Procellus

  • rss
  • Derniers posts
  • À propos
  • Contact

Don’t speak

Jeudi, comme presque toutes les semaines, j’ai sacrifié ma pause déjeuner pour aller voir mes grands-parents. Allez, ils sont vieux, ils valent bien un sandouiche dans le métro !
C’est pratique comme visite, ça me permet de leur faire plaisir -ce qui est plutôt bon pour mon karma- tout en n’y restant pas trop longtemps, parce que voilà faut pas pousser non plus.

À chaque fois que j’y vais, Pépéprocellus se sent obligé de me donner un petit billet. Là encore ça n’a pas loupé. Ca n’est pas tant au point de vue moral que ça me dérange, prendre de l’argent à une personne âgée ou à mon employeur, c’est du pareil au même. Non, ce qui me gêne c’est qu’il pense que je viens uniquement pour me faire payer, et qu’il se dise qu’il a besoin de sortir son porte-monnaie pour que je leur rende visite, alors que ça n’est pas le cas.

Alors comme à chaque fois, histoire de ne pas avoir l’air trop vénal, j’aurais bien aimé lui dire que c’est pas la peine, que je ne suis pas venu là pour les sous, et que même s’il ne me donnait rien je viendrais quand même. Pas par bête sentimentalisme familial hein, uniquement pour mes points de karma, bien entendu.
Mais une fois encore, je n’ai pas réussi. Alors je me suis senti coupable, mais parce que c’est plus facile et plus confortable, j’ai pris l’argent et je n’ai rien dit.

Par contre, à la différence des autres fois, quand je suis arrivé ma grand-mère dormait. Il m’a emmené dans la chambre pour me la montrer, tout petit tas sous les couvertures. Il l’a regardée un moment, et quand il a vu qu’elle respirait, il était rassuré et on a pu sortir. Ouf, parce que regarder dormir les vieilles dames, je ne suis pas entièrement fan.

Il a profité de cet instant privilégié entre nous autres hommes pour se confier un peu. Il m’a raconté qu’il n’en peut plus de devoir changer les draps tous les jours parce qu’elle s’oublie dedans avec ses ennuis gastriques (ewww, trop d’informations, trop d’informations !), et que c’est épuisant de passer la journée avec quelqu’un qui s’imagine fin avril que ce soir elle va à la messe de Noël, et que la plus grande victoire de ces derniers temps c’est d’avoir convaincu sa femme de mettre des couches, et qu’il ne sait pas quoi lui dire quand elle oublie que son fils est mort.

En général, quand quelqu’un commence à se plaindre et à déprimer, ce que je fais de mieux c’est répondre dans un demi-sourire triste pour montrer de l’optimisme et de la compassion que courage, haut les cœurs, ça va aller !
J’étais sur le point de me lancer, j’avais déjà entamé le sourire, et je me suis souvenu. Quand on est vieux, on ne peut pas faire machine arrière : à la limite on peut essayer de lutter contre les rides en se barbouillant de Q10+, mais ça ne sert à rien, on y passe tous, et personne ne peut gagner.

Et là, ma grand-mère a perdu. Je m’en suis rendu compte au moment où j’allais dire à mon grand-père que tout allait s’arranger, alors qu’on sait tous les deux que non, ça n’ira plus jamais mieux. À part le jour où elle mourra, mais ça sera quand même une amélioration très discutable.
Alors je l’ai regardé, avec mon sourire triste en travers de la gorge, et je n’ai rien dit.

Commentaires
13 Commentaires »
Catégories
la famille addams
Trackback Trackback

L’intelligence artificielle (selon David)

Quand je joue à un jeu vidéo et qu’il devient difficile d’un coup, alors qu’avant il était trop facile et je m’éclatais comme un malade à enchaîner les niveaux comme un bucheron sous amphets, je m’imagine qu’il y a un petit génie susceptible dans la machine.

Genre si je viens de finir plusieurs fois premier à Mario Kart, et qu’à la course suivante tout le monde me passe devant, et je finis dernier avec quarante minutes de retard par rapport au plus lent des participants, parce que tous les adversaires m’ont jeté des carapaces et éjecté du circuit et rétréci et fait exploser, je me dis que j’ai énervé le lutin du jeu.
Du coup il est tout vexé qu’on le batte aussi facilement, et il appuie sur le bouton rouge (nooon, pas le bouton rouge !), qui fait passer le jeu en mode “personne ne peut gagner, soyez maudits, humains”.

Alors plutôt que de m’énerver, de jeter la console par terre en lui hurlant les pires atrocités qui me viennent à l’esprit, avant de l’achever avec une bombe de laque et un briquet en promettant son âme immortelle au Diable, qui me vengera en la réincarnant en PC qui ne tourne que sous Windows 95, je fais exprès de perdre (oui bon, après y’a pas tant de jeux que ça auxquels je peux faire exprès de perdre, du coup je ne m’enflamme pas trop souvent dans mon délire psychotique).

En faisant ça, je me dis que je vais berner le lutin. Si je perds deux fois de suite ou plus, il s’imaginera que le joueur doué qui gagnait toutes les courses est parti se pendre, et qu’il a refilé la main à un débutant, la preuve c’est qu’il finit tout le temps dernier.
Du coup, le lutin tombe dans mon piège et baisse sa garde, et il fait repasser le jeu en mode “c’est possible de gagner”.

Et c’est là que je lui éclate sa petite gueule d’enfoiré de merde.

Commentaires
8 Commentaires »
Catégories
les jeux
Trackback Trackback

Le jeu des mille francs

Salut le jeune !

Ton existence est triste et morne et tu t’ennuies ? Tu as l’impression (justifiée, au moins tu ne t’imagines pas des trucs) de ne rien faire de ta vie, et que ton moment le plus glorieux c’était… euh… non bah rien en fait ?

Tu aimerais remédier à cela, avoir l’impression de servir à quelque chose, être le genre de mec qui donne tout ce qu’il a aux petits lépreux et aux petits cancéreux et aux petits enfants qui crèvent de faim dans des rues crades et du coup ils se chopent toutes les saloperies qui traînent et ils meurent avant la puberté, et en plus ils ont quarante-deux frères et soeurs qui attendent de crever derrière, mais en fait non, tu ne bouges pas ?
Tu voudrais bien faire quelque chose, mais tu n’as pas le temps (bien sûr, c’est une question de temps, hein…), alors tu envoies balader d’un revers de la main que tu imagines poli la soixantaine de chieurs de Médecins du Monde / Action Contre la Faim qui te rôdent autour dès la sortie du métro ?

Eh bien ce post est fait pour toi !
Car ce post, c’est LA solution pour nettoyer ton aura salie par tant d’égoïsme et de bonnes actions tuées dans l’oeuf !
Merci qui, hmm ?

Alors oui, curieux comme je sais pas quoi, essuyant la sueur qui te coule devant les yeux parce que de tels niveaux d’excitation c’est presque trop pour ton cœur tout racorni, tu te demandes : comment, mais comment ce post peut-il sauver mon âme pécheresse des feux de la damnation éternelle ?

Eh bien c’est très simple.
Il te suffit de m’aider, en répondant à une petite interrogation que je me pose.

Imaginons un mec, genre c’est pas un loser mais presque. Il a vingt-six ans, et il a commencé à bosser depuis un an et demi voire plus, dans un grand magasin Parisien où il coule des jours heureux.
Il a vu à la télé qu’en ce moment y’a plein de gens qui râlent parce qu’ils doivent remplir leur déclaration d’impôts, et payer à ces sangsues d’enculés de leurs mères du Trésor Public.
La question est la suivante :

Comment ça se passe, quand on doit payer des impôts ? On le sait ? On reçoit une lettre ?
Et si on n’en reçoit toujours pas au bout d’un an et demi, ça veut dire quoi ?
Qu’on est trop pauvre pour payer, même l’État a pitié de nos petits revenus ?
Ou qu’il faut se faire connaître, signaler qu’on a travaillé et qu’on veut bien payer, m’sieur l’inspecteur, j’ai gagné de l’argent cette année, mais pas beaucoup… Ah bah c’est pas grave mon petit, on va le prendre quand même ?

Si quelqu’un sait, ça serait gentil de répondre, parce que je commence à m’inquiéter, j’aimerais pas qu’ils me doublent mes impôts à force de majorations de retard ou j’sais pas quoi (par contre si vous ne savez pas, ou si vous avez juste un truc con à dire, abstenez-vous, pour une fois)…

Commentaires
12 Commentaires »
Catégories
non, rien
Trackback Trackback

Mes mains qui saignent, dressées comme un totem

Alors que j’étais encore trop petit pour m’en souvenir, ma famille a été massacrée par l’homme blanc, dans sa folle conquête de nos terres. Je ne sais pas ce qui aurait pu m’arriver, si je n’avais pas été sauvé de justesse par ce clan de bisons qui m’ont élevé comme un des leurs.
Puis, quand j’ai été assez âgé pour me rendre compte que je fricotais avec la mauvaise espèce, j’ai été recueilli par la tribu des Happy Time, qui font commerce de peaux de bêtes, de machines à fabriquer son propre pemmican et autres trucs inutiles sans lesquels on ne pourrait pas vivre, avec les Micmac, et les Algonquins, et les Apaches, et les Kutenai… Oui c’est vrai, les Happy Time seraient prêts à vendre n’importe quoi à n’importe qui, ça ferait presque d’eux (de nous, pardon) des putes, mais bon. On ne choisit pas sa famille.

Depuis presque deux cycles que je suis un des leurs, je commence à comprendre leur fonctionnement, à lire les changements du vent, les nuances des couleurs, et tous ces trucs de tarlouze qui sont monnaie courante dans ma nouvelle tribu. C’est pourquoi j’ai immédiatement su que quelque chose n’allait pas quand j’ai vu arriver notre Sachem, Powhatawanda.
C’est un très joli nom, en français, je crois que vous le traduiriez par “femme à l’allure de tonneau et qui parle avec une voix aussi haut perchée qu’elle est courte sur pattes” (bon ok c’est nul, mais à ma décharge ça n’est pas moi qui ai commencé à la comparer à un tonneau).
Elle s’est avancée vers moi, le regard sérieux et l’air grave, et s’est exprimée en ces termes :

- Ugh, papoose Procellus. Il y a bien longtemps que tu es parmi nous, et tu vas bientôt atteindre l’âge d’homme. De dures épreuves t’attendent, pour célébrer ton passage.

- Euh hein ?

- Tu vas passer ton entretien annuel.

- Ah ok.

- Les dieux de notre tribu ont parlé. C’est à moi de te faire passer les épreuves.
Pour nous prouver que tu es un homme et que tu es digne de rester parmi nous, tu devras me faire jouir, en n’utilisant que ta langue.

- Aaaah !

- Non, je rigole. Je te demanderai juste de remplir ton auto-évaluation. Tu as jusqu’à la prochaine lune. Nous nous reverrons à ce moment-là, pour comparer la vision que tu as de toi, et la mienne. Je vais de mon côté préparer ta visite avec les autres chefs de notre tribu. D’ici là, que Waconda t’imprègne de sa sagesse.
J’ai parlé.

Non mais elle a trop tiré sur le calumet de la paix, ou quoi ? Elle me donne des devoirs ?
J’ai jeté un coup d’oeil aux parchemins qu’elle m’avait laissé. Euh, il faut que je dise si je pense que je suis un membre sérieux de la tribu ?
Et si j’estime être rigoureux dans les tâches que les grands guerriers me confient ?
Ah merde, y’a même une question sur comment je m’intègre à une équipe ? Mais c’est pas possib’, je m’intègre pas, je les déteste tous !
Et puis qu’est-ce qu’elle croit, à me demander de m’auto-apprécier ? Elle ne sait pas que j’ai une confiance en moi qui vole en permanence au ras des mocassins, surtout en période de forte dépression ?

Après avoir refermé le petit dossier (douze pages, ça devient un petit dossier), la terreur abjecte de l’attente a commencé.
À la prochaine lune, je risque donc de mourir.
Est-ce que je vais me faire exclure de la tribu parce que je ne fais quasiment rien de ce qu’ils demandent, “signaler à mon sachem supérieur les dysfonctionnements du système”, “être enthousiaste quant aux différentes animations mises en places par le grand Manitou”, et autres conneries du genre ?
Est-ce qu’ils vont me scalper parce que je ne me rase qu’une fois par semaine, et qu’un bon membre d’Happy Time se doit d’être glabre, et ils se disent que ça m’apprendra à avoir la peau du visage toute lisse et douce ?

La bonne nouvelle, c’est que ça n’est pas tout de suite : j’ai bien calculé, en additionnant la floraison des cactus et la mue des tatous* et en rapportant ça à la course de notre soeur Lune dans le ciel, mon rite initiatique tombera jeudi prochain (je me suis bien fait chier pour mes calculs, parce que c’était marqué sur le petit dossier).
Jeudi, en sachant que ma semaine commence le mercredi et qu’en général je me rase pour le premier jour de boulot, je serai encore présentable pour apparaître devant les esprits des ancêtres.
Bien, tout cela se présage plutôt bien.

La mauvaise nouvelle, c’est que Powhatawanda m’a rendu visite la semaine dernière.
Jeudi prochain, c’est aujourd’hui.
Adieu, donc.

*Bravo, les tatous ne muent pas ! Si tu t’es fait la remarque tout seul, tu es trop fort. Félicite-toi, tu l’as bien mérité.

Commentaires
5 Commentaires »
Catégories
le cravail
Trackback Trackback

Vis ma vie de pauvre

Je savais que la machine à laver était condamnée. Pourtant, elle était chouette. Elle a un joli hublot à travers lequel je peux passer des heures à regarder tourner mon linge, à encourager mes chaussettes à tourner plus vite pour rattraper mes caleçons, ou à imaginer toutes les saloperies que mes fringues peuvent faire quand elles me cachent la vue avec leurs soirées mousse.
Mais voilà.
Un hublot, c’est rigolo. Mais c’est fragile, aussi.

Et là, ça faisait des mois que le voyais se fendiller, en n’y pouvant rien faire.
Plein de petites lignes qui partaient de l’extérieur et qui convergeaient vers le centre. J’avais fait des marques, pour voir si elles étaient fixes, ou si elles s’étendaient, les salopes.
Bah elles s’étendaient, les salopes (pas de bol, quand même).

Je voulais pas racheter une machine tout de suite, parce que ça coûte quand même un rein, et à part ça elle allait plutôt bien, ma petite machine chéwie.
Alors j’attendais impuissant que ça craque. J’imaginais déjà le jour où j’allais rentrer et découvrir qu’elle avait dégueulé mon linge et toute son eau dans la cuisine, en y cachant plein de petits bouts de verre.
Oh quelle impatience, qu’est-ce que j’allais m’amuser ce jour-là !
En plus je serai obligé d’aller au lavoir, de taper mon linge en chantant et d’échanger les derniers ragots avec les autres lavandières, berk !

Ce que je ne savais pas, c’est que le lave-vaisselle était jaloux de l’attention que je porte au lave-linge. Alors pour me montrer que lui aussi mérite qu’on s’en occupe, il a décidé de mourir.
Comme ça, d’un coup.

Mais il a été vicieux : quand j’appuie sur le bouton marche / arrêt, le voyant de mise sous tension s’allume, jusqu’ici tout va bien. Mais dès que je lui ferme sa porte, ça fait CLAC ! et je fais sauter les plombs. Hi hi, on le refait une ou deux fois pour vérifier, oui, c’est rigolo, ça arrête tout, bon ça suffit David l’électricité c’est pas un jouet !

Coup de bol, il est encore sous garantie. Donc il faut appeler le SAV pour leur expliquer le problème. Voilà.
Y’a qu’à.
Téléphone.
Ouaip.
Mais j’aime pas le téléphone, ça fait peur, en plus je veux pas les appeler, ça doit juste être une résistance ou un truc tout con, je pourrais le changer moi-même, je veux pas je veux pas je veux paaas !

À cause d’un petit blocage, je me suis donc tapé trois semaines de vaisselle à la main, comme les gueux, pouah, mais l’eau elle est chaude, faut mettre les mains dedans ? Et puis le produit vaisselle ça abîme la peau, au s’cours !

Alors aujourd’hui, j’ai décidé que ça suffit, je vais pas laisser une phobie idiote me pourrir l’existence et détruire mon si fragile épiderme. Alors je vais les appeler. C’est décidé. Je compte jusqu’à trois et j’y vais. Allez.
Finalement, pour gagner un peu de temps, et pour ne pas passer pour un demeuré total quand ils viendront, je vais essayer un truc, juste pour voir.
Si je le branche sur une autre prise, est-ce que ça va encore être tout cassé ?

NON !
Miracle, je l’ai réparé tout seul, et sans avoir à téléphoner je vous prie !
Oui c’est vrai, je suis un loser de m’être cogné la vaisselle pendant trois semaines, à faire tremper les assiettes, décoller des épinards incrustés dans la porcelaine, tout ça parce que j’ai pas peur de téléphoner mais presque, surtout que j’aurais pu penser à essayer ça tout de suite.
Mais pensons un instant à l’humiliation que j’ai évitée si les plombiers du BHV étaient venus chez moi, avaient débranché une prise pour en essayer une autre et étaient repartis en levant les yeux au ciel. Hein, je passe déjà moins pour un abruti, non ?
Non ?
Non.

Commentaires
9 Commentaires »
Catégories
non, rien
Trackback Trackback

Monsieur le nouveau directeur

Et hop, comme l’année dernière à la même époque, on m’a envoyé en réunion, pour entendre parler de la qualité de notre accueil dans le magasin. Genre c’est important, l’accueil des clients.
J’y suis allé en traînant la patte, parce que mon bouquin recommence à devenir bien, et on m’avait prévenu que la réunion durait plus de deux heures, et fait chier merde.
En plus je veux pas y aller, maintenant que j’ai monté un échelon, je vois pas pourquoi je devrais me taper une réunion avec les autres grouillots, c’est vrai quoi (leçon n°1 : reniez vos origines), et puis on m’a dit que le nouveau directeur en profitait pour nous identifier tous individuellement, sûrement pour faire des repérages et préparer en secret l’invasion de ses camarades aliens. Je les sens les coups tordus de ce genre, c’est comme un sixième sens.

Qu’à cela ne tienne. Je me suis perdu un peu en chemin, parce que ça se passait dans une partie du magasin que je ne connais pas (vous le saviez vous qu’il y a des backrooms dans les sous-sols d’Happy Time ?), mais j’ai été sérieux, et je suis arrivé presque à l’heure. Après avoir passé cinq minutes à choisir une chaise, non, trop basse, trop molle, trop branlante -il faut savoir être exigeant, j’étais prêt.
Je leur ai donc fait signe qu’on pouvait commencer.

En fait non, ça n’était pas moi qu’on attendait, mais le nouveau directeur.
On a bien fait, parce que je me suis fait un nouvel ami, quand il est arrivé.
Pour commencer, il nous a serré la main à tous.

Je voulais faire bonne impression, et mes parents m’ont bien appris qu’une poignée de main franche, ça plaît toujours. Il ne faut pas tendre une main de mollusque hémiplégique, mais une poigne de fer, pour montrer qu’on est un mec qui en veut, avec des couilles en acier trempé, ouais !
Le problème c’est que ses parents ne devaient pas avoir les mêmes principes que les miens, alors je lui ai à moitié broyé la main molle et moite qu’il me tendait.
Oups, bêtise ?

Ca n’était que le début d’une longue série.
Pendant que j’essayais de lui expliquer pourquoi sur certains points on a des scores de merde en qualité d’accueil, en lui expliquant que vraiment on fait un métier ingrat et difficile, il m’a simplement répondu sur un ton froid de directeur :

- Vous savez, si c’était facile on n’aurait pas besoin de vous, on le ferait nous-même.

Ooo… kay.
Connard ? Tu veux la guerre sale fils de pute ?
Enfin je pouvais pas vraiment lui répondre ça, on ne se connaît pas encore assez, alors je lui ai juste fait mon regard qui tue : on plisse les paupières au maximum en prenant un air méchant et vindicatif, ça fait peuuur, brrr !

Et puis on est entrés dans le vif du sujet. Plein de consignes aussi bizarres qu’étranges : on ne doit pas dire “Bonjour !” quand un client se présente, mais “Bonjour monsieur !” (ou madame, si c’est une femme), c’est plus poli. Euh oui monsieur le directeur, mais c’est pas naturel et c’est idiot, non vous trouvez pas ?
Non il trouvait pas, alors je me suis tu.

Par contre, quand il nous a dit qu’il voulait qu’on regarde le nom des clients sur les cartes bleues pour leur dire “Au revoir monsieur Dupont !”, je me suis lancé, et j’ai (vainement) tenté de faire valoir mon point de vue.

- Ah non je suis désolé mais ça me choquerait qu’on m’appelle par mon nom de famille quand je fais mes courses.
- Oui bah faites-le quand même, les clients aiment.
- Euh non au contraire, je suis pas sûr qu’ils apprécient qu’on observe leur carte bleue comme ça.
- Les magasins de luxe appellent les clients par leur nom, alors on le fait.
- Ouais mais on n’est pas un magasin de luxe, on vend des vibros cachés dans des livres, vous savez ?
- Je veux qu’on appelle les clients par leur nom.
- M’en fous j’le ferai pas d’abord.

J’ai gagné, il a fini par s’en aller -enfin ça c’est dans ma tête, en vrai il est parti déjeuner, mais j’aime me dire que c’est ma force de persuasion hors du commun qui l’a poussé hors de la pièce, pour le renvoyer dans l’enfer directorial dont il n’aurait jamais dû s’évader.

La réunion a pu continuer comme sur des roulettes, maintenant que l’autre crétin avec ses mains molles n’était plus là pour nous embêter.
Mais ils m’ont obligé à me remettre en question, ces salauds, je commence à me demander si je suis autant fait pour ce job que je le pensais (et ça serait dommage, un boulot aussi épanouissant).

Ils nous ont posé une question innocente : quel est l’aspect le plus rigolo et sympathique du métier ?
Dans ma tête, je réfléchissais.
Qu’est-ce que je trouve amusant dans mon travail ?
Hmmm, toucher l’argent ? Jouer avec l’argent ? Compter l’argent ? Quand même pas renifler l’argent, ça serait bizarre ?

Non, c’est “le contact avec la clientèle” qu’il fallait répondre.
Ah. Ca.

Commentaires
8 Commentaires »
Catégories
le cravail
Trackback Trackback

Behind closed doors

Un peu de géographie Happy Timienne, pour bien comprendre ce qui va suivre.
En ce moment, je navigue entre quatre postes, à quatre étages différents. À l’étage tout en bas, dans les bas-fonds du magasin, ma petite pièce à moi où je bosse est adjacente au bureau des chefs. Tellement adjacente que je suis obligé de traverser ledit bureau pour aller bosser, c’est la seule porte d’entrée.
Bon, je fais un schéma, parce que vous êtes tous des buses et vous n’y comprenez rien (comment ça j’ai trop de temps libre à Happy Time ?) :

Ensuite, on est censés être indépendants : je vis ma vie avec les clients qui arrivent face à moi, pendant qu’en arrière-plan, ils passent leur journée à refaire les plannings et manger du chocolat (si si, c’est ça être chef).
Ca, c’est sur le papier, parce que dans la réalité les choses sont un peu différentes.

Déjà, quand je bosse là, j’aime bien laisser la porte de communication ouverte, parce que je suis tellement bien caché qu’aucun client ne me trouve ou presque, alors c’est un peu moins triste de les entendre s’amuser à côté pendant que je meurs d’ennui.
Et puis c’est facile de faire passer la journée plus vite, il suffit d’avoir toujours un bouquin avec soi.

Mais l’autre jour, alors que j’étais en train de lire la suite et fin des aventures de Lyra, Barbamama -une de mes chefs- est passée devant la porte, s’est arrêtée pour me dire bonjour (elle est gentille Barbamama), et a fait les gros yeux en voyant ce que je faisais (de la lecture, donc).
Elle m’a expliqué que je peux lire tant que je veux, personnellement elle s’en bat les trompes, mais vu mon emplacement stratégique, ça serait bien d’éviter, il y a des chefaillons moins gentils qui risquent de me tomber dessus. En plus en ce moment ils ont plein de réunions avec la nouvelle direction (ouais, on vient de changer de direction, on n’a peur de rien), et un des points abordés systématiquement c’est la lecture des chargés d’accueil : il faut pas. J’essaye de ne pas le prendre pour moi, mais là, avec mon bouquin sur les genoux, c’est pas facile.

Alors quand elle est passée une deuxième fois et que j’étais encore en train de lire, elle a pris les mesures qui s’imposaient : elle a fermé la porte, pour que je puisse continuer mon bouquin sans risques d’être dérangé.
Gnin hin hin hin !
Sauf qu’en fermant cette porte, elle m’a fait basculer dans ce monde merveilleux où ma vie est écrite par un mauvais scénariste de sitcom.

D’un côté, je suis bien triste d’être coupé de toute l’animation du bureau, mais de l’autre, il y a quand même des avantages à être indépendant !
Je peux par exemple m’adonner à mon activité préférée de quand je suis tout seul au boulot : me coincer un stylo entre le nez et la lèvre supérieure pour me faire une moustache. Trooop fort !

Évidemment, ce genre de jeu c’est drôle cinq minutes, pas plus, et le troisième tome de la Croisée des Mondes est vraiment super chiant, alors il a vite fallu trouver autre chose à faire.
Tiens, si je fouillais dans les tiroirs ?

Ah trop fort, y’a une collègue qui a oublié son catalogue de vacances, je vais le feuilleter !
Hop, je le pose sur le bureau, et je me plonge dedans, en faisant tourner la chaise sur elle-même, un peu comme un rocking-chair horizontal, et c’est mieux, parce qu’un rocking-chair normal ça file la gerbe.

Alors que je finissais mon tour de chaise en feuilletant la Grèce, limite à faire des fils avec mon chewing-gum en tirant dessus, je remarque que quelqu’un s’avance dans la partie clients. Je lève les yeux.

C’était le sous-directeur.

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, il était accompagné d’une quinzaine d’autres personnes.
Bordel on se redresse et on fait glisser le catalogue dans la corbeille à mes pieds, vite !

Et ils ne passaient pas juste comme ça, nooon, ça aurait été trop beau que le Big Boss me prenne la main dans le sac pendant sa promenade digestive -oui bon c’est sûr, j’étais pas en train de piquer dans la caisse, mais l’interdiction de lecture venant de lui directement, je doute qu’il le prenne très bien. Une fois que tout le monde a été arrivé, je les ai vus se déployer en face de moi, au ralenti comme dans un film, et ils se sont mis à me regarder.
Eh ?

Ils venaient pour analyser la disposition des postes de travail, et voir quelles modifications on pourrait y apporter, alors ils sont bien restés dix minutes à m’observer sous toutes les coutures, comme une bête curieuse.
J’adore, j’étais super à l’aise, avec tous ces yeux fixés sur mon absence de travail.

Y’en avait même un qui prenait des notes, et un autre qui me posait des questions pour savoir ce qu’à mon avis on pourrait faire pour améliorer notre qualité de vie.
Euuuh… Ben au point où on en est, une télé ?

Commentaires
16 Commentaires »
Catégories
le cravail
Trackback Trackback

Dans ma boîte

Aujourd’hui, en revenant de courses, j’ai pris mon courrier.
The End.

Non, je rigole, ha ha, sacré déconneur ce David, hein !

Donc, j’ai pris mon courrier, et je me suis dirigé d’un pas décidé vers l’ascenseur.
Ô surprise, un voisin que je ne connais pas me le gardait bien au chaud.
Vite vite, j’arrive, merci monsieur !

Je n’ai pas bien vu en rentrant, mais il m’a semblé qu’il est plutôt mignon.
C’est là que mon éducation Breevandekampienne est venue tout flinguer.
En petit garçon modèle (genre), on m’a bien appris que c’était maaal de montrer du doigt, et aussi de fixer les gens, donc je n’ai pas tellement pu le dévisager pour vérifier.

Alors il a bien fallu se donner une contenance, surtout que si je le regarde une deuxième fois, je risque de me rendre compte qu’en fait il est moche, ou pire, quelconque, et ma vie sera foutue et je n’aurai plus qu’à arracher les fils électriques de mon lustre pour me pendre avec.

Bien évidemment, j’habite au troisième, alors tout ça s’est passé super vite.
J’ai donc réagi à l’instinct.
Comment faire pour avoir l’air à l’aise et distant donc désirable, face au voisin potentiellement mignon ?

Je sais, je vais ouvrir mon courrier !
Alors ça c’est le catalogue Carrefour, ça s’ouvre pas, ça c’est un prospectus, ça c’est les DVD de la Bande à Picsou que j’avais commandés, je vais éviter, y’a quand même mieux pour faire bonne impression…
Je vais ouvrir cette mystérieuse enveloppe kraft à l’allure officielle, en plus je me demande ce que ça peut bien être, ho ho ho, quel suspense dans ma vie de tous les jours !

D’un geste vif et énergique, j’utilise ma clef comme ouvre-lettres.
Je crois que j’aurais difficilement pu être mieux inspiré.

C’était le catalogue IEM.

Commentaires
10 Commentaires »
Catégories
la luxure, les voisins infernaux
Trackback Trackback

Money Money Money

Aujourd’hui on va bien rigoler, je vais vous parler de mon salaire, “Oh nooon David, pas l’argent, c’est sale, s’il te plaît !”. Eh bien si.
Tout d’abord il faut savoir qu’au bout d’un an et demi dans la boîte, je n’ai toujours pas réussi à lire ma fiche de paie. C’est vrai quoi, c’est compliqué, y’a plein de chiffres, et des colonnes, et des machins, du coup je regarde toujours le total et c’est tout, sans savoir combien je suis payé de l’heure ni rien. De toute façon je suis sûrement plus heureux en n’en sachant pas trop.
Et quand je discute avec les collègues, apparemment je suis pas le seul à ne rien comprendre à leurs calculs (ou alors, ils essayent juste d’être gentils et me disent qu’eux non plus n’y captent rien juste pour ne pas me vexer, c’est possible aussi).

La seule personne à avoir à peu près essayé de m’expliquer comment ça fonctionne, c’est Girafa, ma grande chef, quand j’étais allé la voir pour demander ma promotion. Elle avait passé vingt minutes à essayer de me dissuader de vouloir ce nouveau poste. Sans succès, tout ce qu’elle me disait ça avait l’air super fun :

- Et tu seras confronté à plein de connards clients très énervés, tu es un peu le défouloir de bout de course…
- Bring it on, bitch ! :D

Résignée, elle avait fini par me parler des avantages : “bon, et il y a aussi la question du salaire…”.
Je savais bien avant d’aller la voir que c’était payé un peu plus. Mais je voulais pas passer pour une pute vénale, alors j’ai fait mon fayot à mort. J’ai avancé la main pour l’arrêter, et j’ai lancé ce qui va sûrement rester dans les annales des grands moments de Procellus :

- Oh non mais tu sais, c’est pas pour l’argent !

Le tout accompagné d’un petit sourire timide mais complice. La grosse honte, quoi.
Elle a quand même continué à m’expliquer.

Notre salaire Happy Timien est divisé en deux parties. On a le fixe d’un côté, qui ne bouge pas (d’où son nom), auquel on additionne la prime de magasin, qui elle varie en fonction du chiffre d’affaire (donc ceux qui savent où je bosse, viendez un peu plus dépenser votre argent chez nous, Dieu me le rendra bien).
Et là, avec le nouveau job, pour continuer de m’enculer mais pas trop, on augmente mon fixe (c’est bien), et on baisse ma prime de magasin (c’est moins bien).
Rien ne se perd, rien ne se crée.
Girafa m’a expliqué à quel point ça allait changer mon train de vie : pour un temps plein, ça fait à peu près une différence de cinquante euros brut par mois.
…
Ok, je suis à temps partiel (par fainéantise, oui et alors ?), donc c’est vraiment pas pour l’argent.

Et hier, j’ai reçu mon premier nouveau salaire, youhouhouuu !
C’est là que ça devient rigolo.

Parce qu’avec mon nombre d’heures, quand on me baisse la prime de magasin et qu’on m’augmente le fixe, je gagne moins qu’avant.
Heureusement que c’est pas pour l’argent, sinon j’aurais été un peu déçu.

Commentaires
4 Commentaires »
Catégories
le cravail
Trackback Trackback


Blogroll

  • Antoine
  • Coquecigrue*
  • Cosmic Teddy
  • Delicious
  • Gai Luron
  • Garoo
  • Jérômeuh
  • Le blog de Ced
  • Le Nico Blog
  • Maeren
  • Monsieur le Chien
  • Pasfolle
  • Patapouf
  • PostSecret
  • Surimi Bleu
  • Theopiscence
  • Vie de merde

Archives

  • juillet 2008
  • juin 2008
  • mai 2008
  • avril 2008
  • mars 2008
  • février 2008
  • janvier 2008
  • décembre 2007
  • novembre 2007
  • octobre 2007
  • septembre 2007
  • août 2007
  • juillet 2007
  • juin 2007
  • mai 2007
  • avril 2007
  • mars 2007
  • février 2007
  • janvier 2007
  • décembre 2006
  • novembre 2006
  • octobre 2006
  • septembre 2006
  • août 2006
  • juillet 2006
  • juin 2006
  • mai 2006
  • avril 2006
  • mars 2006
  • février 2006
  • janvier 2006
  • décembre 2005
  • novembre 2005
  • octobre 2005
  • septembre 2005

Catégories

  • cinéma tchi tcha
  • dehors
  • l'avenir
  • la famille addams
  • la luxure
  • la musique
  • la technologie
  • le cravail
  • les études
  • les jeux
  • les voisins infernaux
  • ma télé et moi
  • mon nombril
  • non, rien
  • une page de publicité
rss Flux rss des commentaires valid xhtml 1.1 design by jide powered by Wordpress get firefox