Procellus

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Toutes les vieilles dames ne sentent pas le patchouli

Maintenant que je suis devenu un vieux, je me sens obligé de passer plus de temps avec les gens de mon âge, c’est fini de traîner avec les p’tits jeunes d’Happy Time, il faut savoir grandir.
C’est pour ça que l’autre jour, pendant ma pause déjeuner, je suis allé voir mes grand-parents.

En plus, il faut se rendre à l’évidence, ils ne seront pas là éternellement, alors si je veux récupérer la part du lion dans l’héritage (et je le veux), c’est maintenant que ça se joue.
Et puis je les aime bien, surtout Méméprocellus avec sa purée dans la tête, même que maintenant elle commence à s’oublier et à souvent sentir la pisse. Du coup il faut penser à l’aimer avec une distance de sécurité, mais en général il suffit de lui faire la bise pour s’en souvenir.

Il faut aussi faire attention à ne pas s’asseoir dans son fauteuil, mais coup de pot il est facilement reconnaissable, elle s’installe toujours dans le même, c’est à dire celui qui a une serpillière sous le coussin.
Et moi, à chaque fois que j’y vais, je m’assieds toujours le plus loin possible d’elle, parce qu’en plus sinon elle m’attrape le bras pour me parler, et le toucher d’une vieille dame c’est quelque chose d’horrible, une accroche molle et flasque, avec une pression juste assez forte pour qu’on ne puisse pas s’en défaire trop facilement, un peu comme une main crispée de vieille momie, yeurk.

Alors ce jour là, en arrivant, j’ai fait comme d’habitude.
Je pose mon sac, j’enlève mon blouson, et je me vautre.

J’ai tout de suite compris que quelque chose n’allait pas.

Ce qui m’a d’abord frappé ça a été l’odeur. Hmm, ça sent l’pipi alors qu’elle n’est pas à côté de moi ?
Et juste après m’être installé, quand j’ai senti que l’assise de mon fauteuil était humide, l’horrible vérité m’a sauté à la gorge.
Je suis assis dans l’urine de ma grand-mère !

Gasp.
Qu’est-ce que je fais ? Je me lève d’un coup en expliquant mon problème ?
C’est très gênant, et ça ne se fait pas, il y a comme un accord tacite dans la famille : mon grand-père a mis les serpillières sous tous les fauteuils (bordel, j’aurais dû remarquer que maintenant ça ne se limite plus à un seul !), mais sans rien dire.
Si on ne parle pas des fuites urinaires, alors les fuites urinaires n’existeront pas.
Donc je continue à superbement ignorer l’éléphant dans la pièce ?

Non mais je suis quand même assis dans de la pisse, et ça sent, et je dois retourner bosser dans une demi-heure, et tout le monde va penser que je me suis fait dessus !
Et la seule autre place libre, c’est celle à côté de Méméprocellus, qui va m’agripper le bras si je me mets là, et je ne vois pas pourquoi elle n’aurait pas aussi pissé à sa place de d’habitude !

Charybde ?
Scylla ?

C’est à ce moment que le miracle s’est produit.
Mon grand-père a eu la bonne idée de vouloir me montrer l’avancée des travaux, sur l’arrière du bâtiment, il faut qu’on aille dans la chambre tu viens voir ?
Il avait à peine fini sa phrase que j’avais sauté sur mes petits pieds.

Tout en y allant, je me tâtais le cul pour voir si c’était très imprégné, et si ça sentait beaucoup.
C’était difficile à déterminer, parce qu’avec mon coup de stress, j’avais les mains un peu moites.

J’ai essayé de me dire que j’avais sûrement exagéré.
Ca ne doit pas sentir de trop, j’ai pas dû y passer plus de cinq minutes, le jean c’est épais, ça n’a pas pu pénétrer, et la serpillière avait dû remplir son rôle… Et puis si ça se trouve tout ça c’était dans ma tête, ma grand-mère sentait parce qu’elle avait fait sous elle, et j’ai imaginé que j’étais assis dedans…
Allez, on croise les doigts et on dit au revoir, pour avoir au moins le temps de sécher…

C’est ainsi que mortifié, j’ai repris le métro et je suis retourné bosser, en ayant l’impression de sentir la pisse à plein nez, et heureusement qu’Happy Time vend aussi du Fébrèze.

Procellus family, ou comment pimenter des pauses déjeuner un peu fades.

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Tu seras un homme, mon fils

Lundi, c’était mon anniversaire. Même que je suis devenu un homme. Ben ouais, c’est bien connu, à vingt-six ans on est un adulte, un vrai, qui n’a plus droit à son livret jeune, qui arrête de bénéficier du tarif gibier au sauna, et qui a les moyens de payer ses billets de train plein pot.
Un homme, quoi.

Pour célébrer mon entrée dans le monde des grands, Papaprocellus a décidé qu’il était temps de m’initier aux plaisirs de la vie. Alors en guise de cadeau d’anniversaire, il m’a payé une pute.

Nan, je déconne.
Comme ils me l’avaient promis, Lui et Marâtre m’ont payé un restaurant étoilé Michelin (enfin, juste le repas hein), parce que soi-disant qu’à force de me nourrir uniquement chez McDo et à ne manger que des knacki et du jambon purée, je tue lentement la grande tradition gastronomique de mon beau pays.
J’aurais bien répondu que j’en avais rien à foutre, mais bon, je voulais pas risquer de perdre ce repas chaud et gratuit.

Quand je suis arrivé chez Papaprocellus, avec mon sweat et mon vieux jean et mes baskets sales, il a eu l’air un peu surpris :

- Ah tu y vas habillé comme ça ?
- Ben oui, moi on m’a juste dit de venir, pas de venir bien habillé, pourquoi, ça va pas ?
- Non non… Ca ira, c’est bon…

Parce qu’en fait à l’origine, ils m’avaient juste dit qu’on irait dîner dans un restaurant vers chez eux où ils vont souvent, et c’est très rigolo, on mange dans des éprouvettes, certains plats font sortir de la fumée par le nez, et on boit de la tarte tatin. Ces enfoirés de leur mère la pute avaient omis de préciser qu’en plus c’était un truc de riches.

Jusqu’à ce que Marâtre rentre du boulot pour nous y emmener, tout s’est bien passé. Mais quand elle est arrivée, elle a demandé à Papaprocellus de se changer, parce que quand même, voilà quoi.
Du coup, je me suis senti tout bête. Elle m’avait rien dit, mais j’ai quand même essayé de justifier mes haillons :

- Moi on m’avait pas dit qu’il fallait être habillé, d’abord !

Grands seigneurs, ils m’ont assuré que ça irait très bien.
Mais dans la voiture, la drama queen qui sommeille en moi s’est réveillée en sursaut. Oh mon Dieu mais je vais être mal habillé et tout le monde va me regarder et ils vont me jeter des pierres et des oeufs pourris et je veux mouriiir arrêtez la voiture !

Il s’est avéré qu’ils avaient raison. Je me suis rendu compte que je pouvais être dans une salle remplie de pépés en costumes cintrés et de bourgeoises assorties, porter un pull Gap moche et en sortir indemne. De toute façon le troisième âge, avec leur cataracte ça fait un moment qu’ils ne remarquent plus ce que portent les autres.

Le reste de la soirée a été assez anecdotique. Il a juste fallu un temps d’adaptation pour s’y repérer et choisir les plats, entre “Passion violente d’une Pintade de l’Allier servie tendre, émulsion d’un gratin Dauphinois et tuile de riz cassante”, “Saveur assoupie d’une Poitrine Pincée de moutarde de Charroux son et parfum d’un ‘chou mandarine’ combiné de Jambon Ibérique” et autres “Volcan éteint d’une pêche au Cassis surmonté d’un nuage de menthe glaciale”.
Moi aussi plus tard je veux faire ça comme métier, inventeur de noms à la con pour dire “du poulet”, “du jambon” et “de la glace” !

De dégustation de mini-plat en dégustation d’autre mini-plat, avec un garçon tout crispé (sûrement à cause du balai qu’il avait avalé) qui nous rappelait solennellement ce qu’on avait choisi avant de nous laisser y goûter, on est vite arrivés au dessert.
L’avantage de ce genre d’endroit, c’est que j’avais pas besoin de me demander toutes les cinq minutes si tous les serveurs n’allaient pas arriver en chantant “joyeux anniversaiiire” en portant le gâteau. La maison n’offre pas ce genre de triviale démonstration (et c’est tant mieux).

Je me suis demandé s’ils allaient quand même me donner mon cadeau à ce moment là, vu que je ne l’avais pas eu à l’apéritif.
Ca allait sûrement être un truc super cher, parce qu’il ne prenait pas beaucoup de place, sinon je l’aurais remarqué dans leurs affaires à l’un ou l’autre, quand on était arrivés.
Mais non.
Bah, ils me le donneront peut-être si je les laisse monter quand ils me raccompagneront ?

C’est quand ils m’ont laissé en voiture en bas de chez moi, en me souhaitant une bonne nuit et encore un joyeux anniversaire que j’ai compris.
Je les ai bien remerciés pour le resto, et je me suis senti vieux, vieux, mais vieuuux !
Alors ça y est, je suis arrivé à cet âge où on arrête de m’offrir des vrais trucs, genre le château Playmobil ou le bateau des pirates Lego ? Maintenant que je suis vieux, on ne m’offre plus que des souvenirs, des instants, des cadeaux d’adulte dont je n’ai que foutre ?

Heureusement, mes deux parents ne sont pas comme ça. Une fois passé le choc de cette intense déception, je suis sorti du caniveau où j’étais tombé à genoux, hurlant à la mort contre ce triste destin, et je suis rentré chez moi.
Là, je me suis jeté sur la DS que Mamanprocellus m’a offerte, et j’ai attrapé des pokémons jusqu’à ce que je me mette à rajeunir.

Ca n’a pas marché.

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La bouche de Procellus


La bouche de Procellus est très jolie. Ca tombe bien, parce qu’une jolie bouche, c’est important.
Ca permet d’avoir un joli sourire qui plaît aux jolis garçons, et de leur dire ce qu’ils veulent entendre pour pouvoir ensuite leur faire plein de trucs, toujours avec la même bouche (mais pas uniquement).
Et après ça permet de leur dire de dégager, une fois qu’on en a terminé.
Ah ça oui, la bouche c’est important.

Et en ce moment j’étais ennuyé, parce qu’avec mon problème d’incisive, ma bouche de Procellus perdait un peu de son pouvoir.
Ceux qui suivent, qui ne sont rien sans moi, qui seraient prêts à mourir ou tuer pour avoir de mes nouvelles, et qui ont pour un instant arrêté de travailler à la statue en marbre qu’ils m’érigent pour pouvoir lire ces quelques lignes, ceux-là savent que mardi dernier, j’avais rendez-vous avec mon bourreau stomato.

Fin décembre, je m’en moquais grave, peuah, je dois y aller le quinze janvier, et il va m’ouvrir la gencive comme un livre, j’ai le temps, n’y pensons pas !
Début janvier, pareil.
Jusqu’à ce que je me rende compte qu’en fait, le quinze janvier c’était dans deux semaines, une semaine, six jours, cinq quatre trois demain.

Le quinze, c’était donc un mardi. Le lundi soir, je me suis couché les larmes aux yeux, en sachant que c’était ma dernière nuit dans ce monde. Ca m’a au moins permis de voir ce que ressent un condamné à mort, et de me rendre compte que si je devaiiiis… mouuuriiir demaiiin…!, je passerais ma dernière journée à tourner en rond, à me dire que je veux pas ouin au secours, et à me goinfrer de trucs qui se croquent parce que demain ça sera fini.

Le mardi matin, j’ai relu la feuille d’instructions : “le soir suivant l’opération, ne mangez que des aliments froids et mixés”. Je suis donc allé m’acheter des yaourts liquides et des petits pots pour bébés, tant pis je les mangerai froid, de toute façon même chaud c’est dégueulasse, et puis je serai mort alors quesse j’en ai à fout’.

Ensuite, j’ai pris un demi Lexomil, on va manger un dernier MacDo avec Quelqu’un, et je m’en vais vers les Havres Gris.
Là j’ai pu me rendre compte que le Lexomil ça vaut rien c’est trop d’la merde, ça donne envie de dormir, mais ça n’empêche absolument pas de stresser, ni d’avoir l’esprit qui va à 200 à l’heure dans toutes les directions à la fois.

En plus ce salaud a fait exprès d’avoir une demi-heure de retard, pour me laisser appréhender tout ce que je pouvais, j’en suis sûr je le sais je l’ai vu à ses yeux.
Sur le fauteuil, l’angoisse me donnait envie de vomir, alors je lui ai avoué que j’étais un peu nerveux. Avec Acrylique, ils ont fait deux ou trois blagues pour me détendre :

- Oh, Acrylique, venez voir un instant mon petit?
- Oui me voici Docteur, que se passe-t-il ?
[Prout]
- Héhéhé ! Hein, la mouche qui pète, hin hin hin !
- Ha ha ha, qu’il est con !

D’ordinaire, j’aurais pu trouver ça drôle, mais là, savoir que dans quelques minutes il allait m’ouvrir la gencive comme un livre pour la gratouiller jusqu’à l’os, ça inhibait un peu mon sens de l’humour.
Quand ils ont eu fini leur déconne, le doux visage d’Acrylique s’est penché au dessus de moi, et elle m’a collé un champ opératoire sur la figure. C’était pratique, comme ça je pouvais rien y voir.
Mais deux précautions valent mieux qu’une, j’ai quand même fermé les yeux.

Je l’ai senti approcher, avec sa seringue. Il m’a fait la piqûre, m’a caressé la gencive et m’a annoncé fièrement que j’étais anesthésié.
Ensuite… ben ensuite rien en fait.
L’anesthésie a fonctionné (heureusement), je n’ai pas trop senti ce qu’il faisait. À part les vibrations et les bruits. C’est ça le pire, dans ce genre d’opération.

Alors je suis rentré chez moi, j’ai mangé mes petits pots dégueulasses, ma Häagen-Dazs super bonne, toujours sans rien sentir, me réjouissant de la semaine d’arrêt de travail sans douleur qui s’offrait à moi (parce que c’était sympa d’être arrêté une semaine pour la gastro, mais passer quatre jours à vomir, c’était pas super fun).

Bon bien sûr, les fils (et le possible abcès) me gênent un peu, et comme je ne peux pas jouer avec ma bouche et les garçons, je suis obligé de m’occuper en repeignant ma chambre, mais c’est pas grave, parce que bientôt, la bouche de Procellus ça sera de nouveau la plus belle.

Bientôt, parce que pour l’instant, la bouche de Procellus, c’est ça :

Bon appétit bien sûr.

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Ces plans cul qui n’arriveront jamais

Alors oui, je sais, dialh et rezog et tout ça, c’est des lieux de débauche infâmes, où tout ce qui peut nous arriver de mauvais après coup n’est que juste punition envoyée par le Seigneur qui est notre berger, pour nous punir de nous adonner à la luxure avec aussi peu de retenue et autant de facilité.

Enfin, ça c’est dans l’idéal.

En vrai, ça tient plus de la Cour des miracles, un condensé du pire de l’espèce humaine, où il faut lutter comme un titan pour trouver un mec à peu près potable, qui n’aura pas envie de te filer de la thune pour te lécher les pieds pendant que tu lui cries des trucs en allemand, et où il faut savoir repousser les avances de Katrina, directeur de banque la journée, soubrette soumise la nuit, qui veut absolument qu’on la promène en laisse dans le bois de Vincennes, genre j’ai que ça à foutre (et je me moque même pas de tous les d’jeuns kikoolol hein, c’est trop facile).

Y’a aussi les incorrigibles romantiques qui cherchent le grand amour, pas du sexe, le sexe c’est sale, eux ils en ont marre des plans cul, beurk, mais comme ils sont timides (ben oui), ils mettent juste une photo de leur membre turgescent sur leur profil, du coup on est tout perturbé, ces messages contraires, c’est troublant.

Sans oublier les purs cas sociaux, ces frustrés qui veulent nous lapider quand on n’est là que pour discuter, ou les intégristes du bareback qui se mettent à beugler comme des putois (enfin, à écrire EN MAJUSCULES pour montrer qu’ils sont tout colère) parce qu’on préfère utiliser un préservatif, pauvres fous de nous.

Et dernièrement, moi, Procellus, j’ai découvert une nouvelle race de cyber-pédé, sur lequel il faudrait tirer à vue. Quand il m’a abordé, j’ai d’abord cru à une blague. J’imagine que les mecs qui ont découvert l’ornithorynque ont dû réagir un peu pareil, “euh, mais c’est pour de vrai ?”.

Ben oui, c’est pour de vrai.
Devant mes yeux ébahis, je venais de me faire aborder par “le d’jeuns totalement décomplexé que rien n’arrête”, encore un qui a été marqué par le “Oublie qu’t'as aucune chance et fonce, sur un malentendu ça peut marcher”, perdant de vue que c’était juste un gag dans un film, et qui entame la conversation comme suit (tout est d’origine, quand j’ai reçu le message je me suis empressé de le copier-coller, ne me remerciez pas) :

tu veux k je pass te bouffer le cul et te prendre?(j’vais etre honnete j’suis monté k 13cm mais compance avec le reste lol)

!!!
Alors c’est très gentil hein, mais ça ne va pas être possible, par contre (et à tellement de niveaux différents que ça serait très difficile de savoir par où commencer).

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La fin de ma fin

Je sais pas si vous êtes au courant, mais en ce moment je me traîne une gastro de sa mère la pute.
Oui, ça fait cinq jours que ça dure, je déteste faire les choses à moitié.

L’avantage quand on est malade, c’est qu’on peut régresser à mort, on a le droit, on est souffrant !
Comme ça, j’ai pu passer trois jours vautré dans le canapé à me goinfrer de Picsou Mag’ et autres Pif Gadget, même que c’était bien.
Ca a été un peu la honte à la librairie, surtout qu’ils avaient pas de sac, donc j’ai dû emprunter un gosse (faudra penser à le rapporter) depuis la sortie de l’école jusqu’à chez moi, pour faire croire que c’était pour lui.

Quand on est malade, c’est aussi l’occasion de se faire dorloter par ses parents.
Mais bon comme je suis indépendant et contagieux (surtout), ça s’est fait par téléphone.

Avec Mamanprocellus, ça a été tout en cajolades et en bons conseils, “oh mon pauvre lapinou en sucre, je suis désolée, tu sais ça ira mieux demain…”.
Avec Papaprocellus, c’était plus viril, et toujours la petite pointe de reproche voilée : “ah, une gastro ? C’est parce que tu ne t’es pas lavé les mains (nananère) !”.

Et Mamanprocellus a aussi eu cette petite phrase, comme quoi avec les maladies virales, on ne commence à vraiment guérir qu’à partir du moment où on a contaminé quelqu’un d’autre.

Alors j’ai mis en pratique tout ce qu’ils m’ont dit.
Hier, je suis allé à la piscine.

Ca m’a coûté trois euros, mais j’ai consciencieusement léché toutes les poignées des cabines et les portes des casiers, en me disant que ça serait bien le diable que personne aille se mettre les mains à la bouche après avoir ouvert une de ces portes.

Ben c’est drôlement efficace, parce que moi, ça va déjà beaucoup mieux.

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Comment maximiser son potentiel de loser

Parce que oui, être un loser commun (pouah), c’est facile, il suffit de se laisser être soi-même, et en général le reste suit tout seul. En tout cas, pour moi ça marche comme ça, et même un peu trop bien.
Mais pour célébrer la nouvelle année, allez, une de plus, ouais, j’ai décidé de repousser les frontières, de diriger une exploration vers des contrées inexplorées, en route pour la Terra Incognita de la lose !

D’abord, il a fallu attendre le moment propice, l’instant où un signe mystérieux indique que ça y est, c’est maintenant, une autre opportunité ne se représentera peut-être qu’avec le prochain alignement des planètes, dans mille ans ou un truc dans le genre.

Pour moi, ça a été la gastro du mercredi soir. À genoux devant mes toilettes sur le coup de deux heures du matin, je me suis dit qu’il ne fallait pas laisser passer ma chance, c’est pas mon style.
Une fois ma petite affaire terminée, je suis retourné me coucher, en espérant que ça irait mieux demain (forcément hein).

Le lendemain matin, on ne peut pas dire que j’avais été exaucé. L’odeur de mon gel douche me filait la gerbe, pareil avec les vibrations de mon corps en marchant. J’étais ce que dans le jargon médical on appelle : une merde ambulante.
Et c’est là qu’entre en action le plan “loser maximum”.

J’aurais pu appeler mon boulot pour leur dire “oui c’est David, je crois que ça va pas être possible aujourd’huuuargl”, et n’être qu’un loser ordinaire, cette moitié de la France qui n’a pas survécu aux fêtes et qui va passer deux jours à vomir tripes et boyaux à la maison.
Mais non, pas de ça Lisette ! Moi, j’ai décidé d’y aller quand même.
Ben oui, je les ai déjà prévenus que j’allais avoir une semaine d’arrêt à partir du 13, je vais quand même pas abuser hein, surtout en période de grimpage d’échelon…

Alors j’y suis allé.
Et j’ai tenu bon.
Je ne vomirai pas sur ce client, je ne vomirai pas sur ce client…
Ca va David ?
Oui oui, je ne vomirai pas sur ce client, je ne vomirai pas sur… Euh je vais aux toilettes je reviens…

Mon esprit à réussi à combattre mon corps assez longtemps. Tiens, on va regarder l’heure au fait, ça fait combien de temps que je tiens le coup ? Ah ouais, ça fait quand même une heure et demie… Je dois encore rester là pendant sept heures… Ca risque de pas le faire…

Deuxième opportunité de rentrer chez moi : je vais voir les chefs.
Euh dis, ça va pas très… [je deviens vert... ça passe] fort. Je pourrais aller… infirmerie… gastro…?

J’arrive à l’infirmerie, nouvelle chance de me faire renvoyer à la maison.
Après avoir manqué de déposer ma quiche en cadeau de bienvenue aux pieds de l’infirmière, je lui explique que je viens la voir pour une gastro.
Et je me suis retrouvé devant un croisement. À gauche, je repars vers chez moi, la civilisation, le Mac et la Wii. À droite, je pars explorer un peu plus la jungle noire de mon loser intérieur.

- …Alors si vous aviez quelque chose, parce que j’aimerais bien ne pas vomir sur un client, ou pire sur mon jean, parce que je l’aime bien…
- Tenez, prenez ça… Vous êtes sûr que ça va aller ? Vous avez vraiment pas l’air bien, vous voulez pas rentrer chez vous ?
- Non non, je vais essayer de tenir bon, avec le médicament ça devrait aller, merci madame l’infirmière !

Infirmière ? Mon cul oui, c’est le vil serpent tentateur cette femme, elle est là pour essayer de me détourner de mon noble projet, sale réactionnaire !

- Par contre pour votre bon de sssortie, il faut que je marque l’heure à laquelle vous allez retourner travailler… Il est 11h05, je vous marque cette heure là ? Ou vous voulez en profiter pour vous balader quelques inssstants ?

Arrière, vipère ! Tu ne m’empêchera pas de mener mon expédition à son terme, je serai le plus grand loser que je peux être !

- Oh non vous n’y pensez pas ? Je vais y aller directement, merci !

Et joignant le geste à la parole, j’y suis retourné, d’un pas lent, afin d’éviter au maximum les vibrations quand je pose le pied par terre. Ca va aller. Et puis j’ai un Spasfon sous la langue, je ne peux qu’aller mieux.

J’ai dû attendre dix minutes après m’être assis, pour que ledit Spasfon fasse effet. Et là, l’Enfer s’est déchaîné dans mon bidou.
J’ai quand même eu le temps de dire que je devais y aller, et de courir aux toilettes, brisant au passage deux ou trois hanches artificielles à ces cons de vieux qui n’ont que ça à foutre, leurs courses le jeudi matin, hein ?

En revenant, je me suis avoué vaincu.
Je ne sais pas si je suis le meilleur loser qu’un homme puisse être, mais je sais que je ne peux pas tenir une minute de plus.
Alors je suis retourné voir les chefs, tout blanc, hagard, en demandant si je pouvais rentrer chez moi, finalement.

- Ah… Mais t’es sûr ?
- Haut-le-coeur

Face à mon silence éloquent, ils m’ont laissé rentrer.
Ensuite je suis rentré chez moi, je me suis couché, et comme tous les grands explorateurs de l’extrême, je suis mort des suites de mon exploit.

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Une histoire très longue, très belle et très triste pour bien commencer l’année

L‘autre jour pendant ma pause midi, j’ai déjeuné avec Grand. Il m’a pas pris en traître, il m’a tout de suite annoncé la couleur : “Diiis, J’ai personne là… Tu manges avec moi…?”.
Comme je l’aime bien, que je le trouve beauuu (même si je suis le seul), que j’ai voulu lui laisser le bénéfice du doute hein, on va dire qu’il l’a simplement mal formulé, et que moi non plus j’avais personne avec qui miamer, je l’ai autorisé à m’accompagner, et on s’est retrouvés autour d’un humble Quick.

Avec Grand, on est quand même des gens civilisés, alors entre deux bouchées on a essayé de se faire la conversation. Et comme on n’a pas grand chose à se dire, lui c’est un pédé mondain et moi pas, on n’a pas eu d’autre choix que de déverser notre fiel sur les gens qu’on connaît.

Or, il se trouve que les seules personnes qu’on ait en commun, c’est les chefs.
Il a commencé avec Glory, qui nous a quittés il y a peu, paix à son âme, en me disant plein de méchancetés sur elle, bouh la vilaine Glory ! Ce à quoi j’ai répondu que moi je l’adorais et que j’avais failli pleurer le jour où elle est partie.
J’ai jeté un froid, mais je suis resté fidèle à mes convictions, ouais !

Ensuite, il m’a parlé du pire des monstres de l’Enfer, une créature assoiffée de sang, que les Ténèbres craignent, qui fait faire dans son froc au croque-mitaine, et à côté de laquelle la méchante reine de Blanche-Neige est une Jeannette au coeur pur : la terrible Panpan.

Pour moi, Panpan est une charmante femme qui me rappelle un peu ma mère mais en mieux, et peut-être en plus jeune. C’est difficile de dire quel âge elle peut avoir, parce que quand je l’ai connue, elle avait les cheveux tout rouges, et ça rajeunit même les plus vieilles peaux, et je suis toujours très mauvais pour donner un âge aux gens, mais elle a quand même l’air moins usée et battue par la vie que ma vieille maman.

Je suis tombé de bien haut quand il m’a appris que Panpan est en réalité une peau de vache, qui ne dit jamais bonjour (paaas bien !), une vilaine succube, une goule infecte, qui a le pouvoir de te gâcher la vie, de te crucifier à ton poste toute la journée, en t’empêchant de partir en pause quand tu en aurais envie, en utilisant des vieux clous rouillés et du fil barbelé. Et qu’elle ne s’en prive pas.
Il paraît aussi qu’elle peut aspirer ton âme rien qu’en pensant à toi, et se nourrit uniquement de coeurs de licornes et d’yeux de bébés chats, et dans ses veines c’est pas du sang qui coule, c’est de la soude.

Là encore, j’ai été obligé d’avouer que j’ai pas de problèmes avec Panpan, j’aurais même tendance à la trouver sympathique et à bien m’entendre avec elle.
De toute façon c’est toujours comme ça, même les pires gens ont tendance à bien m’aimer (et tu en es la preuve, toi lecteur), c’est comme un charme permanent.

Déjà au lycée, tout le monde craignait le père de Best Friend Forever, une espèce de grizzly qui détestait tous ses copains, et mangeait des catcheurs au petit-déjeuner. Mais dès que j’étais là, il se transformait en Winnie l’ourson, limite s’il ne venait pas s’allonger à mes pieds pendant que je regardais la télé pour que je le gratouille derrière les oreilles.
Les mamans aussi m’aiment beaucoup. Sûrement parce que je suis le fils qu’elles auraient toutes aimé avoir -quelle mère n’a jamais rêvé d’avoir un fils qui suce des bites dans les toilettes des grands magasins ?

Et Panpan, c’est pareil, j’ai toujours l’impression d’être le fils qu’elle n’a jamais eu (enfin si, elle a un fils quoi, mais vous voyez ce que je veux dire, c’est pas moi).

Et puis j’ai réfléchi. Je suis comme ça moi, je ne recule devant aucun effort intellectuel.
Oui en fait, c’est vrai que Panpan est une pute.
Sauf qu’avec moi, c’est beaucoup plus sournois, l’abjecte.

À la fin de mon premier contrat, quand je voulais encore profiter des réductions alors que j’avais pas le droit, qu’est-ce qu’elle a fait ?
Elle m’a filé sa carte, alors que c’est interdit, exprès pour que je me fasse choper et que j’aie des emmerdes !
Saaaloooope !

Quand je suis occupé avec un client, là encore, elle fait exprès de venir me faire des compliments tout fort, pour me mettre mal à l’aise, comme quand les parents nous accompagnaient de force devant la porte de l’école et c’était trop la honte de leur faire la bise.
Puuute !

Et le pire ça a été cette fois où le magasin était désert. J’étais tranquille à ne rien faire, le regard dans le vague, et elle est venue me faire la conversation, comme j’avais “l’air de m’ennuyer”.
Et qu’est-ce que tu fais à côté d’Happy Time, et faut pas que tu restes là, tu vaux mieux que ça, et patati et patata…
Mais putain connasse, est-ce que je t’ai donné l’impression d’avoir envie de te parler de moi ? Tu peux pas me laisser à mes méditations ?!

Le fruit de mes réflexions si poussées m’a fait tomber complètement d’accord avec Grand, alors j’ai donné un grand coup de poing sur la table, putain mais ouais, et on va pas se laisser pourrir la vie par cette sorcière !
C’est pour ça qu’en revenant de déjeuner, j’ai pris une gorgée de courage (en fait non c’était du Fanta Orange, mais chut), et je me suis mis en route, direction son bureau, viens mon fidèle Grand, allons débarrasser la Terre de ce fléau !

Ça a pas été facile d’y arriver, parce que plus on s’approchait de son antre, plus la végétation essayait de nous bloquer le passage (qui l’eût cru qu’il y ait autant de ronces à l’intérieur même d’Happy Time !).
Mais je suis pas idiot, j’ai fait passer Grand devant, en l’agitant comme un plumeau Swiffer, et comme je lui avais frotté les pieds sur la moquette juste avant, son électricité statique a bien déblayé le chemin.
Le cœur battant la chamade (tiens Chamade, prend ça ! Et ça ! Et encore ça !), je suis arrivé devant sa porte.
Et j’ai toqué.

Ensuite, j’ai poliment attendu qu’on me dise d’entrer, parce que quelle que soit la porte et la situation, et même pour libérer le monde du joug oppresseur de cette gorgone buveuse de sang, j’attends toujours d’avoir une réponse. Je vois souvent des gens qui frappent et qui entrent directement, et de temps en temps j’essaye de faire pareil, mais je bloque, je ne peux pas ne pas attendre qu’on m’autorise à entrer.

Mon attente a été plutôt minime, parce que la porte était ouverte, mais il faut quand même frapper, pour faire connaître sa présence. C’est aussi ça, être bien élevé.
J’ai eu doublement de la chance. Panpan était là, donc je n’étais pas venu pour rien, et elle était encore en train de se repaître des restes de Barbamama, une des autres chefs que j’aime bien (enfin, aimais, du coup), et donc elle ne risque pas de vouloir me manger tout de suite.

Mais elle a compris, en voyant mon regard déterminé (i.e. je luttais contre mon strabisme naturel) que “je ne venais pas pour une visite de courtoisie”, et que “cette fois, c’est personnel”. J’ai toujours rêvé de vivre une grande scène où je pourrais balancer des clichés du genre, et je me suis dit que le ratatinage de la Bête, c’était l’occasion où jamais.

J’ai attendu quelques instants sur le pas de la porte, les mains sur les hanches, pour bien laisser le temps à ma silhouette menaçante éclairée à contre-jour de se détacher, en me demandant juste pourquoi dans la vraie vie il n’y a jamais de jolis effets de fumée comme au cinéma, et je suis rentré.
Prépare-toi à rendre gorge, vieille carne !

Dans une tentative désespérée pour m’aspirer ma belle âme tout propre, elle a commencé à faire genre elle s’intéressait à ma délicate personne, “oh mais c’est notre petit David, dis donc t’es sûr que ça va, t’as pas l’air en forme en ce moment…”.
Mais je l’ai pas laissée finir.
Higitus Figitus, tu n’auras pas ce Procellus !

J’ai commencé à agiter les mains comme je l’ai appris en regardant Merlin et Willow, tout prêt à lui balancer un Avada Kedavra ou un truc dans le genre, pour en finir une fois pour toutes avec cette abomination infernale.
Mais Panpan sait se défendre, et elle connaît mes faiblesses.
Elle a découvert ses crocs dans un rictus abominable, et elle a tendu une main sur le côté, plus vive que l’éclair.
Là, elle a attrapé deux ballotins de chocolat dans un petit panier, et me les a tendus :

- Tiens, tu as eu tes chocolats pour Noël ?

Des Ferrero Rocher vous nous avez gâtés, et des Mon Chéri mais Michel tu sais très bien que nos invités n’aiment pas les friandises ?
Hmm. C’est pas vraiment mes préférés, mais j’avais pas pris de dessert chez Quick, parce qu’il fait un peu froid pour une glace, et c’est tout ce qu’ils ont de mangeable. Alors j’ai été faible, et je les ai pris, en jurant solennellement sur la tête de toutes ses victimes que je reviendrais accomplir mon noir dessein (vu que ses victimes sont déjà mortes, je m’engageais pas trop).

Bientôt.

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