Procellus

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Et c’est le temps qui court

Aujourd’hui, c’était l’anniversaire de ma filleule.
Enfin non, c’est nul de mentir. Je n’ai rien à prouver à personne.

Je ne sais pas quand était l’anniversaire de ma filleule. Tout ce que je sais, c’est que la semaine dernière, ma mère m’a dit que ça allait être son anniversaire. Comme on fait toujours dans ces cas là, j’écris la lettre, je la laisse à ma mère qui va ensuite la signer et la poster, et grâce à un calcul connu d’elle seule, la carte arrive pile le jour de l’anniversaire, et oh, surprise, bon anniversaire !
Je sais, je suis un mauvais parrain.

Enfin bon. Je ne sais pas quel jour elle est née, mais au moins, je sais quel âge elle a : à peu près 6 ans.

Du coup, j’ai été un peu surpris, aujourd’hui, quand ma mère m’a forwardé le mail de remerciement que Marion (ma cousine / filleule, gouziguiliguili) nous a envoyé. C’est curieux, elle a 6 ans et déjà son adresse mail ? Et elle écrit rudement bien, quand même.
Et elle nous raconte qu’elle va aller au bowling pour fêter son anniversaire la semaine prochaine.

Hein ? Je suis le parrain d’une fille vachement précoce, quand même. A son âge, elle va au bowling ?
Mais au fait, quel âge elle a ?

Je calcule vite fait. Voyons voir. Elle est née en 1994. On est en 2006.
Tac, quatre pour aller à six… Deux…
Neuf pour aller à zéro… Je retiens un…
Ah ouais, quand même ?

Elle n’a pas 6 ans, elle en a le double. Elle a probablement déjà ses règles, et si ça se trouve, elle est enceinte.
Elle a l’âge que j’avais quand elle est née, putain !
D’ailleurs, on peut dire que je suis un mauvais parrain, mais à la base, c’était un peu idiot de confier cette responsabilité à un gamin de douze ans.

J’ai encore du mal à m’en remettre. Ca fait douze ans qu’elle est née. Douze ans.
Mais il est passé où, le temps ? La dernière fois que je l’ai vue, elle était grande comme ça et elle faisait des câlins en veux-tu en voilà. A quel moment elle a arrêté d’avoir six ans ?!
Non, vraiment, je ne comprends pas.
Pourquoi ça va aussi vite ?

Il est où, le bouton pause ?

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A la clairefontaine

Se figurer Procellus dans son lit.

Se figurer Procellus, dans son lit, pas sorti de chez lui depuis des jours, pas douché depuis aussi longtemps, et pas rasé depuis encore plus loin.
Une loque malodorante, donc.

Se figurer Procellus, se rendant compte qu’il s’est réveillé trop tard, et que, pas de bol, c’est le jour où on coupait l’eau dans l’immeuble au petit matin, et où il avait un rendez-vous à midi, ça faisait longtemps.

Vite vite, il faut maîtriser ta peur, si tu ne veux pas que ta peur te maîtrise. Il n’y a pas de problèmes, que des solutions. C’est bien mignon tout ça, mais des proverbes minables, ça ne lave pas son homme. Il faudrait donc trouver une vraie solution. Et sans trop tarder.

Heureusement, je suis übermoderne, et j’aime bien boire de l’eau fraiche. Il doit en rester dans le réfrigérateur, ça devrait être suffisant pour se brosser les dents et retrouver un visage potentiellement humain.
Pas rasé, mais propre, et sans les traces de draps sur la gueule.

Après ces ablutions rapides, il ne reste plus qu’à se rendre au supermarché du coin, et leur acheter 18 litres d’eau, oui c’est pour une urgence.
Et là, remonter en vitesse faire jouer la Bree Van De Kamp / Mac Gyver touch.

Déjà, c’est bien d’avoir une bouilloire, parce que forcément, la casserole est dégueulasse dans l’évier, et ça va être dur de faire la vaisselle sans eau. Je vide une bouteille, deux bouteilles, trois bouteilles dans le lavabo, et celle là, c’est pour la bouilloire.
Comme ça, en mélangeant de l’eau chaude avec de l’eau froide, j’ai découvert un truc dingue : l’eau tiède. Dès demain, je fais breveter.

Et ça permet de se raser, j’ai la peau douce comme une fesse de bébé, touchez ma joue monseigneur.
Et ça permet de se doucher, comme au camping, en trempant le gant dans le lavabo.
Bienvenue chez les pauvres.

En tout cas, se laver à l’évian, c’est trop du bonheur, darling.

Je peux arriver presque à l’heure à mon rendez-vous, frais comme une rose et sentant bon le lait de palme des îles du Pacifique, merci la recherche Ushuaïa. J’ai même pu me faire un shampooing, à l’eau minérale, parce que tu vois, j’ai pas peur de gaspiller, et tant pis pour les enfants du Sahel qui crèvent de soif. J’en avais plus besoin qu’eux.

Classe power, always.

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I’m only happy when it rains


Je n’aime pas l’été.
Il fait trop chaud, on est réveillés par les piafs qui se mettent à chanter à quatre heures du matin, il fait jour vingt-cinq heures sur vingt-quatre…
En plus, l’été est très méchant : il tue nos petits vieux (bah oui quoi, je n’aime pas les petits vieux, mais c’est pas pour ça que je leur souhaite du mal ! Père Noël, si tu me lis, tu vois comme je suis gentil !), il fait augmenter le prix des cigarettes (amis fumeurs, je pense à vous ! Père Noël…), des tickets de métro (amis pauvres…), et en plus, il donne le cancer.
Je ne suis pas tout à fait sûr, mais il se pourrait bien que l’été viole vos enfants.

Le problème, c’est que j’aurai beau râler tout ce que je sais contre l’été, il ne partira pas. Donc cette année, j’ai décidé de prendre le problème différemment, et de composer avec. Avant qu’il arrive. Comme ça, quand il voudra faire chier avec ses grosses chaleurs, il se trouvera bien dépourvu. Mouahaha !
In your face, été.

J’ai décidé de mettre l’été dans ma poche.
L’été, il fait chaud et on va léger et court vêtu. Il faut donc que je m’arrange pour maximiser le degré de baisabilité de toutes les parties de mon corps qui se trouveront à nu. On va commencer par les bras. Musclons les bras de David !
Pour ça, j’ai acheté des haltères. Enfin, un haltère, pour cause de restriction budgétaire (amis pauvres, je suis avec vous !).
Hop hop, haltères, ça commence à marcher !
Bonjour, biceps nouveau-né ! Je suis ton nouveau propriétaire !

Mais en fait, le vrai ennemi, le cerveau de l’opération, ça n’est pas l’été. C’est le soleil. Et cette année, il est venu en avance.
Et le soleil, il connaît mon point faible.
Je suis allergique.
Dès qu’il cogne trop fort (comme il l’a fait ces derniers jours…), j’ai de jolis boutons sous-cutanés purulents qui me poussent sur le bras. Et pour draguer, ça risque de ne pas le faire.

Non, vraiment, je n’aime pas l’été.

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non, rien
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Souvenirs de stage


Toutes les semaines, en arrivant, la première chose que je faisais, c’était de regarder le tableau sur lequel étaient inscrits tous les patients présents dans le service. Le temps de repérer les nouveaux, de les confondre avec ceux qui étaient là depuis plusieurs mois mais dont je n’avais jamais entendu parler pour cause de ranafout’, de chercher les dossiers de tout ce petit monde pour me donner une contenance, ça m’occupait bien une heure.
Pour ça, j’apprécie beaucoup les médecins, on peut passer une heure sur une seule page, voire une seule phrase, ça n’étonnera personne qu’on n’arrive pas à déchiffrer.

C’est comme ça qu’un jour, la semaine d’avant Noël, je suis tombé sur le dossier de B. Je l’ai tout de suite remarqué, parce que 1), c’était un garçon, 2) il avait mon âge. Donc même s’il était en psychiatrie, ça ne l’empêchait pas d’être potentiellement mignon (oui, uniquement parce qu’il était jeune et que j’aimais bien son prénom, et alors ?).
Je me suis arrangé pour assister à l’entretien avec son médecin.

Ce que j’ai remarqué quand il est rentré dans le bureau, c’est qu’il était plutôt mignon (yay ! 1982, un excellent cru !).
Et après, il a commencé à parler. Ses parents avaient tous les deux une bonne situation dans le domaine médical, tout avait toujours assez bien été pour lui. Et là, il avait perdu les pédales pendant ses examens. Il s’était rendu compte qu’il était face à un mur, que ce qu’il faisait ne lui plaisait pas, mais qu’il ne savait pas quoi faire d’autre.
Il avait du mal à parler, parce que dès qu’il s’était lancé sur ses études, il s’était mis à pleurer.
Et moi, j’étais scotché.

Pour moi, c’était tout pareil. Les parents, l’histoire, les études. La seule différence entre nous, c’est que j’étais du bon côté de la blouse.
Et aussi que je ne m’étais jamais collé la tête contre la porte pour écouter ce que racontait la poignée. Mais bon, si ça se trouve, si on m’hospitalisait, je réagirais aussi bizarrement.

Je crois que c’est pour ça que je ne retournerai pas à la fac, pour ne pas finir comme B., à passer le réveillon en psychiatrie à écouter ma porte. Mais ça ne résout aucun problème. Maintenant, il n’y a plus de mur, mais le temps passe alors que je stagne.
Et au lieu d’essayer de trouver une solution, je perds mon temps à taper ce billet.

Mais bon, tout va bien, en partant de l’hôpital, j’ai gardé la blouse. Comme ça, je serai toujours du bon côté.

Procellus, ou pas d’avenir mais sain d’esprit.

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les études
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Qui a dit que la télé montrait le mauvais exemple ?

A Noël, j’ai reçu Roswell, en DVD. Je ne connaissais pas du tout, je savais juste que Jason Behr jouait dedans, et qu’il était très baisable.

Je commence à regarder, et oh oui, en effet, il est très baisable. Son petit air timide et pataud, ses noreilles décollées… Et puis, la série est assez bien faite, tout en nuances, ils ont des pouvoirs, mais ils ne s’en servent pas pour sauver le monde dans chaque épisode, ça n’est pas une nouvelle variation sur le thème du pauvre super héros incompris de tous, qui est amoureux de Lana mais qui n’ose pas lui avouer qui il est.

Et surtout, la série montre des trucs nouveaux. Les aliens mettent du Tabasco avec tout. Avec leurs fraises. Avec leur chocolat. Et ils expliquent que c’est parce qu’ils aiment le mélange sucré-salé.

Tiens, moi aussi j’aime ce mélange.

Ils le font, pourquoi ne pas essayer ? Si une série dit que c’est bon, ça doit être vrai. Bon sang ne saurait mentir.
Alors je file à mon supermarché, et je me prends un flacon de Tabasco et une boîte de Kinder. Au moins, si c’est immonde, j’aurai quand même gagné un jouet.

Plic, ploc, quelques gouttes suffisent.
Je suis quand même inquiet. Si ça se trouve, je suis en train de faire une grosse connerie.
Mais en fait oui, ils avaient raison, c’est rigolo et c’est bon !

On devrait toujours faire comme ils disent dans le poste.

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ma télé et moi
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La scène se déroule dans des escaliers, l’ascenseur étant en panne.
Les deux protagonistes : David, personnage bien connu du lecteur, et
Vieil Homme, un charmant monsieur d’une soixantaine d’années et à la coiffure fofolle, sorte de fils naturel d’Elie Chouraqui et Ronald McDonald, portant un jogging qu’il faudrait quand même se résoudre à jeter.

Vieil Homme : Oh, bonjour, vous allez à quel étage comme ça ?

David (poli et souriant) : Au cinquième.

V.H. : Ah, c’est pour ça, je me disais, “c’est une tête que je ne connais pas, ça !”

D. : Non non, mais je n’habite pas là, je viens rendre visite à des amis !

V.H. : Ah, oui… Parce que vous savez, on ne voit pas toujours tous ses voisins…

D. (insistant, pour que ce monsieur ne s’imagine pas que j’habite dans un immeuble dont l’ascenseur ne marche pas, nan mais oh, ça va ! Mais quand même toujours poli et souriant) : Ben non non, là, ça n’est pas le cas, je n’habite pas là !

V.H. (avec un sourire complice) : Dommage pour nous…

Parce que quand on remet David sur le marché, même les retraités se battent au portillon.
Je suis sûr qu’en modifiant assez la réalité dans ma tête, je peux en faire une expérience flatteuse pour mon ego.

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les voisins infernaux
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Bonsai

Finalement, pour calmer la tempête, j’ai décidé de pratiquer un sacrifice rituel. Ca tombe bien, parce que justement, ce week-end, on m’a offert de quoi sacrifier. Mieux un agneau, mieux qu’une jeune vierge. De toute façon, je ne vois pas pourquoi on irait m’offrir une jeune vierge.

Donc, le cadeau du week-end, c’est… un bonsaï. A faire soi-même. Et souviens-toi, lecteur, David n’est pas doué avec les plantes.
Vous allez donc avoir le plaisir et le privilège de suivre, étape après étape, la naissance et la mort de mon nouveau meilleur ami.

Etape 1 : le plantage.

Cette étape porte bien son nom. Il a fallu sortir les graines de leur sachet, pour les faire tremper quelques jours, afin de les ramollir. Le sachet contenait aussi de la terre de coco. Vous savez, l’espèce de terre lyophilisée, en tablette, on rajoute de l’eau, et pouf on a du terreau, et le progrès c’est trop de bonheur.

J’avais donc tout sorti du petit sachet de plastique pour faire tremper les graines.
Ca va les graines ? Vous n’avez besoin de rien ? Une serviette ? Une bouée ?
Là, j’ai découvert que la terre de coco est très sensible à l’humidité de la pièce : elle a réussi à se délyophiliser sur ma table. J’avais donc un petit tas de terreau à côté de ma corbeille de fruits. Finalement, le progrès, c’est pas si bien que ça, le bonheur, tout ça, ça marche pas forcément comme on s’y attendait.

Surtout qu’à la base, j’avais fait ça pour faire tremper les graines et les ramollir, et qu’en les sortant de l’eau avec vingt-quatre heures de retard, elles sont toujours dures comme de la pierre.
L’eau, un pouvoir en perte de vitesse ?

Mais bon, tout est bien qui finit bien, et j’ai tout planté comme ils disaient.
Maintenant, j’ai un peu peur, parce qu’en tout, j’ai planté trois graines. Déjà, je ne vois pas comment trois graines vont donner un bonsaï.
Ca n’est pas le plus grave. Ce qui m’ennuie vraiment, c’est que j’ai peur qu’il ne meure pas.
Parce qu’après avoir fait quelques recherches, j’ai découvert que les petites graines que j’ai plantées, correctement nourries et entretenues, elles peuvent donner ça :

Et euh, voilà quoi, je suis en appartement, ça ferait désordre.

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mon nombril
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