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Les mystères du monde : l’ostréovorogénèse

Bienvenue à toi ami lecteur ! Ce soir, pour célébrer le nouveau tournant de ce blog, qui à partir de dorénavant devient éducatif et donc utile, je te propose de te pencher (petit coquin) sur un sujet passionnant, ouais ! Nous allons en effet étudier l’un des plus grands mystères de tous les temps, j’ai nommé l’huître.

Non parce que c’est vrai, après tout, qu’est-ce qu’on sait de l’huître, à part le fait que c’est dégueulasse et que ça ressemble à un gros mollard ? Pas grand chose, et même wikipedia ne peut pas répondre à la question cruciale, qui aujourd’hui nous taraude : d’où vient cette curieuse idée de manger des huîtres ?

Eh bien, sois rassuré, ami lecteur, grâce à mes recherches sur le sujet, tu n’auras plus à te retourner des heures dans ton lit, incapable de trouver le sommeil, à cause de cette question qui finissait par te rendre fou : qui, putain, qui a eu l’idée de bouffer ça ?!

Tout a commencé il y a bien longtemps, avant la naissance de Jésus Christ notre sauveur. Sur les côtes d’Armorique, Guéric Ker-Elouan, ignorant tout du rôle qu’il allait jouer dans la gastronomie (ahem) mondiale, se sentait tout tristoune. C’était les fêtes de fin d’année, et il allait encore se retrouver tout seul : sous prétexte qu’il était différent, personne ne voulait entendre parler de lui, et encore moins l’inviter à fêter des trucs, comme son anniversaire ou l’équinoxe de Printemps (à l’époque, l’année commençait et finissait un peu plus tard).
Parce que Guéric n’était pas comme les autres Celtes, qui plus tard deviendraient nos fiers Bretons : il avait du goût. Il savait que le beurre ne se mange pas salé, que le kig-ha-farz c’est franchement dégueu, non mais sérieusement, un ragoût de lard ?, et que 6% ça ne suffit pas à faire passer le cidre pour de l’alcool. Alors, les autres salauds du village le prenaient de haut, peuh, et Guéric était malheureux comme les pierres.

Et un beau jour -enfin, aussi beau que puisse être un jour en Bretagne-, alors qu’il déclamait son mal-être face à l’océan dans des grands vers très mylènefarmeriens, en faisant rimer “sang” avec “maman”, ou “mort” avec “encore”, plein de trucs comme ça, trop naze le mec, genre il se prend pour un poète, quelque chose par terre attira son regard : un petit caillou plutôt plat, mais pas complètement, un peu comme une coquille de mollusque, mais en très vilain.
Tiens ? Saperlipopette, mais qu’est-ce donc, se dit-il en se grattant la tête d’un air stupéfait ? Comme il n’avait pas d’amis, et pas de vie non plus (plusieurs siècles plus tard, il aurait fait un excellent geek), il décida de rapporter sa trouvaille à sa hutte.

En plus du goût, Guéric se distinguait de ses congénères par une intelligence hors du commun. Et en voyant cette caillasse moche, il sentait, non, il savait qu’à l’intérieur il allait trouver quelque chose de formidable, qui allait changer le monde à jamais, parce qu’on ne pouvait créer une coquille aussi repoussante que pour cacher le plus grand trésor de la Terre !

Il passa des jours et des nuits à s’écorcher les mains dessus, sans comprendre le message que l’Océan avait essayé de faire passer en scellant l’huître (car c’est bien d’elle dont il s’agissait, tu l’auras compris ami lecteur) à l’araldite : quand un truc est fermé comme ça, nul n’est censé l’ouvrir.
C’est pendant qu’il égorgeait un porc avec son glaive, comme le faisait toute la Bretagne à cette époque (et d’ailleurs, encore aujourd’hui, je suis sûr que dans certains coins reculés…), que l’idée lui vint : bon sang (c’est le cas de le dire), mais puisque ça ouvre une gorge comme un rien, si ça s’trouve, ça marchera aussi pour le Précieux !
En effet, avec un outil, la tâche fût quand même grandement facilitée. Il découvrit alors ce que personne n’aurait jamais dû découvrir, l’enfant honteux des océans, si bien camouflé depuis la nuit des temps : l’huître.

En voyant cette chose molle et grisâtre et puante, Guéric se dit qu’il l’avait laissée trop longtemps hors de l’eau, et que son trésor avait tourné. L’aspect de vieille morve et l’odeur qui s’en dégageaient auraient dû éloigner le pire des charognards, aussi, les dieux se désintéressèrent de la suite des évènements. Ils croyaient l’humanité hors de danger.
Ils n’avaient pas imaginé que Guéric puisse être aussi têtu.
Après avoir jeté sa vieille huître pourrite au feu purificateur, il partit en chercher une autre, pour voir comment c’était dedans quand c’est frais. Cette fois-ci, il pensa même à prendre son glaive, parce que ça avait quand même été ‘achement plus simple à ouvrir comme ça.

Surprise, la seconde huître, fraîche comme la première neige, avait la même gueule de travers, elle sentait juste un peu moins fort que l’autre. Tudieu mais c’est quoi ça, se demanda Guéric ? Il l’asticota un peu avec le bout de son glaive, poc, poc, se demandant si c’était vivant, mort, une plante, une bête, une déjection, une blague ?
Il finit par comprendre que non, c’était pas une blague, et que vivant ou mort, il venait de découvrir la matière la plus dégueulasse du monde.

Et probablement le meilleur moyen de se venger de ces cons de planteurs de dolmens.

Il en passa du temps, sans dormir ni manger, à peaufiner son plan, des heures durant ! Mais ses efforts finirent par payer puisqu’il mit au point ce petit bijou de perfection stratégique, à faire pâlir d’envie Napoléon.

Profitant d’un instant d’inattention, pendant que tout le village était en train de se murger la gueule au chouchenn, il vira toutes les crêpes au sarrasin de la table du buffet de la fête de la Nouvelle et Belle Année, et les remplaça par plein plein plein de douzaines d’huîtres.
Ah, ces salauds se foutent de ma gueule quand je leur dis que le beurre doux c’est meilleur sur les tartines ? Rira bien qui rira le dernier, bande de ploucs, on va voir vos gueules quand vous allez vous retrouver à manger du glaviot !
Et comme la vengeance, il décida de leur servir crues et froides. Parce que c’est encore pire de les manger vivantes.
Mouahaha !

Mais Guéric sous-estimait tellement le mauvais goût des siens !

Quand on mange du gros intestin de porc entassé dans un boyau de boeuf en ayant fait cuire le tout dans un bouillon parfumé au foin, on n’est pas rebuté par un étalage de corps visqueux sur la table du banquet de Pleine Lune.
Au contraire.
Les Bretons furent heureux et soulagés de manger autre chose que leurs sempiternels plats lourds, et décidèrent que c’était bon (même si ça serait peut-être une bonne idée de cacher le goût de marée avec par exemple un filet de citron), à un tel point qu’ils décidèrent que ce mets délicat envoyé par les dieux serait à partir de ce jour leur tradition de nouvelle année.

Ne trouvant décidément pas chaussure à son pied, parce que les bigoudènes ça va bien cinq minutes, Guéric finit par se reproduire par mitose. Et jusqu’au jour de sa mort (après une longue vie sans sexe, donc), lui et sa descendance perpétuèrent leur petite coutume : se moquer tous les ans de ces crétins qui se régalent en gobant ce qui, à ce jour, se rapproche quand même plus du mollard que du fruit de mer.
Au fil des siècles, les descendants de Guéric et de ses concitoyens se sont dispersés à travers le monde, trop heureux de quitter leur bout de terre fouetté par l’océan et les orages et les marées noires etc. Mais l’héritage culturel est plus fort que tout, et les deux traditions entrelacées se sont transmises, et nous sont parvenues intactes : tous les ans à Noël, les barbares mangent des huîtres pendant que ceux qui ont une cervelle se moquent d’eux.

Et voilà, ami lecteur, tu sais maintenant pourquoi certains dégénérés (dont tu fais peut-être partie, il n’y a pas de honte à avoir) mangent cet étrange mollusque à Noël ! T’es impressionné, hein ?
Allez pour la peine, si tu es sage, un jour je te raconterai peut-être l’histoire du premier homme qui a eu l’idée d’éventrer un mouton pour lui arracher les boyaux et les tendre sur un morceau de bois pour en faire une raquette.

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Vis ma vie de Sophie Marceau

Maintenant que je suis un homme, et que j’ai entamé ma lente ascension jusqu’au sommet d’Happy Time, que je ne suis plus ce simple grouillot au service de tous et supérieur à aucun, j’ai décidé de renouveler ma garde-robe. Finis les vieux ticheurtes moches, je vais essayer d’avoir l’air un peu plus sérieux, alors de temps en temps, je vais porter une chemise, tenue d’adulte s’il en est !
J’en avais déjà une très jolie, qui faisait habillé sans faire pingouin, avec des couleurs mais rien de trop criard, bref, parfaite pour ce que je voulais faire : avoir l’air adulte mais pas trop. Le problème, c’est que suite à un malencontreux accident de lavage, maintenant elle est toujours jolie en bas, mais la moitié supérieure est complètement décolorée, alors forcément, ça le fait beaucoup moins.

Pas grave, direction Gap (le magasin, pas la ville), ils devraient bien avoir quelque chose de mettable ! Presque immédiatement, en rentrant dans la boutique, nos regards se sont croisés. À l’autre bout de la pièce, elle était là, étendue lascivement sur un présentoir : la chemise de mes rêves.

D’une blancheur immaculée, toute de lin tissée, une merveille. Parce que oui, j’aime beaucoup les chemises en lin, je sais pas pourquoi, mais je trouve que ça fait pirate sensuel. Alors forcément, c’est un peu mon rêve d’aller bosser habillé en pirate sensuel. Un rapide coup d’oeil au prix, ah ouais, quand même ? Mais… elle a été tissée à la main par une princesse Perse ou quoi, pour coûter autant ? Pas grave, de toute façon elle est jolie, et elle est toute douce, on dirait des fesses de bébé (vérifions quand même la composition ?), j’achète !

Longtemps je l’ai gardée dans le dressing, sans oser la porter. Et un jour je me suis décidé. Délicatement, je l’enlève de son cintre, et je la mets. La salope.
Je passe tellement de temps à l’enfiler (la salope, bis repetita placent), à me dire qu’elle est douce et gna gna gna que je finis par me mettre en retard.

J’arrive à l’heure mais essoufflé à Happy Time, tout heureux dans ma nouvelle tenue.
Et je me dis que j’ai eu raison de la mettre, parce que tout le monde est très gentil avec moi, tous les vendeurs qui travaillent dans les parages viennent me papillonner autour, ça fait une heure que je suis là et j’ai déjà eu deux propositions de mariage, dis donc c’est chouette d’avoir autant de succès !

Au bout d’un moment, j’ai eu envie de pipi. Je suis allé aux toilettes, j’ai fait ma petite affaire et je me suis lavé les mains. Ce faisant, j’ai levé les yeux vers la glace au-dessus du lavabo.
Là, j’ai compris le pourquoi de mon succès du jour.

Certes, ma chemise est très jolie.
Mais elle est aussi excessivement transparente.
J’ai donc passé la journée à montrer mes tétons à tout le magasin.

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L’amant de Lady Chatterley

En ce moment à Happy Time, on fait des travaux. D’ailleurs, tous les employés le disent, même ceux qui sont entrés dans la boîte il y a dix ans : “depuis que je suis arrivé c’est en travaux”.
Et c’est vrai, petit bout d’étage par petit bout d’étage, ils rénovent, jusqu’au moment où ils auront fini et ça aura pris tellement longtemps qu’il faudra recommencer du début, c’est l’histoire de la vie.

Hier, on rénovait le petit bout d’étage en face de mon poste.
Je m’étais emporté de la lecture, parce qu’il n’y a jamais personne le mercredi soir, et si j’ai l’air de m’ennuyer les chefs vont encore me donner des trucs à faire.

J’avais à peine entamé le tome 2 de La Croisée des Mondes quand j’ai remarqué un mouvement juste devant moi. Vite j’ai rangé le bouquin, j’ai enlevé les pieds du bureau et j’ai planqué ma clope et ma bière, un client, ayons l’air disponible !
Ca n’était pas un client. C’était L’Ouvrier, en train de faire des trucs au mur à côté de moi.

Une toute petite vingtaine d’années, une casquette sexy (et pourtant, c’est pas donné à tout le monde de rendre une casquette sexy !), un joli nez tout mignon, une barbe de trois jours pour pas faire trop gamin, parce que bon, ouvrier c’est un métier d’homme, y’a que dans le porno gay où on veut nous faire croire que des minets prépubères construisent des immeubles.
Il avait eu la bonne idée de mettre plein de trucs dans ses poches (son mètre, un niveau, une enclume, un congélateur…), du coup son pantalon arrêtait pas de tomber, et on voyait son boxer qui dépassait, gnihihihi.

Évidemment, il avait quelque chose qui le grattait sous son ticheurte, alors il passait souvent la main dessous pour se soulager, et à chaque fois ça soulevait du tissu, et à chaque fois comme par hasard, ça montrait un peu de son ventre, plat comme une patinoire, avec plein de jolis muscles dessinés dessus, awouaaah… Même ses bras étaient tous musclés, mais pas du vilain muscle de gym queen bleargh, non, du joli muscle de travailleur manuel, noueux et naturel.

Bref le fantasme idéal, ni trop viril ni trop fiotte, même pas trop cliché, juste parfait.

Même qu’il montait sur un escabeau juste sous mon nez, pour faire plein de trucs en haut du mur.
J’ai passé je sais pas combien de temps à mater, à me décaler dès qu’un client arrivait pour pas qu’il me bloque la vue. Je sentais bien les litres de bave couler de ma bouche pour me détremper les genoux, mais c’est pas ma faute, il était trop beau !

À un moment, il s’est rendu compte que mon poste allait le gêner pour prendre ses mesures. Il a bien essayé de tendre les bras au maximum, mais il a dû se rendre à l’évidence : c’était pas pratique du tout.
Comme dans un film, au ralenti, nos regards (ivres de désir) se sont croisés.
Et j’ai compris que mes fantasmes les plus fous allaient enfin se réaliser, il allait avoir besoin de moi, and then at the end they fuck.
Il a fait une dernière tentative, essuyé un nouvel échec.
Alors il m’a demandé, tout sourire :

- Dis saurais-tû atteindreuh c’muuur une fois ?

Patatras.
L’accent belge.
Je n’ai rien contre nos amis d’outre-Meuse, ils sont tellement gentils qu’on leur pardonne Amélie Nothomb ou Natacha Amal, j’adore la Belgique (c’est vrai !), woohooo le Manneken-Pis et les frites, je les remercie même de nous avoir fait parvenir Peyo et les Leonidas, mais bon faut bien reconnaître qu’avec les Picards, ils se partagent le prix de l’accent le plus tue-l’amour du monde, si si je vous assure.

D’ailleurs à la fin de la soirée, j’étais arrivé à la page 100 de mon bouquin.

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L’effet papillon

Il paraît que j’écris mal. Moi, je n’en crois rien.
De toute façon, même si c’est vrai (et je ne dis pas que ça l’est !), c’est la faute de mon grand-père, qui un jour a déclenché une réaction en chaîne aux conséquences désastreuses.
Ca date de quand j’étais petit. J’allais dormir tous les mardis soirs chez mes grands-parents, pour une raison qui avec le recul m’échappe totalement. C’était chouette, Pépéprocellus venait me chercher chez ma mère, on prenait le bus jusqu’à Porte Maillot, où on s’arrêtait un moment pour taper la discute avec les putes, parce qu’un bon réseau social, ça se travaille très jeune. Et ensuite, on prenait le métro jusqu’à chez eux.

C’est là que tout s’est joué.
Impatient d’avoir le petit-fils le plus brillant de tout l’univers, du monde et de la galaxie, mon grand-père s’était mis en tête de m’apprendre à lire avant l’âge règlementaire, en me faisant décrypter le nom des stations. Les premiers mots que j’ai su lire ont donc été “Argentine”, “Les Sablons”, “Sully-Morland” (oui, on finissait sur la ligne 7)…
Des trucs relativement faciles à réutiliser dans la vie de tous les jours, c’est vrai.
Ca a été long et dur, mais le jour où j’ai réussi à déchiffrer correctement “Franklin Delano Roosevelt”, Pépéprocellus a déclaré que ma formation était terminée, et qu’il était trop balèze de m’avoir appris tout seul comme ça (mon exploit à moi, on s’en foutait un peu du coup, salauds d’adultes).

Je suis arrivé en CP tout fier de mon savoir, même que j’avais plein de copains dans la classe que j’impressionnais trop, ouaiche, vous voyez les mecs, dans cette case Babar il dit “Bonjour”.
Alors on m’a fait partir directement en CE1, comme je savais déjà lire ça servait à rien que je reste là à perdre mon temps avec ces têtes de cons qui voulaient me retenir avec eux dans la fange. Je me suis donc retrouvé dans une classe du 93 où tout le monde faisait une tête de plus que moi, à devoir faire des devoirs, alors qu’avant, en CP, quand je rentrais je pouvais me coller devant la télé et regarder Flipper le dauphin et profiter de mon insouciante jeunesse.
Heureusement, un mois après mon changement de classe, la maîtresse s’est mise en grève, pour protester contre plein de trucs, Mitterrand salaud, le peuple aura ta peau, tout ça tout ça, et on ne l’a plus jamais revue.
Je n’ai plus jamais eu d’année scolaire aussi courte…

Ensuite, ma mère a déménagé vers une banlieue moins trash, les Hauts de Seine, c’est quand même plus glamour. Et je me suis retrouvé en CE2 avec une maîtresse un peu vieille France, qui nous forçait à écrire au stylo plume et nous donnait des coups de règle sur les doigts quand on osait moufter, aïeuh.

En bon gaucher, je passais mes journées à consciencieusement étaler l’encre sur mes feuilles au fur et à mesure que j’écrivais. C’était laid. J’avais des vieilles notes à cause des gros pâtés que je faisais.
Et mes effroyables malheurs écritoires ne s’arrêtaient pas là, que nenni ! J’ai passé je sais pas combien de samedis à faire des lignes, parce que soi-disant que j’écrivais comme un sagouin, que mes lettres ne ressemblaient à rien, que je méritais le bûcher pour oser faire des trucs aussi moches et appeler ça de l’écriture.
Mais c’était pas ma faute ! On m’a privé de cours d’écriture en CP et en CE1, à cause de mon grand-pèreuh d’abord madame ! :(

Elle a insisté, m’a travaillé au corps pour que je fasse des lettres bien rondes comme elle voulait, avec des boucles sur les L, des pleins et des déliés sur les majuscules, mais moi j’avais bien compris qu’elle voulait juste briser mon esprit, me retirer ma personnalité en m’empêchant de faire comme je le sentais.
Ses efforts ont été vains. Jamais je n’ai cédé à son odieuse dictature !
¡ Viva la revolución !

Pour se venger, elle avait dû mettre un mot dans mon dossier scolaire, pour dire à tous mes futurs profs de me reprocher mon écriture. Ca n’a jamais raté. Jusqu’à ma dernière année de fac, sur toutes mes copies, j’ai eu droit à du “soignez l’écriture”.
Moi je dis, allez tous vous faire foutre. J’écris bien. La preuve, c’est que j’arrive à me relire.

Enfin, en général.
Parce que le domino que mon grand-père -relayé par l’école primaire, n’ayons pas peur de montrer les coupables du doigt- a poussé en me forçant à apprendre à lire alors que mon heure n’était pas encore venue, me privant ainsi de cours préparatoires et élémentaires, n’en finit pas de faire tomber les suivants.
L’autre soir, à cause de sa petite lubie, je me suis retrouvé devant un interphone, incapable de relire le code que j’avais griffonné à la va-vite en partant de chez moi.

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Ca n’arrive pas qu’à la télé

Et merde. Là, sur le quai du métro, un ancien plan cul Happy Timien que j’évite consciencieusement, maintenant qu’on a consommé, parce que tout ce qu’il me veut, c’est remettre le couvert (et je le comprends). Je dis pas que ça n’avait rien d’agréable, mais bon ça va aller, on a joué à touche-pipi une fois, on va passer à autre chose maintenant garçon, ok ?

Le magasin est assez grand pour que j’arrive à ne pas le croiser souvent, mais là sur le quai, c’est déjà plus délicat. Surtout que je l’ai regardé, il m’a regardé, c’est difficile de faire genre “ah bah je t’avais vu, je me suis pas arrêté !”. Alors je pourrais le laisser en tête de train et poursuivre mon petit bonhomme de chemin jusqu’au bout de la station, mais vu qu’on va prendre le même métro et que maintenant sur la ligne 1 il n’y a plus qu’un seul grand wagon, je repère immédiatement la faille dans mon plan.

Alors je prends le taureau par les cornes.
Plop, plop, j’enlève les écouteurs, et je vais lui dire bonjour :

- Ah David salut ça faisait longtemps, ça va ! (Oui parce que ça n’est pas une question, il m’informe que je vais bien. On est comme ça à Happy Time, tellement soucieux du bien-être d’autrui qu’on ne se laisse pas le choix, par défaut, ça va)

- Salut, ouais ouais, (pas assez longtemps, si on me demande mon avis, mais) ça va.

- Ah tiens ? Qu’est-ce que t’as fait à tes cheveux ?

- ??? Euh, bah rien euh d’abord pourquoi ?

- Ah… C’est peut-être ça alors… Faut que tu les coupes non ? Ou que tu mettes du gel ou quelque chose, au moins ?

- …

- …

- Je vais y aller je crois. Oui, c’est ça. Je vais te trancher la carotide d’un coup de dents, et je vais y aller.

Alors pour la suite, n’oubliez pas : les plans cul du travail, c’est des gens comme les autres, avec leur sensibilité et tout, donc il faut les traiter avec respect, parce que sinon ils vous diront plein de choses pas gentilles (et presque pas forcément vraies) sur votre coupe de cheveux, pour se venger, si si.

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Ma vie en main : jour 1

Aujourd’hui, comme l’année dernière (et comme l’année d’avant, je suis un homme qui aime les traditions), je passais un concours administratif. Et comme l’année dernière, c’était le CAPES d’Anglais, parce qu’I have in ze bilouque, quand même.
Et à la différence des autres fois, aujourd’hui j’y suis allé. Yay me ! (Oui moi !, pour nos amis non bilingues)

J’y allais surtout par curiosité, parce que la malédiction qui pèse sur mes frêles épaules est bien douloureuse : que je l’aie ou que je le foire, ma vie sera foutue et je n’aurai plus qu’à m’acheter un koala et un fusil, faire un carton dans la rue et m’enfuir au Pérou pour tenter de repartir de zéro.
Oui je sais, ça paraît un peu complexe comme plan, mais c’est dire à quel point je suis désespéré.

Surtout que là, ça serait bien le diable que je l’aie, ce putain d’exam de sa mère la pute. Aujourd’hui c’était l’épreuve de civi, et déjà à la fac j’étais une grosse merde en civi. Je m’entendais bien avec la prof, on passait tous les cours à se vanner mutuellement, mais c’est pas pour ça qu’elle me mettait des bonnes notes, apparemment elle attendait surtout que je lui parle de son cours.
Pov’ fille, va.

Et aujourd’hui, ça m’a pas l’air tellement mieux parti : on a eu un texte sur la dévolution à analyser, et moi la dévolution, à part le fait que ça prend un accent en français et pas en anglais, j’ai pas grand chose à en dire.
En plus c’est pas facile de se concentrer pour faire la paraphrase trop discrète de la mort qui tue qui passera pour des vraies connaissances, parce qu’en anglais il y a 90% de filles et 10% de pédés, et une salle d’examen pleine de filles à petites vessies, ça passe son temps à se lever pour aller faire un petit pipi et remplir sa bouteille pour boire et re-avoir envie de pisser, et c’est chiaaant !

Mais bon on s’en fout, je suis juste là pour voir comment c’est, et pour pouvoir dire “j’y étais”.
Mon seul problème c’est qu’il faut tenir 2h30 avant d’avoir le droit de sortir, et ce que j’ai à dire peut se synthétiser en une petite dizaine de minutes.

C’est pour ça qu’au bout d’un moment j’ai craqué. Tel le couguar bondissant sur sa proie, souple, félin et mortel, j’ai sauté sur l’opportunité que les gens de la maison des examens m’avaient fournie. Profitant du petit miyon de feuilles de brouillon mis à notre disposition (pour fabriquer des profs, on s’en moque pas mal de la déforestation, bande de salauds), j’ai complètement lâché cette affaire si chiante d’Edward Heath et de dévolution bla bla bla, et je me suis servi du brouillon pour écrire ce post. :mrgreen:

En plus c’est cool, parce que ça me permet d’écrire plein de choses très vite, alors ça me donne un air de savant, cool, ils vont tous être dégoûtés et laisser tomber et je l’aurai par défaut.
C’est donc ainsi que vous profitez en différé de mes impressions en direct, j’espère que vous êtes impressionnés, bande de moules.

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Rions un peu avec les handicapés (et non pas d’eux, parce que ça serait mal)

L’autre jour à Happy Time, un vendeur est arrivé avec un client aveugle malvoyant aux capacités visuelles diminuées, en me demandant d’appeler quelqu’un pour l’aider à faire ses p’tites courses.
Facile. Je sais très z’exactement ce qu’il faut faire.

Je prends mon téléphone, et je compose de mes petits doigts agiles le numéro du service clientèle, vous inquiétez pas, je les appelle tout de suite.
Ca sonne là monsieur, ils vont pas tarder à décrocher.
D’un instant à l’autre.
Ca sonne toujours, hein.
Ils vont me répondre.
Vous bougez pas, surtout.

Au bout d’un quart d’heure, j’ai essayé leur deuxième numéro.
Vous inquiétez pas monsieur, vous voyez ce… Oups, pardon. Enfin bon si vous pouviez voir, j’ai à la main un annuaire rempli de numéros pour les joindre !

Au bout du cinquième essai, quelqu’un a enfin décroché. Hourra !
Mais là, j’ai rencontré un nouvel obstacle.

- Oui bonjour, je suis avec un client…

Alors merde, est-ce qu’on peut encore dire “aveugle” en face de la personne, ou est-ce que maintenant ça va être politiquement incorrect, vu qu’on est censés dire “malvoyant”, c’est sûrement que “aveugle” ça le fait pas, mais d’un autre côté, est-ce que “malvoyant” ça fait pas un peu faussement condescendant, oh mon Dieu et si j’hésite trop longtemps à dire quelque chose ça va être encore pire, allez David lance-toi !

- …non-voyant, et il voudrait qu’on l’aide à f…

- Ah d’accord attendez ne quittez pas.

Alors donc monsieur, je les ai eus, et euh, comment dire, ils m’ont mis en attente… D’ailleurs je mets le haut-parleur, qu’on puisse tous profiter de leur musique de patientage tellement irritante. Ca va bien sinon ? Il fait chaud hein pour la saison…

Les dix premières minutes, c’était assez facile de se donner une contenance, de faire semblant de furieusement essayer d’avoir quelqu’un au bout du fil, mais dix minutes, c’est mon grand maximum.
Surtout que je ne pouvais pas combler en lui faisant des petits regards désolés, là j’étais en direct à la radio, il fallait maintenir une ambiance sonore en permanence.

Heureusement, lui avait un peu plus l’habitude, et il n’a pas arrêté de parler, jusqu’à ce que le service clientèle se décide à nous envoyer quelqu’un.
On a donc eu droit à l’embarrassante discussion sur les origines de sa maladie, et sa désolation en se disant qu’il ne pourra pas avoir d’enfants parce qu’ils risqueraient d’être aveugles eux aussi.
C’est toujours très facile de savoir quoi répondre dans ces cas-là.
“Oh mais non, ne dites pas que vous avez 95% de chances de faire des p’tits aveugles, focalisez plutôt sur les 5% de chances de ne pas leur refiler votre cécité !”
Voilà voilà, l’optimisme selon Procellus…

Mais il n’était pas là pour se confier, non.
Lui son truc, c’était de nous raconter des blagues, à Collègue et à moi.

Pour situer, Collègue est une femme que nous qualifierons galamment “d’un certain âge”, récemment mutée d’un autre Happy Time de pauvres qui vient de fermer, une histoire terrible et très chiante sur laquelle je n’ai pas demandé de détails, ça va quoi.
Et pendant toute la journée, Collègue m’a parlé de comment ça se passait avant dans son autre magasin, “et qu’il fallait qu’on soiye gentils avec le client, malgré qu’ils nous parlaient mal…”.
Et si vous ne voyez pas l’erreur, vous n’êtes pas digne de ce monument littéraire qu’est mon blog.

Mais le talent de Collègue ne réside pas que dans son utilisation approximative du français, non monsieur !
Elle brillait aussi par ses capacités intellectuelles hors du commun.

La plupart des blagues du client étaient des devinettes, et des classieuses s’il vous plaît :

- Vous connaissez la différence entre un pull-over et une moule ?

Et Collègue est comme tous ces gens un peu simples, pouah les gens simples, elle compense en étant une véritable crème (moi je suis brillant, donc je peux me permettre d’être un salaud).

Alors à chaque devinette, une lueur enfantine venait illuminer son visage, et pour lui montrer que celle-là elle la connaissait pas, elle agitait vigoureusement son sourire béat de gauche à droite.
Je n’ai pas eu le cœur de lui expliquer ce qu’être aveugle impliquait.

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Post naze de bogossitude qui ne se reproduira pas c’est promis, mais parfois c’est dur de ne pas.

Bon bien sûr on peut se consoler en se disant qu’il n’en a plus que pour quelques mois maximum à être baisable, vu que les jeunes Anglais ne sont sexy que pendant un an ou deux, après, ils se retransforment en Anglais normaux, mais pour l’instant…
Ah, mon Dieu, pour l’instant…

(Prince Harry si tu me lis, un formulaire de contact et moi-même sommes à ton entière disposition)

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L’appareil sanglant de la destruction

Hier à Happy Time, j’ai fait une petite bêtise.

Oh, trois fois rien.

Une toute petite erreur de rien du tout, presque sans conséquences.

Ma légère maladresse a juste bloqué une cliente pendant près de cinq heures dans le magasin, et monopolisé trois services entiers, avant qu’on réussisse à régler le litige.

Bien évidemment, au bout d’un moment la cliente a craqué, et quiconque passait à moins de dix mètres d’elle se retrouvait immédiatement foudroyé sans comprendre ce qui lui arrivait (ah, cette pauvre Cécile qui lui a proposé un thé nous manquera bien…).

Jusqu’au moment où elle s’est effondrée en larmes (enfin j’ai fait pleurer une cliente !).

Ce qui est bien à Happy Time, c’est qu’on a toujours la possibilité d’appeler nos responsables à la rescousse, quand les choses se gâtent.

Ce que j’ai fait assez rapidement, ben oui j’allais pas me laisser faire sans réagir.

Du coup, deux de mes chefs (les deux qui ont tenté de m’aider) ont failli se retrouver avec une plainte au cul, qui finalement se limitera à un blâme.
Vu l’état dans lequel elles sont parties le soir, je crois que je vais être responsable de deux vies brisées par l’alcoolisme.

Bien sûr, je n’ai pas pu suivre toute l’affaire, j’ai participé activement au conflit pendant deux heures et demie, avant de réussir à m’extirper des griffes de la cliente.
Une fois l’orage calmé et le fauve contenu, je suis vite allé demander à Sachem ce qui allait se passer, maintenant :

- Oh on a plus ou moins réussi à rattraper le coup. Mais bon, t’inquiète pas, t’as rien fait de mal ! Et il n’y aura aucune suite pour toi.

En gros, tout le monde a morflé, sauf moi. :mrgreen:

Bien, bien.
Ma mission de destruction se déroule à merveille.
Encore deux ou trois fois coups comme celui-là, et je n’aurai plus qu’à dégager leurs carcasses encore chaudes, pour qu’Happy Time soit mien à jamais.
Bientôt.

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