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Des canards et des hommes (2/2)

Par contre, Donald, c’est l’inverse. Lui, je l’aime. C’est un loser caractériel, pauvre, maladroit, gaffeur, feignant… Ahhh, enfin un personnage auquel je peux m’identifier !
Et malgré tous ses défauts, dans son petit corps de volaille il a un cœur gros comme ça. Il accepte de garder à vie les enfants de sa sœur, alors qu’en fait elle est méchante, elle vient jamais rendre visite, elle en a rien à foutre de ses fils.
Il continue à aimer son Onc’ Picsou, alors qu’il le traite comme la dernière des merdes.
Et ça, c’est l’autre bon point de la bande à Donald (qui curieusement s’appelle la bande à Picsou,ouhou !) : tous les personnages sont détestables, et c’est bieeen…
Le cousin Gontran, sa chance et sa suffisance, l’Onc’ Picsou, plus radin tu meurs, Daisy qui allume un coup Donald un coup Gontran…

Pourtant, ils sont tous super attachants. Comme quoi il suffit pas d’être une petite souris lèche-boule et vertueuse pour se faire aimer du grand public (que je représente fièrement aujourd’hui).
En plus, Donald, c’est pas une lopette, il est dans la Marine, il a fait la guerre, et il hésite pas à jouer des poings quand on le fait chier.

Et bon, les aventures des canards, c’est quand même autrement plus intéressant que de savoir qui a volé l’orange du marchand : ils partent en voyage un peu partout dans le monde, juste pour que Picsou puisse devenir plus riche, encore plus riche, toujours plus riche !, ou alors ils restent à Donaldville pour le plaisir de faire souffrir ce pauvre Donald.

Et puis quand j’étais petit, moi aussi j’étais un peu maladroit et malchanceux, et du coup, mon pôpa il m’appelait Donald : “Ha ha, t’as encore fait ton Donald !”, alors forcément, moi je voyais pas du tout qu’il se foutait de moi dans mes grands moments de solitude, au lieu de m’aider dans mes malheurs, tout ce que je voyais, c’est qu’il me servait un modèle pour ma vie d’homme sur un plateau d’argent.

D’ailleurs, aujourd’hui encore, comme Donald je suis feignant.
Comme Donald, je porte la vareuse et le béret à merveille.
Et comme Donald, quand dans dix jours j’aurai fini à Happy Time, plutôt que de chercher / trouver un vrai travail, je vais sûrement enchaîner les petits boulots, en attendant un héritage qui ne viendra peut-être jamais.

Et un jour, oh oui, un jour, j’aurai une ville à mon nom, moi aussi. Bientôt.

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Des souris et des hommes (1/2)

Mickey Mouse, c’est un concept qui m’échappe. Il est petit, il a une voix de castrat, un pantalon ridicule avec ses deux boutons dorés sur le devant là, il est aussi fade que de l’eau de vaisselle, et malgré tout on essaye encore d’en faire un héros.

Après Martine, ça doit être le personnage de littérature enfantine le plus creux et gentil qui existe, et rien que ça c’est insupportable. Il est lisse comme un miroir, sans aspérités, il fait toujours ce qu’il faut, jamais un mot plus haut que l’autre, toujours prêt à rendre service.
Si encore il avait des vices cachés, comme la coke, ou le sexe, s’il était pédé comme Tintin, encore on pourrait comprendre, il joue les premiers communiants pour donner le change, mais par derrière…
Ben non, par derrière, il apporte des fleurs à Minnie, il ne passe jamais la nuit chez elle, non, la nuit il dort pour aider les pauvres Mickeyvillois ou attraper Pat Hibulaire.
Tiens puisqu’on parle de Pat, c’est pareil, ou Dingo, ou Minnie, ou n’importe quel autre personnage de l’univers de Mickey, ils sont mous, profonds comme des assiettes à dessert avec la psychologie et le charisme d’un groupe d’amibes.

Et le bon cœur des gentils ne cache rien, ça pourrait être comme la Jasmine d’Angel, Mickey est tellement à fond dans son trip du bien absolu qu’il veut détruire le monde, tellement le monde est pourri.
Mais non.
Il est juste gentil comme ça, parce que c’est sa nature, sans en faire trop.
En plus, ses histoires sont inintéressantes au possible, non mais c’est vrai :

Alors oui, là c’est parce qu’il est encore un bouseux, il est pas encore parti jouer les justiciers à la ville, mais ça changera rien, on le sait tous, après il va résoudre des enquêtes, et à la fin comme il est super fort, il attrapera le méchant, mais sans prendre la grosse tête, et sans être condescendant, et dans la dernière case, lui et le commissaire Finot et Dingo partiront dans un grand éclat de rire digne d’un épisode de Julie Lescaut.

Alors que bon, pour m’être tapé des années et des années de Mickey Parade, je le sais bien que les aventures de Mickey, y’a vraiment pas de quoi en rire.

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Les clients d’Happy Time sont des gens formidables (2)

Je déteste les gens qui s’arrêtent dans les escalators, juste au palier entre les étages.
“Bouh au secours, on n’est plus portés par l’escalier mécanique, que faire, que ne pas faire, où aller, où ne pas aller ?”.
Et paf, ils se figent, comme des lapins dans les phares de la voiture.

Je pourrais les tuer.

D’ailleurs puisqu’on en parle…

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Mon pacte écologique

À force de recherches sur internet, d’observations compulsives et d’éliminations harassantes, j’ai enfin réussi à trouver qui essaie de me rendre fou.

L’oiseau, encore lui. Mais cette fois-ci, je sais qui tu es.
Tu es une mésange charbonnière.
D’après les informations que j’ai relevées, tu es un mâle.
Parce que c’est écrit, “le mâle chante toute l’année”, et pas pour draguer, nooon, il chante pour marquer son territoire. Un peu comme un chien qui aboie quand on approche trop près de sa maison.

Quelle importance, me direz-vous ?
Eh bien, comme il ne cherche pas à niquer, il n’a pas besoin d’avoir un chant mélodieux, il essaie plutôt d’être irritant. Et de ce côté là, c’est parfaitement réussi.

Écoutez plutôt :

Maintenant, imaginez qu’au lieu d’entendre 62 secondes de ce délicieux zinzinulement, vous l’entendiez en boucle, jour et nuit.
Parce que oui, la mésange charbonnière, en plus d’un sens territorial très développé souffre également d’insomnies, et sûrement aussi de paranoïa, parce que non, connard de piaf de merde, personne ne va venir te piquer ton nid à une heure du matin, va crever dans la caisse du chat !

Bon alors oui, je vous vois venir, “David il aime pas la nature, le chant des bêtes”, tout ça tout ça.
Je n’ai rien contre la nature (enfin, si, un peu, quand même), mais là, ces cris stridents, c’est insupportable, ça m’empêche de dormir, de regarder la télé, et ils arrivent même à me déconcentrer quand je me fais l’amour à moi-même.

Alors, si le réchauffement climatique, la fonte des glaciers et la mutation du plancton au Spitzberg ça peut aider d’une façon ou d’une autre à fumer leurs petites gueules aux mésanges, moi dès demain maintenant, j’arrête de trier mes ordures et d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce.
Ouais.
Fuck la nature.

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dehors, les voisins infernaux
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Les clients d’Happy Time sont des gens formidables

- Oui bonjour monsieur, je voudrais du vernis pour les pieds de mon fauteuil Louis XV…
Et il me faudrait une facture avec, s’il vous plaît. C’est ma femme de ménage qui l’a abîmé en passant l’aspirateur, il est donc normal qu’elle paye !
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le cravail
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En voyant ça, vous vous dites…

1. Tiens, David a essayé de se suicider ?

2. Il a combattu un Balrog à mains nues, forcément il lui reste des cicatrices.

3. Putain, mais comment on peut se faire ça en tombant dans un escalier ?

4. Hmmm, il est quand même bien monté pour le fist…

Eh bien, une seule de ces phrases est vraie.

Bon et si vous vous dites aussi que je suis une chochotte, c’est parce que j’ai attendu pour prendre la photo, à la base c’était plus impressionnant, quand la cicatrice me barrait la main dans toute la largeur. Mais bon, je me régénère trop vite pour être vraiment crédible…

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Révélation (4/4)

Finalement, Presquebonne abandonne tout espoir de parler, et la suite du coupage se fait dans un silence presque religieux, pour cause de salon vide.

Jusqu’au moment où elle est prise d’une crise d’allergie, et se met à éternuer : discrètement au début, puis de plus en plus fort, au point d’aller s’enfermer aux toilettes pour se lâcher un grand coup, vas-y chérie on t’entend pas, enfin si, grave, mais on va jouer aux sourds.

Elle revient et peut reprendre son activité.

Et moi, je reprends la mienne.
Parce que chez le coiffeur, ce que j’aime bien c’est mater dans le miroir. Regarder les filles d’à côté qui se font poser les bigoudis, ou les filles d’en face à qui on fait leur couleur qui sent la mort, ou essayer de compter mes reflets dans les deux miroirs qui se font face, et ça donne mal à la tête.

Mais là, il n’y a personne autour de moi, alors j’ai les yeux qui se baladent.

Jusqu’au moment où je me rends compte que ça fait bien cinq minutes que je suis en train de mater comme un porc les seins de Presquebonne.
Et plus j’essaye de ne pas regarder, forcément, plus je regarde. Pire que quand on dit à quelqu’un de ne pas se retourner, j’ai les yeux collés à ses roploplos.

C’est comme ça que je me suis rendu compte qu’en fait je suis hétérosexuel, oui parfaitement, c’est papa qui va être content.

Et en plus du coup, ça me permet d’élargir l’éventail des possibles avec Bombasse, maintenant qu’on joue tous les deux dans la même équipe…

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Révélation (3/4)

Et Presquebonne commence à me couper les cheveux.
Comme à chaque fois, elle essaye d’entamer la conversation. On a déjà eu droit aux vacances, où j’ai appris sans en avoir rien à foutre qu’elle partait voir sa famille au Cap Vert, aux études, où elle m’a forcé à parler (mais bon, avec sa mémoire de bûche, je n’ai pas eu trop de difficultés à innover, je n’ai eu qu’à répéter la même chose à chaque fois que je la voyais, pendant un an), et là aujourd’hui on attaque le boulot :

- Alors, vous ne travaillez pas aujourd’hui ?

- Ben non.

Je sens qu’il faut que je rajoute quelque chose, juste “non”, ça ne fait pas poli.

- Jamais le lundi.

Et on en reste là.
Une fois encore, l’esprit l’emporte sur la matière : je ne veux pas parler, elle se plie à ma volonté.
Je déteste faire la conversation en général, et encore plus chez le coiffeur, ça sonne faux, on n’a rien à se dire et ça risque de la déconcentrer, allons mon petit, on coiffe, on coiffe !

Peut-être que j’ai eu tort, si j’avais discuté, ça ne serait pas arrivé.

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Révélation (2/4)

En arrivant chez le coiffeur, je suis un peu surpris.
Ok, je suis tombé du lit ce matin et je viens très tôt, mais quand même, ça fait bizarre un salon désert où tout le monde a l’air de se faire chier, on se croirait à Happy Time !
Mais le plus bizarre, c’est qu’avec trois employés dans un salon vide, on me fasse quand même asseoir avec un peu de lecture pour patienter.
Je ne sais pas ce que j’attends, mais sagement et poliment, je l’attends. De pied ferme.

Comme il n’y a personne, Presquebonne (ma coiffeuse à moi qui a l’honneur de s’occuper de mes épis) vient dare-dare me chercher pour me shampooiner.

Et là, le doux rêve commence, parce que Presquebonne est la championne, la reine, la déesse du massage du cuir chevelu pendant le shampooing.

Le problème à chaque fois, c’est que c’est super agréable, mais je ne sais pas comment réagir : soit je me donne une contenance, je reste de marbre et elle pense que ça me plaît pas et elle le fera plus jamais, ou alors je me laisse aller, j’y vais à fond : je ferme les yeux, je gémis de plaisir en m’enfonçant les ongles dans la cuisse pour pas me mettre à crier comme Meg Ryan au restaurant, et là c’est un peu la teu-hon.

Du coup je dois avoir un air entre les deux, les yeux plissés sans qu’elle comprenne trop le message que je veux faire passer.

Après, on est passés à la coupe.

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Révélation (1/4)

Pour lutter contre la déprime du moment (c’est quand même un long moment…), il n’y a qu’une solution : le changement, je l’ai vu à la télé, ça marche toujours avec les héroïnes malheureuses.
Alors j’ai le choix entre m’acheter une nouvelle robe, ou aller chez le coiffeur (il y a aussi l’option manucure, mais ça me ferait grave chier de payer si cher juste pour avoir de jolis ongles à ronger).

Je pourrais aussi faire les deux, le shopping et les ch’feux, mais pour ça, il faudrait que je bosse beaucoup plus à Happy Time, et il n’en est pas question.

Le choix est difficile : d’un côté, je commence à avoir ma coupe Jackson Five (ouais, j’ai les cheveux qui poussent en s’éloignant de plus en plus de mon crâne, vivent mes épis), de l’autre, je déteste acheter des vêtements : il faut parler au vendeur, essayer des trucs, berk, berk, berk, c’est sale.

Le coiffeur, donc.

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Leçon de géographie

Je m’étais juré de ne jamais parler de mon blog sur mon blog, parce que je trouve ça con et inutile et remplissage nombriliste, mais là, je ne peux pas m’en empêcher.

Putain, mais quelqu’un savait qu’il y a un pays, là ?!

Parce que moi je suis encore sous le choc.

(Petit visiteur perdu au milieu de l’océan, pardon, mais c’est vrai quoi, tu vis un peu au milieu de nulle part.)

Procellus, ou la conquête du monde !

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Teaser

Bientôt…

Et ceux qui reconnaissent la référence, je les épouse*.

*Ou pas.

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Fatigué

La scène :

Après avoir mangé un yaourt, c’est bon les yaourts, amiam !, vous arrivez dans la cuisine, le pot à la main.
D’un geste viril et néanmoins plein d’élégance, vous ouvrez la porte du lave-vaisselle, tandis qu’avec grâce (avec qui ?, voilà ça c’est fait) votre pied dégage l’accès à la poubelle.

D’une main, vous séparez la petite cuiller de son pot, que vous avez auparavant rempli de toutes les saloperies qui traînaient sur la table : mouchoirs pleins de mucus, pelures de vieux légumes, etc.

Une fois la séparation effectuée, toujours d’une main, vous dispatchez vos colis vers le lave-vaisselle ou la poubelle.

Au ralenti, vous voyez voltiger vos pelures de carottes et de concombres et tous vos détritus dans le lave-vaisselle, pendant que la cuiller va s’écraser avec un petit poc métallique au fond de la poubelle, qui bien entendu n’est pas vide.

De dépit, vous allez vous coucher.

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Spider-Man 3

Mouais, mouais…

Dans le premier film, Peter découvrait ses pouvoirs, il était beau, il montrait son torse.
Dans le deuxième, il se rend compte qu’être un super héros, en fait c’est pas si facile, mais il est fort ce Peter Parker, il arrive à sauver la fille et à avoir son happy end.

Et là, dans le troisième, on nous montre ce qu’on ne devrait jamais voir : ce qui se passe après le happy end, le lendemain matin, une fois que le soleil se lève.

Eh bah, c’est pas joli joli hein.
Peter a pris la grosse tête, il voit même pas qu’il fait souffrir ses proches, sa copine commence à voir le revers de la médaille, sortir avec un héros finalement ça a des inconvénients.

En plus, Tobey s’est un peu laissé aller : il a un double menton, il n’a plus d’abdos, il déborde de sa chemise et ils sont obligés de couper tous ses plans torse nu au dessus des tétons.
Du coup, on ne remarque plus que ses yeux globuleux et son teint blafard, il a perdu tout le charme qu’il avait dans les deux premiers.

Mais l’avantage d’avoir un héros moche, c’est que ça permet de se concentrer sur les nouveaux beaux gosses de la série : James Franco et Topher Grace, qui a bien grandi depuis That 70s Show.
Mais vraiment bien grandi.

Alors voilà, c’est super sympa, mais les effets spéciaux de tueur, les scènes d’action toujours aussi bien foutues (pas comme Tobey !), et un scénario bien ficelé, ça ne rattrape pas un héros tout boudiné dans son justaucorps - même s’ils lui ont redessiné des muscles par dessus le costume (je vous ai dit, effets spéciaux de tueur).

En plus, il faut croire que je suis maudit.
Pour être sûrs de pas être dérangés par des têtes de cons pendant le film, on a pris une séance dans l’après-midi, en pleine semaine.
Pile le même jour qu’une sortie scolaire, quarante djeun’s surexcités qui ont l’air de découvrir le cinéma. Gasp.

“C’est pas grave, tu vas voir, je suis sûr qu’ils vont être super sages pendant tout le film, mais par contre il va y avoir deux chieurs, ils vont s’asseoir juste à côté de nous et parler pendant tout le film”.
Et en effet, ça n’a pas loupé.

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cinéma tchi tcha
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State of the fridge

Alors oui, je suis un régime très strict, mais je suis fort, et je m’y tiens.
Et puis, on arrive en été, il faut boire beaucoup.
Et puis merde, avec leurs jours fériés et leurs dimanches, j’ai pas toujours le temps de faire des courses, aussi !

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Ne regarde pas. Ni en avant, ni en arrière.


À gauche, ma grand-mère, trente-sept ans, à droite, ma mère, neuf ans.

Tout va bien, on fait bronzette tranquille en Espagne, merci le Front Populaire pour les congés payés.

Évidemment, Mamanprocellus fait un peu la gueule, mais c’est juste parce qu’elle a le soleil dans les yeux, elle n’a pas la chance d’avoir des jolies nunettes comme môman.

Elles s’en font pas, toutes les deux, elles claquent la pose sur le matelas pneumatique que Pépéprocellus a dû gonfler avant d’aller prendre la photo, pour que quarante-quatre ans plus tard David puisse tomber dessus. Bon bien sûr, personne se doute qu’un jour quelqu’un ira scanner la photo et la mettre sur son blog, déjà s’ils la font développer ça sera pas mal.

Et puis personne ne pense à dans quarante-quatre ans, c’est trop vieux, c’est trop loin, on a le temps de voir venir !

Méméprocellus est contente. Elle est fière de sa petite famille, son beau mari, ses beaux enfants. Elle a encore le temps de faire plein de trucs de femme de l’époque, mais dont je n’ai aucune idée (aller épier chez les voisins pour prouver que Samantha est une sorcière ?).
De son côté, Mamanprocellus est une petite fille espiègle, qui aime bien qu’on la prenne en photo avec sa maman, qui tape sur les garçons avec sa copine Sylvie, et peut-être même qu’un jour elle sera institutrice ou star de cinéma, elle sait pas elle hésite, en tout cas ça sera un truc où elle pourra continuer à taper sur les garçons et jouer avec ses copines et bien s’amuser dans la vie.

Elle sait pas qu’en fait les garçons vont tellement se venger qu’elle finira par ne plus oser voir personne, qu’elle ne sera jamais institutrice ou star de cinéma ni même heureuse dans la vie.
Méméprocellus non plus, elle ne sait pas que dans quarante-quatre ans, sa fille la détestera, son fils sera mort, et qu’elle passera ses journées à faire sous elle, baver, avoir de la purée dans la tête et attendre d’y passer en jouant au rami -parce que ouais, moi aussi si je devais mourir quand je mourrai, ça sera à cause du rami.

Et moi aussi pour l’instant, je joue avec les garçons (sans leur taper dessus), un jour j’aurai un métier qui me plaît, et je serai heureux dans la vie et après quand je serai plus vieux je pourrai mater chez les voisins pour prouver que Samantha est une sorcière.

Et après, ça sera à mon tour de pleurer ma vie ratée, faire sous moi et baver en attendant de crever.
Mais ça on n’y pense pas, pas encore.

Procellus, ou le plaisir de vieillir. Oh oui alors.

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Mon premier joint

Je m’ennuie.
Je ne sais pas quoi faire, je zappe, je m’invente une nouvelle vie dans ma tête, je joue, je me branle, mais rien ne m’amuse.

J’essaye de me rabattre sur le ménage, mais l’aspirateur c’est rigolo cinq minutes mais après, ben plus rien. Je passe à la bouffe, mais en vain, le frigo est à moitié vide, et les restes ne me disent rien.

Je reste debout dans la cuisine, à regarder dans le vide, vers le mur tout crassouille.
Trainspotting attitude.

Et là, d’un coup, je trouve. Quelque chose que je pourrais faire.

Je vais refaire le joint d’étanchéité de l’évier (après avoir vérifié que ça s’appelle comme ça - évier dans la cuisine, lavabo dans la salle de bains, j’arrive jamais à m’en souvenir).

Alors d’abord on vire tout le vieux joint, berk, casse-toi sale vieux, et on admire ce trou béant (voilà, ça c’est fait…), parce qu’avant il y avait du carrelage entre le lavabo et l’évier, et depuis que je l’ai viré, il y a un espace d’un bon centimètre à combler.

On va faire des frais et acheter de l’enduit de rebouchage, hein, ça s’impose.

En cherchant bien de l’enduit, je tombe sur un truc fabuleux dans le rayon : un joint d’étanchéité autocollant.
Ca a l’air génial ce truc !
C’est fait pour les nullards dans mon genre qui n’ont jamais étanchéifié une cuisine, ça se déroule, ça se colle, et poupouf, plus d’eau.
En gros.

Avec mon investissement, je rentre chez moi, je retrousse mes manches, je me crache virilement dans les mains comme les bûcherons dans les dessins animés, et au boulot.

Le trou est rebouché plus ou moins comme il faut, c’est plus ou moins lisse (plutôt moins que plus, mais on s’en fout, c’est ma cuisine), on peut attaquer la partie rigolote, faire un joint en gommettes.

Alors, “enlevez toutes les traces de l’ancien joint” - ça, c’est fait, je suis trop fort, je vais même plus vite que la musique, oh oui moi.

“Nettoyez les surfaces à coller à l’alcool”. Iiiiih !
Mais je n’ai pas d’alcool ménager, moi !
Tant pis, on passe en mode Mac Gyver, et on prépare le terrain du joint autocollant avec un sopalin imbibé de vodka. Si c’est pas malheureux…

Après tout ça, il ne reste plus qu’à apposer ledit joint sur toute la surface…
…et de se rendre compte que c’est de la merde ce truc, ça ne colle pas du tout.

Du coup, dès qu’on a cinq minutes, couvert d’enduit de rebouchage et puant la vodka, on court acheter de quoi faire un vrai joint, comme un vrai professionnel.

Parfois, je me dis que tout serait plus simple si je prenais un bouquin, quand je me fais chier.

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L’infirmière d’Happy Time

- Bonjour monsieur Procellus, je vois que vous êtes déjà venu lundi pour un torticolis… Ah, le torticolis est toujours là, et vous aussi, hi hi hi ? Alors qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

Comment ?
Elle vous avait mis de la pommade lundi, et ça vous avait fait du bien ? Et un myolastan ? Mais ça vous avait pas endormi ça ? Si ?
Bon bah si ça soulage hein, moi je vois pas d’inconvénient majeur à ce que vous piquiez du nez sur vos heures de boulot…
Alors, la pommade, c’est celle-là ? Tenez, reniflez le tube et dites-moi si c’est la même.

Oui ? Bon bah… On y va…

Bon, et moi je mets des gants, mais c’est pas parce que je suis une précieuse horrifiée par le contact avec les malades, pouah mais quelle horreur, gardez vos miasmes, c’est juste parce que je suis allergique à ces produits.

Ah, tiens, mais c’est normal que vous ayez mal, vous avez une vertèbre déplacée !
Donc je peux plus rien pour vous, hein, j’arrête tout, parce que le contact humain, iiiiirk, quelle horreur !

Il vous fallait autre chose ?
Ooooh ! Vous vous êtes brûlé au bras !

Voilàààààà, je vous mets un pansement pour éviter que ça frotte, oui il est en forme de gros papillon blanc, c’est laid, mais d’après les usagers, c’est ce qui tient le mieux.

Mais dites donc hein, c’est pas votre semaine…
Vous auriez mieux fait de rester chez vous, allongé, à regarder la télé…
…
…
… Enfin, de loin hein, pour éviter les explosions !

A ce moment de la conversation, je ne sais plus quoi penser. Moi aussi j’ai eu envie de faire la blague “mais avec la chance que j’ai la télé risque de prendre feu !”, mais j’ai eu assez de jugeotte pour me rendre compte qu’elle était pourrite.
D’un autre côté, elle est tellement… tellement… imaginez un mix entre Paris Hilton et Susan Mayer, et faites-en une infirmière.
Bah voilà.

Je crois que je l’aime.

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David et la recherche d’emploi

Étape 1 : les petites annonces :


Oh my God ! It’s like the mothership is calling you home !

Étape 2 : l’attente.

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Menteur !

Donc avec cette petite fleur, dont la plus grande réussite dans la vie est de sentir assez bon pour faire un désodorisant à chiottes, je m’assure santé, joie et félicité.

Et aussi plein de bonheur, parce qu’acheter son muguet à plein de petits Vincennois qui ne sont pas assez riches comme ça, non, ils ont besoin de faire chier à vendre leur muguet à 10 euros le brin qui sera mort à la fin de la semaine, emballé dans du cel-o-frais et tenu par un vieux bout de bolduc récupéré à Noël en prévision de ce jour magique, forcément ça va porter bonheur.
Peut-être que si je le laisse tomber et que je marche dedans du pied gauche, ouais, à la limite pourquoi pas ?
Mais là j’ai du mal à accrocher au concept.

Bien sûr, le 1er mai, je pourrais choisir de l’ignorer comme la fête des grand-mères ou la Saint-Valentin, mais depuis ce 2 mai où Mamanprocellus m’a appelé en vociférant que j’étais un fils indigne de ne pas avoir fait l’aller-retour dans la journée pour lui apporter ses clochettes, j’ai décidé que le muguet, sous ses airs innocents, c’est le Diable.

Et non, je ne suis pas aigri parce que je me suis rendu compte hier soir en partant du boulot que je ne pourrai pas faire mes courses aujourd’hui et que du coup je suis obligé de vivre sur des réserves que j’étais censé reconstituer aujourd’hui, justement.
Pas du tout.

Enfin bon, heureusement, j’ai mon porte-bonheur, rien ne peut m’atteindre.

Et si vraiment ça ne marche pas, je me suiciderai en mangeant ses tiges et en buvant son eau de trempage.
Bien fait pour sa gueule.

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