième étage donc- la porte a commencé à s’ouvrir : j’ai avancé un pied, et… et plus rien.

Dans ces cas-là, c’est fou comme on peut être vif : il ne m’a pas fallu bien longtemps pour comprendre, face à cette porte entrouverte de quelques centimètres seulement, que j’étais coincé dans mon propre ascenseur, à mon propre étage.
Bordel de queue de merde de pute à chier sa race !

Je savais que j’étais au bon étage, alors Mac Gyver power, j’ai essayé d’ouvrir les portes moi-même. Ils le font dans un film sur deux, ça doit pas être bien compliqué !
J’ai donc glissé mes petits doigts agiles dans l’entrebâillement, et j’ai tiré, tiré de toutes mes forces, tiré encore et encore, pour finalement réussir à ouvrir à peu près de la largeur de mon genou. Et avec mes jambes de poulet, ça ne fait pas un gros genou.
Surtout que ça n’était que la porte intérieure de la cabine, la porte extérieure n’avait bien sûr pas bougé d’un poil.

C’est là que je me suis résolu à faire ce que mes parents m’ont toujours interdit : j’ai appuyé sur le bouton alarme.
Il y a eu un tas de bruits de tonalités dans le haut-parleur, je me suis demandé s’il y avait quelqu’un au bout du fil vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et finalement une charmante voix m’a indiqué que oui :

- Céline bonsoir ?

- Bonsoir non, c’est pas Céline, c’est David, je suis coincé dans mon ascenseur…

On a ensuite discuté pendant cinq bonnes minutes, parce qu’on n’était pas d’accord sur mon adresse et l’identification de ma cabine. Comme j’étais celui qui était enfermé dans la boîte, j’ai décidé que j’avais sûrement raison et que je ne lâcherais pas l’affaire.
Quand elle a enfin reconnu que j’étais mieux placé qu’elle pour savoir où je me trouvais, elle m’a posé la question fatidique :

- Et il y a un code pour entrer chez vous ?

- Non, un interphone.

- Ah, et à quel nom on peut sonner pour entrer ? Il y a quelqu’un dans votre appartement ?

- … Non.

- Un gentil gardien qu’on peut déranger à toute heure du jour et de la nuit ?

- Non, juste un gardien.

On a dû mettre tellement de temps à discuter qu’à peine je lui avais confirmé le nom de mon gardien, on était coupés.
Super.
J’ai eu beau rappuyer sur le petit bouton jaune, elle n’a jamais redécroché. La vieille pute.

J’étais en train d’essayer d’éventrer les portes de ma mini prison à mains nues quand j’ai entendu mon iPhone sonner (je vous ai dit que j’ai un iPhone depuis peu ?). Immédiatement, je l’ai sorti de ma poche, et j’ai fait glisser mon doigt pour décrocher :

- Allô ? Allô ?

- …

- Allô ? Allô ? ALLÔ !!!

J’ai mis quelques dizaines de secondes avant de me rendre compte que la prise casque était encore branchée, et que madame Otis était sûrement en train de parler à mon écouteur dans ma poche. Vite vite, débranchons tout ça, allô madame Céline !

Elle m’appelait pour me prévenir qu’elle venait de téléphoner à mon gardien, qui avait refusé de se déplacer pour ouvrir au technicien quand il arriverait : il n’est pas responsable de l’ascenseur, et, selon ses dires, “les gens n’ont qu’à se démerder”.
Okay…

Donc on fait quoi ? Ca fait vingt minutes que je suis enfermé ici, j’aimerais bien savoir que je vais bientôt sortir, quoi… Céline m’a assuré qu’on allait trouver une solution, et m’a promis de me tenir au courant -en même temps, ça m’arrangeait.

Après un appel à Lapin, plusieurs tentatives malheureuses pour ouvrir ces putains de portes, et la panique qui commençait à monter (je ne suis pas claustrophobe, mais bon, la perspective de passer la nuit ici, tout ça tout ça…), j’ai rappelé Céline, pour savoir ce qui allait se passer : combien de temps ils mettent pour arriver, qu’est-ce qu’on fait si vraiment le gardien refuse d’ouvrir, est-ce qu’elle sait si on peut manger une veste en cuir, après tout c’est animal…?

Elle m’a assuré qu’elle allait tanner mon gardien, insister, au pire appeler un voisin, au risque de se faire engueuler, mais qu’elle ne me laisserait pas là, quand même ha ha ha. Une nouvelle fois, ça m’arrangeait.
La mauvaise nouvelle, c’est que le temps moyen d’intervention est de trente minutes, et qu’en plus on n’était pas certains qu’ils pourraient rentrer.

Alors pour passer le temps, j’ai essayé de m’occuper, joué un peu avec mon téléphone, rappelé Céline, Lapin, fouillé mon sac à la recherche d’un pied-de-biche que jamais je n’ai trouvé.
Jusqu’au moment où j’ai reconnu le bruit de la porte d’entrée qui s’ouvre, et de quelqu’un qui monte les escaliers.
Quand une voix m’a demandé à quelle étage je me trouvais, j’ai su que mon calvaire touchait à sa fin. J’ai expliqué que j’étais au troisième étage, et que oui, c’était effectivement pas de chance que la cabine soit arrêtée pile devant les portes de mon étage, ralala quelle ironie… Bon on me sort de là ?

Comme j’avais appuyé sur tous les boutons, une fois l’ascenseur débloqué, il s’est remis en route (à la grande surprise du réparateur qui venait de couper le courant), et les portes se sont ouvertes au deuxième étage.
J’ai bondi sur le palier, zwooof, couvert de bleus mais heureux.

Libre comme l’air après trois quarts d’heure en cage, j’ai couru dans les étages à la recherche de mon sauveur. Même si je connaissais déjà la réponse, je lui ai demandé qui l’avait laissé rentrer : la dernière fois que je l’avais eue au téléphone, Céline m’avait dit qu’elle avait rappelé le gardien pour essayer de le faire culpabiliser, alors peut-être…
Mais non. Monsieur Technicien était rentré en même temps qu’un voisin, sinon il serait encore à la porte.

Voilà.
Il ne me reste plus qu’à pourrir mon gardien comme jamais je n’ai pourri quelqu’un, et le faire chialer sa mère jusqu’à ce que lui et sa petite famille se retrouvent concierges dans une cité pourrie du Neuf-Trois.
On ne me laisse pas impunément prisonnier en pleine nuit.

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les voisins infernaux

Cooking Mama

19 septembre 2008

L’autre jour, je bossais avec Babacar (parce que dans la vraie vie elle a le prénom d’une autre chanson de France Gall), une charmante collègue Antillaise très classe et au bord de la retraite, avec des chignons, des châles, et des broches en véritable imitation d’or. Bref, une vieille dame très gentille, qui me rappelle ma grand-mère et que j’aime donc beaucoup, bien qu’elle soit un peu bavarde à mon goût.
Surtout qu’elle a un peu tendance à radoter, mais à son âge, c’est déjà bien d’arriver à ne pas pisser partout où elle s’assied.

Et comme toutes les fois où un client nous pose la question (”dites, y’a pas de vendeur ?!”), j’ai eu droit à son histoire préférée :

- Je ne vois pas pou’quoi les gens ont besoin d’un vendeu’ ! Moi je n’ai pas besoin de vendeu’, quand j’ai acheté mes meubles, il est venu me voi’, “vous avez besoin d’un ‘enseignement madame ?”. Mais non j’ai pas besoin de ‘enseignement, c’est moi qui sais ce que je vais mett’e chez moi, pas lui ! J’ai p’is mes mesu’es, ‘ega’dé les p’ix, je n’avais pas besoin de vendeu’ !

Ca fait trois fois que j’ai droit à ce même couplet, on ne s’en lasse pas.

Mais cette fois-ci, elle a enchaîné sur un sujet complètement inédit : la veille, elle avait fait de la pâtisse’ie. Alors pendant une heure, elle m’a raconté qu’elle avait voulu faire un gâteau immense, le plus gros du monde. Pour ce faire, elle a pris le plus grand de ses moules, doublé les quantités, et boum, au four.
Cette partie de l’histoire a pris une petite dizaine de minutes.

Les cinquante minutes suivantes n’ont été que lamentations : elle n’avait pas l’habitude de ce moule, et il est trop cuit, et nia nia nia et nia nia nia. Pour finalement me dire qu’elle en avait donné à son petit-fils qui l’avait trouvé très bon.
Et il ne disait pas juste ça pour jouer les lèche-boules, puisqu’il a voulu en reprendre. Mais il n’a pas eu le droit, parce que Babacar l’avait p’épa’é pou’ en off’i’ à tous les gens qu’elle aime bien.

Au moment de partir en pause, elle a donc sorti de son sac le plat le plus monstrueusement énorme que j’aie jamais vu, un truc grand comme une roue de tracteur, et à peu près aussi haut.

- Il a l’ai’ bon, hein ? C’est un gâteau au yaou’t, tu vois. Et je n’avais pas de yaou’t natu’e, alo’s j’en ai p’is un au cit’on.

Hmmm, c’est vrai qu’il a pas l’air mauvais !

Elle en a coupé plusieurs parts, avec un couteau sorti de je ne veux pas savoir où.
… Et m’a dit qu’elle allait en donner à quelques collègues au passage, avant de prendre sa pause, à tout à l’heure David !

Ooo…kay, donc quand elle parle des gens qu’elle aime bien, ça ne me concerne visiblement pas.
Blam, prends-toi ça dans les dents David.
C’est pas grave connasse, de toute façon j’en voulais pas de ton sale gâteau de merde, va crever, charogne, avec ton pied déjà dans la tombe !

Quand elle est revenue de pause, j’avais réussi à mettre le passé derrière moi, et à oublier ce terrible affront. J’ai eu raison, puisque juste avant que je me lève pour aller pauser à mon tour, elle a posé un sopalin à côté de mon clavier, sur lequel étaient posées deux énormes parts de son gâteau.
J’avais l’impression d’avoir un petit animal à côté de moi.

- Tiens David, toi tu as d’oit à deux pa’ts !

Oooh c’est gentil merci merci merci, pardon d’avoir pensé du mal de toi !
Et je suis parti en courant pour manger tranquillement.
Dans l’escalier, j’en ai pris un petit morceau du bout des doigts, pour goûter sans mordre à pleines dents, parce que c’est pas classe.
…
?
?
…
Ackkkk !!!

Oh mon Dieu mais quelle horreur ! C’était le truc le pire que j’aie jamais mangé, et pourtant j’en ai bouffé, des trucs dégueulasses !
Je ne sais toujours pas comment quelque chose pouvait être aussi gras et aussi sec, après une bouchée, j’avais l’impression d’avoir avalé un tampon à la sphaigne. Et il m’en restait deux parts, aussi grosses qu’un poulet.
C’est pas possible, c’est pas un aliment, c’est avec ça que le troisième petit cochon a construit sa maison !

J’ai envisagé de les jeter dans la première poubelle venue, mais j’ai pensé à Babacar, à ma grand-mère, aux vieilles dames qui préparent des gâteaux en se disant qu’elles vont faire plaisir aux gens, et je me suis forcé.
J’avais les larmes aux yeux, je tremblais de partout, mais petit bout après petit bout, je suis arrivé au bout de mon calvaire. J’ai cru mourir après la première part, quand je me suis rendu compte que j’en avais encore autant à accomplir, mais j’ai tenu bon, j’ai pris sur moi, je l’ai mangé quand même car c’était offert de bon cœur.

Au bout de vingt minutes, j’avais l’impression d’être enceint de vingt mois et de n’avoir jamais bu de ma vie, alors comme ma pause était finie, soulagement, j’ai jeté le reste de gâteau et je suis remonté. J’ai bien remercié Babacar en revenant, je l’ai félicitée, c’était délicieux, et je me suis effondré sur ma chaise, en réprimant un sanglot.

J’ai essayé de me concentrer sur le boulot, pour ne plus penser à ce que je venais de vivre. J’ai réussi, puisqu’au bout d’un moment Babacar m’a dit au revoir : sa journée était finie. Elle s’est approchée pour me faire la bise, et a posé quelque chose dans mon tiroir :

- Tiens, comme tu fais la fe’metu’e, tu as d’oit à une aut’e pa’t, pou’ ce soi’ !

J’ai eu beau supplier, crier, me traîner à ses pieds, jurer mes grands dieux que non, je ne faisais pas la fermeture, rien n’y a fait.

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Arrêté par la tapette géante

13 septembre 2008

Pour fêter mon retour à Happy Time, après cinq glorieuses semaines d’arrêt maladie, ils ont décidé de me mettre toute la semaine en caisse. Les bâtards.
Nan mais ils m’ont bien regardé ? Même quand je me suis arrêté, ça faisait des mois que je n’étais plus allé en caisse, qu’est-ce que ça veut dire ? Genre nia nia nia, toutes les promotions que j’ai eues, les litres de sperme et de cyprine que j’ai dû avaler pour en arriver là, et je me retrouve à bosser en bas de l’échelle, avec la lie de l’entreprise ?

Heureusement pour eux, je suis docile et obéissant, j’ai fait ce qu’on me demandait. Surtout que c’est rigolo aussi, de jouer à la marchande.
Bonjour monsieur, ça va monsieur ?
Ca vous fait deux cent euros monsieur (oui, à Happy Time, c’est le tarif moyen, quoi qu’on achète).
Vous payez par carte bleue monsieur ?

Oui, monsieur payait par carte bleue.
J’ai fait comme on m’a appris. Même si l’appareil est posé juste devant son nez, c’est à moi de mettre la carte du client.
Alors je l’ai mise.
Comme une chienne. Encore, et encore, et encore. Who’s yer daddy, bitch ?!

Au bout d’un moment, le temps de reprendre mon souffle, j’ai suggéré à monsieur de composer son code, pour voir ce qui se passait.
Il a obéi, et pour m’occuper (signe que je travaille peut-être là depuis trop longtemps), j’ai commencé à compter les secondes entre les étapes du paiement : code bon, 1-2-3, validation en cours, 4-5-6-7-8-9, impression, 10-11-12 paiement accepté, on peut retirer la carte.

Sauf que là, arrivé à 4, le message sur mon viseur a changé : “carte interdite”.
Ah tiens ? Un peu de nouveauté dans ma morne existence ? Est-ce que je suis vraiment prêt à changer mes habitudes ?
J’avais intérêt, parce que sur ces entrefaites, le viseur m’a parlé à nouveau : “capturer carte”.

Et merde.

La capture de carte, c’est un peu comme faire un bon mot au Scrabble en utilisant le Z et le Q : si on joue bien, ça rapporte un max, mais c’est quand même assez difficilement réalisable.
Contrairement à ce que je m’imaginais quand j’en ai entendu parler la première fois, la capture de carte n’a rien à voir avec un safari, ou un truc cool du même genre : on n’a pas de lasso, pas de fusil, on ne traque pas sa piste encore chaude avec un guide local, et on ne doit pas l’affaiblir avant de lui jeter une pokéball.

Non, dans le commerce c’est beaucoup moins glamour : ce sont des cartes volées, ou sur lesquelles il n’y a plus une thune, et il faut déployer des ruses de Sioux pour : les récupérer, appeler la sécurité, leur demander de venir, faire patienter le client sans lui rendre sa carte, tout en le maintenant dans une ignorance totale et dans un état d’esprit calme et détendu, pour qu’il vive chez nous une expérience de shopping inoubliable.
Vu les circonstances, de ce côté là ça devrait être dans la poche.

Et ensuite, en bon chasseur de prime, on n’a plus qu’à attendre la récompense de Visa.

En voyant le message, il a fallu que je réfléchisse très vite. Après cinq semaines d’absence à me gaver de Soul Calibur et Torchwood, c’était pas évident.
J’ai commencé par sortir la carte de l’appareil, le visage impassible (parfois, je me dis que je devrais jouer au poker). Pendant le quart de poil de couille de seconde que ça m’a pris, j’ai eu cette idée absolument géniale : et si je mentais* ?

- Oh, fichtre, que c’est embêtant monsieur, il y a un problème avec la machine ! Je vais appeler quelqu’un pour qu’on vienne réparer, alors !

Ce qui m’a permis de justifier mon coup de téléphone à la sécurité, et je me suis senti tellement malin que j’ai failli mouiller mon caleçon.
Ma proie était ferrée, je la tenais entre mes doigts agiles. Il fallait faire attention à ne pas la laisser s’échapper, parce que si le mec en face demandait à récupérer sa carte, je n’avais pas vraiment de raisons de la garder. J’ai adopté l’attitude du “je joue avec la carte tellement je suis cool et nonchalant, j’attends qu’on vienne me dépanner, tiens si je me mettais à siffloter, fufufu…”
Tout en m’arrachant les yeux à scruter l’horizon, à la recherche de mon sauveur.

C’est une attitude qui a l’air assez efficace, puisque j’ai farpaitement réussi à endormir la confiance du sale voleur de merde client, qui pensait vraiment voir arriver quelqu’un de la maintenance. Niark niark niark, je suis machiavélique.

Bien sûr, il a voulu faire des histoires quand il a compris ce qui se passait, et je me mets à sa place : moi non plus j’aimerais pas faire mes courses et qu’un grand type à l’air patibulaire m’annonce froidement que j’ai perdu ma carte, ma dignité (parce que oui, c’est plus rigolo s’il y a plein de monde qui fait la queue autour), et que je ne repasse pas par la case départ.

Mais bon. La capture a réussi (je suis trop doué, je suis sûr que moi aussi j’aurais pu libérer Ingrid), ce qui veut dire : kaching.
Alors tant que ça n’arrive qu’aux autres et que ça me rapporte de l’argent, je suis prêt à accepter les injustices de ce genre.

*Attention les enfants, mentir, c’est très mal. Faites comme moi, ne mentez jamais.

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au boulot

Je rêve que je te fais tout bas une déclaration, ma déclaration

1 septembre 2008

Même si je ne leur en ai pas parlé, mes parents ont bien senti que j’allais plutôt mal en ce moment : ils ne se sont jamais autant acharnés à me répéter encore et encore et encore que j’avais vraiment un boulot de merde qui ne paye rien.
C’est beau l’instinct parental, ça permet de dire les mauvaises choses pile au mauvais moment !

Ceci dit, c’est vrai qu’ils ne payent pas beaucoup à Happy Time -en même temps, je ne travaille pas beaucoup non plus, comme ça on est quitte. Je m’en étais rendu compte quand j’ai dû remplir ma déclaration d’impôts.

J’étais (presque) un peu excité en recevant les papiers : ma première déclaration, youhouuu, je suis un grand, ça y est ! J’avais même décidé de la remplir sur internet, en me disant que je m’en sortirais sûrement mieux que sur le papier, comme tout le monde a l’air de trouver ça compliqué, on va choisir la voie de la facilité.

Je pensais que ça serait un peu solennel de télédéclarer, mais c’était à peine plus excitant que si j’avais acheté un billet de train.
Ca reste quand même une expérience dont je ne suis pas vraiment sorti grandi : non seulement je me suis planté et j’ai dû recommencer deux ou trois fois, mais en plus, avec touuut ce qu’ils m’avaient payé en un an, j’étais en dessous du minimum imposable.

Ce que vous devez à l’État : peau de zob.

Même si je n’avais pas forcément envie de donner mon bel argent, j’étais un peu vexé qu’on n’en veuille pas. Oh bah non monsieur Procellus, gardez-le, vous en avez plus besoin que nous, ça nous gênerait…
Bien sûr, j’aurais pu être content avec mon boulot qui me laisse plein de temps libre, me paye assez pour subvenir à mes besoins tout en me laissant voler sous le radar de Bercy, mais non. Je me disais même que j’avais dû me tromper, c’est pas possible de gagner aussi peu, et je vais avoir un redressement fiscal, mais c’est pas ma fauuute !

J’en ai même parlé à ma mère, qui m’a demandé si j’avais bien tout rempli.
Ben oui, duh.
Même la case du “nombre d’heures travaillées dans l’année” ?
Ben non, duh, ça avait pas l’air d’être pour moi.
Si si, c’est pour tout le monde, pauvre tanche, c’est pour la prime à l’emploi.

Alors j’ai rerererempli ma télédéclaration.
Et cette fois-ci, surprise, je devais aux impôts… un montant négatif ! Tadaaah !
Un peu étonné je dois dire, et par acquis de conscience, j’ai tout repris de zéro, en comptant bien, et c’est reparti pour un tour.

Re-montant négatif. Mais pas le même.

Alors on recommence. Sans trembler. En ignorant ces tics nerveux qui me parcourent tout le corps, et le sang qui commence à me couler des oreilles.
Re-re-montant négatif, mais le même que la première fois.

Euh… On va dire que c’est bon là, non ?
J’en ai bien sûr reparlé à ma mère, nommée pour l’occasion experte ès impôts.

D’après elle, cette coquette somme (quand même -mais faut pas dire combien, quand on est Français ça ne se fait pas, alors chut) serait déduite de ma prochaine déclaration, parce que faut pas pousser non plus. C’est dommage, parce que finalement je m’y étais fait à cette idée de ne pas payer d’impôts, mais au contraire d’en recevoir !

Et puis l’autre jour, j’ai reçu deux lettres du Trésor Public : dans la première, ils me félicitaient bla bla, bien rempli bla bla, votre prime pour l’emploi vous sera remboursée automatiquement, vous n’avez aucune démarche à faire.
Euh… C’est cool ça, non ?

Et dans la deuxième enveloppe : mon chèque (enfin, le premier : vu le nombre de fois où j’ai validé ce putain de formulaire de merde, j’attends la suite d’une minute à l’autre).

Mais… Quand on est riche, ça ne s’arrête jamais ?
Non, mais rassurez-vous : quand on est pauvre c’est pareil.

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