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Mon sac de Joséphine

27 juin 2008

Tout a commencé le jour où en revenant du boulot, j’ai voulu vider mon sac à dos tout plein de mon bordel de la semaine pour le transformer en sac pour aller à la piscine. J’ai donc fait comme d’habitude : je l’ouvre en grand, je l’attrape par en dessous et je secoue.
Et là, au milieu de ma bouteille d’eau, mon bouquin, mon cahier pour le jour où je deviendrai écrivain et où l’inspiration frappera tellement soudainement et n’importe où que j’aurai un besoin impérieux de coucher tout ce qui me viendra sur papier, mes stylos et tout ça, j’ai trouvé… un antivol d’Happy Time.
Un gros galet (c’est comme ça que ça s’appelle, toi aussi, familiarise-toi avec les noms des antivols grâce à David), le truc blanc en deux parties qui se clippe dans les vêtements.

D’abord, j’ai trouvé ça cool, parce que j’avais toujours eu envie d’en rapporter un chez moi pour le disséquer et voir comment c’est fait à l’intérieur, qu’est-ce qui fait que ça sonne, c’est un aimant, c’est quoi ?, mais je n’avais jamais trouvé d’occasion, parce que piquer un antivol, ben… c’est pas forcément facile.
Et là, hop, j’en avais rapporté un à la maison, comme un grand, et surtout, je n’avais pas sonné en passant les portiques de sécurité. Ce qui implique donc, deuxième point cool de cette anecdote, que mon sac agit comme une espèce de cage de Faraday, je peux y stocker n’importe quoi, et ça ne sonnera pas à la sonnerie, oh yeah !

La deuxième évènement bizarre, c’est le jour où j’ai trouvé des chewing-gums à la fraise en vrac dans son fond. C’est étrange, parce que je n’achète jamais de chewing-gums à la fraise, je n’aime pas tellement ça (bon oui, ça veut aussi dire que quand je trouve un truc bizarre au fond de mon sac, je le mets à la bouche pour voir ce que c’est, faites jamais ça chez vous les enfants, c’est super mal, hein !).
J’ai trouvé ça curieux, mais je n’ai pas vraiment cherché plus loin. Après tout, une fois de temps en temps c’est pas si mauvais, on va pas se plaindre.

Et récemment, en cherchant ma bouteille d’eau ou mon portefeuille ou quelque chose dans le genre, je suis tombé à deux reprises sur des cigarettes, en vrac également.
Or, je ne fume pas.
Et oui, on est sûr que je ne suis pas tombé deux fois de suite sur la même cigarette, je l’avais enlevée la première fois.

Alors, plusieurs explications possibles à ces phénomènes (je suis sûr qu’on pourrait en faire un bon film, en tout cas moins chiant que celui de Shyamalan), mais je ne vais parler ici que des plus plausibles :

1. Mon sac est magique a une personnalité propre, et quand il s’ennuie, il fait apparaître des objets, aléatoirement, ce qui lui passe par la tête à ce moment-là (théorie que je préfère, parce que c’est assez cool, un sac magique);

2. J’ai été repéré par les narco-trafiquants qui essayent de faire de moi une mule, en commençant petit, pour voir comment je m’en sors;

3. Ca fait un mois que je me balade avec le sac de quelqu’un d’autre.

(Bon et sinon ça n’a rien à voir, enfin si, mais c’est super difficile de dénicher une photo de Joséphine Ange Gardien, sur le net, quand on tape “Joséphine” en recherche d’images Google, on ne tombe que sur des photos de la Beauharnais ou la Baker, non mais franchement qu’est-ce qu’on en a à foutre de ces deux-là ?)

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Je pardonne mais je n’oublie pas (et je pique mes titres aux Corrs)

21 juin 2008

C’était il y a un an, jour pour jour. La fête de la musique 2007. Je m’en souviens comme si c’était hier. Normal, puisque c’est aussi le jour où mon père et ma marâtre ont essayé de me tuer. Ca à tendance à marquer.

Ca faisait un moment que je ne les avais pas vus, alors ça promettait d’être une soirée bien sympatoche, riche en retrouvailles émouvantes et viriles accolades, pour célébrer le retour du fils prodigue. En plus, je venais d’être libéré une première fois de chez Happy Time, alors j’étais plutôt de bonne humeur, ça change.

Ce que j’avais complètement zappé, c’est que ce soir-là c’était la fête de la musique (oui bon on le savait déjà, mais c’est parce que je l’ai écrit au début du post, c’est tout). Par contre, lui et Marâtre s’en souvenaient bien et avaient tout prévu : on allait manger un petit morceau vite fait et aller se balader tranquillement pour voir tous ces gens qui chantent, tiens, l’année dernière y’en avait même un qui jouait du Hugues Aufray, c’était trop bien.
À ce moment-là, je me suis dit que j’avais peut-être mal calculé mon coup. Aller chez mon père pour la fête de la musique et me retrouver embarqué dans une sordide histoire de promenade chiante pour écouter des orchestres de vieux chanter des trucs has been, c’est dire si la soirée s’annonçait terrible.

Pourtant, le dîner avait bien commencé : Marâtre avait préparé du bon poisson, sur lequel elle avait mis de la crème à fondre. Comme Papaprocellus et elle sont au régime, ils ont mangé le leur à la Spartiate : cuit à la vapeur, sans assaisonnement et avec les mains. Du coup, j’ai eu droit à une double ration de crème. J’étais plutôt content.
Mais les repas de Marâtre ne durent jamais bien longtemps, et en un quart d’heure c’était fini.

La promenade pouvait commencer.
On a marché dix minutes, et on est effectivement tombés sur un mec qui faisait du Hugues Aufray, et c’était chiant. Il y avait plein de vieux autour qui ne s’en rendaient pas compte, ils avaient même l’air de trouver ça bien.
Heureusement que mon papa c’est le plus fort de tous les papas et qu’il n’aime pas Hugues Aufray, ça nous a permis de ne pas nous éterniser. On a marché encore un peu, on est passés devant des d’jeuns qui montraient que la techno c’est trop cool, que le rap c’est trop cool, et que la viole de gambe c’est trop cool aussi.

Comme en fait ça n’avait rien de cool tout ça, on a décidé de se rentrer gentiment, eux chez eux et moi vers mon RER.
Et là, sur le chemin du retour, j’ai senti comme un violent coup de couteau dans mon ventre.

Aïeuh.
J’ai regardé, je ne saignais pas, et mes boyaux ne pendillaient pas lamentablement derrière moi, comme une horrible de traîne de mariée sanguinolente.
Enfin, pas encore.
Mais putain, mon ventre !

J’ai assez rapidement compris ce qui m’arrivait. Soit la crème sur le poisson n’était plus fraîche depuis un bon moment, soit cette conne avait mis du citron ET de la crème, mais quoi qu’il en soit, le délicieux repas de tout à l’heure était en train de me tuer le bidou.
Hmmm, me suis-je dit, il est temps de partir.

À force de marcher, on a fini par se retrouver à égale distance de chez eux et du RER. J’aurais pu leur demander de repasser visiter leurs toilettes une dernière fois, avant de rentrer. Mais non. Je suis fou. Je me suis pris pour un surhomme, j’ai pensé que ça n’était pas si horrible que ça, vingt minutes jusqu’à chez moi avec Tchernobyl dans mon côlon, ça va je sais me retenir quand même. Alors je leur ai dit au revoir, en serrant les fesses, et je suis allé prendre mon train.

Quand je suis arrivé sur le quai, j’ai compris que j’avais fait une erreur.
Mes boyaux continuaient de s’autodétruire, il n’y avait pas de toilettes disponibles avant longtemps, j’étais perdu.
Bien entendu, j’étais debout, je n’aurais pas pu m’asseoir sans risquer d’exploser. De chez mon père à chez moi, il y a dix minutes de RER. Et pendant tout le trajet, dans mon wagon bondé, j’ai ressenti chaque vibration, chaque accélération, chaque coup de frein. Le plus important c’était de rester tranquille et d’éviter tout mouvement brusque. Ce connard de chauffeur ne l’entendait pas de cette oreille.
Alors, je me suis concentré. Tenir. Tenir jusqu’à la maison. Ou au prochain bosquet (en préférant quand même la maison, mais on verra en temps voulu).

Quand le train s’est arrêté à Vincennes, je suis descendu, en évitant toute précipitation, mais en ne traînant quand même pas trop, parce que voilà quoi.
J’ai marché, d’un pas décidé, posé mais nerveux, en sentant la réaction en chaîne provoquée par ce petit morceau de crème qui continuait son ouvrage destructif à l’intérieur de moi. Et plus j’approchais de la maison, pire c’était.
Encore cinq minutes jusqu’à destination. Aucune possibilité de s’arrêter en route : à Vincennes après dix heures, il n’y a plus rien, aucun café, aucun bar, aucun buisson. Alors j’ai dû lutter, tenter coûte que coûte de faire gagner l’esprit sur le corps.

En attendant l’ascenseur, j’aurais pu pleurer, avec mon alien dans le ventre qui menaçait de sortir. Quand les portes se sont enfin ouvertes sur mon troisième étage, j’avais les clefs à la main, la ceinture et les boutons de mon jean défaits, en espérant que je n’allais croiser personne dans cette posture délicate.
Euuuh… Non madame Voisine, je ne me touche pas dans l’ascenseur…

J’ai violemment ouvert et claqué la porte, et comme dans Olive et Tom, je me suis jeté au ralenti sur la salle de bains, qui heureusement se trouve juste à côté de l’entrée.
J’étais sauvé.

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C’est la luuutteuh finaaaleuh

14 juin 2008

Je l’ai remarquée en revenant de ma pause déjeuner. Elle était placée l’air de rien entre la pointeuse et la machine à café (zone stratégique s’il en est), et tout le monde avait l’air de trouver ça normal. Je crois que j’étais même le seul à la regarder.
Pourtant, j’étais à peu près certain de ne jamais l’avoir vue avant, parce que quand même, je l’aurais remarquée : une vraie urne comme dans les vrais bureaux de vote, c’est le genre de truc qui ne m’échappe pas.
Alors je me suis frayé un chemin au milieu de ces traîne-misère qui faisaient la queue pour se payer un café dégueulasse à la machine, et je me suis approché de la note qui expliquait ce que faisait cette urne ici (Ha ! C’est pas si normal, s’ils ont besoin de l’expliquer !), en sirotant mon Caffé Moka Blanc de chez Starbucks, parce que nous n’avons pas les mêmes valeurs.

Hmmm, alors c’est les syndicats (ces chiens qui poussent nos ratépistes à faire grève) qui organisent un grand sondage, pour savoir à quel point les responsables du magasin mettent tout ce festival et toute cette pression sur les employés pour leur faire vendre des cartes Faistoimettre aux clients, et on doit glisser nos réponses dans la boîte.
C’est vrai qu’ils sont assez lourds avec ça les responsables, surtout Jézabel : à chaque fois qu’on la croise, elle passe dix minutes à nous dire qu’il faut absolument qu’on en place, allez Denis David, c’est facile, quand les gens viennent récupérer leur argent, hop tu en profites pour les envoyer prendre un crédit au service adhésion !
Ben tiens.
Et qu’on a des réunions pour nous dire que la carte c’est trop bien, et nous expliquer les mensonges qu’il faut raconter aux clients pour les convaincre de se faire enculer à sec et avec des graviers, et nous motiver, parce qu’on ne le sait pas, mais vendre des cartes Faistoimettre, c’est tout ce qui nous manquait pour être heureux.

C’est bête, parce que je ne veux pas mettre le plus petit doigt dans le terrible engrenage du syndicalisme, après ils viendront me voler mon âme jusqu’au fond de mon lit et ils m’empêcheront de devenir Maître du Monde, mais pour le coup, j’aurais bien aimé donner mon avis sur la façon dont ils nous harcèlent avec leur putain de carte de merde.
En plus j’étais presque en retard, alors j’ai terminé mon gobelet et je suis retourné bosser.

Je me suis souvenu que j’avais de la chance, parce qu’une des filles avec qui je travaille aujourd’hui est à fond les bananes dans le syndicat, et en plus elle est bête comme ses pieds. C’est l’occasion, je serai le larron.
J’ai donc habilement manipulé ce faible esprit : en lui parlant des nouvelles directives qu’on a reçues, j’ai amené la conversation sur les chefs, et la façon dont ils nous font chier avec la carte.
Elle était mûre, il n’y avait plus qu’à laisser le fruit s’écraser mollement au pied de l’arbre.

- Tiens d’ailleurs tu as vu, ils font un sondage à l’entrée du personnel, au sujet de la carte !

Bingo.

- Hein, quoi, qu’entends-je, un sondage ? Oh ben non alors, ce que tu me dis me fait tomber des nues, quel dommage, je ne suis pas passé par là aujourd’hui, j’aurais bien aimé voir de quoi parlait ce sondage, que diantre !

- Oh ben bouge pas, je vais t’en chercher un, tu pourras le remplir tranquillement !

Hin, hin, hin, ai-je ricané dans ma barbe, en me frottant les mains de satisfaction.

Elle est revenue avec son papier, et j’ai attendu qu’elle s’en aille pour le remplir, parce qu’un questionnaire comme ça, c’est un peu intime.
Alors : nom, facultatif, ça tombe bien. Prénom aussi, c’est encore mieux. Parce que je suis courageux, mais quand même pas téméraire. En bon petit paranoïaque, j’ai coché toutes les cases en vérifiant en permanence qu’aucun de mes chefs n’était dans les parages.
Et en arrivant à la fin, j’ai commencé à réfléchir.

Merde, comment je vais faire maintenant ? Tout le monde va me voir, surtout les chefs, l’urne est juste devant la porte où ils sont toujours à fumer leur clope quand je m’en vais, s’ils me voient mettre mon questionnaire dedans, ils vont savoir que j’ai des choses à leur reprocher, alors que c’est surtout après Jézabel que j’en ai, mais je suis physiquement incapable de délation, alors je vais tous les mettre dans le même panier, et ils vont se liguer et faire de ma vie un enfer !
Bien sûr, je pourrais le mettre dans mon sac et le remettre demain en arrivant, il y a toujours moins de monde à ce moment-là, mais je me connais, si je range un truc dans mon sac, je me souviendrai qu’il était là dans six mois, en tombant sur son cadavre en putréfaction.
Non, le plus simple c’est de le garder à la main, comme ça je suis sûr d’y penser.
Mais quand je vais passer par le bureau pour partir, ils vont voir ce que je tiens, et on se retrouve à la case départ, aaah ! Mais pourquoi est-ce que j’ai voulu remplir cette merde ?!
Heureusement, je suis un esprit plus que brillant.
J’ai eu l’idée de plier la feuille, et de la glisser dans ma poche, à côté de la carte de pointage. Eh, fallait y penser hein !

En plus, en arrivant devant la porte, je me suis félicité de ce plan judicieux : l’urne est juste à côté de la pointeuse, je vais pouvoir glisser mes réponses l’air de rien, en pointant nonchalamment, pendant que comme prévu, ils sont tous à un mètre en train de fumer et discuter. Pom-pom-pom…

Sauf que merde.
J’avais pas prévu que l’urne est une vraie urne.
Je pose mon questionnaire sur la fente, mais il faut aussi que j’actionne le levier, pour qu’il tombe dedans.
Alors, au milieu du hall bondé, à deux pas de mes responsables qui me tannent, j’ai poussé la manette.
DING ! A voté.
C’est passé inaperçu, bien entendu.

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Marqué à vie

7 juin 2008

Ma mère m’a sorti de l’enfer du neuf-trois quand j’avais huit ans, ou quelque chose dans le genre. Donc je crois que l’incident s’est produit aux alentours de mes six ou sept ans, enfin par là quoi, j’étais petit. J’étais mignon. J’étais fragile et innocent.
J’étais à l’école primaire.

Pour une raison qui m’échappe, on faisait une après-midi matage de vidéo dans le préau. C’était toucool. Même qu’on avait commencé à regarder Pinocchio. C’était la première fois que je le voyais. J’aimais bien. Les marionnettes, le mignon petit Criquette, les leçons de morale à peine déguisées, genre “les personnes âgées qui vivent seules avec des pantins en bois finissent par s’imaginer des choses, dites oui à l’euthanasie !”, les jolies couleurs…
Je passais un moment des plus agréables.

Le problème c’est qu’à cette époque là, j’étais jeune, je n’avais pas encore atteint cet incroyable degré de maturité. Alors j’étais un peu le seul (avec les filles) à m’éclater comme un malade devant Pinocchio. Le reste de l’école avait envie de regarder l’autre cassette (ouais à l’époque on regardait encore les films sur cassette, trop la teuhon).
La révolte avait commencé à gronder dans le coin des grands qui avaient apporté le film, et au bout de dix minutes, tout le préau (à part moi -et les filles, quoique) réclamait en criant qu’on vire ce dessin animé de gamins, allez madame, vas-y quoi !

Les profs de l’époque étaient des adultes courageux et responsables, alors ils ont fini par céder.
C’est comme ça qu’on a remplacé Pinocchio, la Fée Bleue et cette dégoulinade de bons sentiments par… Les Dents de la Mer : 2ème partie (et non pas Les Dents de la Merdeuh).

Et c’est violent, quand on n’a pas huit ans, de voir les attaques du requin -je savais pas qu’on pouvait ne pas regarder quand ça fait peur, à l’époque-, les corps déchiquetés, les membres arrachés, l’eau pleine de sang, alors que dix minutes avant on priait sa bonne étoile avec Gepetto.

Je crois que c’est depuis cette époque que j’ai une peur panique de la mer et qu’il est hors de question que je me baigne dans une eau dont on ne voit pas le fond.

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La Mouche

3 juin 2008
La loi est dure, mais l’aigle ne chasse pas les mouches.
MC Solaar

Comme l’été est vraiment une saison formidable, aujourd’hui il y avait une mouche chez moi.
Comment je m’en suis rendu compte ? Oh, de façon très naturelle, en allant faire mon petit pipi. J’ai ouvert la porte de la salle de bains, parce que chez moi, les toilettes sont dans la salle de bains (si si, ça vous intéresse). Tout impatient de me soulager, j’ai soulevé le couvercle des toilettes, et comme je la dérangeais c’est là qu’elle s’est manifestée.

Grand moment d’héroïne de cinéma : quand je l’ai vue s’envoler, énorme et laide, j’ai sursauté et bondi en arrière, en poussant un cri suraigu : “ahiiii, une mouuuuche, là, là, mais faites quelque choooose, à moiii !”, tout en ayant bien conscience que non, personne n’allait venir à mon secours, j’étais seul face à mon enfer.
Bref, une de ces expériences dont on ressort grandi.

La gourdasse attitude ne s’arrête pas là, ça serait trop beau ! Parce qu’avant, je pensais avoir peur des papillons de nuit : c’est moche un papillon de nuit, ça a l’air vicieux, ça ne sort que la nuit, c’est gros et les tueurs en série les coincent dans la gorge de leurs victimes. C’est plutôt logique de ne pas être fan.
Mais aujourd’hui, je me suis rendu compte que j’avais à peu près la même réaction face à la mouche : elle a un vol complètement erratique et aléatoire, elle se nourrit d’excréments, et à la façon dont elle frotte ses petites pattes avant, on sent qu’elle prépare un sale coup.
Ouais, bon, on justifie sa peur des mouches comme on peut hein…

Mon souci avec les insectes, c’est que dès qu’ils sont un peu plus gros qu’un moustique, je n’ose pas les tuer. Je sais qu’ils ont un gros corps qui va faire shblouarch quand on l’écrasera, qu’ils agoniseront en faisant du bruit si je les attaque à la bombe, et que si je les rate, ils reviendront se venger la nuit avec des grands couteaux.

Et donc là, avec mon énorme mouche coincée dans la salle de bains, j’avais un gros problème.
Je me suis calmé et j’ai rapidement fait le tour de mes options. Je peux essayer de lui donner un grand coup de serviette, le problème c’est que je dois m’essuyer avec, et il est hors de question que je m’enveloppe dans quelque chose qui a servi à tuer une mouche, surtout qu’avec la chance que j’ai, elle va se coincer dans une des bouclettes, mourir là trèèès lentement, et tout à l’heure je vais me la frotter dessus et aaaah !
Donc non, pas la serviette.

Je peux, euh, essayer de l’asphyxier avec ma bombe de Brise Fraîcheur Muguet, mais non, ça va sûrement pas la tuer, elle est trop grosse (genre, genre elle faisait au moins cinquante centimètres, je suis sûr !), et elle risque de tomber quelque part, d’agoniser pendant des heures par terre dans un coin et je verrai pas où et ça sera absolument horrible, ne pas savoir, c’est le pire.

J’ai envisagé d’aller chercher l’aspirateur, de le pointer sur elle et de le mettre en route d’un coup pour la faire disparaître sous des tonnes de poussière, mais… nan hein, ça marche avec les gros insectes lents, mais les mouches, bof.

C’est en voyant le couvercle des toilettes encore ouvert que j’ai eu cette idée purement géniale, c’est du sang napoléonien qui coule dans mes veines, pour penser à ce genre de trucs.
Ah, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, hein ?

J’ai soigneusement refermé la porte de la salle de bains, au moins, on sait où elle est, il vaut mieux boucler le périmètre.
Je suis allé dans la cuisine, je savais exactement ce dont j’avais besoin.
J’ai attrapé la bouteille de sirop de grenadine, et j’y suis retourné.

Mon plan machiavélique était sans faille.
Je vais verser du sirop dans les toilettes. La mouche, attirée par ce doux nectar, ne manquera pas de se poser sur l’émail de la cuvette. C’est là que je déclencherai sur sa misérable carcasse un déluge tel qu’aucune mouche n’en a jamais vu.
Ca ne pouvait pas rater.

Enfin, si elle avait effectivement été attirée par le sirop de grenadine, ça n’aurait sûrement pas pu rater.
Parce que là, elle tournoyait gaiement au dessus de ma baignoire, ignorant le mets délicat que je lui avais déposé, en plus directement dans le chiotard, fallait vraiment qu’elle soit conne.

Je commençais à désespérer, surtout que je n’avais pas encore fait ce pour quoi j’étais venu au début de cette longue, trop longue histoire. C’est d’ailleurs pour ça, pour pouvoir enfin pisser, que j’ai laissé la porte ouverte. Elle est sortie, et j’ai pu faire ma petite affaire.

Après avoir tiré la chasse et m’être lavé les mains, parce que je suis un garçon propre, je suis allé ranger la bouteille de Teisseire, parce que le sirop de grenadine à côté du Canard WC, on aurait pu s’imaginer que je fais de drôles de choses.
C’est là que j’ai retrouvé ma copine, qui avait réussi à se coincer entre le store et la fenêtre de la cuisine.
Pov’ conne. Tu m’étonnes que ton peuple ne prendra jamais le pouvoir sur Terre.

Cette fois-ci ça a quand même été beaucoup plus simple : ça ne m’a pris que cinq minutes pour la libérer de sa prison de rotin et lui faire comprendre que si j’avais ouvert la fenêtre c’était pour m’en débarrasser sans violence (parce que la violence, c’est très mal).
C’est ainsi qu’elle a pu retourner vers ses copines, pour leur chanter les louanges de ce géant qui l’a nourrie, hébergée et sauvée d’une mort atroce. À l’heure qu’il est, je suis sûrement devenu le Dieu d’une colonie de diptères.
Enfin bref, encore une journée bien remplie.

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